‹ FroissartChapitre 10 sur 42 · HT · texte numérisé non relu

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Qu on n'oublie pas que c est dans ce même poème que Froissart rapporte que Gui de Blois Vâmoneste et le semont , et qu'il est accointié de lui tous les jours : nous en conclurons que ce fut à Gui de Bloisqu il dut les conseils qui rengagèrent à reprendre sa grande et noble tâche et le patronage qui le soutint.

Ce que ces vers du Buisson de Jonèce nous apprennent, Froissart le répétera dans ses chroniques, et en termes si explicites que nous ne comprenons point qu'une opinion contraire ait pu se former et se maintenir. Tantôt il dit : € Le conte Guy de Blois me flt faire la noble histoire ; t tantôt il l'appelle c le gentil conte, le gentil sire, le cher € et honoré maistre, le bon et souverain seigneur qui

réchal accordée en 4362 à Bouciquault, mais il y fait de plus allusioD (chapitre 45) à la mort de la reine Philippe. Plus loin, au chapitre 64, après cette phrase de Jean le fiel : u A uug cer- M tain nombre de gens d'armes à haymes, » il ajoute : «« En ce a temps parloit-on de heaumes couronnés... Or est cet état tout u devenu autre maintenant que on parle de bassinets, de haches « et de jaques; • ce qui semble écrit vers Tépoque des Gi*andes Compagnies. La flhrase suivante, qui manque à Jean le fiel, s'explique par le séjour de Froissart à Lestincs : ^ El fust Jeanne « douée de la terre de Himh qui est moult bel héritage et profita- « ble. " (Chapitre 66.) Les dernières lignes du chapitre 204 sont postérieures à 4372, date de la mort de Louis de Navarre. Une phrase du chapitre 496, relative à Urbain V, doit avoir été écrite après 4370. Enfin Froissart remarque dans le premier livre que la faveur dont il jouissait près de Gui de Blois nu pas influé sur son récit des guerres de Bretagne.

t rhisloire lui fil mettre sus et édifier , qui ces histoires « lui recommanda à faire, qui mit grand entente à ce « qu il voulsist dicter et ordonner celle histoire, qui la « embesogné et ensoigné de la noble et haulte histoire , « pour lequel celle histoire est emprise , poursuivie et « augmentée, à la requeste, contemplation et plaisance « duquel il travailla à celle haulte et noble histoire. >

Sous quels auspices plus favorables Froissart eût-il pu entreprendre cette chronique, qui devait être le livre d or de la chevalerie? Y avait-il en France une maison plus illustre que celle de ces sires de Ghâtilloii qui versèrent leur sang dans toutes les croisades, et dont la bannière ne manqua jamais de s'avancer au premier rang à côté de Toriflamme ?

A un autre titre. Gui de Blois semblait appelé à présider à la rédaction des chroniques de Froissart. Si Jean de Beaumont, avant sa mort, recommanda Froissart à sa nièce, la bonne reine Philippe, n'était-il pas juste que lorsque celle-ci eut aussi rendu le dernier soupir, Thonncur de cette protection revînt à Gui de Blois, petit-fils de Jean de Beaumont ?

Le village de Lestines, qu'habitait Froissart ('), portait autrefois le nom de Leptincs. C'était au milieu des ruines qui rappelaient la décadence de la dynastie de Charlemagne qu'il allait écrire le récit des guerres soulevées

(') Â Lestines était mort, en 1245, Enguerrand de Bar, autre chanoine qui écrivit des chroniques.

par d autres dynasties qui se disputaient le môme sceptre et la même couronne.

11. Premiers travaux historiques de Froissart. — Robert de Namur. — Chevauchée de Tournehem.— Henri Froissart.

Nous sommes réduit à des conjectures sur Tordre que Froissart suivit dans son travail, mais voici celles qui sont le plus vraisemblables. Il aurait écrit d abord le tableau assez succinct, assez concis des années qui séparent les batailles de Poitiers et de Gocherel (') ; puis un jour serait venu où Gui de Blois, l'exhortant à faire remonter ses récits à Torigine même de la guerre de la France et de TAngleterre, c'est-à-dire bien avant l'époque où avaient commencé ses enquêtes, lui aurait montré le précieux manuscrit de la chronique de Jean le Bel, conservé, comme nous l'avons déjà dit, au chûteau de Beaumonl. En effet. Gui de Blois y trouvait retracée à chaque page la gloire de son aïeul Jean de Beaumont, pour qui le chanoine de Liège avait écrit.

