dattiers appartiennent à ce groupe
L'oasis de Gafsa est située à une altitude moyenne de 300 mètres; on y compte approximativement 60.000 palmiers.
Voici quelques variétés de dattiers du Djerba.
Déglé , excellentes dattes; l’arbre atteint une trentaine de mètres de hauteur et donne environ 10 régimes d’un poids moyen de 15 livres.
Monakhir; dattes de la longueur du petit doigt; elles sont très recherchées.
Ha/ig , c'est la datte des pauvres, elle est très commune.
D’autre part, on cultive à Tozer et à Nefta :
Ammeri, Badjou , Bfoghous , Cheddakh , Déglé beïdct , Déglé hamra,Ftemy , F/m/, Gassby, Gowidi, Gern-et-Ghzal , Ghers , Gremsa , Halig , H erra , Khouard ftemy , Khouard bejou , Khouard Tozer zeit , khouard- g assbi, Kent a , Ken tich , Khloua , Khaled , Khouad ammeri , Khanna Groa , Ktob , Lagon Monakhir, Mansour , Nefach, Tozer zeit, ïroungha, Zersini, Zabour. Sur place, les indigènes distinguent : 1° les fruits qui se conservent; 2° ceux qui sont mangés frais avant maturité ou /mccr et les r7o/> qui sont mangés frais après maturité.
La Tunisie exporte en moyenne et annuellement pour 1.500.000 francs de dattes, correspondant à 4 millions de kilogrammes, alors que la production globale de la Tunisie peut être évaluée à 25 millions de kilogrammes.
Égypte. — En Nubie, on rencontre une vingtaine de variétés principales.
Congo et Madagascar . — On y voit également des dattiers.
Asie. — On rencontre des dattiers dans l’Asie méridionale et dans l’Asie occidentale. Nous citerons :
Balah Yemeny , province de l’Yémen en Arabie ; dattes pulpeuses, sucrées ayant l’odeur de vanille; on les exporte
en Egypte.
Balah Bent A'ych , « datte Fille d’Aych » ; fruit petit, jaunâtre, de saveur agréable.
DATTIER
Fig. 91. — Grande route en brousse
Amérique. — On a semé, en 1891, à la Dominique, des graines de dattiers envoyés de Kew ; en 1906, ces dattiers ont donné leurs premiers fruits. On avait opéré la fécondation artificielle. Maintenant, dans le pays, on propage l’espèce par la transplantation des rejets. C’est la variété Ta filât qui semble mieux réussir.
Le dattier se rencontre en Haïti, à la Guadeloupe, à la Martinique et en Guyane.
Les Américains ont tenté, sans grand succès, l’introduction des dattiers en Floride et en Californie.
A. — Agronomie
Botanique. — C’est le Phœnix dactylifera Linné; famille des Palmiers.
Racine. — Elle forme un cône allongé, émettant de nombreuses radicules ramifiées et ténues, pénétrant jusqu’à plusieurs mètres dans le sous-sol.
A ce point de vue, le dattier diffère donc totalement du cocotier.
Arbre. — Hauteur moyenne des dattiers du nord de l'Afrique : 10 à 20 mètres, suivant latitude; la tige ou stipe peut atteindre de 2 à 3 mètres de circonférence à la base; à la partie supérieure est une couronne touffue de feuilles élégantes.
Feuilles. — Encore appelées palmes, elle sont pennées, coriaces, d’un beau vert; leurs divisions sont pliées en gouttière, l’ouverture se trouvant en dessus.
I ? leurs. — L’arbre est dioïque. Voir les détails aux
variétés.
Fruits. — C’est une baie ovoïde, elliptique, convexe d’un côté et marquée à l’autre face d’un sillon longitudinal nettement échancré.
DATTIER
La chair est presque translucide, légèrement gélatineuse ; le péricarpe est ferme, charnu et sucré ; lepérisperme est corné.
La datte fraîche ne ressemble nullement aux fruits qui nous parviennent en boites et dont il est question page 235; à maturité incomplète, la datte est à peine sucrée et on ne pourrait en manger de grandes quantités. Les fruits, d’abord blancs, deviennent rougeâtres etenlin jaunes.
