‹ Frontières et prophylaxieChapitre 34 sur 45 · NATIONALITÉS · texte numérisé non relu

NATIONALITÉS

Hollandais.

Français. . ..

Suisses.. .

Danois, Suédois. Norvégiens.

Italiens..

Allemands.

Autrichiens-Hongrois.

Anglais ..

Russes.

Provenances diverses.

Roumains, Grecs, Turcs, Syriens, etc. .

Total.

Le tableau précédent nous montre que le chiffre des individus a augmenté d’une façon considérable et, qu’en même temps, les éléments constitutifs de l’émigration se sont profondément modifiés ; depuis 1888 la proportion des Russes et Hongrois s’est fortement élevée et, depuis 189o, les Orientaux ont apparu dans les statistiques de l’émigration.

Or, si le transport des Russes est en grande partie échu aux Allemands, si celui des Hongrois s’est réparti entre les divers ports, celui des Orientaux nous a été dévolu à peu près en entier. On voit donc que si les Russes ont pu paraître dangereux aux Allemands, des craintes de même ordre doivent s’élever chez nous en ce qui concerne les Orientaux

Roumains, Grecs, Turcs, Syriens, etc.

Affirmer que ces gens sont dangereux c’est maintenant élargir la question qui se pose ici; car il ne s’agit pas seulement du point de vue étroit d’une épidémie donnée, nécessitant des mesures spéciales, mais des conséquences que le passage de 60000 individus, de provenance plus ou moins suspecte et traversant chaque année la France, entraînent pour la santé publique, c’est-à-dire d’un danger permanent. A ce danger on doit opposer une réglementation permanente pouvant être renforcée, le cas échéant, par des mesures exceptionnelles, lorsqu’une épidémie de nature grave sévit dans les lieux d’origine de ces émigrants.

Nous allons, bien loin, tenter une réglementation du pèlerinage musulman et nous laissons circuler librement chez nous une masse d’individus provenant, pour la plupart, des mêmes pays que les hadjis et représentant un nombre d’unités égal après de trois fois celui du pèlerinage musulman.

Il pouvait être utile, autrefois, de soumettre les émigrants à une surveillance spéciale exercée par les autorités administratives : beaucoup d’entre eux, en effet, avaient des antécédents quelque peu douteux au point de vue de la moralité et c’était peut-être alors un danger pour la sûreté publique que de les laisser errer sans police en notre pays. Mais depuis, les Américains ont mis bon ordre à cette menace ; les agences d’émigration ne délivrent plus de billets qu’à des individus dont le casier judiciaire est vierge, car sans cela elles se verraient retourner, à leurs frais, ceux des émigrants qui éveilleraient le moindre soupçon chez les autorités américaines ; citons pour preuve de cette affirmation, la récente odyssée d’un homme qui eut son heure de célébrité chez nous et qui, après des assises fameuses, tomba pendant quelques années dans un oubli momentané. Rendu ensuite à la vie commune, il s’embarqua sous un faux nom à destination des États-Unis, non pas comme un malheureux, mais en passager de première classe ; il ne fut pas admis sur le terrils

HYG. INTERN-YT.

toire américain bien que, au point de vue légal, il eut expié sa faute antérieure ^

La route de Fémigration n’est donc pas celle que suivrait maintenant un malfaiteur avisé; c’est pourquoi les émigrants d’aujourd’hui constituent un danger pour la santé bien plus que pour la sécurité publiques. Leur surveillance doit tout d’abord incomber aux autorités sanitaires, ce qui n’empêchera nullement d’ailleurs les mesures de police de s’exercer à côté ; ces deux moyens d’action ne sauraient être désormais confondus.

Etudions comment s’exécute l’émigration à l’heure actuelle. Tout le monde a vu dans les halls de la gare Saint-Lazare ou de la gare de Lyon ces troupeaux d’individus aux costumes bizarres, au langage heurté, aux bagages hétéroclites, qui — du paquebot les ayant amenés à Marseille — sont poussés sur la ligne de Lyon, puis sur celle de l’Ouest et enfin, après avoir traversé Paris, échouent au milieu de la nuit sur le quai d’embarquement au Havre.

Tous ces transbordements se succèdent sans qu’aucune mesure de précaution ait été prise; seuls, ceux qui sont arrivés par mer passent entre les mains du service sanitaire maritime; encore faut-il pour cela, qu’une grave épidémie sévissant dans le port d’origine — non pas des émigrants eux-mêmes, car leur pays est inconnu, mais du navire — ait motivé cette intervention, contre laquelle sans cela s’élèveraient les compagnies.

Voici nos voyageurs parvenus sur le quai du Havre, et

’ Pour juger de la rigueur avec laquelle sont appliqués les règlements de l’immigration des étrangers qui arrivent aux États-Unis, il suffira de rappeler l’aventure récente dont a été victime l’ambassadeur du Brésil aux Mats-Unis. Parmi les questions qui lui furent posées par les fonctionnaires américains figurent les suivantes : Qui a payé votre passage? Avez-vous au moins cinquante dollars? N’avez-vous jamais été en prison? N’avez-vous jamais été interné dans un asile d’aliénés? Mes-vous polygame, anarchiste?

