II. Des faits en très grand nombre prouvent que les hardes
^ Prüs. Rapport à l’Académie royale de médecine sur la peste et les quarantaines Paris 1846.
LA PESTE ET SON MODE DE PROPAGATION 8b
et vêtements ayant servi à des pestiférés n’ont pas communiqué la peste aux personnes qui en ont fait usage, sans aucune purification préalable, et dans un pays actuellement ou récemment soumis à une constitution pestilentielle. Les faits qui sembleraient avoir donné un résultat opposé ne pourraient acquérir de valeur que s’ils étaient confirmés par des observations nouvelles faites en dehors des foyers épidémiques, loin des foyers d’infection miasmiatic^ue, loin des pays où la peste est endémique.
III. La transmissibilité de la peste par les marchandises, dans les pays où la peste est endémique ou épidémique, n’est nullement prouvée.
IV. La classification admise dans nos lazarets pour les objets susceptibles et non susceptibles ne repose sur aucun fait ni sur aucune expérience dignes de confiance.
V. L’étude des moyens propres à désinfecter les vêtements, hardes et marchandises, est encore à faire. Pour être rationnelles, des recherches à ce sujet devraient être précédées delà preuve que ces différents objets peuvent réellement se charger du principe de la peste.
Il restait alors à déterminer pour la Commission de 1840 comment la peste pouvait en dehors des pays infectés se transporter par l’intermédiaire des navires. Le probl'eme était assez embarrassant à résoudre pour cette Commission qui ne reconnaissait ni l’action nocive du contact des malades, ni celle des hardes ou effets, ni celle des. marchandises de quelque nature qu’elles soient.
Ellerépondit alors quela peste se propageait par /’az> de miasmes exhalés du corps des pestiférés ; ces foyers d'infection pestilentielle line fois formés à bord d'un navire, par la présence d'un ou de plusieurs pestiférés, peuvent être trans^ portés, même à de grandes distances.
Glot-Bey‘, qui avait longtemps étudié -la peste eu Égypte et qui avait été consulté par cette Commission, donna sur le mode probable de transport de la maladie une conclusion à peu prés analogue :
« Un navire part d’une localité infectée ; un ou plusieurs de ses gens d’équipage, de ses passagers sont atteints de peste pendant la traversée ; le navire, en arrivant dans le port, est mis en quarantaine ; on prépose à sa garde des surveillants, des médecins et ceux-ci contractent la maladie. Des cas de ce genre prouvent l’importation; mais prouventils la contagion de la peste? Nous rie le pensons pas. Ceci nécessite quelques explications de notre part.
« Quand un navire a séjourné plus ou moins longtemps dans le port d’une ville infectée, il s’est trouvé soumis, comme toutes les choses comprises dans le rayon du foyer épidémique, à l’action des causes morbides. Il s’est laissé pénétrer, il s’est imprégné de l’air atmosphérique, véhicule probable de l’agent pestilentiel. Cet air renfermé dans la cale, dans le faux-pont du navire, où la ventilation ne s’opère pas, où il ne peut être renouvelé, à cause de l’encombrement produit par les marchandises à bord des navires de commerce; cet air, disons-nous, pris dans un foyer épidémique, peut conserver assez longtemps ses propriétés délétères ; de telle sorte que, pendant la traversée, il peut influer sur la santé des passagers du navire, et, plus tard, sur celles des personnes qui seront exposées à l’action des causes morbides ; c’est ainsi que des gens de l’équipage et des gardes de santé mis à bord des bâtiments ont dû contracter la maladie... >>
Nous retrouvons ici une hypothèse identique à celle qu’avaient émise les anciens auteurs au sujet du transport de la fièvre jaune. Pour la peste.— comme pour le typhus amaryl — les savants qui avaient conduit sur place des recherches
* Clot-Bey. Loc. cit.
sérieuses étaient forcément amenés à conclure que malades, effets OU marchandises n’avaient aucun rôle dans la contagion: ils comprenaient que celle-ci leur était extérieure, que le navire la renfermait bien, mais qu’elle était indépendante de lui : impuissants à formuler une autre conclusion, les savants admettaient alors l’existence de miasmes particuliers, insaisissables pour eux et transportés par la voie maritime.
Nous ne nous attarderons pas plus longtemps à ces recherches historiques et nous constaterons seulement que — dès 1840 — l’Académie de médecine avait reconnus exacts d’une manière générale les points suivants qui ont été vérifiés par l’observation moderne :
1“ La peste n’est pas contagieuse par les malades:
2“ La peste n’est pas transmissible par les effets et les hardes des pestiférés;
3° La peste ne se propage pas par les marchandises;
4® Le principe contagieux est pris par le navire dans le pays infecté, il est transporté par lui mais il lui demeure extérieur.
Théories modernes sur la propagation de la peste. — A peine la peste commençait-elle son actuelle pérégrination que les gouvernements européens s’empressèrent de réunir à Venise, en 1896, une nouvelle conférence sanitaire internationale destinée à élaborer une réglementation protectrice. En effet, comme nous l’avons déjà dit, tous les services sanitaires avaient depuis longtemps perdu de vue la peste et se trouvaient désarmés devant sa réapparition soudaine.
