Canal du Rhône au Rhin
Tels sont les endroits d’entrée en France de la batellerie fluviale et les têtes de lignes stratégiques de notre défense terrestre contre le choiera. Si notre frontière était envahie sur l’un de ces points, il est bien entendu que, au fur et à mesure de la progression de l’épidémie, d’autres postes devraient être établis, sur le parcours infecté, en dedans du point de contamination.
L'installation de ces postes demanderait un personnel composé de ;
Un médecin-chef.
Un ou plusieurs médecins suivant l’importance du trafic.
Plusieurs surveillants ou gardes.
Gyvelde.
Hondschoote.
Deulémont.
Leers-Grimonpont.
Mortagne.
Saint-Aybert.
Jeumont.
Les Quatre Cheminées.
Arnaville.
Xures.
Montreux-C I u\t eau.
LA PROPHYLAXIE SUR LA FRONTIÈRE DE TERRE 2bi
Un OU deux infirmiers.
Et le matériel devrait comprendre :
Embarcations.
Local pour isoler les malades.
Local pour isoler les suspects.
Matériel de laboratoire suffisant pour établir un diagnostic bactériologique.
Étuve à désinfection.
Médicaments et substances désinfectantes.
Seaux, etc.
Une instruction devrait être rédigée à la fois en français et en flamand et distribuée aux bateliers, pour attirer leur attention sur le danger résultant de la présence des matières fécales et de Fabsorption d’une eau douteuse en temps de choléra.
Enfin, si Fépidémie s’approchait et qu’elle devînt l’objet d’une crainte immédiate, le trafic devrait être limité à certaines heures de la journée et de nouveaux postes seraient établis le long des voies navigables plus spécialement menacées.
Il nous reste à regretter que, parmi les nombreux règlements édictés pour la navigation fluviale, pourtant si importante en notre pays, il n’en existe aucun concernant les mesures à prendre en matière d’hygiène à bord des bateaux ^ ; nous constatons que la loi sanitaire de 1902 les a simplement oubliés. Certaines communes, traversées par des voies navigables très fréquentées, se sont émues de cet état de choses et ont peut-être introduit dans leurs règlements sanitaires locaux des articles visant spécialement la batellerie, mais ce sont là des exceptions. Si l’ori songe que la France est constamment sillonnée par des chalands de toute sorte, à bord desquels habitent des milliers d’individus, si l’on se représente, que ces bateaux hivernent, pour la plupart, en quelques
' Cette lacune a déjà été signalée par Henry Thierry au Congrès d’assainissement et de salubrité de l’habitation, qui eut lieu à Paris en 1904.
LA PROPHYLAXIE
points déterminés où ils s’agglomèrent en grand nombre, on se rendra facilement compte qu’il y a dans notre législation une lacune à combler et qu’il importe d’instituer au plus tôt pour la batellerie fluviale une réglementation de l’hygiène en complétant ainsi le code qui la régit.
A chaque écluse devraient être établis des cabinets d’aisances propres et convenables, mis à la disposition dés mariniers et conQés à la garde de l’éclusier. Lorsque l’installation en sera possible, une conduite d’eau ou un puits distribuera en tout temps une eau potable exempte de soupçon.
Ces améliorations sont faciles à effectuer ou à réglementer par le service des Ponts et Chaussées; il suffira, nous l’espérons, de signaler ces desiderata pour qu’on mette à l’étude les projets nécessaires à leur réalisation.
En dehors de cette hygiène privée de la batellerie fluviale nous avons à considérer le cas où le choléra s’étend dans une région traversée par elle. Jusqu’à présent aucune instruction n’a été rédigée en ce sens dans notre pays et nous citerons, comme modèle en la matière, le règlement qui a été promulgué en Allemagne dans la loi du 20 février 1904 dont l’Annexe I est consacré à la batellerie en temps de choléra.
Annexe I.— Réglement pour la surveillance sanitaire de la navigation intérieure et de la batellerie.
Toute la batellerie fluviale sera visitée chaque jour à des postes fixes, ou en cours de route par des canots de surveillance portant un médecin et sigalés à l’attention publique par un pavillon blanc.
Cette surveillance fluviale sera divisée en districts dirigés par un médecin en chef ayant sous ses ordres le personnel médical nécessaire.
Les postes de surveillance médicale seront indiqués par un écriteau portant « HALTE » et par un grand pavillon blanc.
Chaque district de surveillance fluviale disposera d’un local pour l’isolement des malades et d’un second pour celui des suspects.
Les administrations locales mettront à la disposition des médecins leur appareils téléphoniques et, en cas de besoin, des embarcations.
Les médecins des districts indiqueront aux bateliers les points où ils sont autorisés à renouveler leur provision d’eau potable.
Des vases spéciaux seront remis aux bateliers pour y recueillir les matières fécales et celles-ci ne seront projetées dans les fleuves, rivières et canaux qu’après une désinfection rigoureuse.
lout bateau fluvial doit être muni d’un pavillon jaune pour signaler la présence, à bord, d’un cas de choléra et d’un pavillon noir pour indiquer tout décès cholérique.
Les bateaux fluviaux, sur lesquels se sera produit un cas ou un décès, seront arrêtés de suite et tous ceux qui se trouvent à bord seront isolés.
On prélèvera des échantillons sur les selles des malades ou des suspects ; ces échantillons seront envoyés au centre de surveillance dans des vases et des emballages spéciaux dont tous les postes seront munis.
