‹ Fuite de Louis XVI à Varennes, da̕près les documents judiciaries et administratifs déposés au greffe de la Haute cour nationale établié à OrléansChapitre 14 sur 29 · AVANT PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT PROPOS

A Messieurs les commissaires nommés par le tribunal du premier arrondissement du département de Paris, en exécution de la loi du t ingt six juin dernier.

Vous remontre l'accusateur public, que la loi du vingt six juin vous charge d'informer, par tout où besoin sera, sur les événements de la nuit du vingt au vingt un juin dernier, ainsi que sur les faits antérieurs et postérieurs qui y sont relatifs.

L'événement principal est suffisamment indiqué par la notoriété publique : c'est l'évasion du Roi, de la Reine et de la famille royale, et l'enlèvement de l'héritier présomptif de la couronne.

Mais s'il n'y a pas d'indication plus précise des faits antérieurs et postérieurs relatifs à cet événement, plusieurs témoins pourront ne pas appercevoir les rapports qui lient à l'événement principal les faits particuliers dont ils sont instruits, et taire ces faits comme étrangers â l'affaire sur laquelle vous êtes chargé d'informer.

Dans la marche ordinaire de l'instruction judiciaire , soit au civil , soit au criminel, les témoins savent sur quoy ils ont à déposer. Au ci-

(l) Dans le cours de toutes les transcriptions, on a observé l'orthographe appartenant aux personnes qui les ont écrites.

vil, ils l'apprennent par la lecture du jugement qui ordonne l'enquête et qui contient les faits sur lesquels il doit être informé; au criminel, ils l'apprennent par la lecture de la plainte.

Icy, la simple Inondation du fait général pourroit laisser échapper plusieurs faits nécessaires, de la combinaison desquels peuvent jaillir de grands traits de lumière. Icy, il ne peut être fait lecture d'aucune plainte avec témoins, puisque le seul objet de l'information est de mettre l'Assemblée nationale en état de décider s'il y a ou s'il n'y a pas lieu à accusation, et contre qui il y aura lieu à accusation.

S'il est un moyen de suppléer au défaut de plainte et de fixer l'attention et le recueillement des témoins sur les faits et les circonstances qui peuvent aider à percer le mystère de l'étrange événement du vingt au vingt un juin, l'accusateur public croit qu'il est de son devoir de l'employer.

A ces causes, il requiert qu'il lui soit donné acte du présent réquisitoire, qu'avant la déposition de chacun des témoins qui seront entendus à sa requête il leur en soit fait lecture, ensemble des articles suivants indicatifs de la nature des faits sur lesquels ils sont appelles à rendre témoignage :

lo Les préparatifs de l'évasion pour faciliter la sortie du Roi et de la famille royale du» château des Thuilleries, leur départ de Paris et leur route jusqu'à la frontière, par fabrication de clefs, ouverture de nouvelles portes, fausses armoires pratiquées pour masquer lesdites portes, nouvelles distributions des appartements et mesures prises soit pour se ménager des issues secrettes, soit pour éloigner de chacune des personnes fugitives les gens de service dont la surveillance pouvoit être importune et suspecte;

2° Les habits de voyage commandés pour déguiser au départ et sur la route les personnes fugitives, la précaution qu'on a eu de s'adresser pour cet objet à des tailleurs ou couturières en habits autres que ceux et celles qui avoient accoutumé de travailler pour lesdites personnes, et les détours dont on a usé pour écarter les soupçons desdits tailleurs et couturières ;

3° Les enlévcmens d'effets de la Reine et des autres personnes de la famille royale, et le départ des personnes qui paroissoient être dans la plus intime confiance du Roi et de la Reine, et celui de Zoë et de la demoiselle Lambriquet;

4° Les soupçons qu'on, avoit eu du projet d'évasion, les faits sur lesquels etoient fondés ces soupçons, les avis qu'on a dû en donner aux

personnes chargées de la garde du Roi, les noms des personnes qui ont donné ces avis et de celles auxquelles ils ont été donnés ;

5° Les espèces de voilures, le nombre et la qualité des chevaux, et les noms des cochers, courriers et postillons qui ont conduit le Roi, la famille royale et les femmes de leur suite, soit hors du château des Thuilleries, soit hors de la ville de Paris ;

, 6° Les noms des personnes qui ont conseillé ou concerté ce projet d'évasion ; qui en ont été instruites et qui ne l'ont pas révélé ; qui l'ont aidé, favorisé ou protégé, soit en concourant aux mesures et préparatifs cy dessus, soit en procurant les voitures et les chevaux pour le départ, soit en écartant le Roy, la famille royale et les femmes de leur suite, soit en fermant les yeux sur leur sortie du château des Thuilleries, soit en négligeant les avis qui leur avoient été donnés d'un projet d'évasion, soit en abandonnant le poste qui leur avoit été confié;

7° Les époques précises de chacun des faits cy dessus;

8° Tous les détails relatifs au Roi, à la Reine, à Monsieur le Dauphin, à Madame, fille du Roi, à Madame Elizabeth et aux gens de leur service intérieur dans la soirée du vingt juin dernier; l'heure à laquelle chacun d eux s'est couché, les noms des gens de service qui étoient restés dans les chambres de chacun d'eux, les portes par lesquelles chacun d'eux est sorti de sa chambre à coucher, les noms des personnes qui les en ont fait sortir, l'heure à laquelle ils en sont sortis, les routes secrètes par lesquelles ils sont sortis du château, ensemble ou séparément; les manœuvres pratiquées pour tenir cette évasion secrète, même dans l'intérieur du château, et pour prolonger ce secret le plus qu'il a été possible dans la matinée du inardy vingt un juin ; les noms des personnes qui en ont été les premières instruites, d'où elles l'ont appris et l'usage qu'elles ont fait des connoissances qu'elles avoient à cet égard;

9° Tous les détails relatifs à l'introduction chez le Roi, plusieurs jours avant l'évasion, des trois cy devant gardes du corps ou de l'un d'eux ; aux ordres qu'ils ont reçus du Roi concernant le projet d'évasion, et tout ce qu'ils ont fait en exécution de ses ordres; aux espérances de fortune qu'eux et leurs amis avoient fondé sur la nécessité de ce projet; aux vestes de couriers qu'ils ont commandées, en disant que c'étoit des vestes de chasse; aux noms du tailleur ou des tailleurs qui les ont faites; à la conduite desdils trois cy devant gardes du corps; aux sentiments et aux desseins qu'ils ont manifestés, depuis le six octobre mil sept cent quatre vingt neuf;

10° Tous les détails relatifs aux ordres du Roi et de la famille royale de Paris à Varenncs et de Varennes à Paris ; les stations qu'ils ont faites on allant à Varenncs, les habits dont chacun d'eux étoient vêtus;

11° Tous les détails relatifs aux passeports donnés sous le nom de la baronne de Korff pour sortir du royaume, passeports dont ils étoient porteurs; tous ceux relatifs aux projets, soit de franchir la frontière, soit de s'arrôler à Monlmédy ; tous les renseignements possibles sur le6 plans hostiles ou amis qu'on avoit impliqué au Roy dans l'une ou l'autre supposition ; sur les mesures prises et sur les moyens qu'on avoit procuré au Roi pour l'exécution de ses plans; sur les rapports du voyage de Monsieur, frère du Roi, et de Madame, son épouse, avec ecluy du Roy et de la famille royalle.

12° Les noms des auteurs, fauteurs, instigateurs, adherans, participans et confidens du plan qui devoit être la suite de l'évasion du roi, et des moyens d'exécution de ce plan, comme aussy le nom de la personne à laquelle le Roy a remis immédiatement le manifeste qui a été lu le vingt un juin dernier à l'Assemblée nationale. Signé : Polveret, Garouge, L.-J. Babille, Desauges et Bolloginel, en la minute des présentes.

Nous, Marin Carouge, juge du tribunal du premier arrondissement, et Laurent-Jean Babille, juge suppléant dudit tribunal, et commissaires nommés par procès verbal du vingt neuf juin dernier en exécution de la loy du vingt six dudit mois ;

Ordonnons que le réquisitoire des autres parts, ensemble la loi dudit jour vingt six juin dernier, seront lus aux témoins à entendre dans l'information ordonnée par ladite loy dudit jour vingt six juin dernier.

Fait à Paris en présence de Pierre Desauges et Joseph-André Bolloginel, notables adjoints, auxquels nous avons déclaré les noms, surnoms et qualités du plaignant et des accusés desnommés audit réquisitoire, en les avertissant de l'obligation où ils sont de se récuser, s'ils sont parents ou alliés des parties au quatrième degré inclusivement, le vingt juillet mil sept cent quatre vingt onze. Signé en cet endroit de la minute des présentes : Garouge, L.-J. Babille, Bolloginel et Desauges.

Expédiée par nous, greffier soussigné, pour copie collationnée et conforme à la minutte demeurée au greffe criminel du tribunal, le premier août 1791 : Ravaut.

Information faittc par nous Marin Carouge, et Laurent-Jean Babille juge, et juge suppléant du tribunal du premier arrondissement du département de Paris, assisté de Marie- Victor Cotilon que nous avocs commis-greffier, et duquel nous avons reçu le serment en cas requis et accoutumé.

En exécution du décret de l'Assemblée Nationalle du vingt six juin mil sept cent quatre-vingt-onze, poursuite et diligence de l'Accusateur public du tribunal.

Au sujet des faits énoncés au dit décret et au réquisitoire de l'Accusateur public cy-après énoncés.

Contre les auteurs, fauteurs, complices et adhérents et participants des dits faits.

A laquelle information nous avons procédé secrètement en la chambre de la maîtrise des eaux et forêts.

En la présence de Pierre de Sauges, et de Joseph-André Bolloginel, notables adjoints auxquels nous avons déclaré les noms, surnoms et qualité du plaignant et des accussés dénommés au dit réquisitoire, en les avertissant de l'obligation où ils sont de se récuser s'ils sont parens ou alliés des parties, au quatrième degré inclusivement.

Du lundy onze juillet mil sept cent quatre vingt onze de relevé.

1"* François Le Bas, âgé de trente à trente-un ans, loueur decarosses, demeurant rue des Champs-Élisées, assigné par exploit de Jean-Guillaume Le Peigneux, huissier du tribunal, en date du dix du présent, dont il nous a représenté copie, lequel après serment par lui preste, de dire et déposer vérité, qu'il a déclaré n'être parent, allié, serviteur ni domestique des parties, lecture à lui failte du décret et du réquisitoire.

Dépose que le lundy vingt juin dernier le malin et avant huit heures, un domestique est venu chez lui commander une voiture ditte diligence, attelée de deux chevaux, pour êlre conduite à huit heures du malin chez M. de Fers en, rue de Matignon. Le déposant a fait conduire la ditte voiture par un cocher nommé Lecomte, voiture dans laquelle est monté, à ce qu'on a dit au déposant, mon dit sieur de

Fersen, laquelle voiture a été renvoyée en la demeure du déposant, vers huit heures et demie, neuf heures du soir, et qu'alors le déposant étoit absent. Il étoit à Mari y d'où il est revenu sur les onze heures environ, observant que le prix de la voiture lui est encore dû qui est h somme de douze livres ; ajoute encore le déposant que pendant son absence, et vers une heure de l'après-midy du même jour vingt juin dernier, un particulier est venu de la part de M. de Fersen commander trois chevaux, en postillonage, dont le prix fut convenu à un louis, pour aller à Claye, en observant au palfrenier auquel la commande avoit été faitte, de tenir les chevaux prêts pour la soirée, qu'on viendroit en dire l'heure, et qu'effectivement on vint sur les neuf heures du soir du dit jour avertir le palfrenier du déposant de conduire les dits trois chevaux chez mon dit sieur de Fersen, rue Matignon ; qu'aussitôt les chevaux arrivés on les mit à une chaise de poste, dans laquelle montèrent deux grands messieurs, et un autre derrière ; que le postillon aux gages du déposant conduisit la chaise, et les personnes dedans et de derrière, au bas du Pont-Royal, sur le quai, du côté du bureau des voitures de la cour ; qu'arrivés en cet endroit, les deux particuliers qui étaient dans la chaise de poste et celui qui étoit derrière en descendirent tous trois en disant au postillon : Attendez ici, nous allons boire la goutte ; que vers onze heures et demie arrivèrent deux dames conduites par un particulier, lequel ût monter ces deux dames dans la chaise de poste qui dirent au postillon : A Claye ; qu'à ce moment le particulier se relira en saluant ces dames. Observe le déposant que tous les détails qu'il vient d'expliquer à compter depuis une heure de l'après-midy, il ne les tient que du palfrenier et du postillon.

