FUITE DE MONSIEUR, FRÈRE DU ROI, DEPUIS S. M. LOUIS XVIII
ÉTAT DES ESPRITS A PARIS APRÈS CES DEUX DÉPARTS CONNUS, ET DANS LES PROVINCES APRÈS LE DÉPART DU ROI ET SON ARRESTATION A VARENNES.
Pendant que Louis XVI voyageait sur la roule de Mont-^ médy, Monsieur quittait le palais du Luxembourg, qu'il habitail.
On a écrit que les frères du Roi, engagés, par son incapacité et sa faiblesse, à le sacrifier au salut de la monarchie, l'auraient entraîne dans ce projet de fuite, afin de le mettre dans le cas de la déchéance prévu par la disposition, rappelée plus haut, de la Constitution, et d'obtenir pour l'aîné d'entre eux, c'est-à-dire pour Monsieur, la régence du royaume pendant la minorité de Louis XVII.
On a été plus loin : on a prétendu que l'acceptation de la Constitution par Louis XVI, sa démarche à l'Assemblée nationale et sa présence au Champ-de-Mars n'avaient eu d'autre mobile que de déjouer les projets de ses frères.
Quand même on pourrait induire de quelques actes de la
vie politique de Monsieur que celte pensée a pu germer dans son esprit, nous n'aurions pas à nous préoccuper ici de cet aspect de la fuite du Roi.
Aussi, sans plus tarder, allons-nous entrer dans quelques détails sur celle de Monsieur, parce que cet événement, arrivant en même temps que celui de la fuile de la famille royale, devait exercer et exerça une grande influence sur ses conséquences.
Faisons remarquer, avant tout, que Monsieur quittant Paris, où il jouissait d'une certaine popularité, et par conséquent sans qu'il y fût contraint, et en même temps que le Roi, a donné un éclatant démenti aux suppositions dont il vient d'être parlé.
Nous avons vu Monsieur réuni à la famille royale au moment où elle allait prendre son repas du soir, c'est-àdire au moment même où elle allait quitter le château des Tuileries.
Voyons comment les choses se sont passées, le lendemain matin, au palais du Luxembourg.
Elles furent exactement les mêmes qu'aux Tuileries, et cette coïncidence absolue vient encore démontrer l'accord qui existait entre Louis XVI et son frère.
Ce départ, en effet, avait été préparé d'assez longue main.
Il était connu dans la domesticité du Luxembourg dés le 48 juin, et dénoncé, ainsi que nous l'avons dit plus haut, par le maître d'un café auquel un des garçons, marié à une femme du service de Madame, qui devait la suivre, avait donné congé, disant que Madame se disposait à quitter Paris, et que le Roi devait être de la partie (1).
Louis XVIII, dans la brochure publiée en l'année 1823
(1) Pièces justif., XIII, p. 150.
sous le titre de Voyage à Bruxelles et à Cobkntzy et dont nous avons eu déjà l'occasion de citer quelques passages, nous apprend (p. 30 et 31) que M. Beauchêne, médecin de ses écuries, lui dit qu'un « homme élait venu trouver c un nommé Audouin, un de ces journalistes qui font tous
c les jours débiter leurs poisons à deux sous dans Paris/ c qu'il lui avait apporté un plan d'évasion du Roi et de * nous tous, en disant qu'il était sur que ce plan avait été c adopté aux Tuileries. »
Cet avis inquiéta le royal écrivain : « On prétend même « que je pâlis en le recevant, dit-il; je ne le crois pas. > Il se rassura bientôt, quand il vit, d'après les détails qu'on lui donnait, que si l'on savait quelque chose, il s'en fallait bien qu'on sût tout.
La preuve que ce bruit s'était répandu résulte encore d'une dénonciation anonyme, émanée d'un autre domestique de Monsieur, dont les termes odieux montrent jusqu'à quel point, dans un moment .révolutionnaire, les haines privées peuvent se mettre à la disposition des troubles publics.
Dans cette dénonciation dirigée contre M. de Margontier, que Ton y représente comme le plus vil des hommes par sa conduite et Y impériorité qu'il s'était arrogée sur la presque totalité de la maison de Monsieur et de Madame, on dit que le courrier de Monsieur, dont il sera bientôt question, avait été chargé par le valet de chambre du prince, M. de Margontier, d'aller acheter des louis.
Cette circonstance est la seule qui doive être rélevée dans ce factum, rédigé avec l'intention de faire retenir en prison M. de Margontier, accusé en outre d'être le plus grand détracteur des décrets de l'Assemblée nationale, et de se disposer à aller rejoindre son maître.
A ces documents on peut en ajouter' quelques autres.
Une lettre de Lauzanne du 12 juin; et* signée Cromot do Fouges, écrite à M. de Margontier, contenait une lettre pour Monsieur que, malheureusement, on n'a pas jointe aux autres pièces; mais la lettre d'envoi fait facilement comprendre ce dont il s'agissait dans celle qu'elle renfermait.
c Je suis bien reconnaissant, Monsieur, de l'extrême « obligeance avec laquelle vous avez bien voulu me faire c parvenir la lettre de Monsieur. Je vous prie de vouloir « bien lui remettre cette lettre.
t On est très au courant ici des troubles du pays que c vous habitez; on dit aussi qu'ils ne dureront pas touc jours; vous en accepteriez bien l'augure, n'est-ce pas? t*On en parle avec tant de confiance, que cela peut en t inspirer. »
Voilà le voyage à l'étranger engagé, quoique, par l'événement et quelques causes ultérieures, le comte de Provence ait fui en Belgique.
Comme le Roi, il commanda mystérieusement, par l'intermédiaire d'une personne qui devait ne pas paraître appartenir à sa maison, une voiture de voyage.
Aussitôt après l'explosion de la nouvelle du départ du Roi et de Monsieur, on arrêta quelques personnes soupçonnées d'avoir favorisé la fuite de ce dernier, et entre autres M. Jacques de Londey, capitaine au régiment de la Guadeloupe, habitant Paris, et M. de Crénay, maître de la garde-robe de Monsieur et maréchal-de-camp, demeurant au Luxembourg.
Aussitôt que l'arrestation de ces Messieurs fut connue, M. Nicolas Bougenel, maître sellier, demeurant à Paris, rue de Grenelle, se présentait devant le commissaire de police de la section du Luxembourg, et lui déclarait que le 14 mai un des détenus était venu lui commander une.
chaise de posle à quatre places, sans dire son nom et sa demeure, et qu'étant convenu de 1,150 liv., il a proposé de faire une cachette dans le dossier, ainsi que dans les côtés, pour y mettre, disait-il, de V argenterie; que vendredi dernier, il y a huit jours (10 juin), une personne, chevalier de Saint-Louis, âgée de soixante-cinq environ, est venue dire qu'elle viendrait payer cette voiture mercredi (15) ; et comme le carrossier ignorait à qui il avait à faire et qu'il désirait le savoir, il fit suivre le vieux chevalier de Saint-Louis-, et on le vit entrer chez un notaire d'abord, ensuite au Luxembourg; alors le carrossier alla lui-même chez le notaire, et il sut que cette personne était M. de Crénay.
Il fallait donc interroger à l'instant M. de Londey et M. de Crénay.
