ACAJOU A FRUITS
Jus, boisson , eau-de-vie, vinaigre. — Le jus exprimé est consommé pur ou additionné d’eau. Après légère fermentation, on obtient une boisson analogue à celle que les Brésiliens appellent cajuado et dont il faut se méfier, car elle est enivrante. C’est le vin de caju.
Fig. 126. — Semis au Congo.
Cliché : A. Chevalier (Mission Chari-Lac Tchad .
En poussant la fermentation, on peut produire de Y eaude-vie de pomme d'acajou et encore du vinaigre.
Liqueurs de table. — En partant de l’amande fraîche, on obtient de bonnes liqueurs.
Huile. — On retire de la graine 3 à 4 0/0 (Y huile fine très douce, de couleur jaune paille, sans odeur et sans fadeur, analogue à celles d'amandes douces. On l’emploie en émulsion, looks, etc. Sa densité est de 0,916. La teneur totale en huile est d’environ 40 0/0.
Amande. — On la mange crue, cuite ou grillée ; elle est
aussi utilisée pour la confection des nougats, car elle a le goût prononcé de la noisette. Quand elle est fraîche, cette amande est blanche; en vieillissant, son goût devient désagréable et elle produitde la cuisson aux lèvres.
Parfois l’amande grillée est mêlée au cacao et entre dans la fabrication du chocolat.
Suc de l' épicarpe . — On l’utilise comme enduit pour préserver le bois des attaques des insectes : il marque le linge en marron de façon indélébile.
II. Pays importateurs. — On reçoit la pomme en sirop de sucre ou la noix grillée.
Pour la noix, on la fait passer au brûleur, comme le café, puis elle est mise en boîtes de fer-blanc, simples et fermées par une bande de papier.
Les boîtes sont de un demi-kilogramme et de 1 kilogramme.
La noix d'acajou en médecine
On peut utiliser le suc de l’amande pour réduire des verrues ou des cors, mais il faut prendre de grandes précautions. Certaines peuplades l'emploient pour faire des tatouages.
Arbre à pain
Artocarpus incisa non seminifera Famille des Moracées (Tribu des Artocarpées).
PLANTES DE MEME FAMILLE DECRITES DANS CE VOLUME
Jacquier, Artocarpus iutegrifolius, p. 515.
Figuier, Ficus carica, p. 243.
Mûriers, Morus , p. 265.
Historique et généralités. — Cet arbre fut baptisé par l’équipage de l’amiral Anson qui, se trouvant sans nour-
ARBRE A PAIN
riture, consomma les fruits en guise de pain. Les marins l’appelèrent Blanc-manger.
C'est Figueroa, duc de Feria, qui donna la première description de l'arbre ; il la tenait de Quiros, compagnon de Mendana de Neyra qui, en 1595, découvrit les îles Marquises.
Lors de son premier voyage à Tahiti, en 1768-70, Cook y retrouva le fruit vanté par les Espagnols et en parla. Pour son deuxième voyage, 1772-75, il se fit accompagner par Forster, naturaliste allemand, et ce savant calcula que le rendement d’un arbre à pain était suffisant pour qu’un acre (40 ares 46 centiares) planté d’arbres de ce genre puisse assurer la nourriture de 10 à 12 personnes pendant huit mois.
Ces calculs de Forster eurent un grand retentissement en Angleterre ; une mission partit de ce pays en 1787 dans le but de ramener des plants destinés aux Etablissements anglais des Indes occidentales (Antilles).
Le Bountxy , petit transport de 45 tonneaux, fut apprêté à cet effet.
Pour le 31 mars 1789, peu de temps avant son départ de Tahiti, le Bonnty avait embarqué 1.015 plants d’arbre à pain, ainsi que des plants d’essences diverses.