Sans doute, lorsque Froissart s'occupait à reproduire et à accroître la chronique de Jean le Bel, Gui de Blois se plaisait parfois à compléter ses récits. Ainsi Jean le Bel

(') « Si ay toujours à mon pouvoir enquis et demandé du fait des guerres justement et des aventures qui eu sont avenues, et par espécial depuis la grosse bataille de Poitiers, où le noble roi Jean de France fut pris. » (Livre 1*^^, prologue.)

rapporte sans réflexions Texcursion tentée en 1 339 par Jean de Beaumont dans le Laonnais, mais Froissart ajoute : t Si s'en vint à Guise, et entra en la ville et la c fist toute ardoir et abattre les moulins. Dedans la for- « teresse estoit madame Jeanne sa tille, femme du conte « Louis de Blois, qui fut moult effrayée de Tarsure et du « convenant monseigneur son père, et lui fit prier que « pour Dieu il se voulust déporter et retraire, et qu'il c estoit trop dur conseillé contre lui, quand il ardoit c Théritage de son fils le conte de Blois. Nonobstant ce, « le sire de Beaumont ne s'en voulut oncques déporter ni « délaisser, si éust faite son entreprise. »

Enfin, lorsque Gui de Blois eut épousé au château de Golzines, dans les derniers jours du mois d'août 1374, Marie de Namur, Froissart rencontra à Beaumont Robert de Namur, oncle de la jeune comtesse de Blois, qui y résida à diverses reprises. Il était arrivé dans sa chronique à cette page voilée de deuil où il raconte la fin si touchante de sa bonne et noble protectrice, Philippe de Hainaut. Peut-être la lut-il à Robert de Namur, qui avait épousé lui-même une sœur de la reine d'Angleterre. Quoi qu'il en soit, des relations s'établissent dès ce moment entre Robert de Namur et Froissart. Quand celui-ci reprend, au chapitre suivant, le récit de la chevauchée de Tournehem, il en sait tous les détails, c'est monseigneur de Namur qui en a été le héros, et c'est le héros luimême sans doute qui a instruit le chroniqueur de ce qu'il a fait avec son brave ami le sire de Sponlin, qui l'avait

armé chcvulier sur le saint tombciiu de Jérusalem. C'est égîilement à Robert de Namur qu'il dut ces magnifiques chapitres qui terminent le livre premier par l'épisode du siège de Calais. Froissart désigne asst^z clairement l'auteur de ce récit dans l'un des chapitres qui le précèdent, quand il raconte que ce gentil chevalier assista à tout le siège, ainsi comme voiis orrez en acunt recorder: et s'il dit qu'd était alors plus enclin à être Anglais que Français, on comprend qu'au moment oii le récit prend place dans la chronique, il n'en est plus de même. Tout cet épisode appartient évidemment à un chevalier qui a eoH^ttii dans l'armée d'Edouard III, mais qui a quitté le parti anglais. Robert de Namur laisse assez entrevoir qu'il trouve Edouard III inexorable jusqu'à la dureté, mais rien ne manque h la générosité, à la clémence de Philippe de Ilainaut. N'oublions pas du reste que la reine d'Angleterre était, par sa mère, nièce de Philip|)e de Valois, et qu'elle intercéda en faveur des fils de Charles de Blois captifs, aussi bien que pour les assiégés de Calais (*).

(') Une lettre adressée par les assiégés de Calais an roi de

France nous a été conservée : elle est digne do Jean de Vienne et

d'Eustache de Saint-Pierre: «Sarbez, lrès-redou!éseignioiir,qno

« vos genls en Caleys ont mangé leur chevals, chiens et chats, et

« somcs tous accordés de issir et morir sur nos eniicmvs à

« honour, plustost que dedeins morir par défaute, et Dieu vous

« doygne grâce de rendre à vous et a vos heircsnoshctrava\ lo.»

(Knyghlon, I. IV; Roberl d'Avcsbury, p. 157.)

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