AMOURS, POÉSIES ET PREMIERS VOYAGES
I. Nouvelles inspirations. — Le péage d'amour. — Apparition de Mercure et de Vénus. — La marchandise.
Bientôt un autre sentiment , qui n'était plus celui de Fadmiration des grands noms et des grandes ruines, se fit jour dans le cœur de Froissart. 11 était fort jeune encore quand, comblé des bienfaits de dame Nature, il dut, comme il le dit lui-même, à Amour ces douces leçons qui, sans étouffer la raison, éveillent, développent et ornent Timagination :
... Moult me trouva foible et tendre Amours, quant si hault me fist tendre Comme en amer.
Froissart a retracé, dans VEspinette amoureuse, le tableau de ses premières années, et ces vers, dictés par les plus doux souvenirs, ont conservé pour nous tout leur charme et toute leur fraîcheur :
Pluiseur enfant de jone éage Désirent forment le péage D'amour payer ; mes s'il savoient Ou si la cognissance avoient
Quel chose leur fault pour payer, Ne s'i vodroienl essayer.
Eq mon jouvent, tous tels estoie Que trop volontiers m'esbatoie.
Très que n'avoie que douse ans, Estoie forment goulousans De véoir danses et caroles, D'oïr ménestrels et paroles Qui s'apertiennent à déduit , Et de ma natfire introduit Que d'amer par amour tous ceauls Qui ament et chiens et oiseauls.
Et quand on me mist à Tescole, Il y avoit des pucellettes Qui de mon temps èrent jonettes, Et me sambloit, au voir enquerre, Grant proesce à leur grasce acquerre.
On ne m'en doit mie blasmer, S'a ce ert ma nature encline ; Car en plusieurs lieus on décline Que toute joie et toute honneurs Viennent et d'armes et d'amours.
Sous Tcmpire de ces tendres émotions, que les historiens peuvent ne pas connaître, mais qui n'ont jamais manqué aux poètes, on le voyait chaque jour offrir aux jeunes filles qui avaient frappé ses regards, soit quelques fruits de son verger, soit quelque simple couronne de fleurs. Les illusions de cette passion naïve, éprouvée
pour la première fois, étaient pour lui une source féconde d'inspirations nouvelles. Le chant des oiseaux cachés sous la feuillée, le parfum des fleurs mollement inclinées sous les larmes de Taurore, le bruissement des zéphyrs, qui portent à la terre les mystérieux murmures d'un autre horizon, tout parlait à son âme un langage qu'elle devinait sans le comprendre. Il lui semblait voir le ciel s'éclairer d'une lumière plus chaude et plus vive, et, comme il le dit lui-môme :
En ceste douce nourriture Me nourri Amours et Nature.
Les journées s'écoulaient en doux propos, et le silence même empruntait un attrait de plus aux charmes de la rêverie :
Je passoie à si grant joie Celi temps, se Diex me resjoie !
Que tout me venoit à plaisir, Et le parler et le taisir.
L'hiver, en suspendant les danses et les joyeuses veillées, offrait au jeune homme d'autres plaisirs, ceux qu'il trouvait dans la lecture des romans, où l'amour et la chevalerie confondaient leurs enseignements ; mais c'était surtout quand le printemps revenait que les fictions dont son imagination s'était bercée retrouvaient, aux premiers rayons du soleil, tout leur éclat et leurs plus riantes couleurs. Un jour il crut voir Mercure et Vénus descendre des nuées où Zéphyrus avait dissipé, par l'ordre
d'Aurora, les ténèbi'es d'Hespérus, el le récit de ce songe, inférieur, comme œuvre poétique, aux vers que nous avons cités, présente pour la biographie des premières années de Froissart les données les plus précieuses.
Froissart rapporte, dans le Buisson de JonècCy que la lune préside aux quatre premières années de lenfance, et que les dix années suivantes sont placées sous l'influence de Mercure, qui « la langue li abilite ; »
Puis vient Vénus qui le reprent Et li fait cogDoistre le monde Et sentir que c'est de délis,
Et le fait gai, joli et ceinte, Et de tous esbanois Tacointe (*).