Dans certaines régions, les indigènes croient à la possibilité de rendre femelles des dattiers mâles, par la déchirure de la nervure médiane de la feuille. L’opération est faite sur des plantes de 3 à 10 ans. Quoi qu’il en soit, le fruit des dattiers ainsi traités est de qualité inférieure et on a de plus en plus recours, pour la propagation, aux rejets naissants à la base du stipe. On a, en effet, remarqué que le noyau du dattier n offre aucune espèce de sécurité pour la reproduction d’une variété.
Variétés. — Il en existe de très nombreuses; les Arabes n'ont pas manqué de les baptiser à leur façon.
Voici les noms qu’ils donnent à certaines dattes : corne de gazelle; œil de serpent ; anus de négresse ; narine de femme ; doigt de la mariée , etc., etc. D’après M. Trabut, on connaît plus de 150 variétés ou races de dattiers dans les oasis du nord de l’Afrique; mais toutes les variétés ne sont pas également répandues, et les fruits sont loin d’avoir la même valeur. On peut même ajou-ter qu'une dizaine de variétés seulement sont de culture courante.
Il existe des différences assez marquées entre les variétés de dattiers; ne pouvant les donner toutes ici, nous nous contenterons de signaler les principales.
Degla-en-nour. — Feuillage dressé, faible rachis de
àU \ Ld
feuilles, segments longs et d’un vert glauque; longueur des fruits de 4 à 5 centimètres, pulpe sucrée et translucide; graine longue, peu épaisse ; cupule calicinale arrondie. Les beaux fruits ne sont obtenus que vers la dixième année. Rappelons que la cupule et les godets forment la base du fruit.
Rhars. — Nombreuses feuilles à larges segments; fruits plus petits que ceux du deUja-en-nour ; graine raccourcie aux deux extrémités.
Mettentichi-degla. — Fruits de moyenne grosseur; graine chagrinée à la base ; cupule non adhérente.
La fructification commence dès la troisième ou la quatrième année.
Ualoua. — Cupule calicinale adhérente.
Haïmra. — Fruit lincment ridé à maturité.
Deqla-beïda . — Graine volumineuse à sillon profond.
Phœnix mclanocarpa. — M. Naudin a ainsi désigné un dattier à fruits noirs de Nice.
L’arbre donne chaque année d’énormes grappes d’excellents fruits, que les (leurs soient pollinisées ou non. Au reste la pollinisation semble n’avoir aucune inlluence sur le développement et le goût des dattes.
M. Nadal-Mariano, colon à Orléansville, a obtenu des dattes de bonne grosseur et d’excellente saveur ; ces fruits étaient en outre exempts de noyau. L’obtenteur s’abstient de toute fécondation artificielle.
MM. le docteur Proschowsky et Ch. Rivière se sont beaucoup occupés de la question des dattes sans noyaux et ils sont arrivés à conclure que les dattiers taddala, du Cbélilf, Phœnix nielanoccirpa qui produisent des dattes sans noyau sont bien des variétés.
M. Ch. Rivière a cité un dattier du jardin d’essai d Alger, qu’il a observé pendant de nombreuses années
DATTIER
et qui, à chaque saison, donne des régimes aux très beaux
fruits sans noyau. L’arbre est au milieu de plusieurs dat-
tiers mâles et femelles.
Les dattes anormales ainsi obtenues ne proviennent pas d’un manque de fécondation, car dans les variétés a
Fig. 92. — En chasse sous les panaches.
fructifications normales, si la fécondation est nulle, les fleurs se détachent ou l’ovaire reste atrophié. Ce n’est pas le cas, puisque les fruits dont il est question ici sont parfaits comme grosseur et comme pulpe; ils sont dorés, à chair douce, et un tracé linéaire indique parfois la place du noyau.
Autres palmiers. — Phœaix. — 11 existe, en Afrique et en Asie, de nombreux Phœnix sauvages, qui donnent de petit fruits que l'on mange blets ou après cuisson.
Bactris. — Des bactris communs dans l’Amérique du
Sud donnent des fruits contenant, sous l’écorce, un peu de jus acidulé.
