II
Froissart nous instruit volontiers de ce sentiment mêlé de curiosité et de plaisir qui le portait à interroger sans cesse et à écrire sans relâche. Il nous décrit cette admirable activité dont nous parlions tout à Theure , quand il dit dans son poëme de tOrloge amoureuse :
Siii de mouvoir telemeDt curieus Que n'ai ailleurs entente, soing et cure, Ne nature riens el ue me procure Fors que tondis mouvoir sans arrester : Ne j« ne puis une heure en paix ester.
Il nous dépeint encore mieux le plaisir qu'il trouve dans ses récits quand il nous apprend que non-seulement il s'y délite^ mais aussi qu'après les fatigues de ses voyages, il sUj rafraîchit. « Je me remettrai aux autres nouvelles et m'en « rafraîchirai, car telles choses au dire et mettre avant, « me sont grandement plaisans, et si plaisance ne m'eust « incliné au dicter et à l'enquerre, je n'en fusse jà venu à « chef. »
De même que l'on voit dans des professions bien différenj«s, dans des métiers de tout genre, certaines intelligencçs se dégager de tous les obstacles qui les arrêtent, se proposer un but vers lequel elles se sentent irrésistiblement entraînées, et tôt ou tard l'atteindre pour le plus grand progrès des sciences et des arts, il semble que Froissart ait reçu tous les dons qui pouvaient contribuer à rendre plus complète, plus parfaite sa vocation do chroniqueur. Enfant, tout le porte à admirer la gloire.
Arrivé a la force de l'âge, il la chante et la célèbre. Devenu vieux, il l'admire encore en suivant de ses larmes sa rapide décadence et ses souvenirs qui s'éteignent. Dans sa carrière si bien remplie, les princes, les barons le comblent des témoignages de leur générosité. Il rencontre sur ses pas des passions hostiles, des rivalités ardentes, des vices patents ou dissimulés ; il a à se défendre des rancunes injustes comme des insinuations perfides ; il a bien plus encore à se garder des bienfaits, car il est moins diflScile de repousser de soi les clameurs de la haine ou de l'envie que d'étouffer dans son propre cœur la voix de la reconnaissance : mais rien ne peut le séduire, ni l'égarer. L'or qu'on lui prodigue n'enchaîne ni ses sympathies, ni sa liberté. Il s'enquiert et écrit toujours, mais ce n'est que pour les jolis.
Aussi nature qui m'a fet,
Créé et Douri de son fat,
Et qui encore de jour en jour
Me preste loisir et séjour
Que de ce que j'ai je m'avise,
Et ce que je sçai je devise, "*
Se piainderoit, où que je soie,
De moi voir, se je me cessoie:
Et bien auroit raison et cause.
Nulle escusanceje n'i cause;
Car pour ce m'a-elle ordonné,
Sens et entendement donné.
Ce n'est fors que pour les jolis
Qui prendent solas et délis
A Toïr, et qui compte en font:
Pour cculs servir, mon roer tout font
En plaisance, et se m'i délite
Que grandement j'en abilite
L'entendement et le corage.
De quoi nature m'encorage.
Pour discerner ce qui est vrai de ce qui est faux, et surtout pour découvrir ce qu'on cherche à lui cacher ou à ne lui laisser voir qu'à demi, la nature a donné à Froissart cet engin clair et aigu si nécessaire à celui qui veut bien « concevoir les faits. > Il interroge les uns et les autres, et, lors meine qu'il voit bien que son interlocuteur est peu sincère, il le laisse parler, parce que l'on peut trouver jusque dans le mensonge ou dans les exagérations de l'orgueil et de la vanité, le secret de la pensée. Froissarl a vu tant d'hommes, tant de nations, il a entendu raconter tant d'événements, qu'il serait bien difficile de lui imposer quelque conte inventé et grossi à plaisir dont il ne découvrît à l'instant la fausseté ou l'hyperbole. Qui mieux que lui d'ailleurs reconnaît, même en chevauchant sur les e:randes routes, les bons chevaliers dont la parole est toujours sincère?
Froissart, en vivant avec les hommes, s'instruisait bien mieux que par la méditation ou dans la solitude :
Trop envis me trouvoie seuls,
dit-il dans ses poésies; mais il ne faut pas oublier qu'il
n aimait à s^accointer que des hommes sages et habiles, dont les discours pouvaient l'éclairer sur les affaires du temps. «Partout où je venois, dit-il, je faisois enqueste « aux anciens chevaliers et escuyers qui avoient esté en « faits d'armes et qui proprement en sa voient parler. » Aussi, lorsqu'il en rencontrait, leurs récits « lui tour- « noient à grand'plaisance et récréation. » Il en était « tout resjoui, » et il suffisait qu'on lui montrât un bon homme d'armes pour qu'il cherchât à l'interroger. Parfois cependant on ne lui permettait pas d'écrire dans sa chronique ce qu'on lui confiait, et il savait garder le secret : t Si c'est chose qui appartienne à celer, disait-il, t je le cèlerai bien ; » mais il était cent fois plus heureux de pouvoir répéter et éclaircir le conte quon lui avoit conté.
