I. ifi
dans le Dit du Florin. Celte fois, co fui le sire de Rivière, cet excellent ami de Froissai l , qui nuisit sans le savoir à ses intérêts, en servant avec zèle ceux du roi. Le sire de Rivière, qui était alors l'un des confidents les plus intimes de Charles YI, Texhortait à parcourir ses Etats; « car un roy en sa jeunesse devoit visiter ses terres et « cognoisire ses gens, et savoir comment ils estoient gou- « vernés; et ce lui feroit grandement honneur et profit, & et l'en aimeroienl trop mieux ses sujets. »
Pourquoi Froissart n'accompagna-t-il pas, après les fêtes de Paris, soit le sire de Rivière, soit le sire de Coucy, qui tous les deux firent partie de la suite du roi (')? A plus d'un titre il dut le regretter. Le voyage de Charles VI n'offrit qu'une succession non interrompue de banquets et de fêtes. Le duc et la duchesse de Bourgogne avaient fait annoncer de grandes joutes à Dijon. « Pour l'amour « du roi et à sa bien venue , estoient venues à Dijon « grand foison de jeunes dames et damoiselles que le roi « véoit volontiers. Si commencèrent les festes, les danses. « les caroles et les esbattements, et sefTorçoient ces « dames et damoiselles de danser, chanter et elles réjouir
(•) Lacurne de Sainte- Palaye a conclu d'une phrase du chapitre 8 du livre IV (lesquelles choses je ne pus pas toutes ouïr ne savoir) que Froissart suivit Charles VI dans son voyage ; mais Froissart nous dit ailleurs qu'il ne retourna pas à Avignon et ne revit pas le comle de Foix depuis le mariage de Jeanne de Boulogne. Il est d'ailleurs assez mal instruit de la date du supplice de Bétisac.
« pour Tamour du roi, du duc de Touraine, du duc de « Bourbon el du sire de Coucy. » Froissart nomme parmi elles la dame de Vergy. Que de souvenirs s'attachaient à ce nom, el Froissart lui-même n'avail-il pas mis au même rang dans ses vers :
. , . Genèvre, Yseut, Hélaine, Et Liicresse qui fu romaino, Et de Vergy la chaslelaine.
On descendit le Rhône en bateau depuis Lyon jusqu'à Avignon. Douze cardinaux attendaient le roi pour le conduire au palais , où le pape Clément le reçut en la chambre du consistoire, « séant en une chaire ponlifi- « calemcnt en sa papalité,* mais rien ne put empocher le roi de renouveler les fêtes de Dijon. « Le roi de France « et le duc de Touraine , qui estoient jeunes et de léger « esprit, quoiqu'ils fussent logés delez le pape et les car- « dinaux, si ne se pouvoient-ils tenir (ne vouloient aussi) < que toute nuit ils ne fussent en danses, en caroles et « en esbattements avec les dames et les damoiscUes « d'Avignon, et leur adminislroit leurs reviaulx le comte « do Genève, lequel estoit frère du pape. Si fit et donna « le roi de France moull de largesses aux dames et « damoisolles d'Avignon, tant que toutes s'en louoient »
Mais ce ne furent pas les dames seules qui eurent à s'applaudir de la venue de Charles VI : les clercs qui se trouvaient avec le roi eurent aussi leur part dans ces fêtes. Sans se préoccuper des droits déjà reconnus , des promesses déjà faites, le papo fit grâce ouverte, en l'hon-
iieur du joyeux avèuoment de Charles V[, à tous ceux qui se trouvaient alors en cour d'Avignon, et il accorda au roi de nombreuses nominations de chanoines et, de plus, des prébendes d'expectation sur les collégiales. « Et estoit « le pape si courtois et si large que nul ne s'en alloit « esconduit, et furent toutes expectations retardées qui « au-devant avoient esté données. »
A la première page de son quatrième livre, écrite cette même année, Froissart prend encore le titre de chanoine de Lille, mais il ne tardera pas à plaisanter luimême sur le fol espoir dont il se berçait, en se nommant chanoine de Lille en herbe.
IL — Voyage à Bruges et à Middel bourg. — Don Juan Pachéco.
— Séjour à Valenciennes.
Froissart, retiré à Valenciennes, avait achevé son troisième livre et commencé le quatrième, qui devait, comme il l'annonçait lui-même, être le dernier (').