Le départ eut lieu le 4 avril, mais le 28 du même mois, l'équipage se révolta et embarqua dans une chaloupe le capitaine Bligh avec dix-huit autres personnes ; quelques vivres leur furent accordés. L’abandon de la chaloupe eut lieu à 30 milles de Tofoo ; seulement 48 jours après, et ayant parcouru 1.206 lieues, le frêle esquif du capitaine arriva à Timor.
Quant aux révoltés, ils essayèrent de s’établir à File Tubuaï; mais, ayant échoué, ils retournèrent à Tahiti, y embauchèrent quelques Tahitiens et tentèrent de s’ins-
taller à nouveau à Tubuaï; après un autre échec ils retournèrent encore à Tahiti; là, ils enlevèrent par surprise des femmes, puis ils se dirigèrent vers l’île Pitcairn, découverte le 2 juillet 1776 par Carteret et qui était inhabitée.
Les révoltés restaient au nombre de huit; leur chef était un certain Christian, redoutable compagnon, qui avait pris pour lieutenant un individu de sa trempe, Alexander Smith.
Le Bounty atteignit enlin Pitcairn, l’équipage débarqua avec tout le matériel et le navire fut brûlé : 23 janvier 1790. Mais, ce qui était à prévoir arriva; les femmes : Non licet omnibus adiré Corinthum, furent cause de rivalités brutales; bref, en 1800, Alexander Smith restait seul à la tête de la colonie, composée de femmes et des descendants des révoltés massacrés. Ce refuge de Smith ne fut découvert qu’en 1808 par le navire américain La Topa z.
Quand Bligh rentra en Angleterre, le gouvernement envoya la Pandore pour châtier les révoltés ; ce navire arriva à Tahiti le 23 mars 1791, fit la chasse aux insoumis du Bounty qui étaient restés à Tahiti lors du premier retour de Tubuaï et les exécuta.
Une nouvelle expédition fut décidée, toujours dans le but de se procurer des plants d’arbre à pain à Tahiti. On équipa la Providence et Y Assistance ; le capitaine Bligh fut à nouveau nommé chef de mission. L’arrivée à Tahiti se fit le 10 avril 1792 ; 2.630 plants furent embarqués ainsi qu’une collection importante d’autres plants.
Au retour, Bligh laissa 10 plants à Timor, puis 300 à Saint-Vincent; le reste fut réservé pour la Jamaïque.
Après de persévérants et coûteux efforts, les Anglais parvinrent donc à introduire dans leurs colonies des Antilles le précieux « arbre à pain ».
ARBRE A PAIN
Les Français s’occupèrent également de la question. Sonnerat, lors de son voyage à la Nouvelle-Guinée,
Fig. 127. — Arbre a pain.
Cliché : Bulletin de l’Union panaméricaine.
1/71-72, alla jusqu'à File de Gibby et rapporta à File de France, aujourd’hui File Maurice, des plants d’arbre à pain.
11 est l’objet d’un réel culte chez les Tahitiens, lesMarquisiens et les Mangaréviens.
Originaire de la Malaisie, il s’est acclimaté dans tous les pays tropicaux.
Or, la variété sans graines étant la seule qui existe en Polynésie, il laut conclure que c’est l’homme qui, partout, a propagé par drageons.
En effet, l’arbre à pain se rencontre dans tout l’espace intertropical, donc sur environ 46° et, en longitude, sur près de 50°.
Les Anglais le nomment Bread tree.'
Il ne faut pas confondre l’arbre à pain avec le Zamia, Zarnia cycadis, Linné, ou arbre à pain des Hottentots, et dont la moelle seule est comestible.
Géographie. — Dispersion. — Synonymie
Asie. — A Ceylan,il est appelé rata-del ; del , d'un autre pays étranger. On dit encore polios, hérét et warreka.
Cet arbre est répandu dans toute Llndo-Chine.
Afrique. — Dans les iles Mascareignes, il n’est pas très cultivé. On le voit aux îles Comores et à Madagascar.
Amérique. — Il existe aux Antilles, en Haïti, Dominicanie, Saint-Domingue, Guyane, etc.