On ne peut séparer, pas plus que ne le fait Froissart lui-même, de cet en^in clair et aigu^ la mémoire et souvenance des choses passées . Quand l'esprit est assez puissant pour saisir et comprendre, dans leurs détails variés, les faits qui se succèdent, il le sera aussi pour les retenir et les conserver. Il en est de l'esprit comme du métal jeté dans la forge, à laquelle Froissart compare sa studieuse retraite de Valenciennes : plus l'empreinte qu'il reçoit est forte et vive, plus elle s'y grave pour ne plus s'effacer.
C'est surtout parce qu'il comprenait les faits avec « un « engin si clair et si aigu » et en gardait si bonne souvenance, qu'il a si bien réussi à les raconter. Après avoir recueilli lo tableau des événements dans sa mémoire^ il le
transfusait dans un autre creuset, c est-à-dire dans ses narrations. Il nous dépeint les caractères de son génie de chroniqueur en deux mots : « Ramentevoir et dire. » Heureux le chroniqueur qui n'oublie rien avant d'écrire et qui, lorsqu'il écrit, le fait si bien, que ce qu'il n'a pas oublié, son lecteur aussi ne l'oubliera plus.
Froissart était doué d'une aptitude, d'une facilité vraiment merveilleuse pour tout apprendre et tout ramentevoir. Lorsqu'il se rendit à Middelbourg près de don Fernand Pachéco, il ne passa près de lui qu'environ six jours. Il écoutait et écrivait « afin d'ouvrer plus tard sur « les paroles et relations du gentil chevalier ; » et quand nous relisons aujourd'hui son grand récit des guerres d'Espagne et de Portugal de 1383 à 1390, nous ne pouvons comprendre que six jours aient suffi pour jeter la base d'une narration dont les historiens modernes ne coordonneraient pas les faits principaux en six mois. Notre étonnement s'accroît encore quand nous rencontrons dans Froissart ces longues énumérations de noms castillans et aragonais, que le duc de Lancastre trouvait les plus étranges du monde.
Nous appliquerions volontiers aux recherches historiques de Froissart ce qu'il disait, sans songer à y faire allusion, dans rOrloge amoureuse :
... Souvenirs dont pas ne sui hays, Pour moi osier de toute pesans oevre.
ïrès-soubtilement. par dedens mon coer oevre...
De très-graut bien m'a toujours pourvéu
Le Souvenir...
S est Souvenirs d'une vertu si haute.
m. Imparlialilé. — Objections. — La Bibiiolhèque du Louvre. — Le duc d*Anjou. — Le duc de Berry. — Le comte de Foix. — Le prince Noir.
Cependant Froissart ne perd jamais de vue que s'il se donne tant de peines pour rechercher la vérité, la vérité seule mérite de trouver place dans ses chroniques. « Tout « ce qui est ici escrit, dit-il, est véritable, > et il n'est pas un mot dans ses ouvrages qui ne prouve combien il acceptait consciencieusement sa mission.
Jamais l'impartialité ne fut plus difficile, car jamais il n'y eut plus de divisions. Dans l'Eglise, le schisme, dans la vie politique, le différend de la France et de l'Angleterre s'étendant dans toute l'Europe et armant toutes les nations les unes contre les autres, et indépendamment de ces guerres, d'autres luttes intestines au sein de chaque pays, en Espagne, Pierre le Cruel contre Henri de Transtamare, en Béarn, Foix contre Armagnac, en Bretagne, Blois contre Montfort, en Flandre, Glauwaerts contre Leliaerts, plus loin, Gueldrois contre Brabançons, Hollandais contre Frisons.