Ainsi s'accomplissait la promesse qu'il avait faite en Béarn à messire Espaing de Lyon : « Toutes vos paroles « seront mises en mémoire et en renienbrance en l'his- « toire que je poursuis, si Dieu me donne qu'à santé je
(') Je trouve diius le manuscrit de Froissart conservé à Mons l'incipit suivant du livre IV ; « Donques en poursievant ma « matière et les histoires par moi encommenchiés, voeil bouler tt oultre che quartiivre, qui sera fin de mon labour et histore. »
« puisse retourner en la comté de Hainaut et en la ville
« de Valenciennes, dont je suis natif. >
C'était à Valenciennes , comme nous l'avons déjà dit et comme il le répète deux fois , qu'il lui était donné « de se rafraîchir un terme. » Or comment s'y rafraîchissait-il? Etait-ce en s'égarant sur ces rives de l'Escaut qui avaient vu naître ses premières illusions et ses plus tendres rêveries? Que de fois il s était plu à en rappeler le charme :
Ce sovenir, Diex me le sault, Car moult il me rajovenist.
Mais trente-cinq printemps étaient venus renouveler les roses et les violettes qu'autrefois il aimait à cueillir et h chanter. C'était désormais dans sa tâche de chroniqueur qu'il trouvait ses plus doux loisirs. Il se rafraîchissait en s'abandonnant au plaisir de raconter les aventures qu'il avait apprises, « car si elles mouroient, « ce scroit grand dommage. » Froissart n'était jamais oisif, et, dès qu'il avait ôté ses houseaux, « plaisance lui (( prenoit à ouvrer et à poursuivre Thistoire com- « mencée. » Si la prébende n'arrivait point, les chroniques se complétaient et grossissaient de jour en jour.
Cependant lorsqu'il aborda dans son récit l'année \ 385,
il remarqua que de nombreuses lacunes existaient dans
ce qu'il avait appris à Orthez des affaires de Castille et de
4^ortugal. Toujours soutenu par l'énergie de sa volonté
et le sentiment de sa mission, « ne ressoignant, comme « il le dit, ni la peine, ni le travail, » il quitta Valenciennes et se rendit à Bruges.
La métropole commerciale de la Flandre voyait sans cesse les représentants de toutes les nations de Tunivers affluer à ses portes ; c'était non-seulement Tcntrepôt des denrées et des produits de l'industrie , mais aussi le change où l'on venait verser sur le comptoir des marchands lombards l'or monnayé dans divers pays.
C'était à Bruges qu'Edouard III faisait payer la pension de Jean de Hainaut, vainqueur des Ecossiis, et qu'il recevait de David 'Bruce la rançon qui le rendit à la liberté; c'est là aussi qu'en 1385 les Ecossais à leur tour se feront remettre la rançon de Jean de Vienne et de ses compagnons, qu'ils avaient un moment retenus prisonniers Un autre jour, Edouard III dit à l'un des plus puissants barons de Bretagne, Hervé de Léon : « Je vous « laisserai passer pour dix mille écus, que vous enverrez « à Bruges. »
Les mômes balances où se pesaient les succès et les revers, recevaient l'or que d'autres princes, d'autres seigneurs y dépesaient pendant leur puissance, afin qu'il ne leur manquât point au jour du malheur et de l'exil. Ainsi, sous le règne de Richard II, le duc d'Irlande et le comte maréchal « font égaleme:it leurs finances à prendre « aux lombards à Bruges. » D'autres fois, ce sont les ambassadeurs des princes qui se pressent à Bruges, soit qu'il s'agisse d'échanger les ratifications du traité dé
Breligny, soit que Ton convienne d'une trôve destinée h suspendre les maux d'une guerre que ce traité n'a pu éteindre. Il semble qu'aucune ville ne soit plus favorable aux négociations; car la neutralité industrielle de la Flandre est si respectée qu'il suffit qu'un vaisseau porte au grand niât la bannière au lion de Siible pour qu'il navigue librement sur toutes les mers.
