‹ Fues classiques de la SuisseChapitre 5 sur 6 · CM · texte numérisé non relu

CM

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Le canton de Claris possède de nombreuses sources minérales ; mais la plupart ne sont pas utilisées , et celles qui le sont , telles que les sources de Nieder-Umen , celles du Sernfthal , au-dessus de Elm , dans les Alpes de Wichlen^ ou bien encore les sources que l'on trouve aux environs des villages de Luchsingen , de Bilten , sont peu employées. D'autres sources sont troublées par des eaux étrangères, ou sont ensevelies sous le gravier qu'y a déposé quelque torrent ou quelque rivière : telles sont les eaux du Lochseitenbad et du Mattlauerbad prés d'Engi, les eaux du Leuggelbacherbad et les bains sulfureux près de Mollis , etc.

La Suisse est trop riche en eaux minérales pour que ses bains soient tous également visités , et les propriétaires des eaux de Claris sont rarement assez entreprenans ou assez riches pour les entourer de toutes les commodités dont nos mauvaises habitudes de luxe et d'oisiveté nous font un besoin impérieux.

Un seul des bains de Claris fait exception. Les merveilleuses propriétés de ses eaux alcalines sulfureuses, qui tombent goutte à goutte dans une excavation du firaunberg , se joignent au comfortable de ses habitations , à la délicatesse de sa table , à la grâce et à la magnificence d'une contrée que nous pourrions dire horriblement belle , pour y attirer chaque année une affluence d'étrangers. Ce sont les bains de Stachelberg. Us n'ont acquis leur réputation que depuis 1816. Â l'extrémité la plus reculée de la vallée de Claris, à l'endroit où elle se resserre entre les montagnes, s'élève au milieu d'une verte prairie et de forêts le petit village de Linththal. Il est situé sur les deux rives du torrent qui lui donne son nom, ainsi qu'à la vallée qu'il parcourt. Les Hautes-Âlpes interceptent toute issue. Le voyageur se croit perdu dans un

affreux désert. Les montagnes se serrent étroitement les une» contre les autres dans le fond obscur du tableau ; des champs de neige recouvrent leurs flancs , des glaciers et des firners ctincellent sur leurs têtes. Le bruissement étemel des chutes d'eau se perd dans le fracas des flots de la Linth , qui se broie mille fois contre les rochers de son lit. Mais sur la rive gauche de ce torrent s'élève , comme bâti par la main d'une fée, sur un renflement du sol au pied de la montagne , un agréable palais avec toutes ses dépendances. Un parterre spacieux sur le devant , des promenades ombragées de platanes sur le derrière , et sur les côtés une colline couronnée d'un pavillon , en font un séjour des plus aimables.

La nature s'y montre parée de tous les charmes de sa mélancolie. Sa majesté nous saisit , nous attriste. Si on laisse errer ses regards du haut de la plate-forme du bâtiment des bains , on croit revivre dans un monde imaginaire, un monde délicieux , tel que ni Gessner, ni Goethe, ni Voss, n'ont rien rêvé de semblable. La vallée, à demi éclairée et à demi dans l'ombre , semble se balancer dans un rêve mélancolique. Le tintement des clochettes des troupeaux se marie mélodieusement au bruit tonnant des torrens et des chutes d'eau.

En face de la plate-forme, s'élève le Freiberg du haut duquel se précipite le Durnagelbach. Plus loin, sur la droite, on aperçoit un demi-cercle de montagnes gigantesques : c'est le Sassberg avec ses gras pâturages et lé Kirchenstock avec ses sombres forêts; leMaettliberg regarde curieusement par-dessus leurs épaules. Puis viennent le Rùtistock et le Selbstsanft ou Greolium , dont le pic s'élève à 9,000 pieds au-dessus de la mer : les champs de glace du Platalva brillent entre leurs sommets , et le Bifirtenstock , que les vastes glaciers de l'Urlaum séparent du Tœdi , la plus haute montagne du canton de Glaris , s'appuie contre le Selbstsanft. Une heure après que les autres montagnes du voisinage sont déjà plongées dans l'obscurité , la couronne de glace du Tœdi étincelle encore des rayons du soleil couchant. Dans les courtes nuits d'été y il ne connaît pour ainsi dire que le jour. Cependant

tin seul de «es pic» argentés s*aperçoit de la vallée de la Linth ; les autres sont interceptés par le Gemsistoçk qui luimême est à demi caché derrière le Kammerstock.

Cette chaîne de montagnes , qui sépare le canton de Claris du pays des Crisons , n'est accessible qu'au cœur de Pété ; encore n'est-ce pas sans danger. Mais le sentier qui passe auprès des magnifiques chutes d'eau du Schreienbach et du Flelschbach, et traverse les Klarideii et le Paritenbrùcke, dont le sommet domine de plus de i ,000 pieds le Linththal , pour descendre ensuite dans un sombre ravin , au bord d'un précipice de i5o pieds de profondeur, et conduire aux pâturages situés au pied du Tœdi ; ce sentier, si beau et si terrible , de jeunes et jolies femmes ne craignent pas de s'y hasarder lorsqu'elles échappent au tumulte des bains pour se réfugier dans ces sévères solitudes.