Rien ne pouvait engager Froissart à protester plus vivement de son désir d'être impartial en tout et pour tous. En flattant un peuple ou un prince, il eût pu obtenir
des encouragements isolés, d'autant plus généreux peutêtre que ses récits eussent été moins sincères ; mais le but auquel il tend est plus élevé : il écrit pour tous les chevaliers quel que soit leur pays, et dès lors il sait bien que, s'adressant à des lecteurs de diverses nations et de divers partis, il ne pourra se faire écouter des uns et des autres qu'en restant étranger à leurs passions et à leurs intérêts, f Qu'on ne dise pas, s'écrie-t-il, en parlant de t Charles de Blois , qu'on ne dise pas que j'aie la « noble histoire corrompue, par la faveur que je ai « eue au comte de Blois, pour ce que il fut nepveu et si « prochain que fils au comte Louis de Blois, frère germain « à saint Charles de Blois, qui tant qu'il vesqui fut duc «t de Bretagne! Nennil vraiment! car je ne vueil parce 1er fors ([ue de vérité , et aller parmi le tranchant « sans colorer l'un ni l'autre ; et aussi le gentil sire et « conte , qui Thistoire me fit mettre sus et édifier, ne le « voulsist point que je la fisse autrement que vraie. »
N'est-il pas arrivé néanmoins à Froissa rt de se tromper? N'a-t-il pas été entraîné malgré lui à ajouter foi à certaines rumeurs que propageaient des passions hostiles? Cela est hors de doute; mais jusque dans ses erreurs, jusque dans ses préjugés, il reproduit les mœurs de son siècle, et lors même que par le récit des faits il s'éloigne de la vérité, on la retrouve encore dans le tableau des jugements et des impressions qui avaient cours autour dé lui. Du reste, sa bonne foi n'est pas douteuse : « Je n'eusse au- <( cunement, dit-il, passé une cnqueste faite de quelque
« pays que ce fust, sans ce que je eusse, depuis l'en- « queste faite, bien sceu que elle eust esté véritable. » Parlel-il des guerres entre les Anglais et les Français, entre les Anglais et les Écossais? il ne manque pas d'ajouter : « Si fus informé des deux parties, et bien seconcordoient « les uns les autres.» Aborde-t-il son récit des guerres d'Espagne, il déclare aussi qu'il a considéré comme un devoir d'interroger les Portugais après avoir écouté les Castillans. On ne saurait assez remarquer avec quel soin il rappelle, presque à chaque page, « qu'il fut informé « par aucuns chevaliers d'un lez et de l'autre, qu'il ouït « recorder à ceux qui furent d'un costé et d'autre. » Lors même qu'il examine les chartes (et il nous dit qu'il ne les jugeait dignes de foi que si les sceaux des princes en établissaient l'authenticité) , il veut comparer l'un à l'autre les textes conservés dans les archives de France et d'Angleterre (').
On a toutefois reproché à Froissart de s'être montré trop favorable aux Anglais dans le récit des guerres qu'ils entreprirent contre les Français, et peut-être pour réfuter cette accusation, suffirait-il de faire remarquer que tant que Froissart vécut, il fut accepté par les chevaliers anglais et français comme le fidèle dépositaire de leurs titres communs à la gloire, et qu'après sa mort les historiens de la France aussi bien que ceux de l'Angleterre, lui ont
(') J'ai eu les copies par les registres de la cancellerie d'un roi et de l'autre. Chron. 1,2, 143.
oniprunté depuis quatre siècles la plupart de leurs récits.
Qu'on n'oublie pas que l'Angleterre louée et admirée p:ir Froissart, est TAngleterre d'Edouard III, victorieuse à Grécy et à Poitiers, et pleine de toute courtoisie : t Le « royaume d'Engleterre esloit en fleur, » dit -il, et les chevaliers anglais se vantaient que depuis soixante ans. < ils « a voient eu plus d'honneur en faits d'armes que nul « autre de quelconque nation qu'il fust. »
Une vive admiration de la puissance et du courage des Anglais sous Edouard III , jointe à une préoccupation non moins vive de tout ce qui touche aux malheurs de la France et surtout à son honneur, voilà le sentiment que l'on retrouve dans toutes les pages de Froissart, et c'est ce que nous appellerions volontiers son impartialité. Froissart s'était tour à tour attaché à la reine d'Angleterre, à Gui de Blois, à Robert de Namur. Que l'on nous montre ces influences diflcrentes dans les rédactions et dans les enquêtes ; que l'on cherche si dans tel livre, ou dans tel chapitre, le jugement de l'auteur a subi le joug de ses protecteurs. On parviendra tout au plus à découvrir dans le premier livre quelques phrases sujettes à interprétation : or ce sont précisément les phrases qu'il a copiées dans Jean le Bel , notamment celles qui se rapporteut aux droits d'Edouard III au trône de France. Jean de Beaumont était encore dans le parti anglais quand Jean le Bel écrivit le commencement de sa chronique.
Lorsque Froissart loua il la fermeté d'Edouard III, répondant à Thomas de Nojwich, qu'on laissât son fils gagner
ses éperons, lorsqu'il l'appelait fie plus grand prince qui « eust régné en Engleterre depuis le roi Artus ;el le plus « droiturier seigneur de la chrétienté, » l'hommage qu'il lui rendait n'était pas contesté par les chevaliers français, et le roi Charles V lui-même, en apprenant la mort d'Edouard III, lui fit faire de solennelles obsèques dans la Sainte Chapelle de Paris. Mais l'admiration qu'il éprouve pour le roi d'Angleterre ne l'empêche point d'insister plus que tous les autres chroniqueurs sur le courage que montra Philippe de Valois à la bataille de Crécy, et le résultat de cette journée lui fait dire tristement : « Trop « y demorèrent sur les champs de nobles et vaillants « hommes, ducs, comtes, barons et chevaliers, par les- « quels le royaume de France fut depuis moult affoibli « d'honneur, de puissance et de conseil. » C'est d'ailleurs dans la narration de la bataille de Crécy que Froissart a recueilli cet admirable épisode de la mort du roi de Bohême, Jean de Luxembourg, mort si glorieuse pour la cause qui méritait tant de dévouement et un si noble sacrifice. N'est-ce pas ici le lieu de remarquer que le duc Wenceslas de Brabant, à qui Froissart put lire le récit de ce miracle d'honneur et de fidélité , comme l'appelle M. de Chateaubriand , était le fils même du roi de Bohême ? Gui de Blois , autre protecteur de Froissart, avait aussi perdu son père à Crécy.
