ACTE TROISIEME
LA BARONNE
Mais non... .Je ne le dis pas... je ne veux pas le dire.
GILBERTE
Si fait, dangereux, bel et bien dangereux, et je lui en suis presque reconnaissante... car, il faut l'avouer, le sentiment de ce danger que je courais, est la première idée sérieuse qui me soit entrée dans la léte. Par exemple, une fois celle-là entrée, il s'en est glissé plusieurs autres à la suite....
LA BARONNE
Oh! mais il faut prendre garde....
GILBERTE
Une foule de choses, auxquelles je n'avais pas fait attention, me sont alors revenues à l'esprit, pourm'apparaîlre avec leur signification véritable... Ainsi, tenez, quand je vous ai annoncé que Louise allait vivre ici, près de nous, vous rappelezvous ce que vous avez dit ?
J'ai dit quelque chose, moi! qu'est-ce que j'ai pu dire?
GILBERTE
Vous avez dit : Ah !
LA BARONNE
Voilà tout?
GILBERTE
Voilà tout. Eh bien! quand, après que Louise a été installée ici, je nie suis aperçue que cela m'était, en somme, moins agréable que je n'avais cru d'abord ; quand, en la voyant prendre tout doucement, et malgré elle sans doute, ma place auprès de raonenfant, auprès de monmari, j'ai senti naître là de certaines pensées... desquelles il vaut mieux que je ne parle pas... je me suis souvenue de votre : Ahl et je l'ai compris.
LA BARONNE
Vous savez... peut-cire n'y f;illait-il pas voir tant de choses.
DO F U 0 U F ]{ 0 r
GILBERTE
J'y ai vu ce qu'il fallait y voir, rien de plus. Vous avi^z, vous, lout de suite deviné ce qui se i)a'-serait; rniis peut-cire n'aviez-vous pas deviné de quoi, moi, je serais capable, etque, pour couper court à lout cla, je prendrais un grand parti.
LA BARONNE
Un grand parti ?
GILBERTE
Mon Dieu, oui,
Et lequel ?... J'ai une peur maintenant à chaque parole que vous prononcez !
G ILBERTE.
Celte place qui est à moi, je suis décidée à la reprendre. Je suis décidée à vivre maintenant lout autremeul que je
n'ai vécu jusqu'à ce jour. (Mouvement de la baronne.) VoUS nO
me croyez pas ?
LA B ARO XNE.
Si fait... si fait,..
GILBERTE
Que vous me croyiez ou que vous ne me croyiez pas, je n'en suis pas moins décidée...
LA BA RONNE.
Un conseil, ma chère Gilberte : Venez avec moi ; faites cent mille francs de dettes d'ici à quinze jours ; montrezvous à l'Opéra en costume de Circassienne, ou bien habillez-vous en homme et allez faire un tour au bois sur un vélocipède... faites ce que vous voudrez enfin, mais dans l'ordre d'idées que je vous indique !... Les petits journaux parleront de vous ; on vous nonmiera peut-être, et l'on fera entendre que vous êtes perdue... Vous serez sauvée !... La voilure qui vous emporte vous paraît aller tro]) vile, vous avez peur et vous voulez sauter. . C'rsl vous tuer!... Je me rattraperai, dilos-vous... à qui?., à v(ilre maii?... Le pauvre