Au milieu d'une nature aussi sublime , dans cette enceinte de montagnes que l'on peut comparer aux plus beaux paysages de la Suisse , habite , dans de pauvres cabanes en ruines , un peuple bon et sociable , mais sans instruction et le plus souvent sans aucun moyen d'existence. C'est peut-être de tout le canton la contrée la plus indigente. Comment pourrait-il en être autrement ? — A peine cette petite vallée peut-elle fournir aux besoins les plus pressans de ses 2,000 habitans environ et à l'entretien de leurs troupeaux. Ce n'est que de loin en loin que l'on aperçoit un petit champ semé d'orge , un petit jardin , quelques arbres fruitiers. Vienne une avalanche ou un débordement, et des plantations qui ont coûté tant de peines seront entièrement dévastées. L'été n'y dure qu'un instant. L'hiver y envahit les autres saisons. Les tremblemens de terre y sont fréquens. — Un grand nombre de familles trouvent , il est vrai , des ressources faciles^ mais précaires , dans le travail pour les fabriques du canton. Mais ces occupations amènent ordinairement a leur suite les maux qui en sont inséparables, c'est-à-dire une légèreté peu ménagère, l'horreur d'un travail manuel quelque peu pénible, une foule d'enfans et la mendicité. — L'ignorance , la mau-

vaise éducation de la jeunesse et le manque 4^ bonnes lois locales ne font qu'empirer cet état de choses.

Cependant on est en droit d'espérer un meilleur avenir par suite de l'établissement philanthropique d'une maison d'éducation pour les indigens du Linththal. Beaucoup d'enfans y sont admis et y reçoivent une instruction plus intelligente , plus libérale. C'est au patriotisme suisse que le canton de Claris est redevable depuis quelques dizaines d'années de ce monument vraiment national. Le bâtiment s'élève dans la partie inférieure de la contrée qui avoisine la Linth. Il n'y avait autrefois à cet endroit, sur un espace de plusieurs lieues entre les lacs de Wallen et de Zurich , qu'un véritable désert, couvert en partie de marécages et en partie de sable, de galets ou de gravier que la Linth y avait déposés. Les fièvres et les maladies dépeuplaient cette contrée. Déjà dans le siècle dernier, le patriote Rodolphe Meyer d'Aarau avait exhorté ses concitoyens à dessécher ces marais et à creuser au torrent un cours plus direct vers le lac de Wallen , afin qu'il put y charrier le gravier qu'il entraine des montagnes. Conrad Escher de Zurich reprit , au commencement de ce siècle, le projet de Meyer, et lorsqu'en 1807, on en eut arrêté l'exécution , il se mit à la tète de l'entreprise. Des dons volontaires arrivèrent en abondance de tous les cantons de la Suisse. Les frais s'élevèrent, jusqu'en i83o , à la somme de 1,040,000 francs. — On creusa 14 canaux, dont le plus important^ celui de Mellis, a 19,000 pieds de longueur, et le plus étendu, le Grand Canal, 57,000. C'est ainsi qu'on parvint à purifier l'air de ses miasmes, tout en conquérant pour l'agriculture plus de 20,000 arpens de terre. La maison d'éducation pour les indigens de Claris ou Linthkolonie (colonie de la Linth) s'élève aujourd'hui sur ce terrain. L'établissement du célèbre Fellenberg à Hofwyl lui a servi de modèle.

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Parmi les hautes vallées de la Suisse j le Klœnthal se place sans contredit au nombre des .plus agréables. Personne ne s'étonnera donc que deux Suisses , inspirés par la beauté de ses sites , aient gravé sur un des rochers au pied du Glaer* nîsch (en 1788) une inscription en l'honneur de Salomon Gessner. Cette vallée , qui n'est élevée que de 3,ooo pieds environ au^essus du niveau de la mer, jouit de la température douce et pure des Alpes inférieures. Sa végétation est celle des plaines. La plus grande partie en est occupée par un lac clair et tranquille d'à peu prés une lieue d'étendue sur une largeur d'une demi-lieue. De hauts platanes isolés ornant ses rives au couchant. Quelques huttes s'élèvent à leur ombre. Des bœufs errent à travers les blocs de rochers et les bouquets de hêtres ou paissent dans de gras pâturages; leurs clochettes mélodieuses troublent seules le gai silence de ces lieux. Tout y respire la grâce et la paix. Les hautes montagnes du Glaernisch et du Wîggis font cercle autour du paysage , et derrière une muraille de montagnes perpendiculaires se dressent, au nord, les tours de rochers du Fluenbrig, du Deienstock et du Schien.

Chaque fois que je me reposais à l'ombre des platanes de la^vallée, seul et rêveur, regardant les occupations des pâtres ou le jeu des ondes du lac , la paix de tout ce qui m'environnait pénétrait dans mon ame. Mais chaque fois aussi cette douce impression était troublée par le souvenir de ces jours terribles où la Suisse était devenue le champ clos que des armées accourues du fond du nord et du midi avaient choisi pour s'entr'égorger.

L'expédition de Suwarow à travers les Hautes- Alpes (septembre 1799) est une des entreprises les plus désespérées et

les plus audacieuses dont l'histoire des guerres anciennes ou modernes fasse mention. Il faut avoir vu ces sentiers étroits, affreux , bordés de précipices ctourdissans, ces chemins escarpés dans le roc , ces arêtes de montagnes , ces champs de glace que les troupes russes eurent à franchir, toujours poursuivies par le feu meurtrier de Fennemi et tourmentées par les horreurs de la faim ; il fout avoir vu ces lieux sauvages pour se faire une juste idée de tout ce qu'ont du souffrir 22,000 Russes qui, pendant vingt jours, parcoururent le haut pays, tantôt vainqueurs, tantôt vaincus*, mais toujours misérables.

Comme les revers de Suwarow ne commencèrent proprement que dans les montagnes du canton de Claris et s'y accomplirent , qu'on me permette de raconter des événemens dont j'ai été le témoin oculaire ou dont je tiens les détails de la bouche même des généraux français ou des employés suisses.

