‹ Fualdès drame en cinq actes, et huit tableauxChapitre 99 sur 121 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

GRASSOT , »foL

Ah ! je respire, je m’épanouis, je suis seul!.. Depuis quelque temps, la soif de solitude que j’éprouve tient pi ut-être à un licsoin d’isolement qui m'oblige a fuir lout<*espècc de société... Je ne suis plus acteur... hi! hl ! Iii!.. (u rit.) Je ne joue plus la comédie... hi! hi ! hi!..*Çi me ivnd lout guilleret. Je ne suis plus forcé de me mettre du ronge sur la figure... je me fais voir tel que je suis... avec mon teint virginal, mes couleurs purpurines, a moi appartenant... Ah! et puis, autre avantage , je n'ai plus il débiter les coq-à-l'âne et ks calembredaines dit ces messieurs les auteurs... C'était du propre et du joli, ce qu’ils me faisaient dire. Il y a une chose que je regrette cependant... c’est le public... Ce public, je l'avoue, je n’ai pyint à m’en plaindre... mais le théâtre !.. Le théâtre, je rai lâche de beaucoup de crans, et dans des circonstances assez cocasses, ma foi. Je regrette do n’avoir personne à qui raconter cela; mais, n'importe, je vais inc faire ce récit à moi-mémo... Figure-toi , mon cher Grassot (quand je me parle à moi-méine je me tutoie), figure-toi nu’un matin, je me rendais au théâtre pour répéter... Ah!., j’oubliais de te dire, mon bon Grassot (quand je me parle à moi-même, le me dorme les noms les [dus dût]*), j oubliais de te dire qu’au théâtre il y a un réglement. . pour les acteurs... Quand ils manquent h leur service, soit aux répétitions, soit aux représentations... on te vous les flanque à l'amende, net... Il y a eMUite un autre article du règlement qui interdit... aux artistes de te dire entre eux, au théâtre, des rnoscs piquantes et même désagréables...]! y a un tarif, et j’aiété victime du tarif... L'on va voir. Je me rendais donc à la répétition... je monte au théâtre.. . Ah ! il est essentiel de savoir comment sont faites les coulisses de la Montansicr. L'on munie deux petits étages ; Ton passe devant le cabinet de la régie; l'on va tout droit, et l'on sc trouve sur le théâtre.... Je devais répéter à midi. Il était midi, je monte et [entre en scène. Je n'y suis pas plutôt que le régisseur nie dit : « Grassot vous êtes à l’amende.

— Ali! et pourquoi?— Vous êtesrn retard d'un quart d’heure.

— Pardon, lui dis-je, mon lion... (je l'appelle mon bon, que ion le remarque, je l’appelle mon bon).— Voici l’heure de la Bourse, et... à ce moment, le canon gronde... celui du Palais-Rojal.— Ah ! repris-ie, vous voyez, mon très-cher, que votre montre avance. » line veut pas en convenir. J'insiste, lui aussi. Bref, je me pique... et j’aflais lui lancer une épithète désagréable , quand tout à roupje me ravise... je songe au règlement et je lui demande timidement : « Odes-moi, régisseur, mon ami (ir l’appelle mon ami, que IVri le remarque) , combien ça me enutcrait-il si je vous appelais muf? — Vingt francs d’amende, ditil. — Vingt francs!... vingt francs! Remarquez bien... que je ne vous appelle pas encore muf...je m’informe et ic me làtc... c’est trop cher... Si vous voulez pour dix francs?— Vous paierez les vingt francs. — Ah! mais non. — Ah! mais si. — Non.» J’ai tenu bon... je les ai pajcs, mais j’ai gardé une dent contre lo théâtre... Justement mon engagement finissait... je n'ai pas voulu renouveler, et je suis libre, indépendant! je vis en bon bourgeois, moi... hi! hi! bi! Ça m’amuse, ça me change.

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