Ces deux interrogatoires n'offrent rien d'intéressant. L'un, M. de Londey, en niant qu'il connût le départ de Monsieur, rejette la responsabilité de l'achat de la voiture et des cachettes qu'elle contenait sur M. de Crénay, qui l'accepte et affirme que cette voiture était bien pour lui, et pour y mettre sa propre argenterie, affirmant que, bien qu'il soit seul et qu'il dût partir ce jour-là seul, son usage était d'avoir une chaise à quatre places.
On avait aussi arrêté M. de Bonneùil, premier valet de chambre de Monsieur (1), et il résulte de la déclaration de M. de Bonneùil que tout se passa au Luxembourg comme tout s'était passé aux Tuileries.
Monsieur est sorti à huit heures du soir, seul, dans sa voiture ordinaire, sans aucune espèce d'effets ou de précautions qui puissent faire soupçonner un projet de départ;
(1) Monsieur avait deux premiers valets de chambre : M. de Bflargontier et M. de Bonneùil.
il est rentré à onze heures et quart, sans marquer la plus légère trace d'altération, sans donner d'ordre que celui du lever à huit heures et demie y puis il s'est couché à onze heures et demie.
Aucun mouvement ne s'est fait entendre pendant la nuit, et ce n'est qu'en rentrant à huit heures et demie, heure indiquée pour le lever, que, frappé de ne plus voir la tabatière de Monsieur à sa place accoutumée, M. de Bonn eu il a été, avec le garçon de chambre, pour ouvrir les rideaux du lit de Monsieur, et qu'il est resté stupéfait en s'apercevant que Monsieur n'était plus dans son lit.
Certes, il est bien permis de penser que ces réponses aux interrogatoires ne contiennent pas l'exacte vérité ; cependant nous ne pouvons nous dispenser de faire remarquer qu'elles semblent calquées les unes sur les autres, soit qu'on y parle du départ de la famille royale, soit qu'elles se réfèrent à la fuite de Monsieur, ce qui démontre bien que les personnes interrogées n'étaient pas dans le secret, et que les deux départs, préparés et opérés de la même manière (1), ont été le résultat d'un concert arrêté entre Louis XVI et le comte de Provence.
Les princes tenaient ces valets de chambre, tout titrés qu'ils fussent, à une assez grande distance.
(1) Comme le Roi est sorti des Tuileries, Monsieur sortit du Luxembourg, déguisé et s'étant singulièrement défiguré eu se grossissant et en noircissant ses sourcils à l'aide d'un bouchon de liège légèrement brûlé, par une porte secrète, et dans une voiture de louage qui le transporta de son palais au Pont-Neuf, et de là, accompagné de H. d'Avaray, au collège des Quatre-Nations, aujourd'hui le palais de l'Institut, où ils descendirent et gagnèrent une rue étroite dans le voisinage, et qui doit être la rue Guénégaud, où ils trouvèrent la voiture de voyage qui les attendait.
Dans ce court trajet, M. d'Avaray avertit Monsieur de prendre garde de dandiner en marchant, allure ordinaire de Monsieur, qui aurait pu le (aire reconnaître. (Relation du voyage de Bruxelles à Goblentz, p. 47.)
D'ailleurs la crainte des indiscrétions était grande, et on a vu combien elles avaient été dangereuses pour le départ du Roi, et même pour le départ de Monsieur ; et si on ne redoutait pas celles des hommes, on redoutait celles des femmes,, fort dominantes alors, dans ces hautes régions sociales de mœurs très-légères (1).
Enfin, la réserve qu'on observait dans l'intérieur de la famille royale tenait aussi à ce que les opinions constitutionnelles avaient fait invasion jusque dans les rangs de la noblesse et de la domesticité du Roi et des membres de sa famille.
(1) Ces considérations sont justifiées par la relation de S. M. Louis XVIII.
Le Roi n'avait d'autre but en la publiant que de rendre an éclatant témoignage de sa reconnaissance et de son amitié à M. d'Avaray, qui, à l'exception de M. Peronnet, l'un des garçons de la garde-robe de Monsieur,* avait été le seul confident du projet de départ, et, à l'exclusion de tous autres, l'agent des préparatifs pour l'effectuer.
Il suit de ce que nous disons ici que M. de Crénay disait la vérité lorsqu'il affirmait que la voiture qu'il a commandée était pour lui et non pour Monsieur.
Cette défiance avait d'ailleurs une autre cause : Monsieur était intimement lié avec Mme de Balby. On avait pensé partir de la maison de celle-ci; on abandonna ce projet, parce qu'on supposa que cette maison était trés-surveillée. Alors Mme de Balby s'occupa, mais sans succès, à chercher une maison de campagne aux environs de Paris ; Mme de Maurepas refusa de lui prêter sa maison de Madrid; M. d'Étiolé, qui avait d'abord envie de louer sa maison de Neuilly, se rétracta; Milady Kerry s'avisa de louer celle de M"" de BouflQers, à Auteuil, et les gens d'affaires du comte d'Artois refusèrent de prêter Bagatelles.
Tous se doutaient, ainsi que cela était vrai, que M"" de Balby ne voulait louer ces habitations que pour ménager à Monsieur un moyen plus sûr et plus facile de fuite, et aucun ne voulait se compromettre.
Pour ce qui est de la défiance que pouvaient inspirer les liaisons illicites passées à l'état habituel et dans les mœurs, on en aura une juste idée quand on saura que Mme la comtesse de Provence quitta la France en même temps que son mari, mais dans la voiture de Mm« de Balby, sa maîtresse déclarée.
C'est ainsi qu'il est permis d'accorder à ces interrogatoires une entière confiance, et qu'ils ne peuvent être balancés par aucun autre document, surtout par ceux qui n'ont qu'un caractère anecdolique, presque toujours le produit du sentiment personnel, du désir de parler et de faire parler de soi, de paraître savoir ce que les autres ignorent , et, quelquefois aussi, de la spéculation littéraire.
Cependant il était impossible que les confidences, toutes restreintes qu'elles aient été en effet, ne s'étendissent pas à un assez grand nombre de personnes, et qu'une entreprise de cette nature, intéressant et le souverain et son propre frère, ne donnassent lieu à d'assez grands préparatifs.
Ceux qui ont précédé le départ du Roi ont failli le compromettre, et ceux qui ont précédé le départ de Monsieur, quoique plus modestes, n'en furent pas moins l'objet des soupçons les plus dangereux, et des recherches de la police et même de la justice.
Nous avons vu que l'une et l'autre se sont activement occupées de la forme donnée à la voiture du Roi et à celle de Monsieur ; nous allons voir qu'elles sont entrées dans d'autres détails.
Le 31 juin, c'est-à-dire aussitôt après le départ connu, le commissaire de police, en présence de M. Jean-Jacques Avril, graveur en taille douce, interrogeait M. Pierre Hugon de Margontier, et son interrogatoire était dû à une dénonciation d'un nommé de Vin, bas officier de service ce jourlà au Luxembourg.
Il disait avoir vu, vers huit heures et demie du matin, plusieurs personnes attachées à Monsieur sortir avec des paquets; vers neuf heures, M. de Margontier, avec l'autorisation verbale du commandant, fit entrer un fiacre qui put enlever quelques paquets, et dans lequel M. de Margontier plaça à r instant deux coffres et plusieurs cartons.