Je résidais alors dans les cantons primitifs en qualité de commissaire du gouvernement, revêtu de pouvoirs extraordinaires. J'étais encore occupé à apporter quelques soulagemens aux malheurs qu'avait éprouvés le canton d'Unterwald, lorsque le général Olivier Loison , qui s'y trouvait avec sa brigade, reçut l'ordre d'occuper avec Lecourbe le mont Saint-Cothard. La bataille de Zurich n'avait pas encore été livrée ; mais Masséna voulait couvrir l'aile droite de son armée. Peut-être avait-il été instruit des mouvemens suspects de Suwarow en Italie.

J'accompagnai le général Loison à travers l'Obwalden et le Brùnig. Il me l'avait demandé comme une marque d'amitié ; mais mon intention était principalement de prévenir les désordres qui sont presque toujours la suite du passage des troupes par les villages. Le général Cudin fît sa jonction avec nous à Meiringen dans le Haslithal. Après le dîner, nous nous hâtâmes de rejoindre les troupes qui avaient pris les devans. La brigade du général Cudin prit par la route du Crimsel , près du hameau d'Imgrund , pour descendre par

le mont Furca dans la vallée d'Urseren et y faire de nouveau sa jonction avec la division Lecourbe. Nous nous séparâmes alors avec regret de cet homme aimable. Loison et moi, nous passâmes la nuit sur un lit de paille dans le sauvage Nesselthal; le lendemain, de grand matin, les troupes se mirent en marche et montèrent la haute vallée appelée Mayenthal , qui sépare Uri de Berne. La belle route que l'on y voit n'existait pas encore : il n'y avait qu'un sentier étroit , raboteux , à peine accessible aux troupeaux. Les soldats durent porter leurs canons sur leurs épaules. Un seul homme périt dans la route , et quelques chevaux du train tombèrent avec leurs charges dans Fabime au fond duquel le Nesselbach mugit en écumant.

Du Mayenthal je retournai dans le canton d'Unterwald où m'appelaient les devoirs de ma charge, tandis que les tirailleurs français cherchaient à débusquer quelques Autrichiens retranchés dans le Mayenschanze (i). Ce fort en ruines , situé au-delà de Wassen, village sur la route du Saint^Gothard, défend l'entrée du Mayenthal. Les Autrichiens s'estimèrent sans doute heureux de pouvoir abandonner un pareil poste sous un aussi bon prétexte. Pas un homme ne perdit la vie , pas un même ne fut blessé.Quelques jours après cette affaire, lorsque Suwarow , ayant franchi heureusement le Saint-Gothard, se fut porté sur Âltorf et de là sur Schwitz , Loison m'écrivit un petit billet sur le résultat de son expédition ; mais , par de bons motifs, il me dissimulait la vérité.

Ce n'était dans sa lettre que victoires et que hauts faits. Quinze jours après j'appris de sa propre bouche ce qu'il en était. Arrivé à Wassen , il y avait trouvé la division Lecourbe. Ils se dirigèrent ensemble vers le Pont-du-Diable , suivant leurs troupea à cheval et ne prévoyant guère une rencontre avec l'ennemi. Ils ignoraient que Suivarow , à la

(1) Le M^yenschaaze avait été anciennement construit par les habilans d'Uri pour résister aux invasions des Bernois.

lo

léte de forces supérieures, s'était déjà emparé des hauteurs du Saînt-Gothard.

A la première résistance , ils s'îmjaginêrent qu'ils n'avaient affaire qu'à un poste d'Autrichiens. Leur étonnement fut grand lorsqu'ils aperçurent des troupes russes qui gravissaient même les rochers dont la rive droite de la Reuss est bordée. Le combat fut meurtrier ; mais leur perplexité fut au comble lorsqu'ils apprirent qu'une colonne d'Autrichiens, sous la conduite du général Rosenberg , descendait par la vallée de Maderaner et menaçait de leur couper la retraite sur Uri. C'était le aS septembre.

« Je dois dégager mes derrières , dit Lecourbe àLoison , tiens les Russes en échec aussi long-temps que possible ; n^ fût-ce que trois ou quatre heures. » II se hâta de redescendre vers Amstaeg avec sa division , repoussa les Autrichiens qui s'y étaient établis et rentra heureusement dans le^ retranchemens de Seedorf, sur le lac des Quatre-Cantons. Loison, abandonné à ses faibles forces ^ se battit en désespéré, défendant pied à pied le terrain jusqu'à Wassen. L'étroit sentier bordé de rochers et de précipices qu'il disputait ainsi à l'ennemi était couvert de sang et de cadavres. De Wassen il remonta jusqu'au Mayenschanze d'où il vit , sans être inquiété , toute l'armée russe défiler à ses pieds ; mais , lorsque le gros de l'armée eut passé , il redescendit à Wassen et parvint dans la vallée d'Urseren en combattant avec quelques détachemens russes restés sur ses derrières.

Suwarow atteignit Altorf. Ses troupes , harassées de fatigue , mouraient de faim. Il ignorait encore la défaite de Korsakow à Zurich. Pendant qu'il traversait le bourg à la tête de ses troupes , il se fit donner à la hâte et reçut avec beaucoup de dévotion la bénédiction d'un pasteur qui se trouvait au nombre des curieux. Il était à cheval , les bras retroussés , portant un knout à la main. Ses troupes trouvèrent à peine dans ce petit pays dévasté de quoi apaiser leur faim. La plupart des troupeaux avaient été mis en sûreté dans les montagnes. Des cuirs , de la colle pour les pré-

^ 131 — parei* , du suif ^ des chandelles , de l'huiie à quLaquet , tout fut dévoré avec avidité. Ces- malheureux avaient déjà fait dans rUrserenthal un jour déjeune que Suivarow y touché du sort de cette pauvre vallée par les représentations de l'Aiziman Meyer d'Andermatt , leur avait fait annoncer par leurs popes.