L'on voit Froissart placer en quelque sorte les vaincus plus haut que les vainqueurs, lorsqu'il peint le prince de Galles servant humblement à la table du roi de France,
ou chevauchant dans les rues de Londres, sur une petite haquenée noire, à côté du prince prisonnier « monté sur t un grand blanc coursier, très bien arréé et appareillé t de tous points. » N'appelle-t-il pas ailleurs le roi de France le plus noble et le plus puissant roi du monde? N'est-ce pas Froissart qui nous a laissé l'admirable tableau du dévouement de ces bourgeois de Calais qui servirent loyalement à leur pouvoir le roi de France ? N a-t-il pas dépeint avec la môme chaleur la fidélité des habitants de Nantes et de la Rochelle, qui déclaraient que s'ils étaient réduits à honorer les Anglais des lèvres, leurs cœurs du moins resteraient toujours français? Comme poète, n'a-t-il pas chanté la fleur de lis :
la souveraine Sur toutes flours...?
On a fait remarquer, il est vrai, que les chroniques de Froissart manquaient dans la bibliothèque des rois de France , et qu'elles furent saisies en 1 38 1 , par l'ordre du duc d'Anjou, Ces arguments sont-ils bien sérieux?
La librairie du Louvre fut considérablement accrue par Charles V ; mais l'époque à laquelle Froissart écrivit ses chroniques rend tout à fait impossible qu'elles aient pu y être placées, et quant à la bibliothèque de Charles VI, loin de s'enrichir et de s'accroître , elle partagea tous les désastres de la France.
Lors même que les chroniques de Froissart se seraient trouvées au Louvre sous Charles YI , lien ne prouverait
moins que Froissart ne fut pas partial en faveur des Anglais puisqu'ils dominaient alors en France. On pourrait chercher un argument tout opposé dans ce fait incontesté que la chronique de Froissart se trouvait dans la bibliothèque du duc de Berry, et dans celle du duc de Bourgogne Philippe le Hardi (•). Or, de tous les fils de Charles V, Philippe le Hardi fut celui qui maintint le plus fièrement son indépendance au milieu des discordes civiles et des guerres étrangères.
Une autre objection reposé sur un fait particulier emprunté à la biographie du duc d'Anjou.
On lit dans le journal de JeanLefèvre, évéque de Chartres : « Ledit jour (12 décembre 1381) furent scellées « deux lettres doubles, d'une teneur et forme, faisans meïl- « tion que monseigneur le duc fait prendre et retenir par « devers luy, pour faire sa voulentéen ce qu'il luy plaira, « cinquante-six quayers que messire Jehan Froissart, « prestre, recteur de l'église parrochiale de Lestines-au- « Mont, près deMonsen Hainaut, avoitfait escrire, faisans
(») J'y trouve deux exemplaires des chroniques de Froissart antérieurs à la rédaction du quatrième livre, l'un couvert de cuir rouge (no» 1650, i698 et 4699 de l'inventaire publié par M. Barrois) , l'autre en caractères de forme (n"« 4455, 4426 et 4427); un exemplaire des quatre livres, relié en cuir blanc fn«'«4895, 4700, 4054 et4894),et un exemplaire incomplet, couvert de satin noir ou vert, ne contenant que les livres I et IV (nos 692 et 4428). C'est peut-être ce dernier qui figure dans un compte publié par M. Gachard comme ayant été relié par Jean de Rue en 4431.
Il- 40
« mention de plusieurs et diverses batailles et besoignes « en fait d'armes, faites au royaume de France, le temps « passé , lesquels cinquante-six quayers de romans ou « croniques , ledit messire Jehan a voit envoyé pour enlu- « minera Guillaume deBailly, enlumineur, et lesquels le- « dit messire Jehan propousait à envoyer au roy d'Angle- « terre, adversaire, etc. ('). » L'évéque de Chartres était chancelier du duc d'Anjou.