Il eut été logique que la Conférence prît, comme point de départ de ses discussions, les derniers travaux faits sur la peste et, parmi ceux-ci, il n’en était pas de plus considérable que le rapport présenté à l’Académie de médecine dont nous avons cité les principales conclusions. Ce rapport avait nécessité plusieurs années de préparation ; pour 1 établir on avait
consulté successivement par écrit les médecins de toutes les nationalités qui avaient eu l’occasion d’étudier la peste en Éj?ypte et en Turquie; on avait recueilli un certain nombre de documents émanant de divers consuls accrédités auprès de ces pays; en un mot ce travail était le fruit d’un effort considérable qu’on eut le grand tort de négliger. On était ébloui par la découverte récente (1894) du microbe de la peste faite par Yersin et ce microbe on le constata de suite partout sans se préoccuper, comme il eut fallu, de son habitat de prédilection, . sans s’inspirer de la connaissance de ses principales propriétés biologiques telles que sa résistance à la dessiccation, etc.
Aussi les mesures édictées par la Conférence de Venise furent-elles uniquement dirigées contre les hommes, contre leurs effets et contre les marchandises, alors que la Commission de 1840 avait si bien établi que les uns et les autres étaient d’ordinaire impuissants à transporter l’épidémie.
La peste continua donc sa marche en avant puisqu’aucune des mesures édictées contre elle ne pouvait entraver sérieusement sa propagation ; mais de partout, bactériologistes et expérimentateurs se mirent à l’œuvre, et des travaux consécutifs à la découverte du microbe se dégagèrent un certain nombre dénotions nouvelles, parmi lesquelles deux surtout. étaient importantes au plus haut degré en matière de propagation pesteuse, à savoir ;
1“ Le rôle du rat et des insectes;
2° La classification clinique de la peste en bubonique, septicémique, ou pneumonique chez l’homme et gastro-intestinale ou septicémique chez le rat.
Grâce à ces deux notions on peut arriver aujourd’hui à se rendre un compte précis de la grande majorité des faits épidémiologiques observés en ces années dernières.
Le rat, les insectes et la -peste. — Cette notion du rôle des animaux et des insectes est aussi vieille que l’histoire de la peste elle-même; mais jamais jusqu’à nos jours aucun auteur
n’avait établi entre les épidémies et les épizooties une relation de cause à effet; on les constatait parallèlement sans établir un lien quelconque entre elles ; pour quelques auteurs, elles étaient déterminées par les mêmes causes, mais pour personne, l’une n’était sous la dépendance de l’autre.
Moïse, Isaïe, Hérodote, Aristote, Strabon, Pline, Rufus d’Éplièse, Avicenne, Nicephorus Gregoras, Ambroise Paré, Fracastor, François Valleriola, Laurent Joubert, Skène, Lodge, Guy de la Brosse, Hodges et beaucoup d’autres ont, depuis l’antiquité jusqu’au xviii® siècle, associé des épizooties quelconques aux épidémies de peste qu’ils ont relatées.
Le seul qui ait insisté à cet égard est le médecin persan Avicenne lorsqu’il dit : « Avant l'apparition de la pe&te on voit les rats et les animaux qui habitent sous terre fuir vers la surface du sol et s’agiter de-ci de-là comme des animaux ivres. »
Cette notion persistait dans le Levant et les Européens habitant cette région avaient grand soin quand ils se mettaient en quarantaine de fermer les portes et les fenêtres pour empêcher les chiens, les chats, les rats ou les oiseaux de pénétrer chez eux et de leur apporter le germe pestilentiel.
En Chine également les indigènes avaient depuis longtemps remarqué la coïncidence de la mortalité des rats et de la peste humaine.
Le D‘' Planck, qui avait étudié la peste aux Indes et en Chine, avait signalé qu’à la veille de l’apparition de la peste dans une maison on trouvait des rats morts le matin comme suffoqués par les miasmes des appartements. Les serpents mouraient aussi près des villages ainsi que les chacals qui les mangeaient.
Nous terminerons là ces citations que nous pourrions faire plus nombreuses et nous ajouterons que c’est ’iersin qui le
Planck. Medical Times and Gazette, 23 novembre 1878.
premier, en 1894, a montré la connexion étroite existant entre les épizooties et les épidémies pesteuses, les premières étant la cause déterminante des secondes.
En effet la mortalité des rats est toujours un avant-coureur de Fépidémie; citons-en quelques exemples dont un certain nombre ont pu être observés personnellement par nous.
A Bombay, le transport de la peste par les rats des docks, initialement infectés, jusque dans les différents quartiers, a été nettement montré par un grand nombre d’auteurs \
A rile Maurice^, le rôle des rats dans la propagation de la peste s’est manifesté non moins clairement.
A Diégo-Suarez (Madagascar), il y eut une forte épizootie dans les magasins situés sur les quais.