Froissart avait donc quatorze ans lorsque Vénus, amenée par Mercure, vint lui annoncer qu'il aimerait une dame « belle, jonc et gentc, » telle que Paris l'eut préférée à Hélène, et que jusqu'à Constantinople empereurs, ducs et comtes lui eussent vainement cherché une rivale. Cependant cet amour ne devait pas remplir toute sa carrière ; mais Vénus lui avait promis qu'il conserverait tant qu'il vivrait :
Goer gai. joli et amoureus.
C'est ainsi qu'il faut entendre ce que la déesse ajoute quelques vers plus loin :
(>) Buisson de Jonèce, p. 381 . D'après le code de la chevalerie, c'était à quatorze ans que le page devenait écuyer.
...Dix ans tous entiers Seras mon droit servans rentiers, Et en après, sans penser visce, Tout ton vivant en mon servisce.
Résumons par quelques dates ces indications biographiques. Froissart, né en 1337, avait eu, à Tâge de quatorze ans, c'est-à-dire en 1 351 , la vision poétique qu'il raconte. Pendant dix ans il aurait été tout à Tamour ; mais ces dix années étant écoulées, il serait resté au service de Vénus, sans penser visce. Or, ces dix ans nous conduiront à Tannée 1 361 , époque où il deviendra Tun des clercs de la reine d'Angleterre.
Mais il s'agissait bien, en 1 351 , de vision poétique et de prophétie dictée par une déesse : la famille du juré de Beaumont croyait fort peu à Zéphyrus, à Hespérus et à Aurora; elle ne songeait qu'à imposer au jeune Jean Froissart une profession plus utile et plus lucrative que le service deVénus,et,bien queLacurnede Sainte-Palaye ait cherché à établir qu'on entendait alors par marchandise ce qu'aujourd'hui nous nommons, en un langage plus grave et plus respectueux, la diplomatie, les vers mêmes de Froissart restreignent ce mot à l'acception la plus simple, en l'appliquant à une époque fort antérieure aux négociations qu'on aurait pu lui confier :
Memesfis, dont moult me repens...
Car mieux vault science qu'argens.
Si me mis en la marchandise
Où je suis aussi bien de taille Que d'entrer ens une bataille Où je me trouveroie envis.
Il ajoute :
En jonèce me vint cils flueves,
et il cite l'exemple des Romains qui, avant de faire embrasser quelque profession à leurs fils, étudiaient leur caractère et consultaient leurs goûts.
La ville de Valenciennes, qui depuis longtemps possédait un atelier fort actif de monnayage où se fabriquaient les mailles valenciennoises, avait aussi un cbange important. En 1323, le comte de Hainaut avait permis 5 plusieurs Lombards de s'y fixer. L'un d'eux appartenait à cette famille des Garet , plus connus sous le nom de Louchard, les plus célèbres usuriers du xiv* siècle. Tandis qu'ils se faisaient élever des statues dans les églises de Flandre et plaçaient en France les fleurs de lis royales sur leur sceau, ils affermaient les carbonnières du Hainaut (*).
Froissart, qui reproche aux marchands et aux courtiers de s'emparer du tiers de tout ce que les seigneurs ont de chevance, appelle dans sa chronique les Lombards de malicieuses gens, et il y cite souvent les changeurs de Valenciennes. Il y a de plus dans ses poésies quelques allusions qui permettraient de supposer qu'il apprit par
(') Charte du mois d'août 1274 (archives de Lille).
sa propre expérience tout ce qu'il raconte de leur avarice :
Change est paradis à Targent :
Car il a là tous ses déduits,
Ses bons jours et ses bonnes nuits.
Cependant il n'était donné à personne d'arrêter chez Froissart ce penchant irrésistible qui l'entraînait, loin du comptoir industriel, à célébrer les dieux et les héros que la Grèce appelait aussi des dieux. Froissart était déjà poëte, et peu s'en fallait qu'il ne fût aussi historien. Les lettres, qu'il appelle li mestiers gens, le réclamaient tout entier, et il sentait plus vivement que jamais s'élever dans son sein cette voix intérieure qui lui révélait son génie et son avenir.