La chronique saisie par le duc d'Anjou au mois de décembre 1381 devait être offerte à Richard II à l'occasion de son mariage avec Anne de Bohême, et Froissart comptait sans doute sur l'intervention de cette jeune princesse pour que ce don fût favorablement accueilli. Anne de Bohême étaitla nièce du duc Wenceslas, et Froissart avait pu la voir à Bruxelles où elle s'arrêta assez longtemps vers les premiers jours de novembre 1 381 avant d'oser s'embarquer à Calais.
Il n'est peut-être pas difficile d'expliquer la mesure rigoureuse dont la chronique de Froissart fut l'objet. Le duc d'Anjou était ce fils du roi Jean qui avait, en manquant à son serment , réduit son père à aller mourir à Londres, et à qui un simple podestat de Sardaigne , le juge d'Arborée, écrivait : « Comme celui qui a menti « une fois, est toujours présumé mentir, nous ne voulons « plus rien avoir à faire avec le duc d'Anjou. » L'année
(') Le Laboureur, introduction du Religieux de Saint-Denis, p. 69.
même qui précéda la saisie des cinquante-six cahiers de la chronique de Froissant, la France et Paris avaient vu avec indignation le duc d'Anjou attendre le dernier soupir de son frère pour s'emparer de son trésor. Le duc d'Anjou n'avait-il donc rien à craindre de l'histoire ? et ne suffit-il pas pour comprendre sa colère en 1 381 , de jeter les yeux sur ces lignes écrites par Froissart en 1380 : « Bien vouloit le roi de France que les autres s'en soignas- « sent en chef des besognes de Frantie, et le duc d'Anjou « son frère en fust absenté , car il le doutoit merveilleu- « sèment et convoiteux le sentoit ; si ressoignoit ce péril. « Mais quoique le roi de France l'absentast au lit de la « mort et l'éloignast des besognes de France, le duc « d'Anjou ne s'en absenta ni éloigna pas trop. Et au der- « rain jour, que le roi de France trespassa de ce siècle, « il esloit à Paris assez près de sa chambre... Sitost que « le duc d'Anjou, sçut qu'il avoit les yeux clos, si fut « saisi de tous les joyaux du roi, son frère, dont il avoit « sans nombre , et fit tout mettre en sauve lieu et « à garant pour lui ; et espéroit qu'ils lui venroient bien « à point à ftiire son voyage où il tendoit aller, car jà « s'escripsoit-il roi de Sicile, de Pouille, de Galabre et de « Jérusalem. »
Avant que trois années soient écoulées, le roi de Sicile, de Pouille, de Galabre et de Jérusalem, quia rançonné tour-à-tour Paris et Milan, expirera dans un pauvre château au bord de l'Adriatique, ayant vu s'évanouir ses dltières espérances et n'ayant conservé de tous ses trésors
qu un mauvais morceau de toile teinte sur une cotte de mailles en lambeaux.
Dans un autre passage de ses chroniques, F m issart accuse le duc d'Anjou d'avoir pillé les provinces du Midi ; mais il adresse le même reproche au duc de Berry qui, loin de faire saisir ses chroniques , les plaçait dans sa bibliothèque. Son impartialité, son amour dé la vérité ne l'abandonnent jamais : on sent bien qu'il approuve les efforts du sire de Rivière pour émanciper le prince et pour soulager le peuple. Tandis que le roi t jeune et de léger « esprit dansoit et caroloit avec les friches dames de Mont- « pcllier toute la nuit, et leur donnoit anels d'or et « frémaillets , » on entendoit s'élever jusqu'au sein de ces fêtes, une voix triste et désolée : « Sire, ce n'est rien de la < povreté de ceste ville ; car elle est de grand' recou- « vrance pour le fait de la marchandise ; mais en la séné- « chaussée de Garcassonne et de Toulouse et es marches « d'environ, où ces deux ducs ont eu puissance de mettre « la main, ils n'y ont rien laissé, mus tout levé et « emporté. » Lorsque Charles VI entra à Béziers, ayant dans son cortège Bétisac, bourgeois de Béziers, devenu le receveur du duc de Berrv, la môme voix lui répéta : « Le sang humain du pauvre peuple se plaint et crie « hautement. » On alléguait des exactions de toute espèce, accomplies par les voies les plus violentes ou les plus honteuses, mais le duc de Berry, « qui estoil le plus « convoiteux homme du monde, » affirmait que tout s était fait par ses ordres. Bétisac était sauvé, si, trompé
par de faux conseils, il n^avait eu la malheureuse idée de se déclarer imbu de l'hérésie des Albigeois. Ne se souvenait-il pas de la manière dont on avait traité les Albigeois à Béziers ? Quelques heures suffirent pour insti'uire ce nouveau procès : « Tantost les fagots s'allumèrent. Bé- « tisac fut pendu et ars, et le pouvoit le roi de France « voir de sa chambre s'il vouloit. »
Charles VI n'en fut que mieux accueilli à Toulouse. Il y prolongea un peu son séjour, car le sire de Sancerre était allé inviter le comte de Foix à se rendre près de lui. Ce fut l'occasion de nouvelles fêtes. Gaston Phébus, grand et beau, s'avançait tête nue et les cheveux flottant sur ses épaules. A sa suite se pressaient les chevaliers et écuyers du Béarn, parmi lesquels nous reconnaissons les anciens amis de Froissart, messire Espaing de Lyon, le sire de Valencin, le sire de Corasse. Après le banquet, le roi et les seigneurs passèrent près de deux heures à entendre chanter des ménestrels, « car le comte de Foix s'y « délitoit grandement. » Ces ménestrels appartenaient au duc de Touraine et au duc de Bourbon. Le comte de Foix, plus généreux que jamais, leur donna deux cents couronnes d'or. A son exemple, le sire d'Albret, à qui Charles VI venait de permettre d'écarteler son écu des fleurs de lys royales, leur distribua deux cents francs. Les hérauts partagèrent tous ces dons. Aussi criaient-ils : Largesse ! largesse! Il semble que Froissart ait pris plaisir à mettre en regard la générosité du couite de Foix et l'avarice du duc de Berry.