Mais malgré l'autorisation du commandant, le zèle patriotique d'un factionnaire voyant le coureur de Monsieur traverser la" cour avec un petit coffre le porta à courir sur ledit coureur; un autre factionnaire entraîné sans doute par l'exemple de son camarade, ayant vu charger le fiacre, s'opposa à sa sortie; un autre assisté de plusieurs de ses camarades, déchargea les coffres et les cartons qui étaient dans le fiacre, et déposa ces objets au corps de garde.
Au milieu était un petit coffre que M. de Margontier réclamait, disant être à lui appartenant ; et voilà pour* quoi, après l'avoir arrêté, on le conduisait devant le commissaire de police.
Il affirmait donc que ce coffre contenant de l'or était à lui, et que son intention était de le faire transporter chez un de ses amis de la rue de Yaugirard, où il a été arrêté, lorsque ce coffre a été saisi par la sentinelle.
Mais malheureusement il ne pouvait fixer le chiffre de cet or. Aussi lui représentait-on qu'il était bien étonnant que ce coffre lui appartint, d'autant plus qu'il contient de Vor, et qu'il est naturel de savoir la quantité qu'on en a, ce qu'il refuse de dire ; et il répondait à cette objection en jurant que cet or lui appartenait, sans qu'il en sache la quantité.
Du reste, il protestait qu'il n'avait connu le départ de Monsieur que dans la matinée et après qu'il avait eu lieu.
Le résultat de cet interrogatoire a été qu'on a gardé la cassette réclamée et ce quelle renfermait, et mis M. de Margontier en prison à l'Abbaye, où lui et tous ceux qui, par suite de la fuite de Monsieur, avaient été arrêtés, furent assez durement traités. L'un d'eux, suivant une lettre anonyme, qui certainement, d'après ce qu'elle dit, est de M. de Londey, celui qui avait commandé la voiture à ca-
chettes, écrivait à M. d'Avaray (1), pour le remercier des démarches que celui-ci faisait afin d'obtenir leur mise en liberté, et les retirer de leur triste demeure, et il ajoutait : € Les deux valets de chambre de Monsieur et moi, habitons tous les trois une chambre de dix pieds de long sur huit de large, ce qui nous donne peu de moyens de nous retourner. » « Je ne pensais pas, ajoute-t-il, qu'un compartiment de dix-huit pouces de long sur cinq de largeur méritât un traitement aussi sévère, à moins qu'on ait imaginé que je pouvais cacher notre prince dans ce compartiment. »
Et maintenant que nous avons mis. en présence les deux départs accomplis dans les mêmes conditions, nous pouvons voir ce qui s'est passé à Paris et l'influence que cette double nouvelle répandue dans sa population y a exercée.
On a vu plus haut que ce fin M. Lemoine, valet de dhambre du Roi, qui, en présence d'un garçon de son appartement, comme ce fut M. de Bonneùil, premier valet de chambre de Monsieur, qui, en présence d'un garçon d'appartement de ce dernier, s'aperçurent les uns que le Roi, les autres que Monsieur n'étaient plus dans leur lit; qu'aux Tuileries comme au Luxembourg, on crut que le Roi et Monsieur étaient chez la Reine et chez Madame ; et que les deux valets de chambre apprirent par des tiers que le Roi n'était ni chez la Reine, ni auprès de ses enfants, ni chez Mme Elisabeth (2), de même que
(1) Il ne peut être question de M. d'Àvaray qui avait accompagné M. le comte de Provence; celui dont il s'agit ici, et qui étail resté à Paris, était M. Claude- Antoine Besiade d'Avaray, père de Antoine- François, qui s'attacha à M. le comte de Provence.
(2) Pièces justif., av.-prop., déposition de Pierre Hubert, ci-dessus citée.
Monsieur ne s'était pas rendu dans l'appartement de Madame. .
Suivons maintenant ce qui s'est passé aussitôt après que l'événement de la disparition du Roi fut connue dans le château.
La nouvelle s'y répandit entre sept et huit heures; du château elle gagna la ville avec une extrême rapidité.
Le suisse de la porte Royale avait vu, à sept heures moins un quart, M. de Brissac (1 ) traverser, tout habillé, la grande galerie pour se rendre dans la salle des Gardes de la Reine, puis en sortir immédiatement; il en fut surpris (2).
Un peu plus tard,, préoccupé de ce qu'il remarquait de contraire à Tordre établi, il demanda aux frotteurs, occupés à ce service, ce qui se passait : ceux-ci lui apprirent que M. Lemoine n'avait pas trouvé le Roi dans son lit. Le suisse fit observer que le Roi pouvait être chez la Reine ou chez M™ Royale, qui, disait-on la veille, était indisposée. Mais à huit heures et demie, neuf heures, il vit arriver le peuple en foule, se jetant dans les appartements et Vin* sultant à cause de Vhabit qu'il portait (3).
Tous les hommes de service s'empressèrent alors de quitter leur habit de livrée, et se mêlèrent à cette foule dont les appartements étaient déjà remplis (4).
L'irritation était grande, et le peuple se préparait au pillage. Mais dans la chambre de parade plusieurs person-
(1) Louis-Hercule-Timoléon de Cossé, duc de Brissac. Il était alors commandant de la garde cor&tilutionnelle du Roi, l'un des prisonniers d'Orléans.massacrcs à Versailles en septembre 1793, après une courageuse et trop inutile résistance.
(2) Pièces justif., av.-pr., II, p. 13, déposition de Joseph Broun, suisse de la porte royale, 4* témoin de l'information.
(3) Id., ibid.
(4) Pièces justif., av.-pr., déposition de Pierre Hubert, déjà citée.
nés s'écrièrent : Messieurs, contentons-nous de regarder tout ce qu'il y a ici, et que pas un n'y touche, sans quçi il sera pendu sur le champ (1).
Pour empêcher les actes de violence auxquels cette multitude semblait disposée à se livrer, et qu'elle se disposait à exercer sur les gardes qu'elle soupçonnait d'avoir favorisé la fuite, on lui montra ces portes si artistement pratiquées dans les appartements de Mme Elisabeth. Alors le peuple témoigna moins d'animosité; mais pour V entraîner tout à {ait hors de ces appartements et empêcher le pillage, un particulier vêtu en bourgeois, disant se nommer Mary et être commandant de bataillon, déclara avoir une motion a faire dans la galerie (2).
Le mot motion était alors au peuple, et particulièrement au peuple de Paris, ce que la queue du chien d'Alcibiade avait été au peuple d'Athènes ; il produisit l'effet qu'on en attendait. La foule s'empressa de suivre le prétendu motionnaire , et les gardes et les hommes de service profitèrent de cette heureuse diversion pour fermer les appartements et remettre les clés à l'officier de garde.
On parvint assez facilement à empêcher tout acte de désordre et de violence dans les appartements, et les mots souvent répétés: Ne touchez à rien! produisirent l'effet qu'on -en attendait, et qu'ils produisent toujours dans les premiers moments d'une prise de-possession de cette nature.
(1) Pièces justif., av.-pr., même déposition, et celle de Pierre Mercier, déjà citée. %
(2) Pièces justif., av.-pr., déposition de Chauveau, déjà citée. Ce monsieur Mary était, en effet, commandant du district du petit Sahil- Antoine, à l'époque du ÎS juillet 1789 (*), dit-il de lui, en signant une lettre du 21 juin 1791, par laquelle il envoie au comité des recherches une autre lettre trouvée aux Tuileries.