Zalaccci edulis, Reinw. — Il porte le nom de salak dans l’archipel Indien. Les fruits se mangent crus, ou mieux, cuits au sucre.
Cocos Gaertneri. — Commun dans le Brésil austral; son fruit est de la grosseur d’une prune; il contient un peu de pulpe parfumée.
Enfin, il est des palmiers qui donnent, par macération de leurs fruits dans l’eau, des boissons agréables.
Nous citerons :
Euterpe oleracea, Martius. — Très répandu en Amérique centrale et aux Antilles.
A la Guyane, il est nommé Pinot ; A ssay au Para.
Hyphaene theboïca , Martius. — C’est le palmier Boum de la haute Egypte. Fruit delà grosseur du poing; pulpe jaune, saveur mielleuse rappelant le pain d’épice. Se voit au Congo et à la côte des Somalis.
Borassus flabelliformis , Linné. — Commun en Afrique et en Asie; on n'emploie que les jeunes fruits verts.
Mauritia. — Répandu dans l’Amérique du Sud.
Aouaca , Astrocaryum vulyare. — Le fruit est une drupe ovoïde du volume d’un œuf de pigeon; il est jaune à maturité ; la partie charnue est à saveur sucrée. On mange ce fruit cru ou cuit, en soupe avec des légumes ou de la viande, etc.
Dans le cas de grande abondance il sert de nourriture des bestiaux.
L’arbre est commun à la Guyane.
Palmier canne , Acrocomia sclerocarpa. — Le fruit est de la grosseur d’une petite pomme; la pulpe est mucilagineuse et fibreuse. Les Indiens la consomment avant complète maturité.
DATTIER
Ce palmier se voit aux Antilles françaises et en Guyane.
Palmier Comou ou Comon œnocarpus bacaba. Son fruit, de la grosseur d’une prune de mirabelle, est très recherché par les indigènes. Sa peau est pourpre, liront sur le violet; la pulpe est blanchâtre et hutyreuse ; on la mange souvent bouillie dans l’eau avec du sel. Arbre répandu en Guyane.
Nous ne citerons que pour mémoire les Phoenix suivants, qui appartiennent exclusivement à l’horticulture ornementale: Phœnix canariensis ou P. Jubae , P. Vigieri ; Phœnix reclinata; Phœnix spinosa ou P. leonensis , P. senegalensis et enfin le Phœnix sylvestris.
Habitat. — Exposition. — Altitude. — Le dattier est l’arbre des déserts; on peut dire que, dans le Sahara, c’est à peu près la seule plante cultivée. « Sans le chameau et le dattier, le désert serait inaccessible et inhabitable », dit-on couramment.
Pendant longtemps on a cru que le dattier ne réussissait pas dans la région intertropicale, par suite du manque de luminosité en saison d’hivernage, et aussi par excès d’humidité qui ne permettrait pas au dattier le repos de végétation indispensable à une bonne fructification. Nous avons déjà dit que, d’après Sagot et Raoul, c’est là une erreur, les échecs provenant tout simplement de ce qu’on reproduisait toujours par semis et non par rejetons. Les memes auteurs ajoutent : « Nous disons que le dattier n’a pour limite, vers la région équatoriale, que le point où la continuité des pluies active sans cesse le développement foliacé et empêche l’arrêt de la végétation nécessaire à une fructification parfaite. » Le dattier peut supporter de 8 à 10° de froid, mais il ne faut pas que cette température se prolonge, et pour que les dattes soient
comestibles, il est nécessaire que la température reste élevée; dans le sud algérien où la maturation est parfaite, la température de trois mois de l’été est au minimum de 25° centigrades.
Sol. — Les couches sableuses des oasis conviennent avant tout; mais, grâce à la constitution de sa racine, le dattier peut se développer en des sols ingrats; en effet, les radicules pénètrent à travers les interstices de terrains schisteux et parviennent à pénétrer les argiles compactes.
Néanmoins il ne faut pas oublier que la culture du dattier se trouve résumée par ce proverbe arabe : « les pieds dans 1 eau, la tête au leu. » Il faut donc irriguer fortement si le sol n'est pas naturellement humide. L'arro-
sage est souvent individuel; on creuse près du tronc une tosse circulaire pouvant contenir 2 mètres cubes d’eau et on remplit au moyen de rigoles.