La générosité du comte de Foix ! diront quelques critiques, comment faut-il l'entendre ? Si Froissart la loue sans cesse, n'est-ce pas parce qu'il l'éprouva lui-même, et peut-on concilier l'éloge qu'il fait de Gaston Phébus, avec tout ce que nous savons de l'histoire de ce prince?
Tout homme a ses heures de faiblesse ou d'égarement, toute vie a ses taches. Ce que nous devons demander au chroniqueur , c'est qu'en louant ce qu'il a jugé digne d'exemple, il ne cherche jamais à excuser ni à passer sous silence les vices et les fautes qui ont terni de grandes qualités. Gaston Phébus, en développant les institutions, le commerce, l'agriculture dans le Béarn, avait assuré à ses sujets les bienfaits de l'ordre et de la paix : ses domaines offraient en quelque sorte une calme et riante oisis au milieu des tempêtes de la guerre, et c'est après sa mort, quand Froissart n'avait plus rien à attendre de lui, qu'il nous montre les populations éplorées, s'écriant devant son cercueil : « Terre de Béarn, tu n'auras jamais a le pareil du gentil et noble comte de Foix ! »
Cependant Froissart ne nous cache point que le comte de Foix, que ses sujets aimaient tant, « estoit moult cruel, » lorsqu'il écoutaitsa colère. «Qu'on ne dise mie, ajoute-t-il, « que jele blanchisse trop, pour faveur ou par amour que « j'aie à lui, ou pour ses dons qu'il m'a donnés. » Messire Espaing de Lyon avait raconté à Froissart qu'il avait frappé à coups de dague Pierre de Béarn, qui ne voulait pas lui livrer le château de Lourdes : « Sainte Marie, <r s'écria notre chroniqueur, ne fut-ce pas grande cruauté ?
« N'a-l-il point amendé la mort du chevalier '? N'en a-t-il « point depuis esté courroucé ?» — < Oil trop grande- « ment, répondit Espaing de Lyon, et Ta amendé par « penance secrète, par messes et par oraisons. »
Lorsque la main de ce môme comte de Foix, agitée par un autre mouvement de fureur, toucha avec la pointe d'un couteau, je ne sais quelle veine de la gorge du jeune Gaston, lorsque, rentré chez lui, il refusa longtemps de croire qu il avait tué son fils, il y eut quelque chose de plus « qu'une penance secrète. » Le beau prince fit couper sa chevelure dont il était si fier, il revêtit des habits de deuil, il répandit des larmes amères.