Dit encore le déposant qu'il sait de son postillon, son neveu, qu'entrés à Claye "à deux heures et demie du matin ou environ, les deux dames sont descendues de la chaise de poste pour prendre le frais et attendre ; qu'elles ont dit à la poste qu'il falloit mettre à la chaise trois chevaux, et tenir huit autres chevaux prêts pour une berline qu'elles attendoient. Que la ditte berline est effectivement arrivé trois quarts d'heure après, et que le postillon a été de retour à Paris avec ses trois chevaux, entre neuf et dix heures du malin le lendemain vingt et un. Qu'à peine le déposant l'a vu arriver, il l'a informé de la nouvelle du départ du Roy et de la famille royalle, et aussitôt lui déposant a engagé ledit postillon à aller à la section des Champs-Elisées faire sa déclaration des faits cy-dessus ; que vers les deux heures de

relevée du même jour vingt un, et pendant que la municipalité mettoit les scellés au château des Thuilleries, elle a envoyé chercher le déposant, son postillon et son palfreuier, à l'effet de déclarer les faits dont ils pouvoient avoir connoissance sur l'évasion du Roy et de la Famille Roy aile, déclaration que tous trois ont faitte chacun séparément.

A oui dire encore le déposant à son postillon, que lorsque la berline est arrivée à Clay, les postillons de Bondy disoient à ceux de Clay : Ces gens là pajent bien, ils payent aux environs de quatre francs ou quatre livres dix sols par poste.

Qui est tout ce qu'il a dit sçavoir.

Lecture à lui faite de sa déposition, a dit icelle contenir la vérité, y a persisté

2« Est aussy comparu le nommé Pierre Le Bas âgé de vingt ans, postillon chez son oncle, demeurant à Paris, rue des Champs-Élisées

Dépose qu'il a oui dire dans la maison de son oncle où il demeure, qu'on avoit loué dans la matinée une diligence à deux chevaux pour M. de Fersen, rue Matignon, en face de petite rue Verte; que le cocher étoit rentré avec cette voiture chez l'oncle du déposant dans la soirée avant la nuit; que le cocher a dit au palfreuier de M. Le Bas avant de partir, que c'étoit pour mener M. de Fersen, rue de Glichy d'où il devoit revenir; que le cocher a encore dit au déposant, que lui cocher avoit reçu son pour boire, mais qu'à l'égard du prix de la voiture, il seroit payé en même temps que le prix des trois chevaux commandés depuis et dont il va parler ;" qu'effectivement il a oui dire au palfrenier de la maison de son oncle, qu'on étoit venu de la part de M. de Fersen, commander trois chevaux en postillonnage et ce dans l'après-midy, prix fait à vingt-quatre livres pour les dits trois chevaux, en annonçant qu'on eut à les tenir prêts pour le soir même, et qu'on viendroit bientôt après dire l'heure pour la quelle il 1es<falloit. Qu'on est venu à sept heures du soir dire qu'il falloit les chevaux pour neuf et qu'on eut à les conduire chez mon dit sieur de Fersen ; que le déposant en sa qualité de postillon a mené les dits trois chevaux chez le dit sieur de Fersen, vers les neuf heures, neuf heures et un quart du soir, et que là il a trouvé dans la cour un particulier qui lui a dit d'attendre ; que bientôt après sont survenus deux- autres particuliers qui ont converses avec celui qui étoit dans la cour, et qui ont dit que Monsieur n'étoit pas encore arrivé ; que vers les dix heures, dix heures un quart

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du soir, est arrivé un monsieur, qu'il a présumé être M. de Fersen, lequel lui a dit de mettre les trois chevaux à une chaise de poste préparée dans la cour ; que dans cette chaise de poste sont montés deux des trois particuliers dont il vient de parler, l'autre est monté derrière ; qu'aussitôt est disparu le monsieur qu'il présume être M. de Fersen, après avoir dit au déposant de conduire la chaise de poste sur le quay vis-à-vis les bains de Poitevin ; que le déposant ayant observé qu'il ne connoissoit point les bains de Poitevin, le monsieur qu'il présume être M. de Fersen lui dit : Est-ce que vous ne connaissez pas le Pont-Royal? Que le déposant repondit oui, et qu'aussitôt un des trois particuliers ajouta : Je le conduirai ; qu'arrivés sur le dit quay, à l'endroit indiqué les trois particuliers descendus de la dite chaise de poste, tant du dedans que du derrière, ont dit au déposant : Tournez la voiture, comme le déposant l'avoit dit lui-même ; qu'ils lui ont dit encore d'attendre, qu'ils alloicnt boire le rogome ; qu'effectivement le déposant les a vu ensuite entrer dans la rue du Bacq ; que le déposant étant descendu de cheval s'est promené en long et en large jusqu'à minuit ou environ ; qu'alors deux dames sont arrivées conduite par un particulier, lequel les a aidé à monter dans la chaise de poste ; que ce particulier s'est retiré ; que lui déposant s'est mis en devoir de conduire la chaise, et qu'étant parvenu à l'entrée du Pont-Royal, il s'est arresté pour demander aux dames où il falloit les conduire ; qu'elles lui ont repondu que c'étoit à Clay ; qu'en même temps qu'elles lui faisoient cette réponse, il a apperçu ledit particulier qui paroissoit venir au déposant, mais que lui déposant sans y faire attention est party; que vers deux heures ou deux heures et demie ou environ, il est arrivé à Clay; aussitôt le déposant a dételé ses chevaux ; que les dames sont descendues de voiture, avant que le cheval de brancard fut dételé ; que les postillons de la poste étant survenus, ces dames leur ont dit : Préparez trois chevaux, mais à votre aise, parce que nous attendons une voiture ; que cinq quart d'heure après l'arrivée de la voiture de poste où étoient ess dames, est venu la berline qu'elles attendaient; que le déposant a entendu ces dames dire aux courriers : Vous avez bien tardé, voilà cinq quart d'heure que nous sommes arrivés. Ajoute le déposant qu'il a entendu dire aux postillons de Bondy qui avoient ramené la berline aux postillons de Clay qui alloient continuer la route : Qu'est-ce c'est que ce seigneur là qui paye si bien ? il a donné quatre livres dix sols de plus pour boire. Dit encore le déposant qu'il a entendu dire aux dames qui étoient dans la chaise de

poste : Postillons, devancez la berline, parce qu'il faut que nous commandions les chevaux.

Observe le déposant qu'il y avoil deux couriers en avant de la berlinne, lesquels étoient vêtus ainsy qu?un particulier qui étoit sur le siège de la voiture, de vestes courtes de couleur jaune, ou ventre de biches ; qu'il n'a point distingué dans la berlinne les personnes qui étoient dedans quoiqu'il fut grand jour ; que le déposant est reparty de Clay vers les cinq à six heures du matin le vingt un du dit mois de juin ; qu'il est rentré avec ses chevaux chez le sieur Le Bas, son oncle, vers les neuf heures, neuf heures et demie de la matinée. Qu'alors son oncle l'instruisit du départ du Roy et de la Famille Royalle, en demandant à lui déposant s'il avoit rencontré sur la route quelques voitures ; à quoi le déposant lui a repondu qu'il avoit vu la berlinne dont il vient de parler ; sur quoi son oncle envoya sur le champ à la section, ou au district de son domicile, le nommé Boruel, cocher du dit sieur Le Bas, son oncle, pour y faire sa déclaration ; que vers onze heures et demie de la matinée du même jour, le déposant a été à la place du Carouzel avec le nommé Rousin, cocher du sieur Lachapelle loueur de carosses, rue de Caumartin ; qu'ils sont entrés ensemble dans un corps de garde établi cour Marsan ; que là le déposant a rendu compte de son voyage de Clay, et de la berline qu'il y avoit vue ; qu'alors on lui dit d'attendre, parce qu'il seroit dans le cas de faire sa déclaration devant les commissaires de la municipalité qui étoient alors au château des Thuilleries, déclaration qu'il a faite effectivement le dit jour vingt un juin, et ne se rappelle pas l'heure.

Observe le déposant que les deux dames qu'il a conduites dans la chaise de poste lui ont donné pour le louage des trois chevaux la somme de vingt quatre livres, et que sur l'offre faite par une d'elles de trois livres pour boire, le déposant objecta que ce n'étoit pas assez pour avoir passé la nuit ; alors l'autre dame fit donner au déposant six francs pour boire.

Ajoute encore le déposant, qu'ayant demandé à un des deux couriers qui alloient devant la berlinne, les douze livres qui étoient due pour la journée de la voiture à deux chevaux qui avoient été louée le matin à M. de Fersen, le vingt juin dernier, le courier repondit à lui déposant qu'on avoit payé, ce qui n'est pas, attendu que les douze livres restent due au sieur Le Bas, son oncle.

Ajoute encore le déposant, qu'il ne connoit aucun des particuliers qui étoient dans la chaise de poste et derrière, lorsqu'il l'a conduite

sur le quai vis-à-vis les bains de Poitevin ; qu'il n'en peut pas donner le signalement, si ce n'est que l'un d'eux a les cheveux coupés à l'englaise ; qu'il ne scait pas même si le particulier qui a conduit les deux dames pour les aider à montée dans la chaise de poste, est l'un des trois dont il vient de parler ; qu'il ne connoit pas davantage ni les deux courriers, ni celui qui étoit assis sur le siège de la berlinne. Qui est tout ce qu'il a dit savoir. Lecture à lui faitte de sa déposition, a dit icelle contenir vérité, y a persisté

3e Est aussy comparu le nommé Alexis Gardin, âgé d'environ quarante ans, garçon chez le sieur Le Bas, loueur de carrosses, rue des Champs Élizées.

Dépose que le lundy vingt juin dernier, sur les deux heures après midy, un domestique ou valet de chambre dont il ignore le nom, de taille d'environ cinq pieds, visage non plein, vêtu d'une veste du matin gris blanc, est venu commander trois- chevaux en postillonage pour aller à Clay, et qu'il falloit les conduire à l'hôtel situé rue de Matignon, la première porte cochere à droite en entrant par la rue Saint-Honoré ; que le déposant demanda à ce domestique ou valet de chambre s'il falloit des harnois, même ceux du brancard ;. que celui cy fit réponse que oui ; que le déposant demanda en outre pour quelle heure il falloit les chevaux; que le dit domestique ou valet de chambre repondit qu'il vien droit le dire dans la soirée, et engagea le déposant à demander à son maitre quel seroit le prix du loyer, parce qu'on le payeroit au postillon aussitôt le voyage fait.

Ajoute le déposant que le dit particulier lui observa qu'on avoit déjà fourny dans la matinée pour la même maison, une diligence avec deux chevaux.

Ajoute le déposant que le dit domestique ou valet de chambre est effectivement revenu vers sept heures du soir lui dire qu'il falloit que les trois chevaux et le postillon fussent rendus à la ditte maison à neuf heures du même soir; que dans l'intervalle de la commande, de deux heures à l'heure de sept, où étoit revenu le dit domestique, le déposant avoit été dans la maison à lui indiquée pour y voir la voiture de dépari et s'assurer si l'on ne s'etoit pas trompé en demandant tous les harnois, même ceux du brancard; que bien assuré qu'il les falloit en effet, ils ont été fournis ; qu'il a remarqué que cette voiture, en forme de cabriolet, éioit de couleur jaune, avec deux lanternes et rien sur l'impeîial ; qu'il a prévenu le postillon de la commande d'avoir le soin de de-

mander vingt quatre livres pour le loyer, independament de son pour boire; que le dit postillon, qui est le sieur Le Bas même, fut rendu sur les neuf heures du soir, le dit jour vingt juin dernier, à la maison sus indiquée, avec les trois chevaux et les harnois; que le lendemain vingt un dudit mois de juin, sur les trois ou quatre heures, il a été au château des Thuilleries faire sa déclaration de tout ce que dessus au commissaire de la municipalité qui y étoit.

Qui est tout ce qu'il a dit savoir.

Lecture à lui faitte de sa déposition, a dit icelle contenir vérité, y a persisté

Du treize juillet mil sept cent quatre vingt onze. Nous avons procédé à la continuation d'information, en présence . . . £• Pierre-Joseph Bronn (1), âgé de quarante huit ans, suisse des appartements au château des Thuilleries, assigné

Dépose que le lundy vingt juin dernier, le déposant étoit de service au château ; que vers minuit, il s'est couché après le coucher du Roy dans la grande gallerie qui donne sur la cour des Princes, et au dessous de la quelle gallerie est une partie de l'appartement de M. de Villequier; qu'avant de se coucher, étant obligé de fermer deux portes, dont l'une donne sur le quarré de Madame Elizabeth et la seconde dans la salle des gardes de la Reine, après l'avoir fait, il a mis les deux clefs entre ses deux matelas; que le matin, vers six heures moins un quart, le déposant s'est levé et s'est fait coeffer comme à l'ordinaire, et que vers les sept heures moins un quart, il fut surpris de voir passer 31. le duc de Brissac tout habillé de la grande gallerie dans la salle des gardes de la Reinne, d'où il est descendu pour s'en aller, ne sait où le déposant. Qu'un instant apprès, s'etant approché des froteurs du château, il s'informa d'eux de ce qui se passoit, et qu'on lui dit que Monsieur Lemoine n'avoit point trouvé le Roi dans son lit ; que le déposant en a été fort étonné, et qu'il' a dit que le Roipouvoit être chez la Reine, ou chez Monsieur le Dauphin, ou Madame Royale, d'autant mieux qu'il avait entendu dire la Teille que Madame étoit indisposée ; que de là il descendit dans l'anti chambre de la Reine pour demander s'il étoit jour et qu'on lui repondit que non, qu'on attendoit qu'il fit jour; qu'ensuite il remonta dans les appartemens, où on lui annonça qu'on ne trouvoit pas le Roy.