O Suite de l'insurrection du 12 et suivie le 14 de la prise de la BastiUo.
Si le 'peuple fut sage et modéré, les hommes sur la sagesse et la modération desquels on devait le plus compter faillirent y manquer. .
Le capitaine Dubois, humilié de* voir sa présence inutile, sa vigilance en défaut, fut sur le point d'ensanglanter cette journée.
Au premier soupçon qu'il eut de la fuite de la famille royale, il s'adressa, ainsi que nous l'avons dit plus haut, à un homme du service de l'appartement de Mme Elisabeth, et lui demanda si celle-ci était chez elle, et cet homme lui avait répondu qu'elle y était, et qu'elle allait se rendre chez la Reine.
Mais aussitôt qu'il eut acquis la certitude de son absence, mettant le sabre à la main, il s'élança sur celui dont il tenait ce mensonge, qu'il pensait lui avoir été fait par un complice du départ (1) ; il se saisit de lui et lui ordonna de le conduire dans les appartements de Mme Elisabeth. L'homme de service -protesta qu'au moment où il avait dit que Mme Elisabeth se rendait chez la Reine, il le croyait en effet. Le capitaine Dubois se contenta de le remettre entre les mains de ses chasseurs, pour qu'il fût conduit au grand corps de garde, en état d'arrestation (2).
Tous les officiers de service veillèrent avec le plus grand zèle à ce qu'aucun désordre ne fût commis, et à ce qu'aucun des objets précieux se trouvant dans la demeure royale ne fût enlevé.
La garde du château, forcée d'abord, parvint à se ren-
(1) Pièces justif., av.-pr., H, p. 33, déposition de Mercier, déjà citée.
(2) Pièces justif., av.-pr., Il, dépositions de Dubois, Ch au veau, et Mercier, déjà citées, et de M. Malberte de Champenois (9* témoin de l'information, p. 20), qui dit que M. Dubois voulut c lui abattre la tête d'un coup de sabre, dont il avait été empêché par un chasseur volontaire de garde sous ses ordres, »
dre maîtresse des différentes issues; a mesure que le peuple quittait une pièce, les portes en étaient aussitôt fermées à clé (1); et le capitaine Dubois, aidé d'un homme et d'une femme du service de Mme Elisabeth, transporta tous les effets précieux, soit argenterie ou autres, en évidence, dans la chambre à coucher (2).
D'ailleurs, l'Assemblée nationale et les autorités de la ville prirent aussitôt les mesures les plus actives pour constater le fait du départ, maintenir Tordre, empêcher le pillage et ramener les fugitifs à Paris.
Les officiers municipaux purent, à dix heures, commencer l'apposition des scellés sur toutes les portes et sur tous les meubles. Us s'emparèrent de toutes les clés ; et lorsqu'à minuit leur opération fut terminée, ils se retirèrent en mettant des gardiens à ces scellés (3).
Leur présence, les actes auxquels ils se sont livrés avaient rétabli le calme dans le château ; il ne fut pas, à quelques rares exceptions près, troublé dans Paris.
< La ville a été fort tranquille, » écrivait à M. de Damas un de ses amis, le lendemain de l'événement; c voilà l'inc téressant pour ceux qui sont restés. Le Roi- a envoyé à c l'Assemblée nationale une protestation contre ses dét crets; c'est un précis de tout ce qu'il a souffert, et on c le dit très-bien fait. Le succès et l'intelligence du com- « mencement de l'entreprise font bien augurer de son isc sue. On attend de savoir où est l'oiseau. »
Si on en croit la même lettre, personne ne se doutait encore de la routé suivie par le Roi.
(1) Pièces justif., av.-pr., dépositions de Mercier et de Chauyeau, déjà citées.
(2) Pièces justif., av.-pr., 11, déposition de Dubois, déjà citée.
(3) Pièces justif., av.-pr., p. 47, déposition de Duperrier, garçon du garde-meuble de la Reine, 33« témoin de l'information.
t Tout le monde en est étonné ; à peine y croit-on : le € Roi a disparu hier avec la Reine, leurs enfants, Monsieur,, c Madame, sa belle-sœur, Mme Elisabeth, Mmc de Tourzel. t C'est dans la nuit du 20 au 21 que cela s'est fait. Hier c soir, on ne savait par quels moyens ni par quelle porte c ils avaient pu s'échapper ; il paraît que la garde avait « doublé de vigilance; le rapport de M. de Gouvion prouc vera les soins qu'il prenait pour prolonger la captivité c du Roi. >
De son côté, M. Bailly écrivait de l'Hôtel-de-Ville, le 22, à M. de Sillery, secrétaire du comité des recherches et des rapports réunis (1), la lettre suivante :
« Nous n'avons, Monsieur,, aucune nouvelle de l'arresta- « tion du Roi; on est venu annoncer à l'assemblée du « Conseil général qu'il était arrivé à l'Assemblée natio- « nale un courrier qui apportait cette nouvelle; il avait, < disait-on, devancé de trois heures le courrier officiel de * Lisle, et il garantissait sur sa tête la vérité de cette nout velle. Depuis, il nous est venu un officier qui venait de « l'Assemblée nationale, qui nous a assuré que le fait était « [au (sic), et qu'au contraire l'on avait répandu à l'Asie semblée nationale le même bruit, en disant que c'était « à la municipalité que le courrier était arrivé : l'une et c l'autre version sont également fausses.
« Le peuple, cependant, est persuadé de leur vérité, et « le Conseil général vient de prier tou6 les députés des « sections qui se trouvaient à l'Hôtel -de -Ville de ret tourner dans leurs quartiers, et d'employer les moyens
(1) M. de Sillery était en même temps aide-de-camp de M. de la Fayette ; il avait dit qu'il donnerait sa tête à couper que le roi n'avait pas envie de s'évader.
c les plus prompts pour faire revenir le peuple de son « erreur.
« Le maire de Paris: Bailly (1). >
Celte incertitude devait bientôt cesser.
M. de la Fayette, intéressé à ce qu'on ne le soupçonnât pas d'avoir favorisé ce départ, soit qu'il eût fermé les yeux, soit qu'il eût été trompé, et alors même, ce qui est bien probable, qu'il en eût souhaité le succès, devait se livrer à une grande manifestation.
Il envoya des aides-de-camp dans toutes les directions, avec ordre d'arrêter tous les voyageurs ayant ou n'ayant pas de passeport, ou tous voituriers même porteurs de lettres de voiture, et de faire battre la générale dans toutes les communes.
Leurs ordres furent partout exécutés, et notamment dans la commune de Ville-Parisis. ,
La garde nationale y arrêta, dans la journée du 21 , un chariot expédié par le commissaire général au* transports des effets militaires, munitions et artilleries, à M. Sadoul, garde-magasin des effets du Roi à Strasbourg.
Le conducteur était muni d'une lettre de voiture en règle.
Les officiers et soldats composant cette garde nationale envoyèrent à Paris pour demander ce qu'ils devaient faire de ce chargement.
De son côté l'Assemblée nationale, dont le plus petit nombre de ses membres voyait avec joie ce départ, et dont le plus grand nombre tremblait déjà h la pensée du retour du Roi et de l'émigration, était inquiète, agitée, divisée.
Mais bientôt elle apprit l'arrestation du Roi à Varennes.