Dans la chronique comme dans la vie, le repentir est la condamnation et Texpiation de l'égarement ou du crime. Froissart qui a consacré tant de belles pages à raconter les exploits du prince Noir, Froissart qui doit tout à sa mère, effacera-t-il de sa chronique les horreurs du sac de Limoges? Loin de là : il faut que l'on sache que de tout temps les héros ont succombe aux funestes entraînements de la passion et de la colère, et le triste tableau des malheurs qui en sont la suite appartient aux leçons de l'histoire : « Ce fut grand pitié, dit-il en parlant des cruautés a commises à Limoges , hommes , femmes et enfans se « jetoient à genoux devant le prince et crioient : Mercy, « gentil sire ! Mais il estoit si enflammé de colère que « point n'y cntendoit, ni je ne sçais comment il n'a voit « pitié des povrcs gens. Dieu en ait les Ames, car ils K furent bien martyrs. »
— ne —
On sent toutefois, que c est avec une secrète douleur que Froissart remplit ce devoir. Combien ne se fut- il pas applaudi de n'avoir qu'à célébrer les vertus des princes et des barons, en les montrant toujours courtois et toujours chevaleureux. Il est si difficile de croire «qu'un noble « et gentil homme puisse penser et pourchasser fausseté « et trahison. >
Cependant, plus l'honneur des armes est placé haut, plus sont dignes de flétrissure ceux qui l'abdiquent par une fuite honteuse ou qui le ternissent paf des cruautés sans excuse. Froissart condamne les premiers à l'oubli et ne nomme les seconds que pour raconter le châtiment qui tôt ou tard leur est réservé ; c'est ainsi qu'il dit des (îhevaliers brabançons , qui lâchèrent pied devant les hommes d'armes du duc de Gueldre : « Je ne les veux « point nommer, car blasme seroit pour eux et pour leurs « hoirs, » et plus loin , à propos d'Aymerigot Marcel : « Des bons et des mauvais, on doit parler et traiter en « une histoire, quand elle est grande comme celle-ci , « pour exemplier ceux qui viendront, et pour donner ma- < tière et achoison de bien faire, car si Aymerigot eust « tourné ses usages et ses argus en bonnes vertus, il « cstoit bon homme d'armes, de fait et d'empriiise, pour « moult valoir, et pour ce qu'il fit tout le contraire, il en « vint à maie fin. » Ailleurs, Froissart blAme les princes qui brûlent les églises, sans respect pour Dieu, sans pitié pour les malheureux réfugiés au pied des autels, et, rappelant aux chevaliers qu'ils sont justiciables de l'histoire
et de la postérité, il place dans la bouche de Gauthier de Mauny, intervenant en faveur de deux prisonniers, ces belles paroles : t Seigneurs compagnons, ce seroit grant « honneur pour nous si nous pouvions ces deux chevat liers sauver; si nous en sauroient gré tous prudhommes « qui au temps à venir en pourroient ouïr parler. »
IV. Mœurs de divers pays. — Qualités et défauts des diverses nation». — Les Anglais envieux. — Les Français subtils. — Les ^Allemands convuiteux. — Los Écossais. — Les Espagnols et les Portugais. — Lllalie. — La Flandre. — Où se place Froissart?
Froissart fut-il impartial pour les nations comme pour les hommes? N'exprime-t-il pas sans s'en douter des sym • pathies plus vives pour tel ou tel peuple ? Autre questioii qu il faut résoudre, et qui ne manque point d'intérêt, puisqu ils'agit de rechercher jusqu'à quel point Froissart, dans ses nombreux voyages, a observé fidèlement les usages et les mœurs.
Nous avons déjà dit que l'on a accusé Froissart de préférer les Anglais à tous les autres peuples. On est même allé plus loin. Un érudit du xvn* siècle, Denis Godefroy, confondant le travail de Froissart et la continuation qui dans d'anciennes éditions se trouve jointe à sa chronique, lui reproche d'avoir épousé la querelle des Bourguignons
contre les Armagnacs, qui n'éclata qu'après sa mort ('). Nous croyons être plus juste en faisant remarquer que Froissart se préoccupait avant tout des règles de la chevalerie, et qu'il a loué ou flétri les mœurs qu'il avait à juger selon qu'elles s'en rapprochaient ou s'en éloignaient. Certes, les chevaliers anglais qui comhattent sous la bannière d'Edouard III et du prince Noir « sont sur tous « courtois, traitahles et accointables (').» Rien n'égale leur générosité dans les combats (^), et Froissart rend hommage t à la grand' renommée qu'ils avoient d'estre € preux et vaillans aux armes (4). » Il les montre « s'ac- € quittant loyaumenl, faisant bien leur devoir, partout où « ils se sont trouvés en armes et, ayant trop pluSjCher à « estre morts que donc que on leur reprochast fuite [^) . » Il accuse toutefois d'une manière générale le peuple anglais d'envier ce qui appartient à d'autres nations (^) ;
(') Préface de rédition de Ju vénal des Uisins, 1653.
(') Chron, IV, 40
(') Englois et Escots sont très-bounes gens d'armes. Tant que lances, haches, espées ou dagues et huleino peuvent durer, ils lièrent et frappent l'un sur l'autre, et quand ils se sont assez combattus, ils se glorifient en leurs armes et sont si resjouïs que sur les champs ceux qui sont pris et fiancés ils sont rançonnés, et savez-vous comment? Si très lost et si courtoisement queau département ils disent : grand merci. 6'A/*o/<. III, 121 .
p) ( hron. 11,215.
O C/tron. 111, 122.
(^) Par nature Englois sont trop envieux sur le bien d'autrui
il lui reproche aussi un orgueil froid et triste qui assombrit jusqu'à ses plaisirs, parmi lesquels il place avant tout autre celui de se nourrir de douces viandes et de bonnes cervoises (') ; mais si par malheur quelque sédition vient à éclater, on ne rencontre point ailleurs des passions aussi implacables, ni aussi cruelles (').