(1) Cet homme se nommait Broun.

Observe le déposant que pendant la nuit il n'a entendu aucun mouvement, et que ses portes se sont trouvées fermées telles qu'elles étoient. Ajoute encore que les jours precedens, il n'a vu faire aucuns préparatifs ni rien qui indiqua aucuns changemens dans le service du Roy, qui s'est fait comme à l'ordinaire.

A obmis de dire, le déposant, que dans la galerie où il a couché, il y couche aussy deux petits garçons dont il ignore les noms, qui sont commissionnaires des garçons du château.

Observe le déposant que le matin vingt un du dit mois de juin, vers les huit heures et demy neuf heures, le peuple s'est porté en foule au château, a traversé les appartenons, et que le déposant a été insulté par rapport à l'habit qu'il portoit, et que plusieurs personnes de sa connoissance lui ont conseillé de changer.

Ajoute le déposant qu'il a vu venir la municipalité qu'il a conduite partout, et à la quelle il a fait sa déclaration conforme à ce qu'il vient de déposer; qu'il a oui dire que le Roy et la Reine étoient partis par la porte de l'appartement de Monsieur de Villequier.

Qui est tout qu'il a dit savoir. Lecture à lui failte de sa déposition, a dit icelle contenir vérité, y a persisté

5e Pierre Hubert, garçon du château, âgé de cinquante deux ans, demeurant à Paris, rue du Moulin, n° 8, paroisse Saint-Roch, assigné...

Dépose que le lundy vingt juin dernier, étant de service au château à onze heures vingt minuttes du soir, il y a vu le Roy dans son lit ; qu'ensuite, lui, déposant, a été se coucher dans la pièce ditte la salle de billard, où il couche ordinairement avec un de ses camarades nommé le sieur Peradon; que le lendemain vingt un, s'étant levé à six heures du matin pour être prêt à sept, heure à la quelle il est entré chez le Roy ; qu'il y est entré effectivement , a fait son service ordinaire ; que pendant que le déposant faisoit son service, le sieur Lemoyne, premier valet de chambre du Roy, tira les rideaux du lit et s'apperçut, ainsi que le déposant, que le Roy n'y etoit pas ; qu'une demie heure après, il ût l'observation audit valet de chambre du Roy qu'il de voit s'informer chez la Reine si le Roy n'y étoit pas, et que le valet de chambre lui repondit qu'il n'étoît point jour.

Observe le déposant qu'il a afpris du fils du sieur Lenoble, garçon de toilette du Roy, qu'il n'y avoit personne chez la Reine ny chez Madame Elizabeth et Monsieur le Dauphin ; que le sieur Têtard, garçon de la chambre du Roy, a dit au sieur Lenoble fils qu'il lui conseilloit de

quitter son habit, sur quoi le déposant a sçu du jeune Lenoble le conseil que venoit de lui donner le sieur Têtard, et en a profité pour aller changer d'habit sur le champ ; qu'il s'est ensuite mêlé avec le peuple qui accouroit en foule dans les appartenons; que vers onze heures et demy midy, les officiers municipaux sont venus apposer les scellés; que lui déposant leur a donné les renseignements qu'ils lui ont demandé ; qu'il leur a fait ensuite une déclaration conforme à ce qu'il vient de déposer, et qu'il n'a quitté la séance qu'a minuit et demie une heure, qu'il s'est allé coucher.

Ajoute le déposant que pendant que le peuple étoit en afOuence dans la chambre de parade, il a entendu plusieurs particuliers proférer ces paroles : Ah ça, Messieurs, contentons nous de regarder tout ce qu'il y a à voir icy, et que pas un de nous n'y touche, sans quoi il sera pondu sur le champ par nous.

Déclare le déposant qu'il n'a rien entendu la nuit du vingt au vingt un juin qui annonça un départ; qu'il n'a rien vu ny entendu non plus les jours precedens qui annonça des préparatifs de voyage.

Nous observe le déposant que dans la galerie où couche le suisse, il sait que de deux petits commissionnaires, entre autre du garçon du château, l'un d'eux se nomme Bourguignon ; que les dits commissionnaires couchent aussi dans cette galerie avec les domestiques des garçons de la chambre, mais qu'il ne sçait point le nom du second commissionnaire ni des dits domestiques. Qui est tout ce qu'il a dit savoir! Lecture à lui faille de sa déposition, a dit icelle contenir vérité, y a persisté

6e Nicolas Poinçot, âgé de quarante huit ans, tournebroche de la bouche du Roy, demeurant à Paris, au château, et precedement à Versailles, assigné

Dépose que le lundy vingt juin il a couché au château dans une salle basse où mangent ordinairement les officiers de bouche; il pouvoit être alors onze heures onze heures et demie; qu'il s'est levé le mardy matin vers six heures ; qu'il a été faire son service à la cuisine ; qu'à l'instant a passé l'allumeur du réverbère dont il ignore le nom, qui lui a dit : Nous ne sommes pas encore tranquilles ; on a arrêté cinq paquets à Madame Elizabeth ; qu'on avoit été à Monsieur de Gouvion, et que Monsieur de Gouvion les avoit fait rentrer tout de suitte.

Ajoute qu'étant dans la bouche sur les sept heures sept heures un quart, le jeune Brisebarre, officier de pâtisserie, a dit : Ma foi, on dit

que le Roy est parly ; vous croyez que je ris * Malheureusement cela n'est que trop ?ray.

Observe le déposant qu'il n'a rien vu, ni entendu, ny sçu, la nuit du vingt un ni les jours précédents qui annonçât quelques préparatifs de voyage.

Qui est tout ce qu'il a dit sçavoir. Lecture à lui faitte de sa déposition, a dit icelle contenir vérité, y a persisté

7e Philippe Dubois, âgé de cinquante ans, capitaine de la deuxième compagnie de la section du Roule, demeurant rue de Duras, faubourg Saint-Honoré, assigné

Dépose que le lundy vingt juin dernier, le service de Madame Elisabeth étant commandé à Monsieur Lavau, capitaine de la troisième compagnie de Saint Philippe du Roulle, lequel étant indisposé invita le déposant à lui avancer sa garde, ce que le déposant a accepté ; la garde étant montée et le déposant ayant reçu la consigne de l'officier, qui descendoit la garde de chez Madame Elisabeth, il leur a demandé entre autre chose si cette personne étoit dans ses appartements ; cet officier a repondu au déposant que Madame Elisabeth étoit à Bellevue et qu'elle ne seroit de retour que sur les une heure, une heure et demie ; que l'usage étoit de l'aller recevoir au pied de l'escallier auprès des cuisines, pour de là la conduire dans ses appartenons. Madame Elisabeth de retour à une heure et demie, le déposant s'est rendu au pied de cet escalier pour la recevoir, et la conduit jusqu'à son appartement; à deux heures, Madame Elisabeth accompagnée du déposant est allée au commun pour y diner, de la quelle il a reçu ordre de la venir chercher à cinq heures, ce qui a effectivement eu lieu, et le déposant l'a reconduite à son appartement ; il lui a demandé ses ordres, et elle lui a assigné l'heure de neuf heures; à cette même heure le déposant Ta accompagnée jusqu'au commun pour le souper, au quel elle donna ordre de . la venir chercher à dix heures et demie ; à dix heures et demie ou environ le déposant Ta accompagné jusqu'à son appartement, où étant entré, un des garçons de la chambre de service alors a fermé la porte endedans, et s'est couché dans une petite pièce qui est sur la droite du dit appartement ;• qu'alors un des chasseurs de la garde ayant mis un matelas au travers de la porte qui avoit été fermée, y a passé la nuit entièrement, et les sentinelles ont fait exactement leurs factions, ayant le déposant continuellement veillé avec elles pour surveiller, malgré que l'on eut représenté au déposant

que l'usage ctoit de De point avoir de sentinelle pendant la nuit lorsque tout étoit fermé ; observe le déposant qu'il tenoit d'autant plus à l'exactitude de son service que plusieurs jours auparavant, le bruit public annonçoit une fuite préméditée.

Le lendemain vingt un, ce même garçon de la chambre qui avait fermé la porte la veille, et qui à n'en pas douter avoit couché dans le petit appartement à droilte, a ouvert cette même porte à sept heures du matii , surquoi le déposant lui a demandé s'il étoit jour chez Madame ; le garçon lui fit réponse que Madame étoit levée -et qu'elle se préparoit pour aller déjeuner chez la reine. Le déposant ayant invité sa garde à ne point s'écarter, attendu que Madame Elisabeth alloit sortir, il s'est passé i.n laps de temps de trois quart d'heure sans que Madame parut, et c'est seulement sur les huit heures que le déposant qui étoit aux fenêtres qui donnent sur le pont Royal, et voyant une grande aflluence de peuple qui venoit droit au château en criant, alors un personnage s'est présenté au poste, de lui repondant, lequel lui a demandé si Madame Elisabeth étoit dans son appartement; le déposant lui a fait réponse qu'il pensoit qu'elle y étoit, puis qu'elle étoit sur le point d'aller chez la Reine d'après ce que le garçon de la chambre venoit de lui dire ; sur quoi ce particulier, dont il ignore le nom, lui a ajouté : Desabusez vous, monsieur l'officier; Madame Elisabeth n'est point dans son appartement, elle est partie, ainsy que toute la famille royal le. Le déposant luy ayant redemandé s'il lui disoit la vérité, ce particulier lui a assuré qu'd n'y avoit rien de plus vray. À l'instant le déposant mettant le sabre à la main a été saisir le garçon de la chambre, et lui a ordonné de le conduire chez Madame Elisabeth pour savoir si elle étoit dans son appartement; ce même garçon de la chambre lui a répondu qu'elle n'y étoit pas. A cet instant, le déposant s'est saisi de lui, et le remit entre les mains de ses chasseurs pour le conduire au grand corps de garde, et y demeurer en état d'arrestation; ces chasseurs de retour au poste de Madame Elisabeth, ont empêché le peuple d'entrer dans ses appartements , comme le déposant le leur avoit commandé, et pendast cette entre faitte le déposant ainsy que le sergent des chasseurs, un homme attaché au service de Madame Elisabeth ainsy qu'une femme, ont transféré dans la chambre à coucher de Madame Elisabeth, tous les effets pretieux, soit argenterie, ou autres effets preticux en é\idence dans les premières pièces et qui ont été transportés dans la chambre de Madame Elisabeth, et c'est dans cette même chambre où le déposant a remarqué une porte de sortie ou issue qu'il pense donner

sur le pallier qui conduit à la grande- gallerie destinée à faire le musée, dont la clef se ployé par le milieu au moyeu d'une charnière. 11 s'est emparé de cet clef après avoir fermé cette porte, ainsy que toutes les autres clefs,, au nombre de douze.

Ajoute le déposant qu'une autre clef parmy ces douze se ployé également à charnière, la quelle est celle d'une porte du sallon qui précède la chambre à coucher de Madame Elisabeth qui donne pareillement sur le pallier de la gallerie dont il vient de parler.

Nous observe le déposant que les deux portes qui se ferment avec les deux clefs brisées sont fermées hermétiquement dans l'épaisseur des murs, et que les panneaux sont tellement rapportés avec les portes, qui sont elles-mêmes recouvertes d'une tapisserie, qu'il est impossible, à moins de la plus grande attention, de s'en appercevoir.

Observe encore le déposant que le pallier sur lequel donnent les deux portes dont est mention conduit également à deux escaliers qui donnent l'un chez le Roy, et l'autre chez la Reine, et qu'à l'extérieur du dit pallier, on peut présumer que ces deux portes conduisent à un entre-sol ou chambre particulière destinée à coucher une femme de service à Madame Elisabeth.

Remarque le déposant que le propos tenu par le garçon de la chambre le vingt un à sept heures du matin, lors de l'ouverture de la porte, qu'il étoit jour chez Madame Elisabeth et qu'elle s'apprêtoit pour aller déjeuner chez la Reine, ce propos a été tenu à lui déposant, en présence de toute sa garde composée de quatre chasseurs de Saint Honoré, un sergent du même bataillon et de deux grenadiers soldés de la compagnie de l'Oratoire.