L’ambassadeur ayant refusé de répondre à ces questions a-failli être repoussé comme Un simple immigrant.

nous prendrons ce port comme exemple puisqu’à lui seul il expédie chaque année près de 60 000 émigrants à destination des États-Unis.

Ici commence Tintervention médicale effectuée à la fois par les médecins sanitaires maritimes au service de la compagnie et par le médecin de l’émigration, praticien choisi par le commissaire spécial, parmi ceux qui exercent on ville. Cette visite, qui se passe généralement de nuit quelques heures avant rembarquement, a d’abord pour but d’éliminer définitivement certains malades qui ne seraient pas admis aux États-Unis et dont les frais du voyage de retour incomberaient à la compagnie de transport. Celle-ci entend éviter ces frais ainsi que l’amende qui peut même lui être infligée en certains cas. Le second but de cette visite est de retenir dans le port —jusqu’à guérison — certains autres malades. Enfin tous les émigrants sont vaccinés à ce moment, suivant la loi américaine.

Les individus éliminés définitivement sont renvoyés dans leur pays ; les autres, conservés jusqu’à guérison, sont placés à l’hôpital quand leur état est suffisamment grave. Lorsqu’il ne s’agit que de cas ordinaires — favus, pelade, conjonctivite, blennorrhagie, syphilis en évolution, gale, etc. — la compagnie de navigation héberge ces malades dans un hôtel quelconque. Ils se rendent chaque jour chez le médecin et partent enfin, quand ils sont guéris... non sans avoir pu répandre la contagion autour d’eux, car ils ne sont pas isolés et les hôtels qui les reçoivent ne sont soumis à aucun règlement spécial, à aucune mesure de désinfection.

Remarquons dans tout ceci que l’émigration, dans son service médical, n’a qu’un seul but : accomplir à la lettre les règlements américains, sans ce soucier le moins du monde si ces règlements sont de nature à nuire à la santé publique de notre pays^

* Deux exemples récents montrent combien cette surveillance est insuffisante. Un individu est refusé au départ du Havre pour aliénation mentale ; il reste

Il y a nnieux encore, que se passe-t-il lorsque règne une épidémie de choléra en un endroit quelconque de FEurope ? Le règlement de police sanitaire maritime américain (art. 30) dit qu’aucun émigrant provenant d'un pays où existe le choléra ne peut être admis aux États-Unis, s’il n’a subi cinq jours de quarantaine dans un port non infecté avant son embarquement.

Si donc le choléra existe en Allemagne, le consul des États- Unis au Havre, armé de son règlement, oblige les compagnies de navigation à conserver dans le port les émigrants de cette provenance durant cinq jours — en réalité huit jours — jusqu’au plus prochain départ. Comme on ne dispose, au Havre, d’aucun local pour cet isolement, on assiste alors au spectacle suivant ; des individus considérés comme suspects de choléra par les Américains errent à travers les rues, prêts à répandre la contagion s’ils sont réellement infectés.

Notre législation ne peut rien contre eux : ils ne tombent pas sous le coup des lois de police sanitaire maritime puisque, dans l’exemple cité, ces gens sont arrivés par voie de terre. Quant au service médical de l’émigration il se borne à découvrir des cas de trachôme ou de favus.

En résumé, nous avons aujourd’hui un service d’émigration qui — au point de vue sanitaire — défend avec un soin jaloux l’intégrité du territoire américain, mais qui se désintéresse totalement des risques encourus par les ports français.

Dans un rapport, un inspecteur consulaire américain dit^ : cc Les compagnies françaises sont désireuses d’accomplir de la façon la plus stricte l’esprit et la lettre du règlement amé-

dans un hôtel du port où il se suicide deux jours après. Second exemple : un enfant meurt de « misère physiologique » entre Belfort et Pantin dans le train : Jamais un enfant dans un semblable état de faiblesse n’aurait dû être admis à la frontière dans un convoi d’émigrants.

* Herbert-H. -D. Peirce. Report ùpon a tour of consular inspection in Europe. \Yashington, 1903.

ricain. » Mais il se garde bien d’ajouter ce qu’il écrit au sujet de Brême par exemple ; « On peut affirmer que le Comité d’hygiène de Brême a résolu de la meilleure façon ce difficile problème : maintenir la ville dans une bonne situation sanitaire tout en la laissant traverser par des milliers d’étrangers arrivant de pays plus ou moins infectés. »

Nous allons examiner comment il faudrait organiser l’émigration au point de vue sanitaire pour qu’elle fasse courir le minimum de risques aux populations avec lesquelles elle se trouve en contact. Divisons d’abord les émigrants, transitant en France, suivant leur provenance et rangeons-les en quatre catégories :

I. Émigrants de Syrie, de Turquie, de Grèce arrivant par Marseille.

II. Émigrants de Suisse, d’Allemagne, d’Autriche-Hongrie, de Roumanie arrivant viâ Bâle.

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