SuwaroWy dans le but de se rendre par Schwitz à Zurich et d'y faire sa jonction avec Korsakow ^ voulut traverser le lac desQuatroClantons; mais Lecourbe avait fait retirer toutes les embarcations. Ignorant la géographie , il espéra trouver alors ne fût-ce qu'un sentier le long du lac pour y atteindre; mais des montagnes à pic s'élevaient perpendiculairement devant lui. Il ne lui restait donc d'autre ressource que de franchir encore une fois les Hautes-Alpes en prenant par le Muttathal et passant par Bûrglen , lieu de naissance de Guillaume Tell. C'est ce 'qu'il fit. Ses troupes mirent quatorze heures à gravir le Kinzigkulm. Des guides pis de force les jH*écédaient. Il n'y avait pas même de sentier. A peine quelques pâtres et quelques chasseurs de chamois s'aventuraientils dans ces lieux pendant les courts mois d'été. Aussi €|uel fut l'étonnement des habitans isolés du Muttathal lorsqu'ils virent ( a8 septembre) le gouffre étroit du Bisiloch rejeter toute une armée dans leur plaine et leurs villages !

Masséna , qui avait été instruit du mouvement de Suwa- Tovf par Lecourbe ^ s'était porté en tonte hâte sur Schwitz avec quelques brigades pour lui couper le passage. Quelques détachemens de l'avant-garde russe étant descendus en éciaireurs du Muttathal à travers les pâturages du Pragel et du Kloenthal vers Glaris , furent repoussés par le général Molitor , et c'est seulement alors que Suwarow apprit la défaite complète de l'armée russe à Zurich. Rien n'égalait sa perplexité. Séparé de l'Italie par les Hautes- Alpes , entouré de rochers et d'ennemis , resserré dans une vallée de 4 lieues , sans espoir de secours , il voyait son armée abattue par les fatigues et les privations. Un grand nombre de ses soldats avaient péri de faim et de misère dans le passage du Kin*!*

~ 132 — zigkulm ; presque (.ous se9 chevaux et ses bétes île somme avaient perdu leurs sabots , ou étaient tombés dans les précipices.

Il était encore à délibérer sur le parti à prendre y que déj«i Masséna s'avançait à sa rencontre dans le Muttathal ( i octobre). Le combat s'engagea au point du jour. Les Russes désespérés se précipitèrent en masse sur l'ennemi et le repoussèrent de la vallée. Beaucoup d'hommes et de chevaux , entassés sur le petit pont en pierres de la Mutta , furent précipités dans l'abîme. L'armée russe se déploya alors hors de la vallée. Les Français, ne pouvant résister avec avantage à des forces aussi supérieures , se replièrent lentement sur Schwitz. Je m'y trouvais alors. Informé par mon secrétaire qui revenait de Brunnen , que Lecourbe avec sa division était arrivé par le lac d'Uri , je courus aussitôt sur le champ de bataille porter moi-même à Masséna cette heureuse nouvelle. Une foule de blessés français et russes^ soit à pied , soit dans des chariots/ encombraient le chemin ; mais ce qu'il y avait de remarquable , c'est que les guerriers du Nord poussaient presque à chaque pas de profonds gémissemens , tandis que les blessés français riaient et plaisantaient.

Arrivé dans la plaine d'Ibach , je rencontrai une demibrigade française qui fuyait en désordre. Un grand nombre des fuyards s'étaient débarrassés de leurs sacs et de leurs fusils. Les Russes n'étaient plus qu'à une demi-lieue.de Schwitz, et Suwarow pouvait espérer d'y passer la nuit. Mais tout-à-coup la scène changea. Lecourbe parut à l'entrée de la vallée de la Mutta. Les Russes^ menacés à leur tour de. se voir couper leur seule retraite , abandonnèrent la victoire et s'enfuirent, cavaliers et fantassins , dans un désordre impossible à décrire.

Cependant une partie de l'armée de Suwarow était déjà parvenue, à travers le Pragel , dans le Kloenthal ; mais elle eut à soutenir, sur les rives du lac qui embellit cette vallée, un combat non moins sanglant que celui de Schwitz^ contre les Français sous la conduite de Molitor. Ces derniers ne cê-

délient qu'au nombre. C'est ainsi que Suwarow atteignit le lendemain Claris. Ses troupes harassées le suivaient lentement à travers les montagnes. Il s'y reposa durant trois jours mais chaque jour ce fut un nouveau combat. Son intention était probablement de se frayer un chemin vers le Rhin , le long du lac de Wallen , afin de tenter sa jonction dans les Ligues Grises ou la Souabe,. avec les débris de l'armée de Korsakow. Il repoussa vigoureusement les brigades de Molitor jusqu'à Naefels.

Ce village, ombragé d'arbres fruitiers , s'élève au pied des montagnes, dans de superbes prairies. Déjà célèbre dans l'histoire par une victoire que les Suisses y remportèrent (i388) pour la défense de leur liberté, il devint encore le théâtre d'un combat des plus sanglans. Suwarow semblait résolu à vaincre ou à périr avec son armée. Mais les Français, entraînés sans doute par la bravoure de la 3* demi-brigade suisse qu'exaltait le souvenir des exploits de leurs ancêtres, lui opposèrent une résistance acharnée.

Suwarow, reconnaissant , la rage dans le cœur, l'impossibilité où il était de vaincre ces corps de troupes, ces torrens, ces défilés , eut recours au dernier moyen de salut qui lui restât. Il lui fallait reconduire encore une fois à travers les hautes crêtes des Alpes son armée affaiblie et harassée pour retrouver enfin , dans le pays des Grisons , quelque sûreté et quelque repos. Il se mit donc en marche (le 5 octobre) et entra par Schwanden dans le Sernfthal , ayant l'ennemi sur ses talons.