II. La damoisellc et le roman de Clcomadcs. — Ballades. — Le rosier fleuri. — Froissart s'éloigne pour mieux valoir, — Doulœ congié,
Froissart resta à ses inspirations, c'est^-à-dire à ses vers et à ses amours. Mais à qui offrir ses amours? Qui chanter dans ses vers? Il se le demandait, quand il aperçut un jour une damoiselle qui lisait un de ces livres qu'il ne se lassait jamais de feuilleter, soit le jour, soit la nuit. S'étant approché d'elle sans bruit pour ne pas la troubler, il l'appela par son nom en lui disant :
Ce rommant, comment L'appelés-vous, ma belle et douce?
La damoiselle s'interrompit et posa la main sur son
livre : son regard se porta vers le jeune homme, et celui-ci remarqua -alors seulement les mains les plus blanches, les traits les plus gracieux, des yeux bleus et des cheveux blonds qui rappelaient Vénus elle-môme, Vénus qui lui avait promis une beauté plus éblouissante que cette Hélène que les vieillards de Troie jugeaient digne d'être le prix de la lutte de l'Europe et de l'Asie. La damoiselle continua sa lecture.
Et quant elle ot Ht une esp^sse Elle me requist, par sa grasce, Que je vosisse un petit lire.
Adont lisi tant seulement Des feuilles, ne sçai deus ou trois, Elle Tentendoit bien entrois Que je lisoie, Diex li mire!
Adont laissâmes-nous le lire.
N'y a-t-il pas ici un écho des beaux vers de Dante, moins le baiser qui perdit Francesca de Rimini?
Noi leggevamo un giorno per diletto Di Lancilotto come amor lo strinse :
Soli eravamo e senza alcun sospetto.
Per più fiate gli occhi ci sospinse Quella lettura e scolorocci '1 viso :
Quel giorno più non vi leggemmo avante.
Le roman que lisait la damoiselle était celui do Cléomadès. Froissart lui prêta celui du Baillieu d'amours. que nous ne possédons plus. H y joignit une ballade qu'il avait composée lui-mémo, mais que la damoiselle refusîi,
peut-èlre parce qu elle était trop tendre. A peine put-il lui faire accepter une rose, et ce souvTïnir lui était si cher (ju'il allait composer ses virelais près du rosier où elle avait été cueillie.
Un jour qu'il dansait avec elle, il voulut lui découvrir les sentiments secrets de son cœur :
Une foispresins à danser... Je la tenoie par le doi, Car elle me menoU devant, Mes tout bellement en sievant, Entrues que le doi li tenoie, Tout quoiement li estraindoie, Et ce si gninl bien me fcusoit !
Il allait tout avouer, tout déclarer, mais la damoiselle Tinterrompit :
Est-ce à bon sens que me voudriés Amer? Et à te cop se lève Et dist : Dansons : pas ne me grève Li esbattemens de la danse
Belle, gracieuse, élégante, elle prodiguait autour d'elle son doux parler et son doux sourire : Froissart eût voulu être le seul à qui elle parlât, à qui elle sourît, parce qu'il se croyait seul digne d'admirer son esprit et sa beauté.
Une seconde ballade n'avait pas été mieux reçue que la première, et Froissart, après avoir appelé d'abord la mort à son secours, se résigna, comme tous les poètes, à faire d'autres vers sur son malheur. Mais ni ses prières, ni son désespoir, ne lui réussirent. La dame était noble
et riche (•), Froissart pauvre et obscur. Il fallut qu'h
(•) Lacurne de Sainte-Palaye lui donne lo prénom d'Anne, quMl écrit Ane : mais j'aime mieux supposer qu'elle portait le
prénom de Jeanne, que Froissart a pu écrire Jane, et je proposerai de lire ainsi ces quatre vers de VEspinette amoureuse :
i\ qui assener y saura,
Assez bon sentiment aura,
Mon pour quant les lettres sont dites
En quatre lignes moult petites.
Les lettres initiales de ces quatre vers formeraient le nom de Jane. Le seul changement à y introduire, Jl qui, est tout à fait dans le style de Froissart. Cest ainsi quMl dit en parlant de Jean d'Âubrecicourt et d'Olivier de Clisson : // qui estait moult honorable ( Chron, I, <3) ; i7 gui estoit nu et despourvu (IV, 28) Je crois qu'il y a une allusion aux noms de Jean et de Jeanne dans ces vers :
On pora Trover, qui bien querre y vora, Le nom de ma dame et de mi.
Et dans ceux-ci : «
Là Irouverés, n'en doublés mie, Pour cognoislrc amant et amie.