(1) Pièces juslif., LXXXI, p. 250.
Elle prit alors un terme moyen entre les propositions de réformer la Constitution au profit du pouvoir royal, et celles qui se faisaient entendre à voix basse, d'en finir avec la monarchie.
Elle ajourna toute résolution et envoya trois commissaires pris dans son sein au-devant du Roi , avec mission de le ramener à Paris et de proléger son retour.
Ces commissaires représentaient les nuances qui distinguaient les différents groupes d'opinion de cette Assemblée politique, ne disant, pas plus que les autres de même nature, ni son dernier, ni son véritable mot au peuple, parce qu'elles-mêmes ignorent jusqu'à quel point elles peuvent* céder à leurs propres entraînements, et surtout aux entraînements des passions populaires.
L'un était M. de Latour-Maubourg, esprit sage, modéré, ami sincère de la monarchie tempérée par les lois .
Le second était Barnave, cet infortuné jeune homme t que l'expérience des factions au milieu desquelles il s'était imprudemment jeté ramenait aux opinions de Latour- Maubourg, et que le spectacle des plus cruelles et des plus nobles infortunes devait bientôt convertir à la modération, dont il fut trop tard l'apôtre, et dont bientôt il devait être le martyr.
Le dernier était Pétion, inflexible et cruel, sans talent et sans âme. '
Ces commissaires partirent peut-être animés des mêmes sentiments; mais ils revinrent animés de sentiments bien opposés, et nous avons vu, par les lettres qu'ils ont écrites à l'Assemblée nationale, comment ils se sont acquittés, au moins matériellement, de leur mission.
Cependant les officiers municipaux qui s'étaient rendus aux Tuileries avaient déjà recueilli tous les renseignements qu'ils crurent nécessaires pour faire connaître les moyens
d'évasion qu'avait employés la famille royale; ces renseignements s'offraient d'ailleurs d'eux-mêmes, et venaient en foule de toutes paris.
C'est à ce moment aussi que la nouvelle du départ de Monsieur se répandait dans Paris.
Nous n'avons rien à ajouter aux détails dans lesquels nous sommes entré à cet égard, si ce n'est que, comme elle s'est portée aux Tuileries, la foule s'est portée au Luxembourg, manifestant la même fureur, et faisant craindre qu'elle ne pénétrât dans les appartements avec les mêmes intentions de pillage.
En dehors de cet accès de colère du peuple, une explosion de mécontentement éclata; elle fut suivie d'une quantité considérable de dénonciations et de saisie de correspondance; le comité des recherches ne pouvait suffire à enregistrer toutes les lettres anonymes ou signées, et tous les rapports des autorités subalternes qui lui arrivaient de tous côtés.
Ces dénonciations avaient un double objet : celui d'éclairer le comité des recherches sur le fait même de la fuit^, et de lui faire connaître les personnes qui, directement ou indirectement, y auraient concouru; celui de confondre cette fuite avec la coalition des puissances étrangères et l'émigration.
Les premières, quelque basses et vulgaires qu'elles soient, sont d'un grand intérêt pour l'appréciation de l'état du pays et de la situation de la famille royale, dans cette période de la révolution.
Mais les seconds, en se rattachant aux premières, attestent l'influence désastreuse que la tentative de fuite a exercée sur la destinée des membres de la famille rovale et sur celle du principe monarchique.
Déjà les officiers municipaux avaient reçu aux Tuileries
les renseignements recueillis plus tard par la justice, avec les solennilés qu'elle exigeait alors, par le loueur de voitures Lebas et les deux postillons à son service.
On dénonçait en même temps au comité des recherches le déguisement des gardes du corps du Roi, et la démarche que l'un d'eux avait faite chez un tailleur pour se faire habiller en courrier.
On faisait connaître le nom du bourrelier qui avait vendu le bridon et le fouet achetés par M. de Fersen, et le carrossier, M. Louis, qui avait fourni la voiture et l'équipage de roule pour la famille royale.
M. de Bouille avait sa fille en pension dans une maison religieuse de Paris; on prétendit qu'elle avait reçu une lettre de son père, dans laquelle les événements de la semaine sont à peu près expliqués.
« Je ne garantis rien, disait le dénonciateur; mais mon inquiétude ne peut se taire: pesez et agissez. »
On dénonçait M. de Fersen; on apprenait que les officiers municipaux avaient donné V ordre de l'arrêter. • On signalait la remise de plusieurs lettres à M. de Soucy; à un nommé Chamudet qui remplissait l'importante fonction de tailleur garçon pour la bougie au cabinet du Roi; à Mme de Tourzel, à M. Duport et à M. le duc de Brissac, au Louvre du Roi.
On appelait l'attention sur un M. du Pair, ci-devant garde du corps du ci-devant Roi des Français, comme étant reste à Paris sous un faux nom, et comme ayant reçu des bienfaits de la cour par l'entremise de Mmc de Tourzel, avec laquelle, disait-on, il était continuellement en correspondance. On assurait que si on mettait les scellés chez lui, on trouverait des renseignements sur le départ du Roi. On dénonçait aussi M. de Flahaut, frère de M. d'Anjivilliers, comme ayant engage le Roi à partir.
Ces dénonciations étaient ainsi terminées : « Croyez,
«* Messieurs, à un valet d'un aristocrate de l'Assemblée
* nationale, que son patriotisme emporte, malgré le ser-
m ment de fidélité qu'il a fait à son maître, sous peine
v «Vêlre chassé et peut-être égorgé, s'il s'avisait de jaser.
« Je souhaite ardemment que ma dénonciation soit mise
' à exécution le plus tôt possible, pour le salut de l'État.
* Signé : Jean, citoyen non actif. »
Un anonyme, par une lettre portant cette susôription :
A Messieurs, Messieurs les Officiers du déparlement de
Parï&j au département de Paris, à Paris, dénonçait, le
^' ji*ïn, les chefs de division et de bataillon, et les valets
Je l'intérieur du Roi, de la Reine, de M. le Dauphin, de
^ftdanc, fille du Roi, de Mme Elizabeth, et les valets de ces
Va?c£*?, et les médecins et chirurgiens de ces membres de
a ^ruille royale, comme ayant été instruits du complot.
signalait un garçon de chambre de Mme Elizabeth, an-
** laquais de M. de Polignac. J'en ai averti, dit-il en ter-
ln^*U, quelques membres de la municipalité; ils me di-
ZG*~*d: « Quelle preuve en avez-vous? » Et ils nont pas
****'*€ exécuter mon rapport.
Une patrouille se rappelait que, traversant du 20 au 21 a ***xe Comtessc-d'Àrlois, sur les onze heures ou minuit, c»le o.\ail vu passer quatre berlines attelées à quatre chevaux, a'ec postillon devant et derrière; son attention avait été disa^*e de ces voitures par un homme qui était occupé à cr°c/^/cr une porte.
*^nc lettre de Saint-Mihiel, un peu tardive (du 9 juillet),
aPprenait qu'on avait vu M. de Damas, quelques jours
avaru son départ pour Varenncs, couler considérablement
"H balles chez l'armurier du régiment; qu'une jeune fille,
xoyanl de si grandes provisions, demanda : Pourquoi
est-ce faire tant de balles? et qu'un domestique de M. de Damas lui avait répondu que c'était pour f... dans le ventre des citoyens.