Sur la rive gauche de la Sernft serpentait, au-dessus de pentes rapides et à travers des ravins , un misérable sentier qui, en plusieurs endroits, permettait à peine à deux hommes d'y passer de front. Ce fut ce sentier coupé de mille difficultés que suivit l'armée russe. Après une montée pénible de trois. Ueues , le sol s'aplanit un peu dans le fond de la vallée , auprès des villages de Matt et d'Elm. Mais alors une muraille de rochers grisâtres, qui touchaient au ciel, se dressait devant eux. C'étaient les montagnes qui séparent Claris des Ligues.

Grises, en s'étendant y en forme décroissant ai'ec leurs som^ mets , leurs pointes et leurs dents ^ avec leurs champs de neige , leurs glaciers et leurs firners. Leurs bords escarpés paraissent inaccessibles. A gauche, s'élève l'immen.se pyramide du Fallzuber ; à droite, le Tschingel et ses glaciers. Une muraille de rochers large et haute , semblable à un monstrueux mur de clôture , se dresse entre ces deux géants , et derrière elle neuf sommets rangés les uns à câté^des autres et appelés plaisamment par les habitans des Alpes, les Jungfrauen (les vierges) , se montrent sous des formes bizarres. C'est précisément dans ce mur de rochers, vaste et perpendiculaire , qujB s'élève le curieux Martinsloch. Il semble taillé en forme de tour renversée. On entrevoit l'azur du ciel par son ouverture. Deux fois par an ( les 3 , 4 > ^ n^rs et les i4 > iS septembre), le soleil s'y montre , et c'est seulement alors que ses rayons tombent sur le clocher de l'église d'Elm. Des chasseurs téméraires se sont hasardés jusqu'à la hauteur de cette ouverture. Le diamètre en est de 3o à 4o pieds.

Lorsque l'armée de Suwarow eut traversé en sâence le riche pâturage de Wichlcn , eHe se dirigea par le vaste ravin deWallenboden, vers le Rinkenkopf. Le bruissement des chutes d'eau qui se précipitent à droite et à gauche de montagnes escarpées , se mêlait aux détonations des armes à feu. De temps en temps , des hommes ou des chevaux tombaient broyés dans l'abîme : on voit encore, sur ces hauteurs, des ossemens humains blanchis par le soleil.

Mais la partie du chemin la plus dirficile et la plus dangereuse restait encore à franchir. Les montagnes d'ardoise ou de chaux du Zetzerschlund , formant ce que l'on appelle le Gurgel (la gorge) , leur réservaient de nouvelles fatigues et de nouveaux dangers. Un champ de neige escarpé d'une lieue ^d'étendue s'y développe entre des rochers jusqu'à l'arête du Panixcrberg. Maints malheureux en le gravissant y tombèrent épuisés.

Lorsqu'enfin cette crête de rochers , haute de 7 à 8,000 pieds au-dessus de la mer, à côté des glaciers î\h Haussiock,

fut franchie et que l'armée descendit en désordre les pentes escarpées des montagnes dans la direction de l'Âraschkaalp^ de nouvelles misères l'attendaient. Sur ses derrières , on voyait à sa poursuite l'ennemi qui occupait les hauteurs. Devant elle , une longue crevasse d'une profondeur effrayante s'étendait dans les rochers, et au fond de l'abime un torrent, alimenté par les glaciers , roulait ses flots écumeux. Les Grisons de rOberland roman donnent à de pareils torrens, resserrés entre de profonds rochers , le nom de Multaers ou Buolas. Une seule pierre étroite y servait de pont. Le torrent une fois passé, on était à l'abri de la poursuite des sol* dats de Molitor. Le sombre ravin , large à peine de 8 pieds, paraissait facile à franchir d'un bond. Des milliers de malheureux désespérés osèrent le tenter, mais un grand nombre d'entre eux , saisis de vertiges , tombèrent dans la Multaer et y furent engloutis sans qu'on pût leur porter secours. Ainsi finit la malheureuse expédition de Suwarow. Il en fut tellement abattu qu'il déclara aux généraux autrichiens qui cherchaient à le consoler, qu'à l'avenir « il ne s'engagerait plus dans aucune entreprise. »

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Dans aucune autre des contrées de la Suisse, et peut-être^ dans aucun des pays voisins^ la civilisation , dans sa marche progressive , quoique lente , n'a produit des effets aussi remarquables que dans la ville de Saint-Gall. Le clergé et la, bourgeoisie y grandissent l'un à côté de l'autre comme deux jumeaux jusqu'à ce que le serf devienne le rival du seigneur et que la grande puissance du prince et la magnificence du couvent finissent par s'effacer devant l'éclat que projettent l'industrie et les sciences, favorisées par la liberté. Son histoire de douze siècles est une véritable miniature de Tbistoire de la civilisation européenne.

 1 ,000 pieds environ au-dessus du lac de Constance et quelques lieues au-delà» s'étend une vallée entourée de quelques hauteurs et arrosée par plusieurs ruisseaux. Dans le septième siècle , cette vallée était encore couverte de forêts. Des loups et des ours étaient les seuls hôtes que l'on y rencontrât, lorsque, après avoir parcouru une bonne partie de l'Europe occidentale, afin de convertir les gentils à la foi chrétienne , le moine irlandais Gallus de Benchors vint s'y

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fixer. Cet intrépide njissionnaire avait déjà alors une grande réputation de sainteté. On lui attribuait même le don des miracles. Soit qu'il fût dirigé par un motif pieux de renoncement au monde, ou bien qu'il voulût rétablir au milieu de l'air pur des montagnes sa santé gravement altérée par l'insalubrité des environs du lac , il se retira avec douze disciples de Saint-Benoit dans cette haute vallée , y bâtit une petite chapelle et quelques pauvres habitations au milieu de ses forêts vieilles comme lejnonde, et vécut du champ qu'il cultivait et des aumônes que lui faisaient ses voisins chrétiens ou païens , tant par reconnaissance que par respect. Telle fut la modeste origine de l'abbaye de Saint-Gall , la première qui fut fondée dans la Haute-Allemagne.

