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taille, rendirent tous les deux le dernier soupir près de la ville de Brousse, qui rapportait son origine à Annibal, autre victime de T inconstance de la fortune.
Bientôt, des nouvelles non moins tristes arrivent d'Angleterre. Une révolution s'y est accomplie. Richard II, abandonné de ses courtisans, trahi môme par son lévrier qui ne connaissait que le roi et qui alla festoyer le duc de f.ancastre comme roi d'Angleterre, est conduit de la tour de Londres au château de Pomfret dont les portes ne s'ouvriront que devant son cercueil.
Au moment où Froissart écrivait les derniers chapitres deseschroniques, il ignorait encordes incidencesàQ la mort de Richard II. C'est à l'un de ses compatriotes dont l'œuvre tient par les mêmes liens que la sienne aux traditions littéraires du château de Beaumont, que nous devons le récit des derniers moments de ce p luvre prince, qui montra bien, en se défendant contre ses meurtriers, qu'il était vériUiblement le fils du Prince Noir : « Le roy estoit tout « seul à table, lequel ne vouloit mengier, pour ce que son « escuier ne voloit faire assay devant lui comme il avoit tt à cousiume de faire, et le roy Richart lui demanda : « Quelles nouvelles ? Et l'escuier respondi : Je n'en sçay « nulles aultres fors que sires Pierres d'Exton est venu, « je ne sçay quelles nouvelles il apporte. Dont le roy « Richart prya à l'escuier que il taillast et que il fesist « assny comme à son oflice appartenoit. Dont se mist l'es- « cuier à genoulz par devant la table, et cria merchi aux
« roy Richart que il li volsist pai'donner, car on li avoit I. 24
« clefFendu de par le roi Henry. Dont le roy Richarl se « courcha, et prist ung eoutiel de la table et en féri l'es- « ciiier en le tieste , disiins : Maudis soit Henry de Lan- « castre ! A celte parole vint sires Pierres d'Exton , « lui VHI™*, en le cambre dou roy Richart, où il séoit h. « table. Et chasciinsavoit ou lanche ou hache en sa main, « et quant le roy Richart les vit venir ainsy armés , il « bouta la table arrière de lui et sailly en milieu « d'eulx VHI, et osta à l'un d'iceulx une hache et se mist « bien gentement à deflence et gaillardement, et en lui
« deffendant en tua IIH de VHI... Et quand le roy
« fu mors, li chevaliers qui li avoit donné le cop de le « mort, se assist dalés le corps et commencha à plorer, « disant : Hélas! quel cose avons-nous fait? Nous avons « mis à mort celui qui a este noslre souverain seigneur « l'espace de XXII ans. Or, ai-je perdu mon honnour ('). » Froissart ne peut se résigiier ;i cette horrible fin d'un roi puissant qu'il avait vu si aimable et si joyeux quand
(«) Ms. de la Bibl. de Bourgogne, 40233 bis ^275, vo. L'ordre de faire périr Richard II avait été, dit-on, donné le 6 janvier. Le 29, sa mort était déjà connue à Paris. Rymer, III, 4, p. 476. — Henri IV semble, au contraire, vouloir la cacher dans les chartes, où il parle de son prédécesseur. Le 48 mai seulement, il s'exprime en ces termes : « Feu nostre très-cher cousin « Richart, de bonne mémoire, n'adgairs roi d'Engleterre, que « Dieu assoille! » — La plupart des témoignages contemporains sont peu favorables à Henri IV. Gerson se borne à dire : De boni régis Richardi morte el causis illius satls impiis taceo.
il Tentretenait d'amour : « Les fortunes de ce monde sont « trop merveilleuses, s'écrie-t-il, c'est trop fort de ce qui « doist estre. » Il annonce que, bien que ce soit malgré lui, il racontera ce qu'il pourra apprendre de sa mort, ' mais il semble qu'il n'en ait pas le courage. Le clerc de la bonne reine Philippe eût fait volontiers comme le clerc Magdelain, qui se revôtit de l'habit royal pour rallier les partisans de son maître et qui avait non-seulement les traits majestueux du roi, mais aussi son noble langage.
Le hasard avait fait naître Richard II le jour des Rois, et le sénéchal d'Aquitaine avait dit le même jour à Froissart que ce présage lui assurait une couronne. Confiant dans les prophéties attachées à son berceau , il voulait, pour qu'on admirât davantage cette couronne , la porter dans un palais plus beau que celui de Paris, et il avait fait construire à grands frais la vaste salle de Westminster. Comme l'avenir devait tristement démentir ces rêves de la vanité ! C'était dans cette salle à peine achevée qu'un parlement prononça sa déchéance , et c'est là aussi que, deux siècles plus tard, un autre parlement renouvellera, > au nom du peuple, le procès de la royauté en condamnant Charles I" (•).