Celte jeune iille ayant rapporté ce propos à sa mère, celle-ci se rendit chez l'armurier où elle trouva encore l'auteur de ce propos, qui lui tint le même langage, et auquel elle répondit : Que ceux qui les font prennent garde qu'elles ne servent pour eux.
Le 6 juillet, ce même domestique, de retour avec le détachement, passant dans la rue, cette dame lui dit : Eh bien! Monsieur, vous avez dit que les balles en question étaient pour les citoyens ; n'est-ce pas que ce que je vous ai dit est arrivé?
Ce domestique alla le même jour chez l'armurier, lui lémoignant le regret d'avoir tenu ce propos chez lui; que depuis l'arrestation du Roi il n'avait cessé d'y penser ; que cela était dans le cas de faire du tort à son maître.
On y dénonçait aussi la femme d'un quartier-maître, M. Remy, qui voyant les volontaires aller de Saint-Mihiel au secours de Varennes, avait dit : Il n'y en a pas pour un déjeûner de nos dragons, et qui prit la fuite aussitôt après l'arrestation de son mari (1).
Les suppositions les plus absurdes étaient présentées et acceptées comme des renseignements utiles, et, en celte dernière qualité, recueillies et placées au rang des pièces les plus sérieuses de l'instruction judiciaire.
« Le Roi, disait-on, devait s'arrêter à Àulnay, hameau de la commune de Châtenay, près Paris, dans une maison appartenant à un brasseur de cette dernière ville,
(1; Déjà on a eu occasion de signaler l'arrestation d'un militaire du nom de Hemy, mais il s'agissait alors d'un simple soldat; peut-êlre est ce le intMiic, mal désigné dans le procès-verbal d'arrestation.
M. Acloque, mort depuis peu (le temps, et cela sur ce que le domestique de ce dernier avait dit à celui qui donnait ce renseignement, que Y on préparait les appartements pour recevoir le Roi, qui devait venir le lundi 20, jour de son évasion.
Un autre supposait que le Roi avait pu s'évader par un canal aboutissant au pavillon de Flore .
Ce n'était pas assez des renseignements transmis de Paris : ils arrivaient de la province.
Un citoyen de Strasbourg dénonçait un de ses concitoyens, M. Brunck, alors à Paris, comme étant constamment, depuis son arrivée dans celte ville, avec plusieurs cidevant conseillers du ci-devant Parlement. « Ces assemblées, disait-il, sont très-fréquentes et peuvent être considérées comme suspectes dans ce moment de crise. »
Il demandait que M. Brunck fût mandé pour rendre compte de sa conduite.
Cette dénonciation était fondée sur la pensée d'une coalition entre les membres des directoires des départements traversés par le Roi, et ceux du directoire du Bas-Rhin, dont M. Brunck était le président, et auquel évidemment on n'aurait pas été fâché de souffler sa place.
On dénonçait de Beauvais le maître de poste de Senlis, comme ayant tenu quarante chevaux prêts pour le départ du Roi. On y ajoutait que M. Maldent, l'un des trois gardes du corps qui avaient accompagné la famille royale, étant à Limoges, avait exprimé le désir de trouver l'occasion de venger les événements des 3 et 6 octobre il 89.
Les titres nobiliaires suffisaient dans ces jours de défiance pour motiver les dénonciations. Le comité de surveillance de la section du faubourg Montmartre signala un particulier décoré de la croix de Saint-Louis, se faisant appeler M. le comte, se tenant en hôtel garni, accompagné de son
épouse et de son enfant, sans aucun domestique; on disait que la conduite de cet homme, qui était remarqué ne sortir que nuitamment, devait exciter l'attention du comité de surveillance.
Ce particulier, obligé de se faire connaître, était M. le comte de Lowendal, maréchal de camp. Il avait supprimé son vrai nom et lui avait substitué sa qualification nobiliaire, de sorte qu'il se faisait appeler : Lecomte. Il déclara que s'il avait changé de nom, c'est qu'il n'avait pas cru devoir exposer sa patrie à la honte de forcer le fils du maréchal de Lowendal, qui depuis dix-huit moù n'a touché que iy600liv.y à vivre en hôtel garni et d'emprunt.
Ce reproche fit quelque impression même sur l'esprit des membres du comité des recherches, et son président, en l'envoyant au président de l'Assemblée nationale, terminait sa lettre par ces mots : « Au reste, si les trois lignes que nous avons soulignées dans sa déclaration pouvaient être publiques, elles paraîtraient bien étranges à bien des gens. »
La philosophie et la science, cette aristocratie dont le germe est jeté par la Providence dans les cœurs et les intelligences sans distinction de conditions sociales, et que, dans leur jalousie, les révolutionnaires de 4793, en l'assimilant à l'aristocratie de la naissance et de la fortune, ont soumises aux marnes persécutions et au même supplice, commençait à devenir suspecte.
On saisit une lettre sans signature, il est vrai, écrite de Paris le A juin et adressée à Mme de Chamboran, chanoinesse, habitant Bitche, dans la Lorraine allemande. Cette lettre ne contenait que des détails de famille; mais cependant on semblait y prévoir un grand événement pour le 24, et on y signalait un retour aux idées monarchiques de la part de l'illustre abbé Raynal.
c Tout me fait espérer* y disait-on. que s'il y a des
< changements dans notre malheureuse position, ils se-
c root moins effrayants qu'on ne croit : tous les gens
* sensés, et le nombre en est grand, se rangeront du côlé
« de la bonne cause. On assure que c'est le 24 de ce
c mois epe nous verrons de grands événements ; tout ce
c <Iue je demande, c'est qu'ils se passent sans effusion de
« sang.
c L'abbé Raynal a écrit une lettre à l'Assemblée qui a
c produit une grande sensation ; c'est un chef-d'œuvre de
« politique et de raisonnement. Il faut connaître bien
* énergiquement que l'Assemblée est bien éloignée de la
c iî&ne que les philosophes avaient tracée; que le Roi élait
r sans pouvoir et le peuple sans frein. Rien n'est plus
ii. »
s dénonciations intéressant les projets de l'émigration el *l«s puissances étrangères, présumés n'être autres que tes j£>Tojets du Roi et de la Reine, dont la fuite n'était que te p^-^iude, venaient aussi en grand nombre.
G^s documents, plus sérieux et plus importants que les
P' °*~^iiers, cadreront, il est impossible de le méconnaître,
ar^*^ ceux que nous verrons bientôt émaner de M. de Bouille
*3 « ses amis, après sa propre fuite. Cette considération
nc*"*x s engage à leur donner une attention particulière ; et
P^ *-"* :■? cela, nous les suivrons dans leur ordre progressif.
^-3" xie lettre de Langres, du A juin, dénonçait trois frères,
0 **<^ïers dans l'armée, MM. de Tolomaire des Tournelles.
^ *-* -^ dénonciation atteignait le ministre de la guerre, M.'Du-
P^^tail. On y disait que l'un de MM. des Tournelles, sur
Xpoint de se rendre dans les Indes-Orientales, s'était
" ^^enté chez oe ministre, qui lui avait donné l'ordre de
^^er, en lui disant : Je sais que nous pouvons compter sur
^^"'S.'nous aurons besoin de vous , et qui, en même temps,
avait attaché la croix de Saint-Louis à la boutonnière de M. des Tournelles.