En efifet, on trouve le nom de Jane dans Jean. Jane est l'orlhographe anglaise du nom de Jeanne, et j'en rencontre un autre exemple dans ce vers du môme poëme :
Estre pèlerine à Saint- Jamc.
Saint-Jame est ici pour Saint-Jacques de Composteile. Je découvre aussi le nom de Jane, écrit cette fois comme il le dit lui-même, avec cinq lettres, c'est-à-dire Joane, dans celui de PoUœena, cité dans une de ses ballades, et il est à remarquer que le portrait que le poëte trace à deux reprises de l'objet de sou amour est absolument le même.
quittât Valenciennes pour mieulx valoir et pour quérir honneur par travail (').
Cependant, lorsque le moment de son départ fut arrivé, la damoiselle lui accorda un dernier entretien où elle laissa s'échapper un aveu inutilement sollicité jusqu'à ce jour :
Ce fut en avril xvi jours ('),
A l'issir d'une forteresse,
Devers ma dame par amours
Et lui disoie mes clameurs,
Regardant sa belle jonesse,
Son gent corps, sa riant simplesse,
Son très-doulx maintien, sa haultesse,
Son humble parler, ses doulçours.
Qui me donnent plus de léesse.
Que seigneurir sur la richesse
De toutes les mondaines cours.
Elle estoit bien acompaignie
Et avoit en sa compaignie
Une dame très-gracieuse :
Si me mirent par courtoisie
Entre elles deulx, à chière lie.
La place esloit moult déliteuse,
(•) Court de May; Espinette amoureuse, p. 263.
(') Il ajoute que c'était un samedi. Or, ce samedi < 6 avril doit être la veilledu dimanche des Rameaux 4355 (v. st.). Celte date est importante, puisque Froissart dit ailleurs qu'il quitta alors Valenciennes, et elle se trouve confirmée par le prologue de ses chroniques où il rapporte qu'il s'est enquis, depuis 4356, du fait des guerres et des aventures.
— Si —
Parée de fleurs, toute herbeuse.
Le rossignol, de voix joyeuse, Y chautoit dedens la feuillie Par fiue plaisance amoureuse.
Tant que sa voix armonieuse Garissoitde mérancolie (>)•
La damoiscUe , les yeux baignés de quekjues larmes , disait au poète :
Quand de vous loiugtaine seray Et que véer ne vous pourray,
J'envoierai Doulce Pensée
Qui vous dira, et dira vray, Comment par vraye amour celée, Je n'aray joyeuse journée Jusqu'à tant que vous reverray.
Mais celle voix ne pouvait le consoler : il subissait je ne sais quel pressentiment que cette promesse serait vainc, et il dit lui-même :
Morne, pensif...
De ma dame me départi.
La damoiselle avait donné à Froissart un miroir de verre, de même que Froissart avait donné à plus d'une
{*) Court de May.
bachelette un anneau de verre. Ce symbole si fragile pouvait-il annoncer une foi constante et durable? Il avait (lu moins le don merveilleux d'offrir Timage aimée dont il reproduisait naguère les traits délicats et gracieux.
III. Départ de Froissart pour TAngletcrre. — Froissart y reçoit un bon accueil de la reine. — Vision de Douice Pensée. — Regrets. — Retour à Valenciennes.
Froissart avait environ dix-huit ans, mais déjà il avait pu faire connaître son talent précoce pour la poésie, et nous ne nous étonnerions pas que le petit-fils du juré de Reaumont eût obtenu des lettres de recommandation de Jean de Ilainaut et du roi de Rohême, qu'il put voir au chAtcau de Rcaumont. Il nomme dans ses chroniques le roi de Rohéme « le plus noble et le plus gentil roy en « largesse qui regnast en ce temps , » et cite à peu près dans les mémos termes « le gentil chevalier messire Jean « de Ilainaut. » Une nièce de Jean de Hainaut était reine (rAiigloterre; une fille de Jean de Bohême avait été la p» ornière femme du roi de France (').
Quoi ([u'il en soit , Froissart se dirigea d'abord vers TAngletorre et s'embarqua dans un port où se trouvaient
(') Jean de Beaumont était fils de Jean d'Avesnes, comte de Hainaut, et de Philippe de Luxembourg, qui avait donné son nom à la reine d'Angleterre, sa petite-fille.
hii.