Reproduction. — On utilise les rejetons qu'émet le pied; les indigènes opèrent aussi par semis, mais on délaisse de plus en plus les semis car on a remarqué que si les sauvageons deguel des Arabes, obtenus de cette façon sont très vigoureux et peuvent vivre deux siècles, ils ne donnent que des fruits peu charnus, sans grande valeur marchande, et encore faut-il attendre une dizaine d’années. En outre, 80 0/0 des jeunes dattiers sont males. Quant aux rejetons djebar , on les prend alors qu’ils atteignent déjà une certaine hauteur ; il n’est même pas rare de voir transplanter des sujets de six ans; dans ce cas, on les enfonce profondément dans des trous préparés comme nous allons le voir, et les feuilles serrées les unes contre les autres sont entourées d'une natte. Ajoutons que les rejetons prélevés viennent toujours d'arbres remarqués comme donnant les meilleurs fruits et quis ont des
DATTIER
pieds femelles, naturellement. Donc, en utilisant les rejets, on est certain de n employer que des pieds femelles, les seuls qui intéressent, puisqu un dattier mâle suflit pour cent dattiers femelles.
M.Ch. Ri vière s’est spécialisé dans celte question de la propagation des dattiers : il dit que la multiplication des
Fig. 93. — Avenue dans une oasis.
bonnes variétés se fait par voie agame, c'est-à-dire par bourgeons vivipares ou œilletons situés au pied ou sur le parcours du stipe de dattiers adultes. On les en détache pour les planter en pépinières ou directement à demeure4 lixe.
Or, en ce qui concerne le dattier à fruits sans noyau du jardin d'essais d’Alger, il ne se présenta jamais de bourgeons latéraux, aussi M. Rivière s’efforça-t-il d’en provoquer en se basant sur l’observation suivante :
Le dattier émet périodiquement, de bas en haut, une couronne de racines et dans les lieux humides il se forme même plusieurs couronnes qui deviennent aériennes. On voit aussi la hase de certains stipes en être hérissée sur une hauteur de 1 mètre à lm,50.
Si on entoure ce revêtement radiculaire d’apparence sèche et morte, de terre ou de matières humides on voit les mamelons s’allonger en fraîches racines et des œilletons apparaissent que l’on peut détacher du stipe.
M. lliviôre signale même ce fait assez peu connu que dans le Souf, frontière saharienne algéro-tunisienne, les indigènes utilisent cette faculté d’émission de nouvelles racines à la hase de vieux palmiers pour régénérer ceuxci ; ils coupent la hase du stipe en lui laissant les nouvelles couronnes de racines, puis le grand et immense dattier est immédiatement replanté dans un trou très voisin; l’arbre est ainsi rajeuni pour une longue période.
L’opération est difficile, paraît-il, car les Sahariens ne disposent que de moyens des plus primitifs pour remuer ces géants du désert et en cas de non-réussite ils disent... c’est comme des dattes !
Nos horticulteurs courent moins de risques avec leurs plants de pommiers, pruniers, poiriers, etc. Il est vrai que le travail est moins... palpitant.
Préparation du terrain. — Alignement. — Le terrain étant nettoyé, les fosses sont creusées en quinconce; au fond des fosses, on dépose un peu de la meilleure terre de l'endroit, mélangée à un compost provenant de la décomposition de brindilles, feuilles, etc.; on abrite ensuite jusqu’à complète reprise.
Nombre de pieds à l’hectare. — D’après M. Delchevalerie, qui dirigea d’importantes plantations de dattiers, on met
DATTIER
ordinairement 100 dattiers par seddan , c’est-à-dire par 4.200 mètres carrés.
Dans les plantations les pins récentes, on espace les lignes de 7 à 8 mètres et, sur une même ligne, les in-
tervalles entre les pieds sont de 6, 7 et 8 mètres.
Mise en place et irrigation. — On plante au printemps, de mars à juin. Dans les régions désertiques, on s’arrange de façon à sillonner les plantations de canalisations partant des puits ; en outre, on butte les pieds d’environ 50 centimètres de hauteur pour protéger les racines superficielles.