On ajoutait que le nouveau décoré avait pressé son frère de partir pour Paris, en l'assurant de la croix pour luimême, mais que celui-ci s'était borné.à l'envoi de son brevet, c'est-à-dire que, ne voulant pas s'associer à ce qui se préparait, il avait donné sa démission.
Un membre de la famille de Broglie (M. Charles de Broglie) était alors au séminaire de Saint-Sulpice ; on prétendit que le % juin il avait reçu un avis de son père de quitter incessamment Paris.
Ce fait était révélé par un abbé du séminaire de Saint- Magloire à un de ses amis, qui semble avoir été professeur au collège du Plessis, et ce séminariste se plaignait en même temps à ce dernier que ses confrères le rendaient depuis longtemps victime de son patriotisme.
Cette dénonciation énonçait un fait vrai. Nous trouvons dans une lettre écrite de Paris, le 20 juin, par M. Nogier, directeur du séminaire de Saint-Sulpice, à M. l'abbé Roger, habitant Paris, le passage suivant : * L'abbé de Broglie « vient de partir pour Trêves ; le maréchal lui avait écrit, t il y a quelques jours, qu'il était libre de restera Paris; c il vient de lui écrire une deuxième lettre qui annonce « quelque événement fâcheux et très-prochain pour la a France; vous en jugerez par les termes que voici :
« Mon fils, je vous enjoins et vous ordonne départir dans « trois ou quatre jours au plus tard. J'ai pour cela les c raisons les plus fortes, qu'il ne serait pas prudent de « confier au hasard d'une lettre; je vous les apprendrai « dans mon cabinet, et vous jugerez alors de l'étendue de « ly affection que j'ai pour vous. Tenez votre départ le plus « secret qu'il sera possible. Je suis votre père. )
Non seulement M. l'abbé de Broglie partit; mais Hem-
portait un chargement si considérable en argenterie, objets mobiliers, vêtements d'hommes et de femmes, que certainement il s'était constitué le commissionnaire d'une grande quantité de personnes en émigration.
Tous ces objets, conduits par un messager de Paris à Longwy, et chargés pour Aubauge, province du Luxembourg, furent saisis à Longwy, et mis sous le séquestre le 23 juin.
On disait encore dans la lettre de Langres, et dont on a donpé un extrait plus haut, en parlant de MM. des Tournelles :
t Une dame de Langres a communiqué à M. des Tourc nelles une aulre lettre de son frère, dit le chevalier, c parti depuis un mois pour joindre M. de Condé, et avec c lequel frère il est en froid.
c Suivant cette lettre, M. le comte d'Artois a fait la rec vue de 40,000 hommes ; le contingent de l'empereur c est de 30,000 ; le roi de Prusse et celui de Suède cont tribuent de leur côté. On n'entrera en France qu'au c mois d'août, pour ne pas soulever les paysans en saccac géant leurs grains.
c Vous êtes entourés de traîtres ; ils divisent la France c et affaiblissent les forces sur lesquelles, aussi bien c que sur la loyauté des ministres, l'assemblée a trop
< compté.
c Les villes et les villages anti-patriotiques d'Alsace, les
< officiers aristocrates qui y commandent et les régiments « étrangers suspects qu'on a affecté d'y rassembler de c longue main, laissent la France ouverte de ce côté-là.
t Le Roi, arrêté à Varennes, a été repris par M. de t Bouille et conduit à Metz.
« On vous berçait. Le réveil est terrible; ouvrez les yeux, « et comptez, vous dis-je, que vous êtes entourés de traî-
« 1res Pourquoi avoir trop entrepris, trop gêné les
€ prêtres? >
L'auteur de celte lettre, juge au tribunal du district de Langres, se plaint en outre que le comité de la Constitution cache à l'Assemblée une feuille signée de lui, intitulée : Adresse véridique, remise en son nom par M. Brissot de Warville (1), et que la deuxième partie du serment prescrit aux membres de la législature est contre le but de cet écrit.
Un M. Baudeville, des Amis de la Constitution de la ville de Yarenncs, dans une dénonciation qu'il adressait à l'Assemblée nationale, racontait que : passant à Romagne, il assista à la lecture qui eut lieu, deux fois devant lui, d'une lettre écrite par le ci-devant curé de Mons, réfugié à Torny (terre de l'Empire), avec trente-deux autres prêtres rcfractaires, au neveu du curé de Romagne, et que celui-ci avait perdue, mais qu'une compagnie de jeunes hommes avait trouvée, et il en reproduisait en substance les passages suivants que cette double lecture lui avait permis de retenir :
« Faites en sorte, mon cher abbé, de vous rendre ici o (Torny) sous peu de jours, attendu que je crains que
(1) Il s'agit ici du célèbre chef des Girondins, M. Brissot, avocat à Chartres.
Il se faisait appeler de Warville, du nom d'un village de la Beauce, où il est né.
Ce patriote, qui ne reculait pas devant une entreprise aussi peu d'accord avec ses opinions républicaines, lorsqu'il s'affublait de cette dénomination semi-aristocratique, ne se doutait pas qu'en même temps il prenait un nom anglais, Warville n'étant que la corruption euphonique du mot Warvick, laissé en France par Richard Névil, comte de Warwick, ancien favori de Henri V, et gouverneur d'Henri VI d'Angleterre, après un assez et trop long séjour dans les environs de Paris, pendant l'invasion du XVe siècle, comme le général Salisbury laissa le sien en Sologoe, au bourg de Salbris.
t vous ne soyez pas en sûreté où vous êtes. Faites en sorte c de profiter de la voiture de M. Hince (curé réfractaire i deVarennes), pour vous rendre près de nous.
i Dans peu on verra bien des choses.
« La grande armée, qui est de 100,000 hommes, sera f commandée par le Roi de Suéde, qui entrera par le « Lyonnais ; le prince de Condé entrera par l'Alsace avec c 12,000 hommes; le comte d'Artois entrera par la Flan- < dre avec 24,000 hommes. Les hulans sont près de nous c au nombre de 4,000; ils ont pour armes de longues i lances à ressort et deux pistolets à leur ceinture. Enfin, c mon cher, tout est prêt. j>
Il ajoute que des voituriers qui revenaient de Luxembourg, où ils avaient conduit des prêtres réfractaires et porté beaucoup d'argent à M. de Pouilly, lui avaient dit que ce dernier venait d'être fait général pour commander un corps de troupe autrichienne contre nous ; que tout était prêt pour nous donner le bal.
M. Baudeville s'excusait de ne pas envoyer cette lettre. Pendant la lecture, la servante du curé de Romagne étant survenue, l'avait réclamée pour appartenir à son mailre; et comme on la lui refusait, elle l'arracha et se retira dans la maison du curé.
On avait rendu publique une lettre de Chambéry, du 9 juin, dans laquelle on disait : « Le roi sarde se déclare * plus que jamais l'ennemi de la nation française ; on re- 9 crute publiquement en Savoie pour Condé, et c'est un « certain ci-devant Bussi qui exerce, nourrit et habille « tous ces illustres champions. Ce Bussi est le même c homme que les patriotes voulaient pendre il y a un an, c mais que le comité autrichien (lisez la Reine Mariec Antoinette) fit reconnaître innocent... Dénoncez ce traître c à toute la France, et que sa tête soit proscrite.