A Smyrne — environ un mois avant le premier cas de peste et alors que personne ne songeait à la présence de cette affection — un gros négociant en farines ayant des entrepôts situés sur les quais, écrivait naïvement une lettre à un journal local pour se plaindre qu’on empoisonnait les rats chez lui, ce qui risquait d’.avarier ses marchandises.
A Nha-Trang, à la Réunion, àTamatave, à Sydney, à Mascate, à Bouchir, à Port-Saïd, à Alexandrie, à Beyrouth, à Bassorah, à Constantinople, à Oporto, à Marseille (sept. 1903), dans les ports du Sud-Amérique partout et toujours, semblable fait a pu être constaté.
Pour terminer nous donnerons un document paru récemment à ce sujet; c’est une note que le Bureau sanitaire de la ville de Bombay communiquait à la presse indienne le 2 février 1906 et dont voici quelques extraits :
« Pendant les huit derniers mois le Bureau sanitaire de la municipalité s’est activement occupé de capturer, d’empoi-
^ SiMOND. Propagation de la peste. Annales de l'Institut Pasteur, novembre
* Lorans. Rapports officiels sur l’épidémie de l’Ile Maurice.
sonner et de recueillir les rats. A Theure actuelle plus de 30000 rats par mois sont réunis et envoyés au laboratoire de Parel pour être examinés au point de vue bactériologique. La Commission de la peste dirige le travail et chaque jour un rapport sur l’examen de chaque rat est envoyé au bureau sanitaire... On peut avoir une idée du rapport entre la peste du rat et celle de l’homme si l’on remarque que, depuis que les Observations ont commencé en juillet dernier, la proportion des rats contaminés par rapport au nombre total des rats recueillis chaque jour est passée de 2 p. 100 à 20 p. 100... »
Or, pendant le même temps; la peste humaine subissait sa recrudescence annuelle et le nombre de cas qui était en août de 80 environ par semaine, était en février de 160 pendant un même laps de temps.
On peut donc affirmer que l’épizootie est pour ainsi dire le canevas sur lequel vient se tracer le dessin de l’épidémie.
Reprenons quelques-uns des exemples cités plus haut. A Port-Louis, dans l’Ile Maurice, la peste était d’abord cantonnée dans un quartier bien délimité facile à indiquer sur le plan de la ville, car celle-ci, étant bâtie régulièrement, est composée de rues se coupant à angles droits. Dans un quadrilatère — formé de la plupart des entrepôts de riz et de grains — les cas de peste se montraient multiples en chaque maison. En dehors de cette zone, quelques cas — toujours isolés — se manifestaient chez des individus que leurs occupations ou leurs achats avaient amenés dans la région contaminée. Lorsque la peste se répandit dans les autres parties de l’île, l’expansion se fit en suivant une route déterminée qui, chaque matin, était jalonnée de cadavres de rats.
Or si les malades avaient joué un rôle quelconque dans la diffusion de la maladie, tout autre eût été sa marche. Il est clair que chaque cas nouveau eût créé dans chaque maison un foyer nouveau et que les malades, dont quelques-uns sont
allés mourir en diverses parties de l’île, eussent contaminé tout au moins leur entourage immédiat.
Les personnes qui avaient approché les contagieux étaient enfermées de suite dans des camps d’isolement, quelquefois au nombre de 50 ou 60. Quelques-unes eurent la peste, mais toujours quatre ou cinq jours au maximum à partir de la date de leur internement et sans infecter les autres isolés, ce qui prouve que ces gens étaient déjà, au moment de leur mise en observation, dans la période d’incubatiOn et qu’ils ne furent, par la suite, la source d’aucun danger pour ceux qui les entouraient.
Le rôle pathogénique des objets s’est montré tout aussi dénué de valeur. En effet, nul cordon sanitaire ne fut institué, nulle entrave à la circulation des choses et des gens ne fut imposée à la population de l’île Maurice; chaque jour les trains partaient librement de Port-Louis. Il est donc certain que des milliers d’objets touchés par les malades ont voyagé dans l’île sans créer un foyer quelconque.
La marche de l’épidémie dans la ville, dans ses environs et dans l’île entière ne put s’expliquer que par la propagation au moyen des rats. Cette constatation a été si bien établie que l’on a eu bientôt recours à l’évacuation pure et simple des maisons contaminées. Tout un quartier a été de la sorte abandonné, les habitants ont été transportés à la campagne. Les cas de peste cessèrent immédiatement parmi ces déracinés pourfaire leur apparition quelques jours après dans une autre partie de la ville.
Semblables faits, plus frappants peut-être encore, se produisirent à Diégo-Suarez. Ce furent les • ouvriers noirs du magasin, où l’on avait constaté la plurimortalité des rats, qui furent les seuls atteints sur une population civile et militaire d’environ 3 000 Malgaches et métis.
On pourrait supposer que l’arrêt de l’envahissement de la peste a été obtenu, dans la ville, par l’isolement immédiat des
malades. Ce serait là une grave erreur : à Diégo-Suarezles cas n’ont été connus, la plupart du temps, qu’après le décès, lorsqu’il devenait impossible pour les noirs de cacher le cadavre, et tous les malades ont été soignés dans les cases indigènes par leur entourage dans lequel il n’y a eu aucun cas de contagion.