Culture. — Entretien. — Dès que les dattiers sont bien repris, les soins culturaux deviennent insignifiants; l’essentiel est de surveiller l'irrigation.
Fumure. — Les racines sont voraces; elles sont avides de fumures appropriées, engrais humains, débris de cuir, chiffons de laine, etc.
F/oraison et fécondation. — Le dattier est dioïque et, quand il commence à fleurir, ce qui se produit de février à avril pour le nord de l’Afrique, on coupe les régimes mâles dont les (leurs s’entr ouvrent ; onles descend ensuite en s’aidant d’une corde et on les divise en autant de fractions qu’il y a de dattiers femelles à féconder; toutefois il est nécessaire de conserver au moins douze fleurs à chaque fragment. Les travailleurs regagnent ensuite le faite des pieds femelles où ils secouent le rameau mâle atin d’en faire tomber le pollen sur le spadice femelle, au centre duquel il l’attache enfin et force le contact en enfermant le tout avec une follicule d’arbre. On conseille un pied mâle pour vingt à vingt-cinq pieds femelles; pourtant les Arabes, experts en l’art de la polygamie, se contentent souvent d’un sujet mâle pour cent dattiers femelles! Le régime de l’arbre mâle, appelé dokkar , est l’objet d’un commerce très spécial, car tous les planteurs ne possèdent pas de dokkar. Pour ne rien omettre, nous ajouterons qu’à la limite de sa culture, en zone intertropicale, par suite du fait des pluies et de la constance de
DATTIER
la température, le dattier donne, annuellement, deux floraisons et deux fructifications; mais la seule bonne récolte est celle qui suit la saison sèche; les fruits de la saison des pluies sont très gros, mais aqueux et ne se conservent pas.
Avortement. — Il résulte de 1 atrophie du noyau. D’Escayrac de Lanture dit que l’avortement se reconnaît extérieurement à la figure réniforme de la datte, qui se recourbe sur le noyau rudimentaire.
D'après lui, l’atrophie proviendrait de ce que la fécondation n’a pas été tentée, ou encore de la mauvaise qualité de l’arbre.
Pourtant on connaît quelques variétés de dattiers dont les noyaux avortent d’une façon normale, par exemple à Pile Fortaventure, du groupe des Canaries. En outre, à Cornera, on signale une variété de dattes sans noyau.
Fructification. — Selon l’habitat et les variétés, la maturité varie de saison; pour le nord de l’Afrique, on compte de septembre à janvier.
Le dattier commence à rapporter dès l’àge de quatre ans; parfois il faut attendre cinq ou six années, cela dépend des variétés et de l’habitat ; pourtant on ne peut compter sur une bonne fructification qu’après douze ou dix-huit ans de plantation, et ce maximum de rendement dure jusqu’à l’âge de soixante à quatre-vingts ans ; c’est vers la quatre-vingtième année que le dattier décline pour mourir bientôt. Seuls les arbres sauvages atteignent deux siècles.
Cueillette. — Fréquemment, on procède à la récolte lorsque les fruits sont encore fermes; certains propriétaires achèvent la maturité en faisant fermenter les dattes mises en tas.
Les régimes coupés sont descendus à la main du haut de l'arbre, avec de grandes précautions.
Les travailleurs, qu’ils fécondent ou qu’ils récoltent, font toujours entendre de curieuses mélopées, alors qu’ils sont perchés au sommet des dattiers. Ils détaillent les qualités de l’arbre. Voici la traduction de l’un de ces chants :
Allah t’a fait le plus grand et le plus beau des arbres.
Tu nous donnes le bois pour nos maisons.
Tu nous donnes le djérid pour les couvrir,
Tu nous donnes les dattes pour nous nourrir,
Et 1 es dattes sont douces comme le miel, transparentes comme
[l’ambre.
Allah t’a fait le plus fécond des arbres,
Mohammed nous a permis de prendre quatre femmes, Mohammed te donne le pouvoir de féconder en un an mille
[palmiers femelles,
Tu n’as pas ton pareil sur terre... Qu’Allah soit loué.