« Notre gouverneur est bien avec tous ces bandits; il ne € lui manque que la cocarde blanche. »
Une autre lettre du 21 juin, adressée par M. d'Os mon, en émigration, à M. d'Osmon son frère, en garnison à Verdun, et saisie par la municipalité de cette ville, contenait ce passage :
<r La duchesse de Mortmart, qui est à Heidelberg, a donné € à souper à M. le comte d'Artois ; il a été d'une amabilité t rare. Mme de Pezé lui dit : « Il y a longtemps, Monseigneur, t que nous attendions le génie de la France. * Sans vou- « loir trop parler, il ne put cependant s'empêcher de dire : t J'espère, Madame, que dans quelque temps j'irai cueillir « quelques lauriers qui me seront d'autant plus agréables t qu'ils ne seront pas teints de sangy et alors je les déposerai € à vos pieds. Il a élé partout d'une gaité incroyable.
c L'Électeur de Mayence ne doute nullement du succès « de l'entreprise. *
Et, faisant allusion à une chanson populaire trop célèbre, l'Électeur disait : « II ne faut pas chanter : Ça iray c mais : Ça va. »
€ C'est hier qu'a dû être décidée la grande question : t le prononcé de la Diète étant favorable aux princes, le € manifeste ne lardera pas à paraître. »
Dès le 14 juin, une lettre adressée de Bruxelles à deux négociants associés, MM. Josse et de Sèvre, habitant la rue de la Monnaie, â Paris, certainement chargés de la rendre publique, s'exprimait ainsi :
c Selon le plan de ces Messieurs, l'empereur enverra un c manifeste signé des princes et des principaux émigrants; c si l'on ne "vient pas à récipiscence, les troupes auxi- « liaires de l'empereur et l'armée du prince de Condé enc treront en France, sabreront tout ce qui leur fera résis- « lance, et pulvériseront Paris.
c Quand les choses seront sur le bon pied, il sera donné « par ces Messieurs, en dédommagement, à S. M. Vempec reur et roi, des frais de la guerre, la Lorraine, l'Alsace f et peut-être la Franche-Comté.
t On martyrisera tous les députés, surtout B... (Barf nave), L. M. (La Meth), L. F. (la Fayette), Ch...., et c l'infâme Mirabeau sera rayé du tableau des grands homc mes, et ses cendres portées à la Grève. »
c Et tout cela, » ajoutait comme réflexion personnelle celui qui transmettait ces détails, c parce qu'ils aiment le Roi et la monarchie!... Puisse ma lettre être sous les yeux du Roi! En parlant de lui, ils disent : « C'est un J. f.; ce n'est pas pour lui personnellement que nous voulons remettre les choses en bon état ; mais bien pour la royauté. . . i Voilà tout ce qui se dit à Mons.
« Le projet, assure-t-on, est de faire entrer trois armées en même temps: une par les Pays- Ras, une par V Alsace, et la troisième par la Provence et le Dauphiné.
c On fait monter le nombre des troupes sur nos frontières à 84,000 hommes, et 10,000 qu'on assure être en route. »
Ce qui doit frapper dans cette longue nomenclature de dénonciations et de renseignements, ce n'est pas seulement l'activité avec laquelle ils ont été recueillis ; c'est aussi le zèle avec lequel ils étaient transmis à la police ou à la magistrature, surtout les lettres intéressant les projets de l'émigration et des puissances étrangères, sous les drapeaux desquelles elle s'élait placée et dont elle avait adopté les couleurs.
Nous avons vu cette action incompréhensible d'un général français se disposant, en apparence au moins, à combattre une armée ennemie rangée en bataille sur la frontière, et dans les circonstances où il se trouvait, c'esl-à-
dire au moment de soustraire la famille royale aux effets de son impopularité, tirant leur source de l'accusation de pactiser avec les puissances étrangères, et d'appeler de tous ses vœux leur invasion du territoire de la monarchie, prendre ostensiblement les couleurs de la plus redoutable et de la plus voisine de ces puissances.
Ce fait, attesté par un rapport d'un détachement des gardes nationales de Longwy, envoyées à Varennes, l'est encore dans une lettre datée de la même ville, du 19 juin, où il est dit : « On a remarqué que les (ils et les aides-det camp de A/, de Bouille portaient des panaches aux couleurs « noire et jaune ; »eton ajoutait, pour ceux qui croyaient encore à l'ancien constitutionalisme de M. de Bouille : « Oui ! Bouille converti serait un miracle plus fameux que la résurrection de Lazare; et le temps des miracles est passé, >
Leur plan était public, et d'ailleurs, ainsi que nous l'avons fait remarquer plus haut, tout ce qui a été dit a ce sujet se trouvera bientôt justifié par ce que diront M. de Bouille, s'adressant au monde entier par l'intermédiaire de l'Assemblée nationale, et ses amis, placés désormais au centre des opérations de l'émigration et des puissances coalisées, et par la trop célèbre déclaration de Piinitz.
Et dès à présent l'événement du 21 juin accuse le véritable caractère qu'il doit conserver. Celle tentative d'évasion, c'est une tentative d'invasion; G'est l'acceptation par le Roi de la déclaration de guerre que l'émigration, avec l'aide et le secours des puissances étrangères, veut faire aux institutions nouvelles; c'est une réaction absolue qui devra s'accomplir; c'est la restauration des privilèges de la noblesse et du clergé ; c'est, en un mot, une tentative, par les moyens les plus violents, d'une contre-révolution.
Tel est, évidemment, l'esprit qui a présidé à la compo-
sitton de l'immense dossier que nous dépouillons, et dont nous réunissons dans une classification historique toutes les parlies.
Voilà ce que le sentiment révolutionnaire a compris à Paris lorsque, soupçonnant les intentions de fuite de la famille royale, il voulait s'y opposer en la tenant dans une véritable captivité, et lorsqu'il exerçait sur tous et chacun de ses membres la surveillance la plus vexatoire et la plus intolérable, et comment, avec une activité fébrile, il a, aussitôt après le retour du Roi, et en quelques jours, groupé en un énorme faisceau, contre la famille royale et ses amis, tous les éléments d'une accusation, non pas d'une fuite n'ayant d'autre cause qu'un mécontentement personnel du Hoi, inspiré par quelques dispositions d'une Constitution qui n'était pas achevée, mais d'une véritable accusation du crime qualifié alors de lèzc-nation.
C'est la persistance de ce sentiment qui expliquerai* les pièces de la procédure portée devant la haute cour nationale é'ablie à Orléans, tout ce qui s'est passé entre le Roi, 'Assemblée nationale, la population de Paris et l'immense Majorité de la nation, depuis la rentrée de la famille royale au* Tuileries jusqu'au 10 août 1792; et même, il faut t?p/)/Mr le pénible courage de le dire, jusqu'au 21 janvier /2^2-î3, et enfin jusqu'au 16 octobre de la même année.
*^~ — ;s dates sinistres remontent à celle du 2i juin 1791.
\% provinces, nous l'avons dit, ne sont point restées et rsx digères â cette préoccupation de la population pari- 8ver*tîe; au contraire, elles l'ont partagée.
î^s eus avons vu ce qui s'est passé dans les villes et dans tes bourgs traversés par le Roi, les. mesures prises pour f^v vêler dans sa marche; voyons celles qui ont été adoptées après son arrestation.