Quant aux objets et aux effets ayant appartenu aux décédés, il eut été bien inutile de songer à les détruire, les familles les faisant rapidement disparaître.
A Smyrne, l’épidémie resta cantonnée dans le quartier des épiciers et débitants de denrées alimentaires, et les cas qui se produisirent dans le reste de la ville purent être rattachés au foyer initial ; ils se montrèrent d’ailleurs impuissants à créer une nouvelle contagion autour d’eux.
Dans Son rapport/ sur cette épidémie, le D'' Mizzi, inspecteur sanitaire de Smyrne, s’exprime ainsi : « Cette épidémie est caractérisée par l’absence de toute relation directe et saisissable de l’un à l’autre cas... Non seulement elle n’a pas franchi la ville pour envahir les faubourgs, les environs, la province, à l’époque des récoltes, mais elle n’est pas sortie des quelques quartiers sud de la ville. Elle a même suivi presque toujours le parcours d’une seule rue. »
A Sydney, le D"" Frank Tidswell ^ observe que la mortalité sur les rats s’est produite plusieurs semaines avant le premier cas humain et il ajoute qu’il n’a pu trouver aucun cas de contagion directe du malade à l’homme sain, ni aucun cas de transmission par les objets.
A Djeddah, en 1899, l’inspecteur sanitaire note dans son rapportsur lapeste® que deux malades étantpartis pourLaMecque ont été impuissants à créer un nouveau foyer dans cette ville.
' E.-F. Mizzi. Rapport sur l’épidémie de peste de Smyrne présenté au Conseil supérieur de santé de Constantinople. 1900.
- FR.4.NK Tidswell. Some praticals aspects of the plague at Sydney. Journal of the sanitary Institute, janvier 1901.
^ X.LNTHOPOuLiDÈs. Rapport présenté au Conseil supérieur de santé de Constantinople, 1899.
Enfin, dans son travail sur la peste en Égypte, M. le D’’ Rist a résumé tous ces faits en disant qu’il paraît difficile d’incriminer les individus ou les bagages transportés par eux. Il ajoute que c’est pourtant de ce côté que se porte généralement tout l’effort des administrations quarantenaires.
D’ailleurs, si la peste se propageait par les malades, on pourrait — au milieu des contaminations multiples de ces années dernières — citer l’exemple net et précis d’un navire transportant un contagieux à son bord et ayant, par son intermédiaire, infecté une ville. Or, aucun exemple de ce genre n’est cité par les nombreux auteurs ayant étudié les diverses épidémies, et chaque fois l’origine de ces dernières, malgré des enquêtes répétées, est restée obscure et même l’enquête n’a que très rarement permis de remonter jusqu’au premier cas.
On pourrait multiplier les exemples du genre de ceux cités plus haut, car partout les mêmes faits ont été relatés. Si la peste se transportait par les malades ou par les objets, comment ne serait-elle pas sortie des ports qui — étroitement enfermés du côté de la mer — communiquaient librement avec l’intérieur des terres?
La peste s’échappant de Sydney, de Smyrne, d’Oporto, s’est-elle propagée dans la province environnante, même à quelques centaines de mètres de la ville ? Aucun exemple de ce genre n’a été cité, et si la peste partant de Bombay a envahi le reste de l’Inde, c’est lentement, toujours par l’intermédiaire de la migration des rongeurs et sans que les malades ou les objets aient joué un rôle dans sa propagation.
On pourra nous objecter que la peste est sortie d’Alexandrie pour envahir une partie de la Basse-Égypte ; mais cela tient à des conditions topographiques toutes spéciales. En effet,
* Rist. La peste en Égypte de mai 1899 à juillet 1900. Presse médicale, mai 1900.
cette partie de l’Égypte est sillonnée par des bras du Nil ou des canaux dont quelques-uns ont leur embouchure à Alexandrie même, et c’est par la navigation fluviale qu’ont été transportés les rats malades qui ont contaminé le pays.
Il en est de même pour Bagdad qui fut infecté par l’intermédiaire des bateaux fluviaux qui remontent le Chat-El- Arab et l’Euphrate. Enlin, la peste a également parcouru les grands fleuves de l’Amérique du Sud contaminant tour à tour les villes situées sur leurs rives. Que la navigation soit maritime ou fluviale elle joue toujours dans la propagation de la peste un rôle identique.
La peste est donc une maladie des rongeurs qui se transmet à l’homme ; mais de quelle manière s’opère cette transmission ?
Au début, on croyait que le simple contact avec le rat malade, ou plutôt avec les cadavres de ces animaux, suffisait pour déterminer la contagion. Mais bientôt on put entrevoir — grâce aux travaux faits sur le paludisme — le rôle joué par les insectes dans la transmission des maladies infectieuses.