Que le même jour vingt un juin dernier sur les neuf heures, neuf heures et demie du matin, un facteur de la poste s'est présenté sur le pallier dont il a été parlé, pour remettre différentes lettres dont il se rappelle qu'il y en avoit une adressée à Monsieur le cy devant duc de Èjïssac, des quelles lettres il s'est emparé après en avoir donné son reçu audit facteur, les quelles lettres le déposant a remis entre les mains de la municipalité, ainsy que les clefs, lorsqu'elle est venue apposer les scellés chez la Reine et le Roy, à la quelle le déposant a fait sa déclaration conforme à la déposition qu'il vient de nous faire.

Ajoute le déposant qu'il a oui dire depuis le départ du Roy, qu'il s'étoit tenu plusieurs jours auparavant chez Madame de Tourzel des assemblées, soit pour jouer, soit pour souper, ce qui avoit attiré un

grand concours de voilures dans les cours Royalle et des Princes, et qu'il avoil pu se faire qu'on eut profitté de cette circonstance pour faciliter l'évasion du Roy et de la famille royalle, au surplus n'a vu ny sut, ny entendu qu'il y ait accun préparatif pour le départ du Roy. Qui est tout ce qu'il a dit scavoir. Lecture. . .

8e Jean-Baptiste Caulhanet Clery, âgé de trente deux ans, valet de chambre de Monsieur le Dauphio, et demeurant ordinairement au hameau de la Borde, paroisse de Rieu, et pendant le teins de son service, rue des Pelits-Augustios, n° 24, assigné

DÉrosE que dimanche soir dix neuf, le déposant est arrivé de la Borde à Paris ; que le lundy matin vers les neuf heures, il s'est rendu aux Thuilleries pour y prendre son service auprès de Monsieur le Dauphin ; que sur les dix heures et demie, Monsieur le Dauphin est sorti pour aller promener à son jardin ; que le déposant est resté seul dans le sallon jusque vers les onze heures ; que les personnes de la suitte de la reine se sont rendus pour l'accompagner à la messe ; que la Reine est passée nn instant après ; que le déposant lui a ouvert les portes, et qu'elle est rentrée après la messe par les mêmes appartements ; qu'il a entendu que la Reine a donné ordre que sa voilure fut prette pour cinq heures si le temps étoit beau, pour promener ses enfans ; que Monsieur le Dauphin est rentré de sa promenade vers les

midi et demie ; qu'on lui a servy son diné, auquel le déposant a assisté; qu'en suite le déposant est sorty vers une heure et demie, pour aller diner; qu'il est rentré aux Thuilleries à six heures, où il est resté seul dans l'appartement de Monsieur le Dauphin jusques à sept heures; que Monsieur le Dauphin est rentré avec la Reine à la même heure ; qu'il a été conduit ensuite chez Madame de Tourzel jusques à huit heures et demie, heure à la quelle il est remonté à son appartement pour souper ; que le déposant y a assisté ainsy qu'à son coucher ; il est sorti de sa chambre après qu'il a été dans son lit et son service achevé, vers neuf heures un quart ; que le lendemain huit heures et demie, en sortant de chez lui, rue des Petits Augustins, pour se rendre au château et y faire son service, il a appris par la voie public le depart du Roy et de la famille royalle ; qu'il s'est rendu aux Thuilleries sur le champ ; mais n'ayant pu pénétrer dans l'appartement à cause de l'affluence du peuple qui s'y portait , il s'est retiré dans un des bureaux de l'Assemblée nationale ; que là il a appris le décret qui ordonnoii que toute personne attachée à la famille royalle seroit tenue de

faire leur déclaration à la municipalité qui étoit alors aux Tirailleries; qu'ayant fait son possible pour s'y rendre, il n'a pu y pénétrer que sur les quatre heures après diner, en demandant avec instance à parler à Messieurs les commissaires de la municipalité, auxquels il a fait sa déclaration conforme à ce qu'il vient de déposer.

Ajoute le déposant, que dans la nuit du vingt au vingt un juin dernier, Madame de Tourzel, gouvernante des enfans de France, et Madame de Barzt, femme /de chambre de Monsieur le Dauphin, ont dû coucher suivant l'usage dans la chambre de Monsieur le Dauphin; que dans la pièce suivante a dû coucher la demoiselle Cécile, femme de chambre de Madame de Tourzel ; dans la troisième pièce, a dû coucher, de même, Madame Neuville, première femme de chambre de Monsieur le Dauphin ; qu'il a dû avant de se retirer rouler les lits de veille au nombre de trois.

Le déposant a oui dire que le Roy et la famille royalle n'avoient pu sortir que par l'appartement de Monsieur de Vilquier ; que cela est d'autant plus facile que les appartements du Roy, de la Reine et de Monsieur le Dauphin, et de Madame, fille du Roy, communiquent intérieurement à un petit escalier qui descend chez Monsieur de Vilquier, et qu'étant une fois dans l'appartement de Monsieur de Vilquier, il est très facile d'en sortir, vu la quantité de voitures qui en masquent rentrée dans la cour des Princes, les quelles voitures sont là pour attendre les personnes qui assistent au coucher du Roy ou qui sortent de chez Madame de Tourzel.

Au surplus, qu'il n'a aucune connoissance, ny vu, ny entendu rien qui annonçât le départ du Roy et de la famille royalle. Qui est tout ce qu'il a dit sçavoir. Lecture. . .

Du mercredy treize juillet mil sept cent quatre vingt onze de relevée.

9« François Malberle de Champertois, âgé de cinquante quatre ans, ancien commandant du bataillon de Saint Philippe du Roule, et actuellement citoyen soldat du dit bataillon, demeurant iûe Neuve Saint Etienne de Bonne Nouvelle, assigné

Dépose que lors que la nouvelle de l'arrestation du Roy fut sçue à Paris, Monsieur Bezon, demeurant rue du faubourg Saint Honoré, petit hôtel de Poyen, en face de la rue d'Aguesseau, lui a dit que l'un des trois gardes du corps qui accompagnoient le Roy dans sa fuilte et lui servoit de postillon s'appelloit Dumoutier, de la cy devant province de

Franche Comté ; que ce Monsieur Dumoutier demeuroit à Paris depuis six mois, même rue et botel que cy dessus, chez une Madame de Preville, veuve, et ayant avec elle deux filles, dont une mariée à un cy devant gendarme des chevau légers de la garde du Roy; que sitôt que la nouvelle du départ du Roy fut répandue dans Paris, la dame de Prcville et ses filles dirent dans la maison a leurs voisins et voisines qu'elles a voient eu connoissance du départ du Roy et de la route qu'ils dévoient tenir; qu'elles étoient d'autant plus aises que ce départ eut été effectué qu'elles esperoient avant peu en ressentir les effets, devenir riches et avoir des terres ; ce qui paroit d'autant plus vraisemblable, que le dit sieur Dumoutier a dû être trouvé muny d'une ceinture faitte de la main même de la ditte dame de Preville, la ditte ceinture pouvant contenir cinq pistolets. Le déposant a donné la notte de la présente déclaration au comité des recherches de l'Assemblée nationale, entre les mains de Monsieur L'Apparent, membre du dit comité, le sieur Bezon, dont le déposant tient tous les faits cy dessus, n'ayant osé le faire lui même, dans la crainte d'être exposé à la haine et vengeance de plusieurs anciens gardes du corps du Roy, qui viennent journellement chez la ditte dame de Preville.

Ajoute le déposant qu'il a entendu dire à Monsieur Dubois, capitaine du bataillon de Saint Philippe du Roule, le vingt un ou le vingt deux du mois de juin dernier, qu'étant de garde chez Madame Elizabeth, sœur du Roy, Madame Elizabeth étoit remontée dans son appartement le vingt dudit mois, vers les dix heures trois quarts, où elle s'étoit enfermée ; qu'il est d'autant plus impossible qu'elle ait pu sortir par la porte de l'appartement par la quelle elle y étoit entrée que cette porte s'étoit trouvée embarrassée par les matelats des gardes de faction ; que sur les sept heures du matin, un valet de chambre avoit ouvert cette porte en dedans et avoit annoncé à l'officier de garde que Madame Elizabeth alloit descendre à l'instant chez la Reine pour y déjeuner; que vers les sept heures et demie, le bruit s'etant répandu dans tout le château que le Roy étoit party avec toute sa famille, l'officier de garde de Madame Elizabeth, furieux d'avoir été trompé par le valet de chambre, l'avoit pris aux cheveux et avoit voulu lui abattre la lête d'un coup de sabre, dont il avoit été empêché par un chasseur volontaire, de garde sous ses ordres ; que le valet de chambre avoit été livré sous la garde des grenadiers de poste chez la Reine, et qu'il a dû être interrogé sur les neuf heures et demy, dix heures, par deux officiers municipaux.

oo

Qu'au surplus, le déposant n'a aucune connoissaoce des évcncmcns de la nuit du vingt au vingt un juin dernier, ni des faits antérieurs et postérieurs.

Qui est tout ce qu'il a dit savoir. Lecture

10° Joseph Longprix, âgé de quarante quatre ans et demie, tailleur marchand frippier, demeurant rue Saint Honoré, en face des Pères de rOratoire

Dépose que le vendredy dix sept juin dernier, sur les trois ou quatre heures de l'après midy, un particulier de la taille de cinq pieds huit pouces et demie, d'une figure pâle, les yeux renfoncés, ayant un collier de barbe couvert par le col et les poils passant au dessus du col, ayant une mauvaise chemise, un mauvais chapeau rabattu, habit bleu assez mauvais doublé de blanc, bas gris de fer rayé, avec des gros souliers et deux boucles d'argent d'uniforme, qui ont fait soupçonner au déposant que ledit particulier étoit garde du corps. Le particulier, conduit dans le magasin du déposant par son garçon, a rappelé au déposant, dans l'intervalle qu'on lui essayoit des habits, qu'il lui avoit vendu bien des marchandises et à son frère ; sur quoi le déposant lui a répliqué : Vous êtes donc gardes du corps? Le paniculier lui a répondu en balbutiant et sans vouloir trop en convenir qu'en effet il l'étoit.

Le dit particulier a observé en outre au déposant qu'il vôulloit un habit de chasse semblable à l'échantillon dont il étoit porteur; qu'alors le déposant lui a fait voir un habit provenant de la livrée de M. de Gonty, dont l'homme d'affaires avoit vendu toute la livrée lors du décret portant suppression de toutes les livrées en France; que convention faite avec le déposant à raison de vingt livres, il a arrangé pour ledit particulier ledit habit en frac de chasse croisé et des boutons de meta], la doublure dudit habit étant bleue; que le lendemain samedy dix huit du dit mois de juin, il est venu essayer le dit habit, comme le garçon du déposant le lui a dit le soir en rentrant chez lui ; que c'est au garçon qu'il a payé le dit habit; que le surlendemain dimanche dix neuf du dit mois de juin, le dit particulier envoya chercher le dit habit par une jeune fille de dix sept à dix huit ans, qui étoit porteur d'une carte en forme d'adresse du marchand, et qui étoit la marque indicative de la personne à qui il falloit remettre l'habit.

Ajoute le déposant que le dit jour vendredy dix sept juin dans l'après midy, et un instant après le départ du particulier dont le déposant vient de parler, est entré dans sa boutique le sieur Vallori, autre

garde du corps, auquel le déposant n'a pu parler, parce qu'il a voit à sortir sur le champ, mais qu'à son retour le soir, son garçon lui a dit qu'il étoit convenu avec le dit sieur Valori de lui fournir un habit à son choii, de la même livrée, de la même façon que celui du particulier sus designé, avec la seulle différence que cet habit étoit doublé en toile grise; que le prix fut arresté à vingt quatre livres, sur les quelles ledit sieur Vallory a envoyé sis francs pour arres; que le dimanche dix neuf du dit mois de juin, le garçon du déposant, qui, le dix sept juin, avoit pris l'adresse du dit sieur Vallory, a été lui porter le dit habit, et qu'il a reçu des mains d'une femme qui se trouvoit chez ledit sieur Vallory la somme de dix huit livres, qui restoient dus pour parfaire les vingt quatre livres; qu'à l'occasion de ce payement, au rapport du garçon, il y a eu une difficulté entre lui et cette femme.