Dans les iles Carolines, l 'arbre à pain est connu sous le nom de areparepa.
Océanie. — A Tahiti, existe une variété donnant un fruit énorme, le Rorotoma ; mais il est une autre variété plus recherchée, le Rare. De nombreux sujets y sont à feuilles entières, sans la moindre laciniure; notamment
ARBRE A PAIN
les arbres des sortes : Rare-aume et Rare-antia ou Rare-ati. Disons en passant que Rare-antia signifie Arbre par excellence.
En langue néo-tabi tienne, on emploie les dénominations: mei , uru, maiore , etc. La récolte la plus abondante se fait après la saison chaude et humide.
Sur le littoral de plusieurs îles basses de la Polynésie française, les indigènes arrivent à faire végéter l’arbre à pain en mêlant au sable corallien del’humus et de la terre végétale provenant de Tahiti.
En langue malaise, l’arbre est nommé soukoum. Aux îles Sandwich ou Hawaï, capitale Honolulu, l’arbre à pain est appelé uru, en vieux maori.
Aux îles Moluques et à l’ile d’Amboine on dit amakor.
Dans les quinze îles formant le groupe des Mariannes ou des Larrons, dont la capitale est Agana, l’arbre est nommé leme.
Dans Pile de Tinéan, l’une des Mariannes, on l’appelle ourou ; les Mariannais lui donnent encore le nom de mahe ; les (Haïtiens disent reina.
A. — Agronomie
Botanique. — C’est Y Artocarpus incisa non seminifera , Forster. Artocarpus esculenta , variété apyrena , P. Sagot.
Famille des Artocarpées.
Arbre. — 10 à 12 mètres de hauteur; le contre-amiral Halligon, alors enseigne de vaisseau, en vit un, en 1847, dans Pile Opulu, une des Samoa, qui avait plus de quatre mètres de diamètre. {Six mois à travers V Océanie, Brest, 1889.)
Les branches sont horizontales; l’écorce grise est rugueuse.
Par incisions on obtient un latex visqueux inutilisable dans l’industrie. Les enfants en confectionnent de la glu pour attraper les oiseaux.
Feuilles. — Glabres, 25 à 49 centimètres de longueur. Se présentent en touffes à l’extrémité des rameaux; elles sont profondément divisées en huit à onze segments pennés, à bords entiers.
Fleurs. — Unisexuées sur le même arbre ; groupées en inflorescences dislinctes aux aisselles des feuilles des jeunes branches.
Les inflorescences mâles ressemblent à des épis, d’abord dressés, puis tombent, au sommet, en masse spongieuse.
Longueur de 15 à 20 centimètres, sur 3 à 4 centimètres
de largeur.
Les inflorescences femelles sont ovoïdes, longueur de 4 à 6 centimètres; à la périphérie du réceptacle épais, sont creusées des cavités du fond desquelles parlent les Heurs femelles, une par cavité. C’est tout cet ensemble qui donnera le fruit.
Fruits. — Grosseur d’un melon ; jaunâtre en dehors, marqué d’aréoles irrégulières, à quatre ou cinq angles.
Un fruit pèse de 1 à 3 kilogrammes et n’est autre chose qu’un groupement de fruits : syncarpe ou scorose, dont l’axe s’est fortement épaissi.
La fécule est accumulée dans le réceptacle et dans les tubes périanthiques.
La masse est charnue et ferme.
Variétés. — L'Artocarpus incisa non seminifera comprend un grand nombre de races obtenues par la culture et qui ne se distinguent que par des caractères secondaires : dimensions de l’arbre et des fruits, époque de
ARBRE A PAIN
fructification, qualité des produits, etc. Nous citerons notamment la variété apyrena , originaire de l’Océanie, dont le fruit est légèrement sucré.
P. Sagot conseille de ne cultiver que les qualités suivantes qu'on rencontre à Tahiti : Rare, très bon fruit;
Fig 128. — Artocarpus incisa.