En étudiant l’épidémie de Cutch Mendavi dans l’Inde, au printemps de 1897, Simond ^ fut frappé de rencontrer dans un certain nombre de cas une lésion initiale qui avait quelque apparence d’une piqûre de puce avant de constituer une phlyctène. Le même auteur ajoute ;
« Nos recherches continuées à Bombay, à Kuratchi, à Karad, à Masur, à Mundra, nous amenèrent à considérer que, dans chacun de ces foyers, si le rat pouvait être accusé de convoyer le hacille de Yersin, ce n’était ni par le simple contact du rat malade, ni par ses déjections que le microbe passait de son oganisme dans celui du rât sain ou de l’homme sain. La constatation que le bacille se cultivait dans le corps
* SiMoxD. La question du véhicule delà peste, 190o.
des puces nourries sur des rats malades, et le succès de deux expériences effectuées en vue de transmettre la peste d’un rat malade à un rat sain, par l’intermédiaire de la puce, nous confirmèrent définitivement dans l’opinion que cet insecte était le véhicule ordinaire, sinon unique, chargé de faire passer le virus pesteux d’un rat à un autre, de ceux-ci à l’homme et de l’homme à l’homme... »
Ogata et Nuttal arrivaient en même temps à des conclusions identiques, puis toute une série d’autres auteurs vérifièrent les expériences faites par ces premiers chercheurs.
Nous voici donc en possession de deux premiers faits : la peste est une maladie du rat, maladie que la puce transmet à l’homme par inoculation.
Les formes cliniques de la peste chez le rat et chez l’homme. — Mais les notions précédentes ne suffisent pas pour rendre compte de tous les faits épidémiologiques et certains échappent aux explications qu’on en pourrait fournir avec leur aide.
En effet, la peste n’est pas une affection à forme unique — aussi bien chez le rat que chez l’homme ; — elle revêt même quelquefois, suivant les saisons, des aspects tout différents les uns des autres, aussi divers au point de vue de la contagion que peuvent l’être, par exemple, le paludisme et la pneumonie infectieuse.
Chez le rat, la peste se manifeste sous deux formes : l’une dite gastro-intestinale et l’autre septicémique. Dans l’une le microbe aura pour habitat principal l’intestin de l’animal et il en sortira avec les déjections. Dans l’autre le microbe de Yersin existera dans le sang du rat et seule la piqûre d’un insecte pourra l’y puiser pour l’inoculer ensuite soit à un autre animal, soit à l’homme.
Si le microbe a chez le rat un double habitat, sa transmission à l’homme pourra s’effectuer de manières différentes et les formes cliniques de la peste humaine varieront également.
Une puce inocule le microbe de Yersin à un individu :
chez lui se produit une forme bubonique lorsque le ganglion résiste, ou septicémique d’emblée si l’infection se généralise de suite.
Le microbe se trouve dans lés déjections des rongeurs ; il arrive à l’homme soit par les voies respiratoires, soit par les voies intestinales charrié par les aliments. Dans le premier cas nous aurons une pneumonie pesteuse et dans lé second cas une forme abdominale ou entérique ^ ; cette dernière forme a été discutée, elle paraît néanmoins réelle, quoique très rare.
Nous voici obligés d’apporter à la théorie de la noncontagion de la peste par les malades une restriction certaine. En effet, dans quelques-unes de ses formes la peste peut se transmettre d’homme à homme. Ce sont peut-être ces faits isolés qui, généralisés, ont pu faire croire à la fréquence d’un semblable mode de propagation. Nous allons voir quelle minime influence ils possèdent en réalité dans l’extension des épidémies.
Nous serions mal venus à prétendre, que des malades atteints de pneumonie pesteuse ne sauraient contaminer les personnes de leur entourage. Les faits observés à Vienne et dans plusieurs autres endroits prouvent le contraire ; un autre exemple d’une telle étiologie s’est également produit à Smyrne où une malade atteint de pneumonie pesteuse a contaminé un certain nombre de membres de sa famille ou dé son voisinage immédiat.
Une autre forme de la maladie peut, indirectement, se propager d’homme à homme ; c’est la septicémie pesteuse. Dans ce cas, le microbe charrié dans le sang même de l’homme peut être transporté et inoculé sur un autre sujet par l’intermédiaire de certains insectes, moustiques ou puces.
‘ F. Glemow. Des formes cliniques de la pesté. Constantinople, 1900.
HYG. INTERNAT
ün exemple frappant de ce mode de contagion s’est produit au lazaret du Frioul, à Marseille : tous les cas éclos pendant une petite épidémie furent des cas de septicémie pesteuse et la présence du bacille de Yersin fut signalée dans le sang des malades. Or, à cette saison-là, le lazaret était infecté de moustiques (culex pipiens). Des recherches plus étendues ne purent être tentées, les deux médecins présents ayant été atteints à leur tour de la peste.
Ces faits de transmission sont donc indéniables ; mais si Ton consulte les statistiques des diverses formes de la peste, on verra que la pneumonie et la septicémie pesteuses fournissent à peine 10 p. 100 de la totalité des cas. et encore la plupart de ceux-là sont secondaires, c’est-à-dire consécutifs à une atteinte bubonique qui se généralise. Ce pourcentage peu élevé est une preuve de la rareté de ces localisations anatomiques.