Ajoute encore le déposant que le samedy dix huit du dit mois de juin, est entré dans la boutique du déposant un particulier habillé en gris mellé, taille de cinq pieds neuf pouces et demie, d'une figure pleine et allongée, que le déposant a reconnu pour être garde du corps sans savoir son nom; que ledit particulier lui a demandé une redingo tte d'hazard pour la chasse ; que le répondant est convenu de lui en faire une à bon marché, d'une étoffe qu'il a montré au particullier et qui lui a convenu; que le prix a été arresté à vingt une livres, sur quoy le particulier a payé six francs ; que le lendemain dimanche, le dit particulier, vêtu alors d'un habit noir très propre, ayant épie d'argent avec dragonne en or, est venu chez le déposant pour savoir si sa redingotte étoit faitte ; lui ayant répondu qu'ouy, il a dit au déposant : Je l'enverray chercher cet après dinée; ce qu'il a fait en envoyant un domestique de l'hôtel où il demeuroit, rue Jean Fleury, et a remis les quinze francs pour completter le prix qui étoit dû pour lad. fourniture.

Déclare au surplus le déposant qu'il n'a aucune connoissance des évenemens du départ de la famille royale, ni des faits antérieurs et postérieurs du vingt au vingt un juin dernier.

Qui est tout ce qu'il a dit savoir. Lecture

1 Ie Nicolas Chevreau, âgé de vingt quatre ans et demie, garçon tailleur chez le sieur Longprix, rue Saint Honoré, vis à vis l'Oratoire

Dépose que le vendredy dix sept juin dernier, trois ou quatre heures de relevée, s'est présenté dans la boutique du maître dont il est garçon un particulier de taille de cinq pieds neuf à dix pouces, vêtu d'un

habit de gros drap bleu doublé de toille grise autant que le déposant peut s'en souvenir, ayant à l'endroit du col beaucoup de barbe, mauvais chapeau ; que le particulier a demandé au déposant un habit de la couleur de l'échantillon qu'il tcnoit à la main; que le déposant le fit monter au magazin en lui observant qu'il avoit un pareil habit de rencontre; que cet habit se trouvant trop petit, le déposant lui a proposé de lui en choisir un à sa taille parmy les habits de la livrée de Monsieur de Conty, lesquels habits le maitre du déposant avoit précédemment acheptés ; qu'après s'être débattu sur le prix, le dit particulier et le déposant convinrent à vingt une livres, avec promesse de livrer le dit habit, pour le quel il avoit donné trois livres d'harres, pour le lendemain samedy trois heures après raidy, en lui ajoutant qu'il ne s'en chargeât pas s'il ne pouvoit pas le faire pour le jour indiqué ; que le dit jour samedy dix huit du dit mois de juin, dans l'après midy, le déposant a livré ledit habit sur les cinq heures au dit particulier, qui a donné au déposant dix huit francs pour achever le payement.

Ajoute le déposant que le dit jour vendredy dix sept juin dernier, dans l'après midy, un quart d'heure après le départ du particulier dont il vient de parler, est encore entré dans la boutique du maitre de lui déposant un autre particulier à lui inconnu, de la taille de cinq pieds six à sept pouces, figure maigre, vêtu d'un frac noir croisé, gillet rayé noir, culotte de casimir noir, et bas noirs, qui a demandé au déposant un habit de chasse ou de poste autant que peut s'en rappeler le déposant sans en déguiser la couleur ; que le déposant a fait monter ledit particulier au magazin , lui a fait essayer l'habit d'hazard de couleur jaune qu'il avoit, et qui s'est trouvé aussi trop petit; qu'alors le déposant a offert de lui en faire an à sa taille, pris dans les habits de la livrée de Conty,* ce qui est convenu au dit particulier, qui l'a arrêté au prix de vingt quatre livres; la différence de ce prix avec celui de l'autre particulier procède tant de. la finesse du drap que de la qualité de la doublure.

Ajoute le déposant qu'il avoit demandé des arrhes au dit particulier qui lui a dit d'aller chez lui, rue Pagevin, au dessus du caffé, le lendemain samedy neuf heures du matin ; que le déposant s'y rendit effectivement, et que le dit particulier lui donna six francs d'harres sous la condition que l'habit seroit fait pour le dimanche dix neuf du dit mois de juin à midy.

Nous rappelle le déposant que c'est sur l'adresse qu'il avoit dicté à lui déposant, qu'il s'est rendu chez le sieur Valory, le dit jour di-

manche à deux heures pour lui porter l'habit ; que ledit particulier n'étant pas chez lui, le déposant a rerois l'habit à une dame avec laquelle il a eu difficulté pour le payement ; elle soutenant que le sieur Valory avoit donné douze francs d'harres, tandis que lui déposant n'avoit touché que six francs, dispute qui s'est terminée en payant au déposant ce qui pouvoit être dû pour completter la somme convenue.

Déclare le déposant n'avoir aucune connoissance des faits relatifs à l'évasion de la famille royalle, ny de ceux antérieurs et postérieurs.

Ajoute le déposant qu'il reconnoitroit seullement, s'il les voyoit, les deux particuliers auxquels ont été fournis les deux habits jaunes.

Qui est tout ce qu'il a dit savoir. Lecture à lui faite de sa déposition, a dit icelle contenir vérité, y a persisté

12» François Roch, âgé de quarente cinq ans, domestique chez monsieur Boizeau, demeurant nie Basse du Rempart, assigné. . . .

Dépose que le mardy vingt un juin dernier, lui déposant a sçu par sa femme qui demeure rue de Miromesnil, no 121, au aoin de la rue Verte, et par le public : qu'on avoit promené une voiture en forme de gondole toute neuve, qui avoit passé par les rues de Miromesnil et de la Pépinière ; qu'il n'y avoit personne dedans ; que cette voiture étoit conduite par les chevaux de Monsieur de Fersen, demeurant rue de Matignon ; qu'il a également oui dire par sa femme et par ses voisins que laditte voiture avoit été conduite le soir chez le sellier, dont le déposant ignore le nom et la demeure.

Ajoute le déposant que le lundy vingt juin, onze heures du soir, les gens du voisinage ont vu, à ce qu'a rapporté la femme du déposant, à lui déposant, Monsieur de Fersen sortir de chez lui rue Matignon en cabriolet, et que le cabriolet est rentré chez Monsieur de Fersen, ne sait à quelle heure de la nuit et sans Monsieur de Fersen.

Déclare au surplus le déposant qu'il n'a aucune connoissance des faits relatifs au départ du Roy et de la famille royalle, ni de ceux antérieurs et postérieurs au dit départ.

Qui est tout ce qu'il a dit savoir. Lecture à lui faitte de sa déposition, a dit icelle contenir vérité, y a persisté

Du samedy seize juillet mil sept cent quatre vingt onze,

13* Jean-Baptiste Busquet, âgé de trente six. ans, marchand nmrcier,

demeurant à Paris, cour des Moynes, abbaye Saint Germain Despréz,

assigné ....'.

Dépose que le vendredy dix-sept ou le samedy dix-huit, sans pouvoir déterminer le jour, il a vendu à la demoiselle Huetle, première fille chez la couturière de la Reine, dont le déposant ignore le nom et là demeure, la quantité de cinq aulnes d'indiennes fond de merdoye, avec du bleu à petit bouquet ; ajoute le déposant que lad. demoiselle Huette lui a dit que c'étoit pour faire une robbe, qu'il le falloit le plus promplement possible.

Déclare au surplus, qu'il n'a aucune espèce de connoissance des faits énoncés, soit au décret du vingt six juin, soit au réquisitoire de Monsieur l'accusateur public, et en un des faits antérieurs et postérieurs à l'évasion du Roy

Nous n'avons pu lui représenter l'échantillon de la robbe faitte pour Madame, fille du Roy, dont il a été question dans les interrogatoires par nous faits précédemment, attendu que le dit échantillon a été remis avec les pièces et les dits interrogatoires au comité des recherches de l'Assemblée Nationale, ou le samedy neuf du présent mois, sur la demande de monsieur Muguet de Nantaire, député à l'Assemblée Nationale et raporteur de l'affaire,.

Qui est tout ce qu'il a dit scavoir. Lecture à lui faitte de sa déposition, a dit icelle contenir vérité, y a persisté

lie Pierre Gervaux Constant, âgé de vingt neuf ans, allumeur de réverbères au château des Thuilleries, demeurant rue de l'Arbre Sec, chez Monsieur Mayet, chaircuitier, assigné

Dépose que le mardy vingt un, six heures du matin, il est arrivé au château des Thuilleries, pour préparer, suivant sa coutume, les lampes et réverbères qu'il est chargé d'allumer tous les jours ; que la première personne à la quelle il a parlé en arrivant est un garçon de cuisine dont il ignore le nom et la demeure ; que ce garçon de cuisine a demandé, à lui déposant, s'il y avoit quelque chose de nouveau ; que le déposant lui a repondu qu'il croyoit appercevoir quelques mouvements extraordinaires, et qu'on lui avoit dit que la veille on avoit empêché de sortir des paquets appartenans à Madame Elizabeth, et qu'il n'a soi qu'à huit heures, huit heures et demie, étant dans les Thuilleries, le départ du Roy et de la famille royal le ; enfin, ne peut indiquer les personnes qui lui ont dit qu'on avoit empêché la sortie des paquets de Madame Elisabeth.

Qui est tout ce qu'il a dit scavoir. Lecture à lui faitte de sa déposition, a dit icelle contenir vérité, y a persisté

15c Jean-Marie-François Bezault, âgé de trente neuf ans, cy devant négociant de la ville de Lizieui, depuis un an demeurant à Paris, et depuis neuf mois, rue du Faubourg Saint Honoré, petit' hôtel Poyen, assigné

Dépose que le samedy vingt cinq juin dernier, étant à l'Assemblée Nationale, le déposant entendit nommer les trois gardes du corps arrestés ; que rentré chez lui, il chercha à s'informer si le sieur Du-^ montier, l'un de ceux qu'il avoit entendu nommer, étoit celui qui demeuroit habituellement chez la dame Preville, même maison que celle du déposant, et que bien certain du fait affirmalif, lui déposant pria le sieur Malberte de Champertois, qui a dû être entendu en déposition, d'aller au comité des recherches de l'Assemblée nationale, indiquer la demeure du dit sieur Dumontier, afin de laisser au dit comité des recherches la faculté d'apposer s'il y avait lieu les scellés chez le sieur Dumontier; que c'est le patriotisme du déposant qui lui a suggéré de donner celte connoissance.

Que le lendemain vingt six du dit mois dd juin, lui déposant a scu de la gouvernante de son fils que la dame Preville se vantoit qu'avant peu elle auroit de quoy achepter une belle terre, qu'elle seroit riche, et qu'elle auroit un nombre de domestiques ; que la ditte gouvernante, nommée Marie Montpellier, a dit au déposant tenir ce propos de la veuve Picard, portière du même hôtel Poyen, qui a dit elle même le tenir de la servante de Monsieur et Madame Théogat, beau frère et sœur de Madame de Preville, demeurant tous même maison, petit hôtel de Poven.

Observe que le dit jour vingt six ou lendemain, le déposant a scu de la ditte gouvernante de son fils que la dame de Preville avoit fait, quelques jours avant le départ du Roy et de la famille royalle, une ceinture propre à un courier qui étoit le sieur Dumontier, que l'on annonçoit devoir partir incessament pour un voyage ; que la gouvernante a encore ajouté au déposant que la dame Preville l'avoit consultée sur la manière dont elle devoit faire cette ceinture.

Que le déposant sait encore de la gouvernante de son fils que la cuisinière d'un • sieur Varac, qui a quitté l'hôtel depuis le dernier terme, a dit qu'elle avoit vu la ceinture qui pouvoit contenir quatre à cinq pistolets ; ne sait où est allé demeurer le S. Varac ; ajoute encore le déposant, qu'il sait de la gouvernante de son fils, qui le tient de la portière, la quelle a dit le tenir elle même de la servante des sieur et dame Théogat, que si on ne sa voit pas à Paris la route que devoit

tenir la famille royalle, qu'ils le savoient bien chez les sieur et dame Théogat ; que le lendemain de l'arrivée du Roy, dimanche vingt six, le déposant a appris aussi par la gouvernante de son fils qu'il étoit venu dans le jour chez la dame Preville plusieurs personnes qu'on a dit être deux gardes du corps et un cent suisses.