Dans le Djerid, région d’oasis du sud de la Tunisie, on dépouille le dattier de son feuillage dès que la récolte est terminée ; seul le bourgeon terminal est respecté ainsi que le dernier bouquet de feuilles apparues.
Rendement. — On compte qu’un dattier donne annuellement de quatre à douze régimes, pesant chacun de quatre à huit kilogrammes. Exceptionnellement Delchevalerie a
récolté sur un dattier, en Egypte, 178 kilogrammes de dattes.
D’après H. Fleury, un dattier femelle du sud algérien produit entre 72 et 360 kilogrammes détruits, soit une moyenne de 120 kilogrammes (Voir les prix page 213). Des variétés de qualité supérieure ne donnent guère que 25 kilogrammes de dattes, telles sont : Degla-beida , Deglaea-nour , Kentichi.
DATTIER
Fig. 95. — (iiand canal d’irrigation.
D’après Tréfeu, les dattiers les plus ordinaires donnent un minimum de 40 kilogrammes de dattes et leur rapport annuel serait de 12 fr. 50 à 15 francs. Pourtant il n’y a rien d’absolu pour ces questions de rendement, car on a calculé que les dattiers communs de l’Arad rapportent annuellement 4 fr. 80 par arbre, tandis que le Keuta rapporte 16 francs.
Narrations de voyageurs. — En outre des renseignements que nous permettent de donner nos observations personnelles, nous sommes heureux de reproduire ici ce qu’écrivit M. de Fleurac lorsqu’il visita le Djerid :
Le palmier se cultive en damier. Les jardins sont divisés en rectangles, dont la terre, relevée sur les bords, détermine, en vue de l’irrigation, autant de petits bassins, au centre ou sur les arêtes desquels, à des distances variant de 6 à 10 mètres, s’élèvent les palmiers. Ce mode de plantation, le plus ancien, tombe cependant en désuétude, et les indigènes ne paraissent plus s’assujettir à l’observation de ligures géométriques très régulières dont la plus communément employée était le quinconce.
Les palmiers sont soignés par les Khammès, sorte de fermiers ayant droit au cinquième des produits. Leur métier est dur; indépendamment des grandes opérations et de la récolte, ils doivent élaguer avec soin les branches gourmandes, revêtir le pied de chaque palmier d’un parement tronconique en terre pour abriter les racines, réparer constamment les canaux et régler l’arrosage, toutes choses qui, pour être bien faites, demandent, du bout de l’année à l’autre, des soins pénibles et constants.
La fécondation se fait artificiellement, du 15 mars au • 15 avril. Le Khammès féconde successivement chaque régime femelle en y introduisant le pollen du mâle qu’il
DATTIER
maintient le plus souvent par une ligature. Le palmier se produit par plants. On trouve sur les femelles fécondées de jeunes pousses rharsas que Ton détache avec soin et que Lon plante dans une excavation de 0m,50 quand le terrain est sec, et moindre quand il est humide, ce qu’il
Fig. 96. — Une palmeraie.
Cliché: M. Bret, Inspecteur d'Agriculture en O. A- F.
faut éviter au début. On préserve le rharsas de la chaleur du jour et de la fraîcheur de la nuit, au moyen d’une sorte de chapeau en tiges de palmier, serrées et liées à leur extrémité supérieure de telle sorte qu’elles présentent au premier abord l’aspect d’une ruche.
Pendant quarante jours, le palmier ne doit être arrosé que de deux glel (cruches) par jour. Mais alors, les branches vertes commencent à apparaître au travers des interstices de l’abri et l’arrosage se fait comme pour les adultes.
Ainsi élevé, un palmier produit à cinq ans. Les fruits sont encore de médiocre qualité, mais ils s’améliorent graduellement, et, à huit ans, l’arbre est en plein rapportai vivra jusqu’à cent ans. Cette moyenne est rarement dépassée, bien que l’on cite à Tozeur des palmiers historiques de plus de deux cents ans.
La hauteur des palmiers est très variable, on constate avec étonnement des écarts de 15 mètres entre des sujets de même espèce et plantés dans des terrains voisins. Les plus élevés ne dépassent pas 20 à 25 mètres.