A ne considérer ce chiffre qu’en lui-même, on peut le trouver assez fort pour craindre que ces formes ne constituent un facteur important de diffusion. Mais les faits du genre de ceux qui se sont produits à Vienne, à Smyrne et en plusieurs autres endroits— en Russie notamment— ont prouvé qu’une épidémie de famille, de maison, de voisinage tout au plus pouvait être causée de la sorte et que jamais une expansion pesteuse ne s’était ainsi répandue dans, toute une ville, encore moins transportée d’un pays à l’autre.
D’ailleurs, dans toutes les villes où de semblables cas de pneumonie et de septicémie pesteuses ont été observés, ils avaient toujours été précédés — à Vienne, épizootie et épidémie de laboratoire; à Marseille (1903, épizootie et épidémie d’atelier) — de mortalité sur les rats et de cas buboniques humains. Ils relevaient donc de ces derniers cas et ne formaient qu’un épisode de l’épidémie.
= R. J.\cQüEs et J. Gautier. Courte épidémie de peste atypique. Presse médicale, Juillet 1901.
Il est possible néanmoins que la forme septicémique ait eu autrefois une certaine importance lors des époques où les hommes abritaient sur eux-mêmes de nombreux parasites dont la civilisation les a amenés à se séparer; cette même cause de propagation peut exister dans les régions où le progrès n’a pas encore pénétré ; en Europe, la contagion d’individu à individu par l’intermédiaire des parasites de l’homme ne joue qu'un rôle effacé à l’époque actuelle.
En résumé, on constate, chez l’homme, trois grandes formes de peste, aussi différentes au point de vue clinique qu’au point de vue des mesures prophylactiques qu’elles réclament respectivement.
Conclusions sut la peste dans les villes. — Grâce aux faits précédemment exposés, on peut résumer ainsi l’évolution de l’épidémie qui se déroule dans une ville contaminée de peste.
La mortalité des rats précède d’environ un mois l’apparition des premiers cas humains. Le rôle des objets dans la contagion est nul. Quant aux malades, les uns, souffrant de la forme bubonique, sont impuissants à contagionner les hommes sains ; les autres, atteints de formes pneumoniques ou septicémiques, peuvent propager la maladie, mais jamais au delà de leur entourage immédiat. Les formes septicémiques ou pneumoniques ne s’établissent d’ailleurs jamais d’emblée, mais relèvent toujours d’une épidémie bubonique précédente ou concomitante.
Il en résulte qu’en consultant le plan d’une ville infectée de peste, et qu’en dressant une statistique pathologique —: comme il a été fait à Bombay l’an dernier, — des divers quartiers et même des diverses maisons de la ville, on peut diviser ces habitations en trois catégories :
1° Habitations où a été constatée la mortalité des rats et où les cas de peste humaine ont été ultérieurement multiples.
2“ Habitations où ne s’est pas produite la mortalité des rats et où les cas de peste bubonique, contractée dans les quar-
nir\
tiers contaminés, sont demeurés uniques et n’ont pas créé de foyers secondaires.
3“ Habitations sans mortalité constatée des rats, où se sont manifestés des cas de peste soit septicémique soit pneumonique ayant contagionné l’entourage immédiat des malades.
Il est évident que l’application des mesures prophylactiques doit différer suivant la catégorie à laquelle appartiennent ces habitations. Il faut évacuer les premières, éminemment dangereuses et y détruire les rats, sans même attendre que des cas humains se soient manifestés. La prophylaxie doit entrer enjeu ici dès la constatation de la mortalité des rongeurs. La seconde catégorie d’habitations ne nous arrêtera pas longtemps, car elle ne peut constituer un danger d’aucune nature. Quant à la troisième, elle impose l’isolement du malade, dont les crachats sont nocifs, et le soin de placer une moustiquaire si des moustiques existent dans le pays.
Il importe d’établir très nettement la distinction, car la tendance de la police sanitaire maritime est de considérer le navire arrivant d’un port infecté comme une maison qui, détachée de ce port, vient faire partie intégrante d'une collectivité encore indemne. Si les habitations de la ville contaminée peuvent être infectées à des degrés divers, si des mesures prophylactiques différentes les unes des autres doivent leur être appliquées suivant le degré de leur infection, les navires partis de ce port présentent eux aussi un degré de contamination variable ; ils doivent donc être classés en catégories distinctes et rester Justiciables de mesures prophylactiques diverses suivant leur dose de contamination.
Étudions maintenant l’évolution de la peste sur les bateaux afin de nous assurer s’il est réellement juste d’assimiler ces navires aux habitations du port infecté qu’ils viennent de quitter.