Qui est tout ce qu'il a dit sçavoir. Lecture à lui faitte de sa déposition, a dit icelle contenir vérité, y a persisté

16« Pierre Le Comte, âgé de vingt sept ans, cocher chez le sieur Le Bas, loueur de carosses, demeurant rue des Champs Elizées, lui demeurant nie du Faubourg Saint Honoré, vis-à-vis l'hôtel de Bourbon, assigné

Dépose que le lundy vingt juin dernier, à sept heures et demie, huit heures du matin, il a mené dans une diligence appartenant au dit sieur Le Bas son maitre, Monsieur de Fersen, demeurant rue Matignon, la première porte cochere à droitte en entrant par la nie Saint Honoré, rue du Sentier, maison d'un banquier, no 19, autant que peut s'en rappeler le déposant ; que de cette maison où M. de Fersen est demeuré environ une heure, lui déposant Ta conduit chez lui susditte nie Matignon, d'où il a renvoyé le déposant jusqu'à l'heure de raidy ; qu'à une heure de l'apres midy, le déposant, sur l'avertissement qu'il en avoit reçu, est retourné chez mon dit sieur de Fersen avec sa voiture ; qu'il l'a conduit chez l'ambassadeur de Suéde, rue du Bacq, où il est resté environ un quart d'heure ; que de là, il a ramené le dit sieur de Fersen chez lui ; qu'après être resté à peu près une heure chez lui, le dit sieur de Fersen s'est fait conduire à l'Assemblée nationale, et que sur la route, vis-à-vis les Champs Elisées, le dit sieur de Fersen a tiré le cordon pour avertir le cocher de le conduire au pont Royal, près la porte des Thuilleries ; qu'il est entré au jardin des Thuilleries ; ne scait où le dit de Fersen a été, mais que lui déposant l'a attendu trois quarts d'heure ; de là remonté dans sa voiture, le déposant l'a reconduit chez lui ; qu'il pouvoit être alors quatre heures de l'après midy ; que le déposant a attendu à peu près une heure à la porte du dit sieur de Fersen ; après quoi, il est monté dans sa voiture, et le déposant l'a conduit rue de Clichy, numéro vingt cinq ; que le dit sieur de Fersen ayant demandé dans cette maison quelqu'un qu'il n'a pas trouvé, le déposant a ramené le dit sieur de Fersen chez lui, où le déposant l'a encore attendu une heure ou une heure et demie ; qu'ensuite son valet de chambre est des-

cendu avec différents paquets, dont l'un étoit une selle et des bridons à l'anglaise ; lesquels paquets mis dans la voilure, le déposant les a conduit avec le valet de chambre, même maison, numéro 25, rue de Clichy. La voiture entrée dans la cour de la dit te maison, on en a sorti les paquets, que lui déposant remettoit au valet de chambre qui en chargeoit une autre voiture qui a paru neuve au déposant.

Observe le déposant quu cette voiture pouvoit recevoir six personnes dont trois sur le devant et trois sur le derrière, et qu'à l'aide même du strapontin on pouvoit encore placer deux autres personnes dans le milieu.

Que le déposant a remarqué entre autre chose, lors qu'on chargeoit la dilte voiture, qu'il y avoit trois boëtc fermant à clef, de tôle ou fer battu, paroissant très fortes et ayant à peu prés dix pouces quarrés ; que lui déj osant a été chargé par le valet de chambre d'ouvrir une des boëles fermante avec un cadenat, et attenant le coffre de derrière ; que ouverture faille de la dite boëte, il en a retiré un coffret rempli à ce qu'il présume d'argenterie et que le valet de chambre a placé au milieu de ce coffret un vase d'argent ; qu'après l'avoir fermé, le valet de chambre l'a remis au déposant, qui l'a remit dans sa boëte , que lui déposant a refermé en se mettant sous la voiture ; croit que le dit coffret pouvoit être un nécessaire ; qu'après l'arrangement des paquets dans la ditte voiture neuve, le déposant est reparly à neuf heures moins un quart de la rue de Clichy, et a reconduit dans son carosse le dit valet de chambre et un enfant qu'il croit être le fils du dit valet de chambre rue de Matignon, chez le dit sieur de Fersen; que le valet de chambre, en descendant de voiture, a donné au déposant un petit écu pour boire et l'a renvoyé chez lui.

Observe le déposant qu'étant chez le sieur de Fersen vers les quatre heures ou environ, en revenant du palais Royal, il a apperçu plusieurs pistolets à deux coups, au nombre de sept à huit, dont il en a vu charger une par lie par les domestiques du dit sieur de Fersen ; même il a vu le moulle à balle dans le quel ils cherchoient à en couler; qu'ils ont même demandé au déposant une cuillère pour le faire ; que dans ces entre faites un des pistolets etoit parti, avoit cassé un carreau, et que la balle avoit manqué de tuer une femme.

Nous ajoute le déposant, qu'étonné de voir tant de pistolets, il a mandé pour quoi tant de pistolets; qu'il lui fut repondu par un domestique chasseur que Monsieur de Fersen, étant de service en Russie, et sur le point de partir, ces armes lui étaient nécessaire pour son voyage ;

qu'il ne peut pas dire si les pistolets ou partie d'iceux ont élé rois dans les paquets conduits dans la voiture du déposant rue de Glichy.

Observe le déposant que deux jours après le départ du Roy, le déposant a été faire sa déclaration verballe à un comité de section qui tient ses séances, hôtel de Richelieu, en face de la rue Dantin ; que les citoyens de cette section ont renvoyé le déposant au comité des recherches de la municipalité peur y faire sa déclaration par écrit, la quelle est conforme à celle qu'il vient de nous faire des faits cy dessus énoncés.

Au surplus, déclare qu'il n'a aucune connoissance des faits énoncés tant au décret qu'au réquisitoire, ignore qui a pu faire la voiture, mais qu'il présume que ce sont des ouvriers allemands, en ayant vu plusieurs venir chercher leur pour boire lors qu'il étoit chez Monsieur de Fersen.

Qui est tout ce qu'il a dit savoir. Lecture à lui faitte de sa déposition, a dit icelle contenir vérité, y a persisté

17e Marie Prieure, fille majeure, âgée de trente quatre ans, demeurant à Paris, rue Pagevin, n° 27

Dépose qu'elle n'a d'autre connoissance des faits contenus tant au réquisitoire qu'au décret, si non qu'elle croit que le lundy, vers les deux heures, deux heures et demie de l'après midy, vingt juin dernier, un tailleur ou particulier est venu apporter un habit jaune retroussé, pour lequel elle a donné une somme dont elle ne se rappelle pas, d'après Tordre que lui en avoit donné M. de Vallory.

Ajoute la déposante que le mardy vingt un dudit mois de juin, onze heures et demie du soir, elle déposante étant couchée, s'est présenté chez elle le commissaire de police de la section, qui lui a demandé si le sieur Vallory étoit party, et si il vivoit avec elle; s'il avoit une autre chambre; elle a repondu que le dit sieur Vallory demeurait avec elle, et qu'elle ignoroit si il avoit une autre chambre; qu'elle ne sait point si le sieur Vallory etoit parti pour uu voyage, et où il pouvoit être allé.

Qui est tout ce qu'elle a dit savoir. Lecture à elle faitte de sa déposition, a dit icelle contenir vérité, y a persisté

18c Jean-Baptiste Fouquct, âgé de cinquante huit ans, garçon de la chambre de Madame, fille du Roy, demeurant à Versailles, et pendant son service au château des Thuilleries, cour des Suisses'

Dépose qu'il n'a aucune connoissance des faits relalifs au départ du Roy et de la famille royalle, ny de ceux antérieurs ; qu'il n'a rien vu, ny apperçu, soit le dimanche vingt neuf juin dernier, soit le lendemain vingt, qui put annoncer on voyage quelconque ; mais que ledit jour vingt juin, II a fait comme à l'ordinaire le coucher de Madame fille du Roy; qu'il csl sorti de l'appartement vers dix heures au plustard; que la dame Brunier, première femme de chambre de Madame, fille du Roy, a annoncé au déposant que le lever de Madame étoit le lendemain pour huit heures comme à l'ordinaire ; qu'après le coucher de Madame, le déposant a été se coucher cour des Suisses, ou il loge pendant son service; que pendant la nuit il n'a rien entendu qui eut trait au départ du Roy et de la famille royalle ; que le mardy vingt un dudit mois de juin, vers huit heures moins un quart, il s'est transporte à la porte de l'appartement de Madame, fille du Roy, pour son lever ; que la demoiselle Schliek, femme de chambre ordinaire de Madame Royalle, étant de garde ce jour là,, a dit au déposant que Madame avoit demandé à dormir une demie heure de plus; qu'en conséquence le déposant a préparé ce qui étoit nécessaire pour le lever de Madame Royalle ; que la demie heure n'étoit pas. encore expirée, lorsque la femme de chambre de la dame Brunier vint parler à la ditte demoiselle Schliek; ne sait le déposant ce qui lui a été dit, ni même le nom de la ditte femme de chambre ; et qu'après la ditte demoiselle Schliek est venue d'un air triste et affecté annoncer au déposant qu'il pouvoit entrer chez Madame.

Que le déposant ne trouvant point Madame Royalle dans son lit, comme elle y étoit ordinairement lorsque son lever est annoncé, ou lorsque la chambre est appelée (1), le déposant est retQurné dans la chambre de la demoiselle Schliek, où n'ayant trouvé personne, il est redescendu à l'appartement de Madame Royalle; qu'en redescendant il a trouvé la femme de chambre de la demoiselle Schliek, qui lui a dit que la dilte demoiselle Schliek étoit partie avec ses paquets, et que tout le monde étoit party et qu'il n'y avoit plus personne ; que d'après ce propos, le déposant est allé chez la dame de Soucy, cour des Suisses, pour lui demander si le départ du Roy et de la famille royalle étoit vray, et si on avoit laissé des ordres ; que la dame de Soucy a paru étonnée de ce départ, au quel elle ne s'attendoit pas ; qu'elle

(1) C'est-à-dire par les mots la chambre, li*s gens de service destinés à cite chambre.

a engagé le déposant à retourner à l'appartement de Madame Royalle ; pour preuve de zèle et d'attachement que la dame de Soucy s'etoit mise en chemin pour venir avec le déposant à l'effet d'aller à l'appartement de Monsieur le Dauphin ; que le déposant voyant le peuple venir en foule, engagea Madame de Soucy à ne pas aller plus loin, et à retourner chez elle ; mais que le déposant se rendit à l'appartement de Madame Royalle ; qu'il en ferma la porte, en ouvrant aux grenadiers qui étoient en sentinelle à la porte dudit appartement ; que si le peuple vouloit forcer la porte, ledit grenadier n'avoit qu'à frapper, ledit déposant ouvriroit ; ajoute le déposant que le poste s'est porté en foule à l'appartement de Madame Royalle, par un escalier intérieur de chez Monsieur le Dauphin ; que le déposant occupé à renger, entendit dire à quelques personnes du peuple : Ne touchez à rien; que vers les dix ou onze heures de la matinée du même jour, mardy vingt un juin, trois ofliciers municipaux sont venus mettre les scellés au château ; que le déposant est resté avec eux jusqu'au mercredy vingt deux, quatre heures et demie du matin, et que pendant la nuit, lui déposant leur a fait une déclaration conforme à ce qu'il vient de déposer.

Observe le déposant que des le lundy vingt dudit mois de juin, dans l'après midy, la dame de Mackou, sous gouvernante des enfans de France, a été au couvent de Sainte Marie, rue du faux bourg Saint- Jacques, où elle alloit ordinairement passer trois ou quatre jours dans le commencement de l'année ; que la demoiselle Lambriquet qui étoit élevée auprès de Madame fille du Roy, a suivy Monsieur son père qui l'est venu chercher le lundy vingt, ne scait où le père et la fille ont été ; ajoute que ledit sieur Lambriquet père est garçon de la chambre de Monsieur, frère du Roy .m Qui est tout ce qu'il a dit savoir. Lecture faitte de sa déposition, a dit icelle contenir vérité, y a persisté

19e Julie-Jeanne-Marie le Bras, épouse de Charles- François le Bail, âgée de trente cinq ans, femme de chambre de Monsieur le Dauphin, demeurant au Louvre pendant son service à Paris, nie de Grenelle, faux bourg Saint Germain, n° 42

Dépose que le lundy vingt juin dernier, elle a fait le coucher de Monsieur le Dauphin à neuf heures comme à l'ordinaire; que l'ordre du lever a été donné pour le lendemain huit heures comme à l'ordinaire; qu'après son soupe elle s'est retirée dans sa chambre au Louvre, et située au bout de la grande gallerie ; que le lendemain matin, la de-

posante a appris comme tout le public, et avant d'être arrivée à l'appartement de Monsieur le Dauphin, le départ du Roy et de la famille royale. Déclare au surplus qu'elle n'a aucune connoissance des faits antérieurs et postérieurs audit départ; quelle n'a vu faire aucuns préparatifs pour le voyage, et qu'elle n'a reçu aucun ordre qui y soit relatif.

Qui est tout ce qu'elle a dit sçavoir. Lecture à elle faille de sa déposition, a dit i celle contenir vérité, y a persisté

20c Nicolas Vau riant, dit Bourguignon, âgé de cinquante ans, porteur dYau au château des Thuilleries, demeurant rue de Uohan, n° 18

Dépose qu'il ne sait rien du tout des faits antérieurs et postérieurs au départ du Roy et de la famille royale ; qu'il n'a été ioformé de ce départ que le mardy vingt un juin dernier dans la matinée, huit heures du matin, par le domestique de Monsieur Vie Dazir, premier médecin de la reine; qu'en ce moment, il apportoit un habit que lui avoit demandé la veille le valet de chambre, qui de voit se trouver sur le passage de Monsieur le Dauphin au moment où il devoit sortir pour la promenade.