Les espèces de dattes sont fort nombreuses. On en compte deux cents. On ne connaît guère, en dehors du Sahara, que les degla-ert-nour. Les kentichi , très appréciables, pourtant, ne sortent pas duDjérid; trop riches en miel et ne se desséchant qu’imparfaitement, elles ne supportent pas le transport.
Il est cependant des variétés qui s’expédient saus altération et par des procédés fort imparfaits; mais, leur valeur marchande étant peu considérable, elles ne sont achetées que par les gens du Nord et les nomades, qui, pendant plusieurs mois, s’acheminent vers le Djérid en longues caravanes. C’est la kenta , 1 ebadjoa, le beer-bellou y par exemple, que l’on transporte entassés dans les seliss et quelquefois dans des outres parfaitement closes (btana). Ce dernier procédé est souvent employé pour conserver fraîches, pendant des mois entiers, les dattes de première qualité que les gens riches destinent à leur consommation. Parfois aussi, mais seulement pour l’exportation, on enveloppe, isolément ou deux à deux, des régimes entiers de dattes choisies, dans des peaux de mouton ou de petits sacs en parchemin. Elles arrivent ainsi intactes à des destinations lointaines. h'amari , le gosbi , le gonndi , sont consommés sur place. C’est à peu près le seul ali-
DATTIER
ment de la majorité de la population. Les gens aisés mangent les dattes avec du lait qui en est le condiment indiqué. Ce mets, très recherché, n’est pas à la portée de tous, vu l’extrême rareté des vaches et des chèvres dans le Djérid ; on les mange aussi beaucoup avec des oignons doux et du beurre. Les dattes de qualité tout à fait inférieure, celles tombées de l’arbre, sont connues sous le nom générique de chakan , ou mieux de skhalouett. Elles sont utilisées pour la nourriture des animaux et spécialement des chèvres et des vaches, dont le lait contracte alors un parfum spécial.
Ennemis du dattier. — Dans le nord de l’Afrique, on redoute un insecte qui se propage facilement : c’est le Cocotrypes dactyliperda Fab., sous-genre des Bostrichns , famille des Scotylidæ. Il vit dans la graine de la datte. D’après M. Decaux,son habitat ordinaire serait la graine du Chamœrops humilis ou palmier nain , d’où il se répand sur les dattiers ; on le trouverait également sur le Dyospyros Kaki, page 534. Le Bostrichns dactyliperda est un acaride qui se propage rapidement; il commence par vivre sur l'inflorescence, puis la femelle dépose ses œufs dans le fruit encore vert; les petites larves éclosent quelques semaines après la ponte; elles s'enfoncent dans le fruit, atteignent le noyau dont elles se nourrissent de la partie intérieure : c’est là qu’elles subissent leurs métamorphoses. Le seul remède est d’anéantir par le feu les fruits atteints.
Devis raisonnés. — Les devis raisonnés que nous donnons sont dus aux calculs de MM. Michel Paronnet et E. Tréfeu.
Prix d’établissement et d’entretien d’un hectare de palmeraie.
— Exploitation directe. — Les dépenses nécessitées par la création et l’entretien d’un hectare de palmeraie s’élèvent,
pour la première année, à la somme de 500 francs, selon détails suivants :
Frais de premier établissement. — Le prix du rharsa ou rejeton de palmier est en moyenne de 1 fr. 25.
A 200rharsas par hectare, le prix d’achat des rejetons se monte donc à 250 francs. Leur transport jusqu’au domaine est d’environ 36 francs. La façon à forfait de deux cents trous est de 18 francs.
Les rigoles d’irrigation également faites à forfait reviennent à 1 franc les 70 mètres pour 20 palmiers, soit 10 francs pour l'hectare.
Mise en place des rharsas, à 0 fr. 30 par rejeton, 00 francs.
Soit en récapitulant :
Achat des plants 250 fr.
Transport des plants 36
Façon des trous 18
Rigoles d’irrigation 10
Mi se en place des rejetons 60
Total 374 fr.
Il faut augmenter cette somme de 20 0/0 environ pour ameublissement du terrain et remplacement des rejetons qui n’ont pas pris, soit 76 francs.