La peste et le navire. — Depuis 1894, époque à laquelle la
peste a débuté en Chine, jusqu’à nos jours, nombreux sont les bateaux sur lesquels ont été constatés des cas de peste. Si Ton rapproche l’histoire de tous ces navires, si l’on écrit leur observation on s’aperçoit qu’ils se rangent naturellement en quatre grandes catégories
1° Navires avec absence de mortalité sur les rats et présence d’un ou de plusieurs cas de peste humaine bubonique survenus dans les six jours après le départ de l’escale infectée.
2° Navires avec absence de mortalité sur les rats et présence d’un ou de plusieurs cas de peste septicémique ou pneumonique ayant entraîné une contamination dans le voisinage immédiat des malades.
3“ Navires avec présence de mortalité sur les rats et absence de cas humains.
4“ Navires avec présence de mortalité des rats et présenc^. de cas humains.
Voici que l’énoncé de ces quatre catégories répond précisément à la classification que nous avons proposé au sujet des diverses maisons d’une ville infectée.
Citons maintenant —pour chacune des catégories indiquées ci-dessus — un ou plusieurs exemples d’épidémies navales et voyons ce qui s’est passé à bord, dans chacun des cas.
Navires avec absence de mortalité sur les rats et présence d'un ou de plusieurs cas de peste bubonique survenus dans les six jours après le départ de l'escale infectée.
Obs. I. — Le navire Pékin, quitte Bombay le 28 décembre 1897 avec
1 04.1 pèlerins. Le 28 décembre au soir, c’est-à-dire le jour même du départ, un pèlerin entre à l’hopitai et meurt de peste bubonique le
2 janvier. Le 3 janvier un autre pèlerin est atteint de peste bubonique.
Aucun autre cas ne se manifeste pendant la traversée jusqu’au lazaret de Camaran, ni dans ce lazaret, ni entre Camaran et Djeddah. Il n’y a eu aucune mortalité des rats sur le navire.
‘ F. Borel. Observations sur la peste et son mode de propagation. Revue d’hygiène et de police sanitaire, n» 8, 1902.
Obs. il — Le voilier Hashim quitte Aden le 8 mars 1900 ; 33 hommes d’équipage; 13 pèlerins passagers. A l’arrivée au lazaret de Camaran il y avait un homme atteint de peste bubonique quelques jours après le départ. Pas d’autres cas, pas de mortalité sur les rats.
Obs. III, IV, V. — Le vapeur Hosseïnie venant de Bombay arrive en avril 1898 à Bassorah avec un cas de peste bubonique.
Le même navire, en avril 1899, venant de Bombay arrive encore à Bassorah avec un cas de peste bubonique.
Le navire King-Arthur, venant de Bombay, arrive à Bassorah en mai 1900 avec un cas de peste bubonique.
Ces trois cas se sont produits quatre à cinq jours après le départ de Bombay ou de Kuratchee et n’ont créé aucune contagion autour d’eux. Pas de mortalité sur les rats.
En parcourant la collection du Bulletin quarantenaire d’Égypte on trouve la mention fréquente de cas semblables, et il n’est peut-être pas de mois, depuis 1900, où le service sanitaire de Suez n’ait signalé un navire arrivant des pays infectés et ayant eu un cas de peste bubonique quelques jours après son départ du port contaminé ;or tous ces cas de peste n’ont jamais eu le moindre retentissement sur la santé du bord.
Ces exemples prouvent donc qu’un navire ayant eu à son bord un, ou même plusieurs cas de peste bubonique humaine, déclarés dans les cinq à six jours suivant le départ de l’escale infectée — c’est-à-dire avant que la période normale d’incubation ne soit écoulée — et non accompagnés de mortalité sur les rats, ne saurait être considéré comme contaminé. Il est bien évident que ces cas humains qui se sont montrés impuissants à faire naître une épidémie sur le navire lui-même, dans les conditions cependant les plus favorables (navire à pèlerins, à équipages indigènes), seraient encore moins capables de créer un foyer nouveau au port d’arrivée.
Navires avec absence de mortalité sur les rats et ■présence d’un ou de plusieurs cas de peste septicémique ou pneumonique ayant entraîné une contamination dans le voisinage immédiat des malades.
Obs. VI. — Le navire Niger a eu, du 22 au 26 août 1900, trois cas de septicémie pesteuse. Les malades ont été débarqués l’un au lazaret de Clazomcnes, les autres au Frioul ; là deux nouveaux cas se sont produits encore parmi le personnel médical.
L’épidémie n’a pas procédé à bord de ce navire comme une.épidémie de peste bubonique. En effet cette dernière forme atteint en général d’abord les hommes habitant le même poste ou travaillant dans un même local comme la cambuse. Au contraire sur le Niger, des trois malades en question deux furent le médecin et le commissaire qui soignèrent le contagieux isolé. 11 y a donc là une preuve de contagion d’homme à homme — non par l’intermédiaire de moustiques rares à bord, — mais plus probablement par l’intermédiaire d'insectes parasites dont sont abondamment pourvus les passagers de pont parmi lesquels figurait le malade initial.
Les contagieux furent débarqués au Frioul, isolés et soignés par deux médecins qui contractèrent eux aussi — peut-être par l’intermédiaire des moustiques nombreux au lazaret — une forme atypique de peste, mais toujours de nature septicémique.