Après sa mort, le bruit de ses vertus et de ses miracles se répandant de plus en plus, on fit bientôt des pèlerinages à la cçUule de Saint-Gall , et on enrichit la petite communauté de donations de terres et de serfs , afin de s'assurer dans l'autre vie toutes les félicités du paradis. Les couvents devinrent ainsi au nïilieu de peuplades encore barbares des foyers de civilisation, et les moines répandirent avec le christianisme les premières semences de l'industrie et des arts. Ce furent eux qui apprirent à cuire la chaux et la brique , à cultiver le blé et la vigne , à tisser le lin et le chanvre.

Bientôt des marchands, des commerçanset des aubergistes s'établirent aux environs du pèlerinage pour la commodité des pèlerins. La modeste chapelle de bois se convertit en un couvent bâti en pierres , et une magnifique église , construite de la main des moines , s'éleva à ses côtés. Les serfs de la Maison-de-Pieu apprirent à mieux cultiver la terre; on leur enseigna les métiers les plus indispensables. Déjà , dans le neuvième siècle , les moines avaient acquis dans tout le pays une prodigieuse réputation de savoir et d'habileté. Ils conservèrent parmi eux les richesses intellectuelles de l'ancienne Grèce et de Rome , tout en consacrant les loisirs que leur laissaient les pratiques de la religion , à l'étude de l'astrologie , de la médecine , de la musique . de la peinture et de Té-

loquence. Dans le dixième et le onzième siècle , tandis que en Allemagne et en France la barbarie et l'ignorance étaient de plus en plus envahissantes , Saint-Gall brillait encore de tout son éclat , comme un météore lumineux dans les ténèbres de la nuit. Les Notker, les Kerow, les Eckehard^ qui sortirent de ses écoles, sont célèbres dans l'histoire de l'ancienne littérature de l'Allemagne.

Cependant ce n'étaient pas les richesses scienti&ques du couvent qui excitaient l'envie des seigneurs , ses voisins, ni même des évoques de Constance ; ses hameaux , ses fermes, ses villages, $es revenus, ses droits seigneuriaux et ses serfs, dont le nombre allait toujours croissant avec celui des propriétés , avaient pour eux de plus puissans attraits. Avant même le dixième siècle de notre ère, les libéralités non seulement des contrées voisines , mais même de contrées assez éloignées telles que la Rhétie , l'Alsace , le Brisgau et le reste de la Souabe, avaient fait de Saint-Gall une des fondations les plus riches de cette époque. Il ne possédait pas moins de 160,000 arpens de terres, tant en propriétés allodiales qu'en fiefs qui relevaient de lui. Le couvent comptait alors plus de 100 conventuels et 200 serfs, non compris une foule d'écoliers et de coUataires. Ij'abbé avait rang de prince sans en porterie titre. Ni les guerres continuelles que se faisaient les chevaliers dans ces temps de barbarie où régnait le droit du plu^fort, ni les incursions dévastatrices des Hongrois, ni même les pilleries des Arabes venus d'Espagne , qui avaient déjà pris pied dans les montagnes des Grisons et d'Appenzell , rien ne put ruiner la prospérité du couvent.

Mais en présence de pareils dangers , les pieux abbés et leurs moines se saisirent de l'épée et endossèrent l'armure du soldat. Ils fortifièrent leur couvent et enceignirent les habitations voisines d'une muraille qu'ils flanquèrent de treize tours et protégèrent par de profonds fossés. C'est ainsi qu'à la fin du dixième siècle , fut posée la premièir. pierre de la ville future de Saint-Gall.

En même temps que le clergé perdait peu à peu*dc son aus-

térité au mUieudes combats et des orgies, leslaics^écbangeant de rôle avec eux , fondaient quantité d'églises ou de couyens et léguaient leurs biens aux Saints du ciel. C'est ainsi que les forêts et les montagnes se peuplèrent de solitaires et d'ermitesdes deux sexes qui renonçaient au monde pour mériter, par les macérations et les prières, la béatitude éternelle. On cite comme un coup du ciel le retour aux joies du monde de la belle et vertueuse Wendelgard de Buchhorn , nièce de l'empereur Othon I". Après avoir perdu son époux, le comte Ulric , dans une bataille contre les Hongrois , elle avait fait vœu. de passer le reste de sa vie dans la prière et dans les larmes. Une cellule près de l'église de Saint-Gall luiservait de retraite. Une seule fois dans Ta nnée, elle quittait sa solitude pour assister à un office pour les morts qu'elle faisait célébrer dans l'église deBuchhom, et pour distribuer des aumônes en mémoire de son cher époux. Mais un jour qu'elle avait fait donner par un de ses domestiques un habillement à un mendiant qui le lui avait demandé assez brusquement , celui-ci se lève , la prend dans ses bras et lui donne un baiser. Les valets de la comtesse, irrités d'une pareille audace , se précipitent sur le téméraire ; mais quelle est leur surprise , lorsqu'en se débarrassant de son manteau tout en lambeaux , le mendiant laisse voir Ulric de Buchhorn , l'époux tant pleuré. On pense bien que le baiser fut pardonné, quelque consacrée que l'on fût à Dieu.