Froissart ne loue pas les chevaliers français moins que les chevaliers anglais, mais on sent que cet éloge ne peut être le môme. Il a h raconter la victoire des uns, la noble
et ont iouJQurs esté. 11. 206. Les Englois sont communément envienxsur toutes étranges gens. 1, i, Î6 On dit que oncques envie ne fut morte en Engleterre, I, i, 28. Aussi sont Englois fels, dépiteux et orgueilleux. III, 81. Cf. I, 2, 258; III. 60.
(') Englois sont nourris de douces viandes et de cervoises bonnes et grosses. Chron. III, 83. Ce qui rend les Anglais « moites, <»dit-il ailleurs. Les cervoises d'Angleterre étaient renommées depuis longtemps : quant à leur bétail, objet des excursions des Écossais, il suffit de remarquer qu'une haute dame se vantait au xiiie siècle que ses douze mille vaches lui donnaient tant de fromages que si elle était assiégée dans son château avec cent hommes d'armes, elle pourrait y résister un mois entier en lançant sans interruption ces projectiles d'un nouveau genre. Froissart ne nous apprend pas que la comtesse de Salisbury ait eu recours à ce moyen de défense.
(•) Considérez que c'est de peuple quand il s'émeut contre son seigneur et par espécial en Engleterre ; il n'y a là nul remède, car c'est le plus périlleux peuple commun qui soit ou monde et le plus outrageux et orgueilleux. Et de tous ceux d'Engleterre, les Londriens sont chefs... Et tant plus voient du sang espandu, tant plus sont-ils crueux. Chron, IV, 76.
résistance des autres, t En France a esté trouvée bonne
« chevalerie, roide, forte, apperte et à grand foison ; car
« le royaume de France ne fut oncques si desconfit que
t on n'y trouvast bien toujours à qui combattre (*). »
La France vaincue n'en reste pas moins jusque dans ses
désastres, une monarchie bien plus célèbre, bien plus
considérable que l'Angleterre : « Là est toute richesse
€ et puissance ('). » Froissart se plaît à peindre sous les
plus riantes couleurs, la douce France des trouvères ; il
l'appelle tour à tour le « très-souef pays de France, cette
« douce et courtoise contrée, avec de belles prairies, de
« douces rivières, de beaux villages et de beaux logis, oii
« l'air est si bon, où les vins sont si doux, où les fontai-
« nés sont si attemprées, ce royaume si grand et si noble
« où tant a de bonne et noble chevalerie , ce noble
« royaume habitué de villes et de chastels sans nombre P) . »
Il loue aussi l'esprit des Français comme supérieur à
celui des autres nations (4). Parlant de cette éducation
élégante qui ne peut s'acquérir sa*ns savoir d'honneurs
ce que l'on en peut ou doit savoir, il remarque « qu'en
« France tous seigneurs et toutes dames sont trop plus
« honorables et mieux pourvus qu'en nulle autre terre (^) .»
(') Chron. I, i, 1 .
(') Au royaume de France est toute richesse et puissance. C^iron. IV, 61. Cf. III, 404.
{■') Chron, 11, 65 ; III, 24, 64, 8^, 404. (*) Chron, III, 39.
(=) Chron, IV, 59.
Il ajoute ailleurs : « Pour faire honneurs, nul pays ne « s' acomparage à France. » Il en est de même pour les fêtes et pour Fart de placer « bellement et ordonnénient » les tentes et les pavillons (').
Mais les Français abusent de Tart de bien dire ; ils sont trop vanteux ('), trop subtils (^) . Ils savent trop bien « fleu- « rir leurs paroles si douces et si belles (4) ; » on leur reproche « les cavillations et déceptions de leurs paroles « colorées (^). » Ils n'envient rien aux étrangers, mais ils sont divisés entre eux par des jalousies secrètes (^) .
Il ne faut d'ailleurs pas perdre de vue, que Froissart
(•) CAron. 1.1.52,156.
(*) Les Espagnols disaient : Ces François sont trop grands vanteux et hautains. Chron. Ilï , 20.
(^) François sont subtils. François sont moult subtils. François sont trop subtils. En parlure françoise, a mots subtils et couverts et sur double entendement, et le tournent les François, là où ils veulent, à leur profit et avantage. Chron. IlI, 39 ; IV, 4i, 35, 5i, 63. Eustache Deschamps se borne à dire :
François perdent leur temps à conseilUer. 0) Chron. IV. 56.
(^) Le duc de Glocester ressoignoit les cavillations et déceptions des paroles colorées des François. Chron. IV, 35 .Entre vous de France, disait le duc de Glocester à Robert THermite, avez tant de paroles colorées, lesquelles nous sont obscures à nostre entendement que, quand voulez, il est guerre, et quand vous voulez, il est paix. — Ils me fleurissaient de paroles si douces et si belles, répétait-il plus tard à son ami Jean de Lackingay, que toujours réchéoient-ils sur leurs pieds.
{') Chron. IV. 21.