Il n’y eut pas de mortalité des rats à bord, ni aucun autre cas humain après le débarquement des contagieux.
Obs. vil — Le vapeur Mirzapor provenant de Chittagong (Inde) arrive au lazaret de Camaran le 12 mars 18.9 avec 1 0u3 . pèlerins. Le lendemain de l'arrivée, pendant le débarquement, le médecin chargé de surveiller les quarantenaires signale un individu présentant de la fièvre, de la prostration et de la toux.
Ce malade est isolé et l’examen bactériologique décèle dans ses crachats la présence de microbes de la peste.
Une enquête est faite à bord du navire et sur le registre médical on retrouve que, pendant le voyage, environ quinze individus avaient souffert de bronchite avec état général grave (fièvre, prostration, crachats muco-sanguinolents). Le premier de ces malades s’est présenté à la visite environ trois jours après le départ du navire. Sur ces lo individus 3 étaient décédés et l’un d’entre eux avait présenté avant de mourir un notable gonflement dans la région des parotides.
Des prélèvements sont faits au lazaret dans là cavité buccale de quelques-uns de ces anciens malades et chez tous on retrouve le microbe de la peste.
Aucune mortalité sur les rats à bord. L’épidémie a été enrayée apres l’isolement du dernier malade.
Obs. VIII. — Le vapeur Aida quitte Suez le 4 février 1903 pour se rendre à Port-Sa'id par le canal. Pour compléter l’équipage on engage un homme à Suez; le 3, vingt-quatre heures après avoir quitté Suez, cet homme commence à se plaindre et cesse le travail, le 8 il suc-
combe après avoir présenté, au dire des officiers, un peu de bronchite et de la toux.
Le 8 février un second matelot voisin de lit du précédent tombe malade; le 10 il meurt et le diagnostic de peste ^ forme pneumonique— estposé.
Suez étant alors contaminé et d’autre part la pneumonie pesteuse y ayant été constatée à plusieurs reprises, on doit donc admettre que le premier malade était en incubation au départ et qu’il a infecté ■son voisin dé lit.
Ces trois observations suffisent à démontrer qu à bord d'un navire, des cas de septicémie ou de pneumonie pesteuses, relevant d’un cas initial embarqué durant la période d’incubation, ne sauraient avoir une influence de contagion dépassant l’entourage immédiat du malade, à condition bien entendu qu’il n’y ait pas de mortalité sur les rats du navire.
Dans le second exemple, se trouvaient réunis les facteurs les plus favorables à la propagation d’une épidémie, c’est-àdire l’agglomération d’un grand nombre d’indigènes dans de mauvaises conditions d’bygiène et de nutrition. En tous cas l’isolement des malades, au moment de l’arrivée, a toujours suffi à enrayer l’épidémie, ce qui montre que de semblables, ca& ne .sauraient constituer un danger réel pour une ville indemne.
Navires avec présence de mortalité sur les rats et absence de cas humains. ,
Obs. IX. — Le navire Yang-Tsé arrive à Diégo-Suarez le 10 octobre 1898, provenant de Marseille et ayant touché en dernier lieu à Port-Saïd et à Aden.
Pendant la traversée d’Aden à Diégo-Suarez — c’est-à-dire du 2 au l'O' octobre ^ une forte mortalité sur les rats s’est produite à bord dans les cales. Le médecin n'est pas informé du fait et un des mateléEs:—"afin de toucher la pi'ime accordée à semblable destruction — s’en attribue le mérite, prétendant avoir placé dans les cales un poison de sa composition.
Là cargaison du Yang-Tsé comprenait une assez grande quantité de pommes de terre embarquées dans des caisses à claire-voie.
Le Yang-Tsé toucha le 12 octobre à Diégo-Suarez et du 14 octobre
au 15 novembre, tant à l’aller qu’au retour, il fît escale à Tamatave, à La Reunion et à Pile Maurice. Puis le navire rentra en Europe ; aucun cas de peste humaine n’eut lieu à bord, et même aucun malade ne put être suspecté.
Voilà donc l'observation d’un navire qui eut une forte mortalité sur les rats, sans présenter néanmoins aucun cas humain. Le fait peut paraître étrange tout d’abord et l’on pourrait être tenté d’admettre l’explication fournie par le matelot. Cette immunité doit-elle être attribuée à ce que dans les escales successives et rapprochées les derniers rats vivants ont fui le navire? Ou bien doit-on l’attribuer à d’autres causes que nous chercherons à établir plus loin?
Nous ne nous en occuperons pas ici, cherchant à montrer que le Yang-Tsé, a été très vraisemblablement dangereux pour les ports qu’il a visités.
C’est en effet à cette même époque et au même moment que Diégo- Suarez, Tamatave, La Réunion et l’île Maurice furent infectés.
Nous donnons ici les dates auxquelles le navire a fait escale dans ces différents ports et nous indiquons en regard l’époque à laquelle ces mêmes ports furent déclarés infectés sur la constatation de cas de peste humaine.