La petite ville qui s'élève à côté de l'abbaye se peupla des vassaux ou des serfs de celle-ci et des étrangers libres (Ansass) qui vinrent s^y 6xer, Ce ne fut pendant long-temps qu'un lieu peu considérable auquel le couvent donnait des juges et des administrateurs. Les bourgeois vivaient du produit de leurs champs , de leurs troupeaux et du ti^vail de leurs mains. Mais bientôt ils trouvèrent plus de profit à s'occuper du tissage du lin. Leur commerce de toiles s'étendit rapidement, la population s'accrut, l'enceinte de la ville s'élargit ; l'industrie augmenta le bien-être des familles , et l'ac- Itvité toujours croissante des habitant leur fit de la libci l.é un

besoÎD impérieux. Les abbés que leurs prodigalités et les guerres qu'ils avaient à soutenir mettaient souvent dans la nécessité de recourir aux bourgeois , récompensaient les services qu'ils en recevaient, soit en hommes, soit en argent, par l'octroi de diiïérens privilèges. C'est ainsi qu'ils leur accordèrent le droit d'élire eux-mêmes leurs juges, et par la suite celui de nommer les membres du conseil.

Les empereurs du moyen-âge , auxquels l'intérêt de leur couronne conseillait de mettre des bornes à la puissance toujours envahissante des princes de l'empire et de l'Eglise, tentèrent d'attirer les villes à eux, en leur accordant diverses prérogatives. La ville de Saint-Gallfutalors prise (au commencement du treizième siècle) sous la protection de l'empire, et eut ses propres armoiries, bien qu'elle fût encore tributaire de son couvent. Elle avait aussi conclu, selon Tu-sage d'alors, une ligue particulière avec les villes d'Allemagne et de Suisse qui étaient avec elle en relation de commerce. C'est ainsi que la petite communauté prenait de jour en jour plus de consistance, plus de force, tandis que l'abbaye dépérissait , tout en pensant retarder sa ruine par ud brillant étalage. Son abbé reçut en iao41a dignité de prince de l'empire , et dix ans plus tard , le droit de porter la mitre et la crosse. Cependant les sciences, qui avaient autrefois fait la réputation du couvent, disparurent au milieu du luxe et des débauches , et l'orgueil tyrannique du moine princier et de ses capitulans remplaça la noble humilité des premiers moines. Lessujets mêmes de la Maison-de-Dieu avaient honte du débordement de leurs prêtres, aussi se révoltèrent-ils contre leur oppression tyrannique. Au commencement du quinzième siècle , à la suite de guerres heureusement conduites , le pays d'Appenzell s'affranchit pour toujours de la domination de l'abbaye.

La bourgeoisie dfi la ville de Saint-Gall , résolue à tirer avantage de ces circonstances , fit cause commune avec les Appenzellois , et contraignit l'abbé à renoncer à ses prérogatives les plus importantes. Elle se racheta ensuite à prix d'ar*

gent des autres droits qui pesaient sur elle ^ ainsi qu'elle Tavait déjà fait pour s'affranchir de la protection onéreuse de l'empire. Puis elle entra avec l'abbé dans la confédération suisse en qualité d'alliée.

Quoique sa domination ne s'étendit pas au-delà de ses murs y l'industrie et le commerce en avaient fait une cité riche et puissante. Un grand nombre d'ouvriers, d'artistes et de marchands, établis primitivement à Constance^ s'étaient retirés à Saînt*Gall lors du grand concile qui se tint dans cette ville , soit à cause de la cherté des vivres , soit à cause des troubles et des guerres qu'il amena à sa suite. Quand la réforme fut prêchée , Saint-Gall l'adopta à la grande mortification du couvent y et s'affranchit ainsi de l'influence du clergé. Dès lors les sciences y favorisées par le protestantisme , reprirent leur ancien lustre. Une bourgeoisie éclairée^ des hommes d'état distingués , des savans^ des écrivains de mérite sont sortis de ses écoles. De grandes quantités de ballots de toile de lin unie ou damassée , de treillis , de futaine, de voiles , de mousseline et de calicot , sortent journellement de ses portes , dirigés sur TÂllemagne ou sur l'Italie, et même sur l'Espagne ou sur la Russie. Saint-Gall est le centre du commerce d'une grande partie de la Suisse orientale et de la Souabe occidentale. Plusieurs de ses négocians possèdent même des maisons de commerce dans des ports éloignés. Quoique sa position soit désavantageuse , qu'elle soit loin des grandes routes , elle a su par sa persévérance , par son activité et par sa prudence, surmonter tous les obstacles que la nature et les hommes lui opposaient, pour se placer au premier rang des villes industrieuses et commerçantes de la Suisse, tandis que, par suite d'une administration ruineuse et des guerres continuelles qu'elle eut à soutenir non seulement contre l'étranger , mais même contre ses propres sujets, l'abbaye vit son ancienne prospérité décliner au point qu'elle dut même pendant les guerres de la confédération au sujet de Toggenburg (en 17 12) se mettre sous la protection de la ville dont les premiers habitans avaient été ses serfs ou ses

domestiques. Tel fut le résultat d'une civilisation dont les moines avaient été les premiers apôtres.