Froissa rt avait vu en quelque sorte commencer sous
(•) Ce rapprochement se présente tout naturellement à l'esprit, quand on trouve parmi les noms des feudataires présents à la cérémonie du couronnement de Richard IL celui de Cromwell. Voyez la relation officielle dans les actes de Rymer.
ses yeux la triste vie de Rich.ird II, quand il abordait ses enquêtes en France : à sa mort s'arrêtent, avec la dernière année du xiv^ siècle, ses chroniques qui, pour l'Angleterre aussi bien que pour la France, retraçaient de si nombreuses et de si frappantes péripéties. Vingt lignes qui suivent ne sont que des notes incomplètes qui ne vont guère plus loin que Tannée 1400 ou 1401 ('). Elles ont suffi néanmoins pour permettre de croire qu'il continua, comme il l'avait souvent annoncé, ses recherches historiques jusqu'à son dernier jour.
111. On sait peu de chose des dernières années de FroissarU — Sa relraileà Chimay. — Sa mort.
Une ombre épaisse couvre encore les dernières années
(') Il résulte de plusieurs passages de Froissart, notamment des premières lignes du chapitre 82 (livre IV), que la phrase relative à Aubert et Guillaume de Bavière, pour ce temps comtes de Hainaut et d'Ostrevant, est bien antérieure à la mort de Richard II. On pourrait donner dautres exemples de cette locution dans Froissart. Ce qu'il dit de la déposition de Benoît Xlll, s'explique par la soustraction d'obédience prononcée en 4398. Quant à la mission du légat de Boniface IX en Allemagne (Antoine de Montecatino), elle est de 1401 . — Cependant on a voulu prolonger sa vie jusqu'en H44, en alléguant cette phrase sur l'exil de Geoffroi d'Harcourt en 1344, que cent ans après on voyait encore les traces de la haine qu'il en conçut. Mais ce n'est là qu'une expression toute proverbiale, et Froissart dit de môme à propos des ravages des Navarrais en 1358, que cent ans après ils n'étaient « ni réparés, ni restaurés. »
(le la vie de Froissarl. Nous ne savons ce qu'il fit depuis son voyage de Sainl-Omer, et peut-être celte absence complète de données biographiques indique -t-elle seulement qu'il sentit enfin le besoin d'un peu de repos après une vie si vagabonde et si agitée.
On assure qu'il se retira pendant (pielque temps à l'abbaye de Gantimpré, près du prieur messire Jean le Tartier, qui s'occupait de compilations historiques. A Gantimpré, il se trouvait aux portes de Gambray, où Pierre d'Ailly, Tami de Gerson et de Glémangis, venait de monter sur le siège épiscopal. Nous n'avons rien (appris des relations qui se formèrent ou plutôt qui se continuèrent vers cette époque entre le savant prélat et l'illustre chroniqueur, mais nous en retrouvons la trace dans les chapitres relatifs à la grande assemblée tenue à Reims pour l'union de l'Eglise, où Pierre d'Ailly reçut la haute et difficile mission d'exhorlei' les deux papes à ne pas tarder plus longtemps à la rétablir. L'évoque de Gambray était, dit Froissart, « bien enlangagé en latin et en frange çois. » Il lui donna sans doute sur ses inutiles efforts tous les détails qui sont parvenus jusqu'à nous.
Une tradition construite porte aussi que Froissart acheva sa vie dans la ville de Ghiuiay, (jui formait le douaire do Marie de Nauiur , veuv(3 de Gui de Blois ('). Ainsi, son
(' ) Marie de Nam u r épousa pi us ta rd Pierre Brcban t , su rnommé
Clignet, amiral de France, Tun des favoris du duc d'Orléans.
D'après Monstrelet, le comte de Namur fut irrité à un tel point
dernier sentiment aurait été une noble fidélité, non seulement à sa « haute histoire, » mais aussi à cette illustre maison de Blois « qui mist grand entente à ce qu il voul- « sist Tordonner et la dicter. »
Froissart, ajoute-t-on, fut enseveli dans la chapelle Sainte-Anne, dans l'église de Ghimay. Selon une assertion assez douteuse, sa tombe fut brisée et enlevée; une autre opinion explique fort tristement, par sa pauvreté et Tabsence de ses parents et de ses amis, la sépulture qu'il au-» rait reçue sans qu'on prît soin de graver sur la pierre un nom qui suffisait pour l'illustrer. Quoiqu'il en soit , tous les efforts qui ont été tentés pour la retrouver sont restés stériles, et les restes de l'infatigable chroniqueur, à qui la plupart de ses contemporains durent leur gloire, ne sont gardés au sein de la mort que par le silence et par l'oubli. Mais à quelques pas de là, une statue de Froissart lui tient lieu de tombeau, de même qu'une autre statue indique son berceau à Valenciennes.
de ce mariage, qu'il fit trancher la tête à un de ses frères bâtards qui l'avait négocié. En effet, Clignet était de naissance obscure, et si pauvre qu'il vivait au jour le jour. Christine de Pisandit de lui :
... En inaius lieux pour amours s'est armé.
Son plus notable exploit fut de piller le bagage des Anglais pendant la bataille d'Azincourt.