Ajoute que le valet de chambre est le sieur Glery Hanes, demeurant rue des Petits Àugustins, n° 2; que l'avant veille du départ, lui déposant avoit porté de l'eau pour le bain de Madame Royalle, et que depuis le retour de la famille royalle, il a encore porlé sept à huit fois de l'eau pour le même bain; qu'il ne peut rien savoir sur le départ, attendu qu'il couche habituellement rue de Rohan, n° 18.

Qui est tout ce qu'il a dit savoir. Lecture à lui faite de sa déposition, a dit icelle contenir vérité

21 e Jean-Claude Mercier, âgé de vingt deux ans, grenadier soldé de la sixième division, cazerne de la rue Verte, y demeurant

Dépose que le lundy vingt juin dernier, il étoit de garde à la porte de l'appartement de Madame Elizabeth; que vers les dix heures trois quarts, onze heures du même jour, lui, déposant, a vu entrer Madame Elizabeth chez elle; qu'aussitôt un particulier qui étoit dans l'intérieur en a fermé la porte; qu'un des chasseurs volontaires qui étoit de garde avec le déposant a mis un m attelas par terYe auprès de la porte de l'appartement de Madame Elizabeth, de manière qu'il étoit impossible que Ton sortit dudit appartement sans sortir sur le corps

dudit chasseur, qui éloit couché sur le dit matelas; qu'il a oui dire que le lendemain vingt un du dit mois de juin, sept heures un quart du ma. tin, l'officier qui éloit de garde avec le déposant avoit demandé à un particulier qu'il croit être valet de chambre chez Madame Elizabeth et qui éloit pour lors dans la première pièce de l'appartement de Madame Elizabeth, pièce dans laquelle ledit particulier avoit couché, si Madame Elizabeth sortirait le matin, et si lui, officier, seroit dans le cas de l'accompagner; que le dit particulier fit réponse que Madame Elizabeth se leveroit à huit heures et demie, et qu'elle iroit en comité chez la Reine (1), où le dit officier de garde ne l'accompagneroit pas; qu'une demie heure après, lui, déposant, rentrant au poste qu'il avoit quitté un instant pour aller chez la Reine, a entendu ledit officier de garde demander au dit particulier valet de chambre si Madame Elizazabeth éloit chez elle ; que ledit particulier lui a repondu d'abord qu'il ne savoit pas, ensuite qu'il ne croyoit pas, et enfin qu'elle n'y étoit pas; que l'officier s'élant mis en colère, lui a rappelé qu'un quart d'heure auparavant il lui avoit assuré que Madame Elizabeth étoit chez elle et qu'elle devoit aller chez la Reine, et que sûrement il étoit complice du départ de Madame Elizabeth, puisqu'il avoit voulu le tromper et qu'il couchoit dans le même appartement; le dit particulier lui a répliqué qu'il croyoit alors que Madame Elizabeth étoit chez elle, et qu'il aroit absolument ignoré le moment de son départ; que sur cette réponse, le dit officier de garde fit conduire ce particulier au grand corps de garde, où il est resté en état d'arrestation.

Observe le déposant que l'appartement de Madame Elizabeth est composé de quatre ou cinq pièces; que dans Tune de ces pièces, qui est celle où est la bibliothèque, il y a une porte pratiquée dans la boiserie; qu'il est difficile qu'on s'aperçoive de la ditte porte, à moins d'en faire une recherche exacte, porte qui a été pratiquée depuis six mois, suivant que le déposant l'a sçu par une femme de garde robe dont le déposant ignore le nom, porte qui s'ouvre au pied d'un petit escalier, le quel escalier conduit, à ce que présume le déposant, sur la voûte qui sépare les appartements de Madame Elizabeth d'avec ceux de la Reine; que dans une autre pièce qui est la chambre à coucher de Madame Elizabeth, il y a une autre porte à une des extrémités du lit,

(1) Cette expression ne fait pas allusion au comité autrichien que la reine était acuusôe par le peuple de tenir chez elle; elle exprime seulement une réunion familière et peu nombreuse.

porte qu'il est difficiUe de découvrir, à moins d'y faire une grande attention, porte enfin qui donne dans une pièce noire qui donne d'un coté sur le pallier, de l'autre sur la salle des gardes ; que le déposant présume que c'est par la porte pratiquée dans la pièce où est la bibliothèque que Madame Elizabeth a pu sortir sans être apperçue du dit valet de chambre ; que sur les huit heures et demie, neuf heures du malin du môme jour, le déposant a rencontré une femme de chambre de Madame Elizabeth, dont il ignore le nom, et ce dans une des pièces de l'appartement de Madame Elizabeth; que la dilte femme de chambre étoit toute éplorée et toute tremblante; que le déposant, voyant la foule du peuple qui abondoit, lui avoit conseillé de se retirer, et que lui, déposant, avoit pareillement conseillé au peuple qui enlroit en foule dans l'appartement de ne rien toucher; à fur et mesure que le peuple évacuoit les appartenons, le déposant fermoil les portes, et après être parvenu à les fermer toutes, il remit les clefs à l'oflicier de garde, qui les a remises entre les mains de la municipalité.

Qui est tout ce qu'il a dit savoir. Lecture à lui faite de sa déposition, a dit icelle contenir vérité, y a persisté

22« François Chauveau, âgé. de trente ans, grenadier de la sixième division, cazerne de la rue Verte

Dépose que le lundi vingt juin dernier, étant de garde chez Madame Elizabeth avec un autre grenadier, quatre chasseurs, un sergent volontaire, il a vu Madame Elizabeth entrer dans son appartement vers les dix heures et demie, dix heures trois quarts du soir; qu'après la porte dudit appartement fermé, un des chasseurs de garde a placé parterre un matelas à travers la porte, de manierre qu'il étoit impossible de sortir de la ditte porte sans passer sur le corps du chasseur couché sur le dit matelas ; qu'au reste, l'oflicier de garde a veillé toute la nuit; que le lendemain mardy, sept ou huit heures du malin, étant descendu chez la Reine, il a appris par l'officier de poste chez la Reine que le Roy et la famille royale étoient partis la nuit; que de retour aussitôt à ion poste, il n'y a plus trouvé que son camarade et les quatre chasseurs, aux quels il a annoncé la nouvelle du départ ; qu'alors l'officier de garde n'y étoit pas ; que le déposant étant descendu chez* la Reine pour s'informer quel party devoit prendre la garde, qu'il avoit été arresté que l'on veilleroit à ce qu'il ne se commit aucun dégât par le peuple qui commençoit à paroître ; que remonté à son poste, il a ap-

pris que l'officier de garde avoit arresté un valet de chambre et Pavoit conduit au quartier gênerai, et que son officier de retour lui dit, ainsi qu'à toute la garde, que le valet de chambre l'avoit trompé en lui annonçant une demie heure auparavant que Madame Elizabeth de voit descendre en petit comité chez la Reine, où il n'auroit pas besoin de la suivre; qu'à ce moment, le peuple est venu avec afQuence; qu'il a forcé la garde, et que ce n'est qu'après avoir vu la porte pratiquée dans l'embrasure de la boiserie et près de la biblioteque de Madame Elizabeth, porte par la quelle on pouvoit présumer qu'étoit sorly Madame Elizabeth, que le peuple avoit témoigné moins d'animosité. Ajoute le déposant qu'au milieu du peuple s'est trouvé un particulier vêtu en habit bourgeois, qui a dit s'appeller Marie et s'être annoncé pour commandant de bataillon, lequel a contribué de tout son pouvoir à faire sortir le peuple et à empêcher le pillage, en lui disant qu'il avoit une motion à faire dans la galerie ; que le déposant et ses camarades ont profité de la sortie du peuple pour fermer les appartemens de Madame Elizabeth, et en ont remis les clefs, après être parvenu à les fermer toutes, à l'officier de garde.

Qui est tout ce qu'il a dit sçavoir. Lecture à lui faitte de sa déposition, a dit icelle contenir vérité, y a persisté

23® Anne-Joseph Vautier, âgée de trente huit ans, femme de François- Joseph Roch, demeurant rue de Miromenil, au coin de la rue Verte, assignée

Dépose que le lundy vingt juin dernier, elle a vu passer dans la rue de Miromesnil une voiture neuve fonds entre le gris et le noir, ayant un train peint en jaune et deux palonniers, attellée de deux chevaux conduits par le cocher de Monsieur de Fersen ; que cette voilure lui a paru assés grande pour pouvoir contenir à peu près douze personnes; qu'elle a tu cette voiture passer de la rue de Miromesnil dans celle de la Pépinière, sans pouvoir dire où elle avoit été conduite ; que la déposante ignore où le cocher de Monsieur de Fersen avoit pris la voilure et quel est le nom du sellier qui l'a faîte. Observe la déposante que le cocher de Monsieur de Fersen, qui demeure petite rue Verte, dans la maison d'un nommé Lapotere, fruitier, pourroit indiquer le nom et la demeure du sellier.

Qui est tout ce qu'elle a dit savoir. Lecture à elle faile de sa déposition, a dit icelle contenir vérité, y a persisté

Du lundy dix huit juillet mil sept cent quatre vingt onze, neuf heures du matin.

24© Emelie- Constance Peignée, âgée de vingt ans, fille cuisinière chez M. Grandpré, rue du Mail, numéro vingt neuf

Dépose qu'au vingt juin dernier, elle éloit au service des sieur et dame Théogat, à l'hôtel Payen, rue du faubourg Saint Honoré; qu'elle n'en est sortie que depuis quinze jours; qu'elle a su de la dame Theogat, sœur de la dame de Pre ville, qu'elle, dame Theogat, savoit le plan, la route ou le chemin qu'alloit tenir le Roi, et qu'elle vouloit en instruire l'Assemblée nationale, mais que remontée chez son mari, ce projet de la dame Theogat n'a pas eu de suite ; lequel propos de la dame Theogat a été tenu en présence d'une nourrice qui demeure même hôtel et en face de l'appartement de Madame Theogat ; observe que lesdits sieur et dame Theogat sont beau-frère et sœur de la dame de Preville, chez laquelle demeuroit et où vivoit habituellement le sieur Dumoutier, ci-devant garde du corps du Roi, et l'un de ceux qui l'avoient accompagné lors de son départ pendant la nuit du vingt au vingt un dudit mois de juin; qu'elle ne sait rien des faits contenus au décret et au réquisitoire, si ce n'est que quelques jours avant le départ , le sieur Dumoutier avoit commandé une chapeau pour un voyage qu'il devoit faire, mais qui est resté chez le chsfyellier, à ce qu'elle a oui dire de Madame de Preville ; preuve, disoit cette dame Preville, que ledit sieur Dumoutier ne savoit pas quel voyage il avoit à faire.

Qui est tout ce qu'elle a dit savoir. Lecture à elle faite de sa déposition, a dit icelle contenir vérité, y a persisté

25e Anne-Madeleine Fremont, âgée de quarante et un ans, veuve de Nicolas-Louis Picart, portière du petit hôtel Poyen, rue du faubourg Saint Honoré, où elle demeure

Dépose que quelques jours avant le départ du Roi, elle a oui dire de la cuisinière de la dame Preville chez laquelle demeuroit le sieur Dumoutier, ci-devant garde du corps du Roi, au petit hôtel Poyen, que ledit sieur Dumoutier alloit faire un voyage en Franche Comté, et qu'aussitôt que ledit sieur Dumoutier seroit arrivé, ils partiroient huit jours après, passer le reste de la belle saison.

Ajoute la déposante que ladite cuisinière de la dame Preville a dit que sa maitresse alloit acheter une maison à la campagne, où il y auroit un jardin, et qu'ils scroient bien contens; que le lundi vingt du-

dit mois de juin dernier, dans la mâtiné on a arrêté des voilures à l'hôtel de Dangeron, situé près du petit hôtel de Poyen, et que les domestiques et la déposante qui se trouvoient à la porte, ayant demandé ce que c'éloit, on leur avoit dit que c'etoit des voitures qu'on ar ré toit, et qu'elle déposante avoit ajouté aux domestiques : Votre Monsieur ne pourra pas plus partir que ces personnes là ; que dès le samedy précédent M. Dumoutier a été chez l'épicier qui est dans la maison du petit hôtel Poyen, lui demander un certificat qu'il étoit honnête homme, parce que lui sieur Dumoutier alloit faire un voyage dans la Franche- Comté ; parolles qu'elle dit tenir de l'épicier, qui a encore ajouté à la déposante en parlant dudit sieur Dumoutier : Je ne disconviens pas que vous soyez honnête homme, mais il n'y a pas assez longtems que je demeure dans cet hôtel pour que je vous connaisse ; ainsy, adressez vous au principal locataire, qui vous fera cette chose là plutôt que moi.