« Des Porlugalois et Lussebonnois y a toujours grand < plenté à Bruges, dit Froissart; or, regardez comment « je fis, si c'est de bonne aventure : il me fut dit, et je « le trouvai bien voir, que, si j'y eusse visé sept ans, je « ne pouvois mieux venir à point à Bruges que je ne ils « lors. »
En effet, il apprit à Bruges (ju'un conseiller du roi de Portugal , don Juan-Fernand Pacbéco , était arrivé à Middelbourg , en Zélande , d'où il comptait se rendre en Prusse. Sans perdre un instant , il s'embarqua à l'Ecluse (*) , et un riche marchand portugais, qu'il avait rencontré à Bruges , le présenta à don Pachéco , qu'il « trouva gracieux, sage et honorable, courtois et accoin- « table. » Il avait avec lui plusieurs chevaliers et écuyers de son pays, « mais on lui faisoit honneur dessus tous, « et certainement il le valoit, car bien avait forme, « taille et encontre de vaillant et noble homme, » et
(') Froissart, comblé des bienfaits de la maison de Chûtillon, put voir à l'Écluse un marin flamand qui, « p:ir voye trop longue v« à démener, »> réussit à délivrer Hugues de Ghàtillon, prisonnier dans le Northumberland, et à le ramener en Flandre.
Froissarl ajoule : « Il coiitoit si doucement , si arréement « et tant volentiers que je prenois grand plaisance à <i l'ouïr et à Tescripre. » Six jours se passèrent, et, quand le vent fut devenu plus favorable , Froissa rt l'accompagna , pour prendre congé de lui , jusque dans sa caraque, qui était « grande et forte assez pour aller par « mer par tout le monde. » Mais il n'oublia point ce qu'il lui devait. Quand il le cite dans ses chroniques, il dit de lui : « Je vous l'ai nommé et encore vous le nom- « merai. » En effet, tantôt il observe qu'il n'y avait pas en Portugal de plus gentil chevalier , tantôt il rappelle que nul plus que lui ne contait « amiablement et doucement. » Froissart, en retournant de Middelbourg à Bruges, eût pu saluer dans cette ville un autre témoin ou plutôt une illustre victime des révolutions du Portugal. C'était l'infant don Denis, fils du roi Pierre I" et d'Inès de Castro, qui prétendait être le légitime héritier de la couronne de Portugal. Son tombeau devait porter son titre de roi, de même que le diadème ne fut déposé que sur le cercueil de sa mère , mais tant qu'il vécut, la fortune fut inexorable pour lui. Emprisonné en Castille, puis, réussissant à s'évader et repris sur mer par des marins d'Oslende, qui le vendirent au duc de Bourgogne, il avait à grand'peine obtenu d'être transféré du château deBiervliet à Bruges, où il espérait trouver quelque secours (') près des marchands portugais.
0 « Susteutamenlum. «C'est l'expression dont il se sert lui-
Inès de. Castro était réservée aux vers de Gamoëns. Froissart, qui mentionne en une ligne l'abbaye d'Alcobaça où elle fut ensevelie, et qui n'en consacre que trois à son fils, hésite entre les prétentions du roi de Casiille qu'appuyait la noblesse, et celles du grand maître d'Avis que soutenaient les communes.
Cette année 1390 et l'année qui la suivit furent fécondes, car nous leur devons une grande partie des chroniques de Froissart , mais les données biographiques nous font défaut pour cette période. Valenciennes , qui honore si vivement la mémoire de Froissart, ignore sous quel toit vécut le plus illustre de ses enfants, et ses archives n'ont pas mieux conservé la trace de son séjour.
Cependant on montre à Valenciennes , au coin de la rue de Notre-Dame, c'est-à-dire dans le quartier que devait habiter un chanoine, une petite maison qui remonte au moins au xiv" siècle , aujourd'hui abandonnée et couverte de mousse, mais encore entourée de respect, quoiqu'on ne sache plus d'où naît ce respect, ni à qui elle appartenait jadis ; c'est bien là la demeure à la fois élégante et modeste que put se choisir Froissart assez près de l'église des Cordeliers , nécropole des gloires confiées à sa garde.
