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CHAPITRE IX

I. — Entrée solennelle d'isabeau de Bavière. — Paris. — Voyage de Charles V! à Avignon. — Froissart chanoine de Lille en herbe.

Cependant Froissart a résolu de retourner à Paris, d'abord, pour y apprendre le résultat des conférences de Lelinghen , ensuite , pour y assister à l'entrée solennelle de la reine de France. Il v arrive donc vers les fêtes de l'Assomption, et y trouve Guillaume deMelun, qu'il interroge non-seulement sur les actes des plénipotentiaires anglais, mais aussi sur ce qu'il a pu apprendre de ses anciens amis d'Ecosse. Mais celte enquête ne l'empêche point de composer une ballade pour célébrer des fêles qui surpassèrent en magnificence tout ce que l'on avait jamais vu. Ici, c'était « la cité de Troie la Grande cl le

« palais (l^Ilion où esloient en pennons les armes des « Troycns; » là, c'étiut le Pas Siladin avec le bon roi Richard, qui, avant de combattre les S:uTasins, demandait congé du roi de France Rien n'y manquait, ni les anges qui descendaient du ciel pour couronner la reine, ni les jeunes filles qui versaient Thypocras dans des coupes dor du haut des fontaines, ni les oiseaux qui chantaient sous les fleurs; de plus, c ménestrels estoient « là à grand foison, qui ouvroient de leurs mestiers ce que « chacun sçavoit faire. » Froissart dit que la reine, qu'il ne connut que fort jeune, « estoit une très-vaillante « dame qui Dieu douloit et aimoit; » plus tard, d'antres historiens seront plus sévères pour cette princesse allemande, qui apportait pour dot à la France et au roi un demi-siècle de désordres domestiques ot de calamités publiques.

Paris était arrivé au plus haut degré de prospérité et de splendeur, et longtemps après, lorsque déjà T invasion étrangère, jointe à la peste et à la famine, était venue frapper la capitale du royaume de France d'une ruine presque complète , on citait l'époque du couronnement d'Isabeau de Bavière comme la plus brillante de ses fastes. Selon un récit évidemment exagéré, on avait vu alors plus de cent vingt mille personnes à cheval composer le cortège de la reine de France.

Paris réunissait pour Froissart le double attrait de la science et des plaisirs. D'une part, c'était cette célèbre université avec ses soixante mille écoliers et sa chaire où

retentissait la parole austère de Jean de -Gerson ; d'antre part, c'étaient ces dames, ces damoiselles si gracieuses, si élégantes , au chef toujours paré de chapeaux de roses, parmi lesquelles on distinguait « celle que on clanioit la « plus belle et celle qu'on appeloit belle simplement : » toutes également empressées à entendre le prince d'amours, t qui tenoit avec lui musiciens qui toutes ma- « nières de chançons , balades , rondeaux , virelais et « aultres dictiés amoureux savoient chanter et jouer nié- « lodieusemeAt (»). »

Froissart avait cinquante-trois ans. Il commençait à éprouver le besoin de ce repos digne et calme, oilum cum dignitate, indispensable aux travaux sérieux , non point toute Tannée, mais du moins lorsqu'il s'y sentirait réduit par les maladies, les fatigues ou la vieillesse. Gui de Blois, fort gêné dans ses finances, payait mal son chapelain, et.

(') Gilbert de Metz. - Un mot sur cet auteur dune précieuse description de Paris. Gilbert de Metz ne devait pas son nom à sa ville natale, comme l'a cru M. Leroux de Lincy II ne faut chercher à expliquer son séjour à Paris que par les faits historiques de la domination bourguignonne. Auteur et scribe, il reçut, en 4431 , soixante- trois livres pour deux volumes vendus au duc de Bourgogne, et le compte qui le cite nous fait connaître qu'il habitait Grammont, où sa famille se retrouve à une époque bien postérieure. Voyez l'excellent rapport de M Gachtird sur les archives de Lille, p 275. A la même famille appartenait probablement Jean de Metz, garde des joyaux do Jean s;ms Peur.

sans Joute , il ne lui venait guère plus d'argent de Chimay.

Il ne demandait peut-être que ce qui lui était nécessaire « pour vivre sobrement et petitement, » comme il le dit en parlant de « la channonie de Reims, qui vaut en « résidence environ cent florins et en absence trente « francs (').» Le canonicat de Lille, qu'on lui avait donné en eccpectation à Avignon , avait toutefois une tout autre importance que celui de Reims, car le collège de Saint-Pierre de Lille, institué au milieu du xi*^ siècle par Baudouin V, comte de Flandre, était l'un des plus riches que l'on connût ('). Froissart avait-il été de plus guidé par quelque raison particulière on sollicitant cette prébende? N'avait -il pas des parents dans cette ville? Il est fait mention dans une charte du 18 décembre 1295 de dame Marie Froissarde , ponrveresse, de la maison dos béguines de Lille p) .

On avait promis à Froissart, avant son départ d'Avignon , qu'une année ne s'écoulerait pas sans qu'il prît possession de son canonicat de Lille. Lexpcctaiion devait être plus lointaine^ selon l'expression qu'il ouiploie

(') Chron. IV, 37.

(') Quelques années plus tard, Jean de Montreuil devint prévôt de ce même chapitre de Saint-Pierre.

(3) Le béguinage de Lille, fondé par les comtesses Jeanne et

Marguerite de Flandre, avait pris un grand développement

comme l'atteste une charte du 25 juillet 4277. Gui de Dampierre

l'avait affranchi de (ailles et de tonlieux.

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