Il est vrai qu'à la fin du siècle dernier la puissance de Tabbé de Saint-Gall pouvait encore faire envie à plus d'un petit prince. Sa domination s'étendait sur le comté de Toggenburg et sur ce qu'on appelait « ^ancien district, » c'est-àdire sur un espace d'à peu près vingt mille carrés, sur presque tout le canton d'Appenzell. On y comptait une population d'environ loo^ooo âmes. Les vastes bàtimens du couvent et sa magnifique église s'élevaieiit encore dans tout leur orgueil féodal au-dessus des modestes habitations de la ville. Cette dernière n'avait encore que 7 à 8,000 habitans , et elle possédait à peine assez de terrain pour y établir des jardins et des blanchisseries. Â peine avait-elle les forêts nécessaires à ses besoins. Mais la domination des moines , déjà minée dans les siècles précédens, s'affaissa de plus en plus dans le dix-huitième siècle ; pendant les étemelles dissensions entre Tabbaye et ses sujets opprimés, jusqu'à ce qu'elle s'écroulât et disparût tout-à-fait au milieu des troubles de la révolution suisse. Le dernier des successeurs de Gallus, labbé Pancrace Verster , dut aller mourir dans un couvent étranger, après avoir fait de vains efforts pour retarder la ruine de son abbaye. Il mourut dans une cellule de l'abbaye de Mûri dans l'Argovie , le 9 juillet 18129. Le congrès de Vienne lui avait accordé une pension de 6,000 florins. II consacra la plus grande partie de sa fortune à la fondation de fêtes anniversaires. Quant à ses parens , qui étaient pour la plupart dans le besoin , il ne leur donna rien.

Aujourd'hui le comté de Toggenburg et l'ancien district qui étaient sous la mouvance du couvent , sont joints aux villes et aux villages de la vallée du Rhin , et forment un état indépendant dont le chef-lieu est Saint-Gall. La jeune république compte à peu près 160,000 habitans sur un espace d'environ 40 milles carrés. Il est vrai que la ville a perdu, à son incorporation dans la confédération , ses anciennes petites franchises, mais par contre elle y a gagné sous le rap-

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^ 143 — port de ses intérêts politiques et commerciaux. Sa population s'accroît aussi d'année en année , en raison de son bien-être.

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^ 143 — port de ses intérêts politiques et commerciaux. Sa population s'accroît aussi d'année en année , en raison de son bien-êti^e. Elle s'embellit et s'agrandit chaque jour. — Telle fut l'issue d'une lutte de mille ans entre l'abbaye et la ville , entre le clergé et la bourgeoisie.

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A l'endroit où le Rhin , jeune encore , sort du canton des Grisons, près du village de Ragaz^ un sentier conduit dans la direction du Sud jusqu'aux cabanes de Valens. Ce dernier village est situé à environ 3,ooo pieds au-dessus de la mer dans une belle vallée qui s'étend entre les sauvages montagnes de Calanda et de Monteluna. Un autre sentier part de l'église du village et conduit à travers des prairies sur le bord d'un ravin au fond duquel bruit la Tamina. Ce torrent prend sa source dans les glaciers du Sardona. Un chemin assez raide conduit à une profondeur de 700 pieds dans ce ravin. C'est là que , étroitement resserré entre le torrent et les rochers , s'élève le bâtiment d'un des bains les plus cé^ lèbres de la Suisse. Dans les grands jours mêmes de l'été , les rayons du soleil pénètrent à peine à cette profondeur pendant 4 heures de la journée.

Quelque horrible y au premier aspect, que paraisse un tel séjour, chaque année l'Allemagne, la France^ la Suisse et l'Italie y envoient une affluence de malades. Mais ce n'est pas un lieu de plaisirs ; à peine y trouve-t-on les commodités les plus indispensables. Ce n'est que la vertu merveilleuse de ses eaux minérales qui lui a valu la réputation dont il jouit depuis des siècles. Ces eaux sont claires comme du cristal ;

elles sont sans goût et sans odeur. L'élévation de leur temperature est de 3o° de Réaumur. Les Romains ne les connaissaient pas. Ce ne fut que plus tard que ces montagnes se peuplèrent , peut-être à l'époque où Saint-Firmîn , évéque de Meaux , y bâtit un petit couvent {jZ i) dédié à Sainte-Marie, autour duquel vinrent se grouper les cabanes du hameau de Pfaeffers. Les nuages de vapeurs , qui s'élèvent en hiver du fond de ce ravin , durent bientôt conduire à la découverte de ces sources thermales. Cependant les documens historiques n'en font mention que depuis le milieu du 1 1"" siècle, époque à laquelle l'empereur Henri III accorda au couvent la propriété de ces eaux. Trois siècles plus tard (iSSa), l'abbé affermait encore ces bains auprès desquels se trouvait une petite cabane composée d'une chambre et d'une cuisine, au prix de 6 florins , sous la réserve toutefois que les moines de laMaison-de-Dieu de PfaefFers pourraient jouir ànfVildbad sans rétribution.

Mais , pour les visiter , ce n'était pas chose facile et sans dangers. On devait se laisser glisser à une corde entre des rochers, et gravir ensuite jusqu'à la source, en rampant le long de la Tamina^ tantôt soutenu par des cordes et tantôt au moyen d'échelles ou de ponts suspendus. On restait dans l'eau durant plusieurs jours ; on y mangeait , on y buvait, on y dormait , jusqu'à ce qu'enfin on fût las de la cure ou qu'on se crût guéri. Ce n'est qu'en 1 63o que l'on songea à élever des cabanes sur l'emplacement qu'occupent aujourd'hui les bains. Les bàtimens actuels furent achevés en 17 1 6. Les eaux de la source y sont conduites par des tuyaux d'environ 700 pieds de longueur.

C'est une exploration des plus intéressantes que de remonter jusqu'à la source de ces eaux thermales à travers le clairobscur un peu effrayant de l'étroit ravin : on dirait un voyage à l'Orcus ou à quelque palais souterrain. Le sentier qui y conduit est glissant et à peine large de deux pieds; il n'est formé que d'ais suspendus au-dessus d'un abime de 3o à 40 pieds, et appuyés sur des quartiers* de roche qui ont

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