Là étaient ensevelis les comtes de Hainaut, et, à leurs
même djns une lettre adressée au duc de Bourgogne. (Leglav, An. flist. p 253. Cf. Chron. 111, 54.)
côtés, les princes et les chevaliers de leur cour les plus célèbres par leur courage et leur amour des lettres. Là reposaient, l'un près de l'autre, Baudouin d'Avcsnes et Jean de Beaumont ; c'était là aussi qu'un écu d'or à trois chevrons timbré d'un panache de sable, appendu dans la chapelle de Saint-Joseph , indiquait la sépulture de ce chevalier aimable et brave entre tous, qui avait nom Gauthier de Mauny. Une seule tombe était vide, c'était celle que Gui de Blois s'était fait construire d'un marbre précieux couvert de brillants ornements dans une chapelle où l'autel était d'argent : vanités dont le néant se faisait plus profondément sentir dans cet hommage que la vie rendait à la mort.
Froissart retrouvait autour de lui , dans sa patrie , plus d'un ami dévoué, et, parmi les bourgeois, il en était plusieurs qui eux aussi avaient à raconter de rudes emprises d'armes : témoin ce Pierre Breton, qui un jour enfonça son glaive entre les épaules du sire d'Hangest et le poursuivit jusqu'au château de Plancy, où le chevalier s'élança à grand' peine dans le fossé par-dessus la tôte de son cheval.
En relisant avec soin les narrations de Froissart, on y découvre plus d'une page qui ne s'explique que par sa résidence à Valenciennes. Voyez notamment la part qu'il accorde, dans l'aplanissement du différend de Charles VI et de Guillaume d'Ostrcvant, à deux bourgeois de Valencieruies, Jacques Barret et Jean Seuwart. Ils siègent dans le conseil du jeune prince, ils vont en Hollande exposer
ses perplexités au comte de Ilainaut , ils sont envoyés en ambassade vers le duc de Bourgogne et vers le roi de France : et quel est le seigneur qui à Paris seconde leurs tentatives? Le sire de Rivière. Froissart ne lui avait-il pas recommandé ces deux bourgeois, qu'il appelle f les sages hommes (') ? »
Dans sa chroinque de Flandre , Froissart nomme Pierron et Hanin Rasoir. Il cite ailleurs Jean de Neufville (•) et Jean Bernier, qui possédait la maison de Main aux portes de Valenciennes. Sur cette maison de Main, dont il fut injustement dépouillé, sur les persécutions dont il fut Tobjet, on peut consulter un récit fort dramatique de la chronique de Valenciennes , où interviennent les princes les plus puissants du temps. Jean Dernier fut protégé par s:i marraine contre son ennemi, qui se réconcilia enfin avec lui en mettant sa main dans la sienne et en lui envoyant un bœuf de Savoie et un pourceau de Mayence. La marraine était Tabbesse de Fontenelle, Jeaime, sœur de Philippe de Valois; le per-
(•) C/iron. IV, 46.
(») Chron. I, 1, 411. Je ne sais s'il s'agit ici de Jean de Neuville qui devint plus tard éciiyer et échanson de Philippe le Hardi, duc de Hourgogne. En Hiô^ Jean, dauphin de France et époux de l'héritière du Hainaut, a pour trésorier Jean Rasoir. Guillaume Rasoir fut abbé de Grespin vers H35. Un demi-siècle plus lard, nous retrouvons un Jean Rasoir, doyen de la collégiale de la Salle-lc-Comle, à Valenciennes.
soniuige qui se réconcilie est monseigneur le comte de Hainaut (').
III. — Vieillesse de Gui de Blois. — Ses fureurs. — Sa prodigalilé. — Yen le du comté de Blois.
Rien n'est plus triste que le tableau que Froissart trace de la vieillesse de Gui de Blois : « Par bien boire et fort « manger douces et délectables viandes, il estoitmalement « fort engraissé. Il ne pouvoit mais chevaucher, mais « charier se faisoit, quand il vouloit aller d'un lieu à un « autre, au déduit des chiens et des oiseaux. » L'intelli-^ gence s'était ressentie de cet affaiblissement physique. Le gentil seigneur était bien changé, car parfois il s'abandonnait à des accès de colère si violents que pendant les fêtes du carnaval de l'aimée i 389 il tua de sa main le sire d'Agimont , qui avait été l'un des chefs de l'armée brabançonne à la bataille de Bastweiler (').
Le malheur vint aigrir davantage cette nature vive et ardente, qui ne trouvait plus d'arène où elle pût s'épancher depuis que celle des combats s'était fermée. Le fils unique du comte de Blois avait voyagé du Blaisois en Hainaut par un temps très-chaud. « Il estoit tendre, mol
(') Chronique de Valcnc'ennes, publiée p.ir M Buchon, p. 632. Un fils de Jean Bernier était en 1365 garde de la prévôté de Paris.