Nous arrivons ainsi à une dépense totale de 450 francs, destinée à être réduite de plus de moitié dans l'avenir, lorsque les palmiers pourront fournir à leur tour les rejetons nécessaires aux nouvelles plantations; la dépense ne sera plus alors, au maximum, que de 164 francs par hectare.
DATTIER
Les frais d'entretien annuel se décomposent comme
suit :
Irrigation 30 fr.
Labourage 15
Total 45 fr.
Soit avec l’imprévu, 50 francs.
On a donc, comme dépenses d’établissement et d’entretien jusqu’à la période de plein rapport, c’est-à-dire jusqu’à la huitième année :
Première année. — Dépenses d’établissement 450 fr.
Entretien 50
500 fr.
Intérêt 5 0/0 25
525 fr.
Dont : débours 500
Deuxième année. — Entretien. 50 »
Dépenses de la lre année 525 »
Intérêt 5 0/0 28 75
Total 603 75 dont débours 550 fr.
Troisième année. — Entretien. 50 »
Dépenses des deux lres années 603 75
Intérêt 5 0/0 32 69
Total 686 44 dont débours 600 fr.
Quatrième année. — Entretien 55 »
Dépenses des trois lres années 686 44 Intérêt 5 0/0 37 »
Total 778 44 dont débours 650 fr.
Cinquième année. — A la cinquième année, le dattier rapporte environ 15 kilogrammes de dattes, ce qui fait 3.000 kilogrammes à l’hectare.
Soit, à 12 francs le kilogramme, 360 francs.
Le dattier, étant un arbre dioïque, ne produit que s’il est fécondé ; la fécondation se fait de mars à mai ; les indigènes qui se livrent à cette besogne ne sont point payés en argent, mais en nature, à un taux assez élevé; ilsont droit à un septième de la récolte.
C'est, dans le cas présent, une valeur de 51 francs à déduire de la recette.
Enlin, l’impôt n’est perçu, pour les plantations nouvelles, qu’à partir de la seizième année; il est alors de 0 fr. 45 par arbre, plus 1 1/2 0/0 de droits de perception, ce qui fait 91 fr. 35 par hectare.
A la cinquième année, les dépenses annuelles sont donc :
Entretien 55 »
Fécondation 51 »
Intérêts d'amortissement du capital d’établissement
répartis en 20 années, à raison de 3 fr. 024 0/0. 23 40
A déduire de 360 fr. Le bénéfice est d’environ. . . . 230 »
Sixième année. — Le produit du palmier est d’environ 20 kilogrammes de fruits.
Soit, pour l’hectare, 4.000 kilogrammes qui repré-
sentent une valeur de 480 »
A déduire :
Entretien 55 »
Fécondation 69 »
Intérêt d’amortissement 23 40
Total 147 40
Soit à déduire 148 »
Reste un bénéfice net de 332 »
DATTIER
Septième année. — A la-septième année, le produit du palmier est d’environ 30 kilogrammes de fruits.
Soit pour l’hectare 6.000 kilogrammes qui repré-
sentent une valeur de 720 »
A déduire :
Entretien 60 »
Fécondation •. 103 »
Intérêt d’amortissement 23 40
Total 186 40
Soit à déduire 187 »
Reste un bénéfice net de 533 »
Huitième année. — A la huitième année, le produit du palmier est d’environ 40 kilogrammes de dattes.
Soit pour l’hectare, 8.000 kilogrammes représen-
tant une valeur de. . 960 »
A déduire :
Entretien 60 »
Fécondation 137 »
Intérêt d’amortissement 23 40
Total 220 40
Soit à déduire 221 »
Reste un bénéfice de 739 »
A partir de la huitième année, le palmier est en plein rapport et sa production n’augmente plus.
Le produit des cultures intercalaires (légumes, fruits, textiles, fourrages, etc.) est, en moyenne, de 120 francs par hectare.
Nous résumons ici, en un tableau unique, les dépenses nécessitées par la création et l'entretien d’un hectare de palmeraie, et nous comparons ces dépenses avec les recettes annuelles.
PLANTATION, ENTRETIEN ET RECRITES d’üN HECTARE DE PALMERAIE