— salin grand nombre d'avolés (tel était le nom que Ton donnait aux leliaerts bannis de Flandre); la mer était houleuse, et tout en essuyant pour la première fois une tempête, il eut le temps d'écrire un virelai de plus. Peutêtre dira-t-on que le moment était assez mal choisi. Penser à un rondeau quand les matelots crient et que de toutes parts Feau pénètre dans le navire! Mais Froissart voit le péril d'un œil tranquille. Il se confie en Dieu et s inquiète peu du reste. La main qu il eût pu mettre aux cordages était occupée à tracer des vers, et son esprit était trop absorbé par Tamour et la poésie pour être distrait même par la fureur des vents et des flots.
Enfin on aborda, et Froissart se présenta à la cour d'Angleterre, où il reçut un accueil favorable de la reine et des barons (*).
11 dit hii-même :
Avec les seigneurs et les dames M'esbatoie irès-volentiers.
Ailleurs il ajoute à propos d'un virelai qu'il ollVit à Philippe de Hainaut :
Lorsque j'ai fait le virelay, A ma dame baillié je Tai Qui me tenoit en ce pays.
Dont je n'estoie pas hays.
(•) Nous trouvons une mention de ce premier voyage de Froissart dans le premier livre de sa chronique (L 2, 18) : « Et y eut
Cependant lorsque Tannée , achevant son cours , ramena ce beau jour de mai où il avait reçu le doulx confié de sa dame, il invoqua Doulce Pensée qui, se rendant à sa prière , lui mit devant les yeux un portrait charmant et fidèle:
Aussy y mist Amours la main.
Pourquoi ce portrait? Le miroir s'était-il brisé? Un nuage était-il venu en voiler l'éclat ? Rien n'eût été plus conforme aux règles de la magie poétique du moyen âge. Mais, si ce portrait était entièrement fidèle, n'y lisait-on pas aussi dans ces yeux où il n'y avait plus de larmes, sur ces lèvres qui prodiguaient de nouveau leur doux sourire, les traces trop réelles de l'inconstance et de l'oubli?
Dès ce moment, le jeune poète ne goûta plus ni loisirs, ni repos ; son inquiétude et ses regrets se mêlaient à tous ses vers.
Moult m'est tart que je revoie
La très-douce, simple et quoie
Que j'aim loyalment.
Lonc temps a que ne la vi, Ne que parler n'en oï :
J'en vis en tristour.
Amours, dites-li ensi
comme je fus adonc informé, douze nefs perles et desvoyées et les autres retournèrent à Bervich. » Ceci se passait eu 4356, époque que Froissart désigne ailleurs comme celle où il aborda ses recherches historiques.
Qu'oDcques amans ne souffri
Si forte labour Que j'ai souffert pour ii ci Et souflfrerai autressi
Jusqu'à mon retour.
Or sont grief piour et grief cri, Regret, anoi et soussi
En moi, nuit et jour, Car sus l'espoir de merci De li au partir parti
Et par bonne amour ; Dont s'a ii parler pooie, Au mains je li monstreroie
Ce que mon cocr sent, Mes bien voi, tani qu'en présent.
Nuls ne m'i renvoie.
La reine d'Angleterre comprit fort hion que Froissart lui demandait de pouvoir retourner ci Valonciennes. Elle y consentit, mais ce ne fut qu'après lui avoir fnit promettre qu'il reviendrait à sa cour.
Elle voit bien par la seutensce
Que mon coer ailleurs tire et pense.
Assez bien m'en examina
Et de moi tant adevina
Que fort estoie énamourés.
Or dist-elle : « Vous en irés.
« Si aurés lemprement nouvelles
« De vo dame qui seront belles.
« D'or en avant congié vous donne :
« Mes je le voeil, et si l'ordonne,
« Qu'encore vous revenés vers nous. »
Et je qui estoie en genous Li dis : u Madame, où je serai « Vostre commandement ferai. »
Froissart nous apprend que la reine lui donna à son départ des chevaux, des joyaux et de l'argent. Quel prix n'ajou tait-elle donc pas à son retour en Angleterre, puisqu'elle se montrait si généreuse envers un jeune poëte qui n'avait pas vingt ans?