(•) Charte du t5 février 1389 (v. st.) (Archives deMons.)
f et jeune. » La fièvre le prit , et il rendit le dernier soupir à Beaumont le 15 juillet 1391 .
En même temps que le courage de Gui de Blois dégénérait en des fureurs qu'on ne pouvait calmer assez tôt, sa générosité s était transformée en une prodigalité sans bornes. » Point ne lui besoignoit, dit Fraissart, à vendre c son héritage. >
Gui de Blois se laiss.iit conduire par un de ces ministres trop complaisants des vices des grands, qui les flattent pour mieux les égarer. C'était le fils d'un tisserand de Maiînes et il se nommait Sohicr. A mesure (jue son maître s'appauvrissait, il se hâtait davantage de profiter de sa générosité, et il fit si bien qu'un jour que Gui se trouvait seul à Château-Renaud, il lui persuada de vendre pour deux cent mille francs le comté de Blois au frère du roi de France, qui désirait fort le réunir à son duché de Tourainc. Froissart accuse Sohier de n'avoir eu ni sens, ni prudence ; il lui reproche surtout Fon ignorance : « 11 « n'avoit là nully de son conseil fors Sohier, qui oncques « ne fut à l'école, ni ne connut lettres ('). »
(•) Chron. IV, 60. J'aime à croire que ce Sohier n'est pas le « Sohelet mon doulc {.mi, « nommé dans une ballade composée vers 1302. Froissait appelle les négociations qui eurent pour résu lUit la vente du comté de Blois des marchandises ; mais ceci ne peut fortifier rinlerprétation que Lacurne de Sainle-Palaye a donnée à un vers que nous avons déjà cité, car, peu de lignes plus loin, Sohier est accusé « d'avoir fait ce povre marché. »>
L'or qui servit à payer le comté de Blois venait de Milan. Galéas I. " 17
Malgré la venio de son comté, les dettes de Gui de Blois s accrurent si rapidement que. lorsqu'il expira à Avesnes, on vil sa femme, Marie de Namur, refuser de les payer et déposer les clefs sur le cercueil, comme les comtesses de Hainaut et de Flandre le firent aussi après la mort d'Aubert de Bavière et du duc de Bourgogne Philippe le Hardi. Ses obsèques eurent lieu sans pompe, et l'on oublia même de l'inhumer dans le magnifique tombeau qu'il avait fait élever dans l'église des Cordeliers. « Ce fut mon soigneur et « mon maistre, écrit Froissart, et un seigneur honorable « et de grande recommandation, mais il créoit légèrement « ceux qui nul bien ni honneur ne lui vouloient ('). »
Du moins , comme le remarque Froissart, tout ce que Gui de Blois donna du sien ne fut point absorbé par de stériles dépenses sans honiunir et sans fruit (').
Visconti, pour marier sa fille au frère du roi de FiMUce, lui avait donné une dot énorme, un million de francs, produit des exactions sous lesquelles gémissait l'Italie.
(•) Chron.W, 60. Le testament de Gui de Blois est du M octobre 1397. II y cite son confesseur, Etienne Jourdain, et son exécuteur testamentaire, Renaud de Sens, bailli de Blois. Parmi les legs fort nombreux qui y figurent, j'en remarque un de cent cinquante francs à l'église collégiale de Chimay, un autre de cent franrs à l'église paroissiale de Chimay, un troisième de cinquante francs à l'église paroissiale de Beaumont. (Archives du royaume, à Bruxelles.)
(') « Beau cousin, lui disait Charles VI, je vois bien que vous « estes un seigneur garni d'honneur et de largesse, et avez eu du « temps passé plusieurs frais et coustages. » Chron. IV, 25.
La chronique qiril fît faire c nioiill lui cousla de ses ilec liiers > Mais celle chruiiique, ù la composition de laquelle il présida pendant vingt aiuitvs, a fait plus pour sa mémoire que le plus somptueux cénotaphe.
En Gui de Blois finissait la branche aînée des comtes de Blois, de la maison de Châtillon; en lui aussi s éteignait la postérité de Jean de Beaumont : souvenirs aussi grands dans T histoire que chers aux lettres.