On remettra à chaque bateau fluvial une feuille indiquant le nombre des bateliers présents à bord, le résultat des visites médicales successives, etc.
Enfin rOffice sanitaire impérial fit remettre à tous les bateliers de la navigation fluviale rinstruction dont nous donnons ci-dessous la traduction in extenso.
Comment le batelier se protège contre le choléra.
Les bateliers et leurs familles sont plus particulièrement exposés au choléra que les autres personnes.
En observant les règles suivantes ils pourront se protéger d’une façon efficace contre le choléra.
I. — Le poison cholérique est contenu dans l’eau avec laquelle ta profession te met constamment en contact soit en ramant, soit en halant sur les amarres ou sur les chaînes. Cette eau, même quand elle paraît claire, et qu’elle a bon goût, peut contenir le poison cholérique.
II. — Par conséquent, ne bois jamais l’eau des rivières, des canaux ou des lacs ; ne t’en sers pas davantage pour laver tes mains ou ton visage, ni pour laver ta vaisselle ou tes verres, ni même pour laver la chambre de ton bateau.
Garde-toi de porter à ta bouche les objets qui auront été en contact avec cette eau, ou que tu aurais saisis toi-même avec tes mains souillées, tels que cigares, pipes, etc.
III. — Pourboire, pour ta cuisiné, pour nettoyer, ne prends que de Peau exempte de tout soupçon à quelques bonnes fontaines, ou à
des conduites spéciales. Au passage des écluses et dans les postes de surveillance médicale on t’indiquera où se trouvent ces fontaines et ces conduites, qui porteront d’ailleurs un écriteau.
IV. —Conserve toujours abord ton eau potable dans un récipient couvert et de grandeur suffisante.
V. — Si tu viens à manquer d’eau et que tu sois dans la nécessité d’en puiser à la rivière ou au canal, ne te sers de cette eau qu’après l’avoir fait bouillir pendant plusieurs minutes.
VI. — Avant de prendre tes repas, lave-toi les mains soigneusement avec de l’eau et du savon. Il vaut encore mieux le faire avec une solution faible de crésol, comme le pratiquent les médecins et les infirmiers pour se protéger.
VII. — Ne souille pas l’eau des rivières ou des canaux en y jetant tes déjections et fais cette défense à tous ceux qui dépendent de toi. Emploie pour tes besoins des vases spéciaux contenant du lait de chaux et qui te seront remis dans les postes de surveillance.
VIII. — Évite tout excès de nourriture ou de boisson. Achète tes vivres dans des marchés d’une propreté parfaite. Protège-toi contre les refroidissements par un vêtement suffisant. Tiens toujours ton logement propre. Ne fais usage que d’aliments cuits — surtout le lait. — Évite tout contact avec les personnes atteintes de choléra et ne fréquente pas des auberges malpropres.
IX. — En cas de maladie et plus particulièrement de diarrhée, de mal de ventre ou de vomissemeut, va trouver aussitôt le médecin le plus proche. Si quelqu’un est atteint de la sorte, à bord de ton bateau, il ne faudra pas jeter ses déjections dans la rivière ou le canal..
Les règlements édictés en Allemagne peuvent donc nous servir de modèle en cas d’invasion du choléra par la voie fluviale et si nous avons autant insisté à leur égard c’est que, chez nous, il n’y a encore rien de promulgué en ce sens.
o° Par les diverses routes pénétrant en France. —■ Pour entraver la marche d’une épidémie envahissante qui se trans^ met par l’intermédiaire des hommes — comme le choléra — il est nécessaire que la défense sanitaire soit installée sur toutes les voies qui permettent à ces mêmes hommes de passer d’un pays infecté en une région saine. On ne peut donc se désintéresser du mouvement qui se produit sur les grandes routes.
Voici ce que dit à ce sujet M. le D" Faivre, inspecteur général adjoint des services sanitaires : « En dehors des automobilistes, les voyageurs pénétrant en France par les routes viennent en général des localités voisines de la frontière, qu’ils arrivent en tramway, en voiture ou à pied. Les chemineaux, transportant avec eux leur misérable bagage, sont ceux qui viennent de plus loin et sont les plus dangereux. La surveillance de ces voyageurs doit être exercée par lès agents des douanes, les gendarmes et les gardes champêtres invités à conduire soit au poste sanitaire, soit, à défaut de poste, à la mairie de la commune pour être examinés par un médecin, ceux dont l’état de santé paraîtrait suspect. Cette partie de la surveillance sanitaire serait particulièrement difficile et probablement défectueuse. »
Par conséquent si un pays limitrophe de la France était infecté de choléra, il deviendrait nécessaire d’exercer une surveillance sur tous les voyageurs s’avançant par les routes sur notre territoire ; elle serait effectuée aux postes de douane, et elle viserait tout particulièrement les chemineaux et les vagabonds. La nécessité d’une telle mesure a d’ailleurs été signalée par la Conférence de 1903.
Émigration. — Nous avons dit au début de ce chapitre que le choléra suit les grands mouvements humains ; or il est un courant d’hommes qui va se développant de jour en jour ; l’émigration. Celle-ci sert — et a déjà servi — de véhicule aux épidémies de choléra ; nous ne citons le fait que pour mémoire, nous réservant de revenir sur le sujet qui demande une étude spéciale et une réglementation nouvelle.
' P. F.4IVRE. La défense sanitaire des frontières du Nord et de l’Est.