Déclare encore la déposante que le mardy vingt et un dudit mois de juin, après avoir su le départ du Roi, elle a dit à la cuisinière de la dame Preville : J'ai remarqué que Monsieur Dumoutier n'étoit pas revenu diner, souper, ni coucher le lundy ; surquoi ladite cuisinière a répliqué : Ah ! mon Dieu, notre Monsieur est parti sans rien dire à Madame, qui en a bien du chagrin. Quelques jours après le départ, la déposante a vu retirer de chez Madame Prou, par un vieux Monsieur qu'elle ne connoit pas, une malle que l'on disoit appartenir à un garde du corps, qu'on a transporté cette malle hors de la maison, ne sait en quel endroit ; qu'elle a oui dire à l'épicier dont elle vient de parler, que ladite, malle étoit en dépôt chez la dame Prou, mère de ladite dame Preville, et qui demeure au premier du petit hôtel de Poyen ; que le dépôt de celte malle étoit pour sûreté de somme que devoit ledit garde du corps ; mais que lorsqu'on a su l'arrestation du sieur Dumoutier, on avoit pensé qu'il ne failoit pas laisser ladite malle audit hôtel Poyen ; parce qu'il pouvoit arriver qu'on y vint faire des perquisitions ; que c'est la cuisinière de la dame Theogat, sœur de la dame Preville, qui a tenu ce propos audit épicier.

Qui est tout ce qu'elle a dit savoir. Lecture à elle faite de sa déposition, a dit icelle contenir vérité, y a persisté

26« Marie Montpellier, âgée de vingt huit ans, gouvernante de l'enfant de Monsieur Bezault, rue du faubourg Saint Honoré, petit hôtel de Poyen.

Dépose que quelques jours avant le départ du Roi, elle etoit chez la dame Pre ville, laquelle lui a demandé comment se faisoit une ceinture pour monter à cheval ; que cette ceinture étoit pour un Monsieur qui demeuroit avec elle et qui alloit s'en aller à la campagne; qu'elle déposante repondit qu'elle ne savoit pas comment se faisoit ces sortes de ceintures ; qu'elle a appris de la domestique du sieur Verac, le lendemain de l'arrestation du Roi, qu'elle avoit vue ladite ceinture et qu'elle pouvoit contenir quatre à cinq pistolets, sur quoi la déposante ajouta à cette domestique : Vous avez vu la fin, et moi j'ai vu le commence* ment

Ajoute la déposante que quelques jours après l'arrestation du Roi, allant aux champs Elises avec la domestique de la dame Theogat, la nourrice de Monsieur Pelin, qui demeure à côté du petit hôtel Poyen, la dame Bouville, du même hôtel que la domestique de ladite dame Theogat, dit : On est en peine de savoir quelle route a tenu le Roy, mais ma maitrcsse sait la marche qu'il doit tenir; que la déposante sait en outre de la portière du petit hôtel Poyen que la domestique de la dame Preville a dit à ladite portière qu'ils alloient s'en aller à la campagne ; que sa maîtresse partiroit huit jours après son Monsieur, pour aller demeurer dans une terre où ils auroient des domestiques ; sait encore de la portière que le samedy vingt cinq juin dernier, après le retour du Roi, il est monté plusieurs personnes que l'on présume être des gardes du corps et un suisse de chez le Roi.

Qui est tout ce qu'elle a dit savoir. Lecture à elle faite de sa déposition, a dit icelle contenir vérité, y a persisté

27« Marie-Pierrette Dutour, âgée de quarante cinq ans, épouse de Jean Louis Courtin, demeurante à Paris, rue de Verneuil, numéro quarante huit.

Dépose qu'elle a sçu après l'arrestation et même après le retour du Roi, du nommé Le Raie, jeune apprentif ou compagnon menuisier chez Monsieur Trompette, menuisier du Roi, demeurant à Paris, rue de Bourbon, faubourg Saint Germain, au coin de la rue de Belle Chasse, pour lui avoir été dit par ledit jeune homme qu'on ne savoit pas tout, qu'on avoit pas vu dans le château des Thuileries une armoire où il y a des tablettes qui se pose à toutes les portes des appartements, et masques lesdites portes, armoires faites de manière que par le secret d'une bascule on peut sortir par la porte même où est appliquée ladite armoire ; la déposante ne peut nous dire dans quel appartement du

château éloit ladite armoire à bascule ; qu'elle n'eu a pas été plutôt instruite qu'elle en a instruit Monsieur Dujoncroux, lieutenant de la garde soldée, demeurant rue de Bourgogne, faubourg Saint Germain, à l'effet d'en informer Monsieur Delafayelte.

Que le dimanche dix neuf juin dernier ou le lundy matin vingt dudit mois, elle déposante, étant chez la couturière de la Reine qui est sa locataire , et demeurant sur le même carré, et même maison que la déposante, elle a vu chez ladite couturière une robbe dont la simplicité l'a frappée ; que la couturière lui a observé que c'étoit un cadeau que la Reine faisoit à une jeune personne ; qu'il falloit que ladite robbe fut livrée le lundy vingt juin dans la matinée.

Représentation à elle faite de l'échantillon d'une étoffe qui a été représentée lors de l'interrogatoire de la dame Brunier, le cinq juillet mil sept cent quatre-vint onze, mise sur papier avec le scel du tribunal paraphé de ladite dame Brunier, de nous, çt des adjoints ainsy que d'autres personnes ; sommée la dite déposante de nous dire si ledit échantillon lui paroit conforme à la robe qu'elle a vue chez la couturière de la Reine le dimanche ou le lundy dix neuf ou vingt juin dernier.

A déclaré la déposante que cet échantillon est précisément et exactement un échantillon de la robe qu'elle a vue le jour susdit chez la couturière de la Reine ; à l'effet de quoi elle a signé sur le papier qui contient le scellé dudit échantillon.

Qui est tout ce qu'elle a dit savoir. Lecture à elle faite de sa déposition, a dit icette contenir vérité, y a persisté

28« Marie Anne Huette, âgée de trente deux ans, tille à Tannée chez Mademoiselle Guissac, dite de Sainte Croix, couturière de la Reine, où elle demeure, rue de Verneuil, numéro quarante huit, maison du sieur Gouton

Dépose que le samedy dix huit juin, entre cinq heures et cinq heures et demie du soir, Madame Thibault, première femme de chambre de lu Reine, envoya chercher elle déposante pour lui commander une robbe en toile ou indienne commune, dont la Reine vouloit faire cadeau à une jeune personne sortant du couvent et qui alloit en province, en lui ajoutant qu'il falloit que ladite robbe fut faite pour le lundi vingt dudit mois de juin, heure de midy ; que pour tenir lieu de mesure à la robbe commandée, ladite dame Thibault remit à elle déposante une robbe de Madame Roy al le, en lui observant de faire la robe commandée de la même longueur, mais de la tenir un peu

plus large, vu que la jeune personne étoil un peu plus puissante que Madame; qu'en sortant de chez ladite dame Thibault, la déposante a été acheter l'étoffe, qui est une indienne commune du prix de quatre livres dix sols, chez le sieur Busquet, demeurant à P Abbaye, cour des Monnoyes ; qu'aussitôt après, elle s'est occupée à faire la robbe, et a été la porter le lundy vingt dudit mois de juin, heure de midy, chez la dame Thibav.lt, qu'elle n'a pas trouvée d'abord, mais qui est survenue pendant que la déposante parloit à la femme de chambre de ladite darne Thibault ; que la dame Thibault a dit à la déposante de laisser ladite robbe qu'elle venoit de faire, ainsy que celle de Madame Royalle donnée pour modèle, et qu'elle a payé seulement le prix de la toile ou indienne à elle déposante, qui s'est ensuite retirée.

Représentation à elle faite de l'échantillon d'une étoffe qui a été représenté lors de l'interrogatoire de la dame Brunier, le cinq juillet mil sept cent quatre vingt onze, mise sous un papier avec le scel du tribunal, paraphé de nous, de la dame Brunier et des adjoints ainsy qne d'autres personnes, sommée la déposante de nous dire si ledit échantillon lui paroit conforme à la robbe qu'elle a été chargée par madame Thibault de faire et d'acheter.

À dit la déposante que cet échantillon est exactement et précisément celui de l'étoffe qu'elle a achetée et qu'elle a fait en robbe, ainsy qu'elle l'a expliqué ci dessus ; observe que cette robbe a été faite en forme de chemise, à l'effet de quoi la dite déposante a signé sur le papier qui contient le scellé dudit échantillon.

Observe encore la déposante, que si elle eut été instruite que la robbe étoit pour Madame Royalle, à l'effet de partir avec le Roy et la Reine, elle déposante en auroit informée la section dans laquelle elle demeure, d'autant mieux que la couturière de la Reine n'est pas celle qui travaille pour Madame Royalle; que c'est au contraire la dame Grenier, demeurante au troisième de la même maison que la déposante.

Qui est tout ce qu'elle a dit savoir. Lecture à elle faite de sa déposition, a dit icelle contenir vérité, y a persisté

Du lundy dix huit juillet mil sept cent quatre vingt onze de relevée.

29* Marie Radoux, âgée de quarante cinq ans, femme de garde robbe d'atour de Madame, fille du Roy, demeurante au château des Thuilleries habituellement, assignée

Dépose que le' samedy dix huit juin dernier, la femme de chambre de Madame Thibault, première femme de chambre de la Reine, est venue à l'heure de roidy demander, à elle déposante, une robbe en forme de chemise de Madame, fille du Roy ; que la déposante Ta donnée aussitôt sans s'informer, ni sans savoir ce qu'on en vouloit faire ; qu'on lui a seulement dit qu'on demandoit ladite robbe pour quarante huit heures, niais que cette robe en chemise n'est point encore rendue ; que le lundy suivant vingt dudit mois de juin dans la matinée, ladite femme de chambre de Madame Thibault est encore venue de la part de la Reine demander à elle déposante deux chemises de Madame Royale, sans expliquer si c'étoit une de jour, ou une de nuit, ou toutes les deux de jour, ou toutes les deux de nuit; que la déposante a remis ces deux chemises, Tune de jour et l'autre de nuit, à la dite femme de chambre de Madame Thibault, laquelle femme de chambre se nomme Victoire Lasseré, qui demeure dans le lems du service au château des Thuileries, et hors du service rue du Dauphin, à ce qu'on a dit à la déposante ; que les deux chemises, Tune de jour et l'autre de nuit, se sont trouvées dans le paquet au retour du Roi ; que dans ce paquet s'est trouvée une robbe de toile d'Orange en chemise, dont la robbe donnée par la déposante, le samedy dix huit juin, avoit pu servir de modèle ; qu'en voyant cette robbe, la déposante a paru étonnée et n'a pu s'empêcher de s'écrier : Voilà le motif pour lequel on m'avoit demandé le samedy dix huit 1a robe dite chemise de Madame Royale ; observe la dé^b santé que ce n'est sûrement pas l'ouvrière ordinaire de Madame Royale qui a fait celte robbe ; qu'elle ignore par qui elle a été faite; ajoute encore la déposante que Madame, fille du Roi, n'est pas revenue avec ladite nouvelle robbe, mais avec une robbe de taffetas que l'on avoit gardé dans l'appartement de Madame Royale pendant quatre ou cinq jours antérieurs au départ, quoique la déposante ait demandé, suivant son usage, que cette même robe luy fut rendue pour être portée à la garde robe. À elle représenté l'échantillon d'une étoffe qui a été représentée lors de l'interrogatoire de la dame Brunier, le cinq juillet mil sept cent quatre vingt onze, mise sous un papier avec le scel du tribunal, paraphé de la dite dame Brunier, de nous et des adjoints, ainsy que d'autres personnes, sommée ladite déposante de nous dire si ledit échantillon lui paroil conforme à la robe en chemise qu'elle a trouvée dans le paquet, et que jusqu'alors elle n'avoit pas connue pour être à Madame, fille du Roi.

A dit la déposante que cet échantillon est celui de ladite nouvelle

robbe cbemise qu'elle a trouvée dans ledit paquet au nombre des effets de Madame Royale ; à cet effet, ladite déposante a signée sur le papier qui contient le scellé dudit échantillon.

Observe la déposante que le lundy vingt dudit mois de juin, vers les neuf heures et demie du soir, elle est descendue dans l'appartement de Madame Royale pour chercher son deshabillé du soir, et remettre en place le lever du matin ; que la dame Grandin, femme de garde robe, porte chaise d'affaires, lui dit : Tu descend bien tard, la princesse est couchée ; sur quoi la déposante a répliqué : Mais il n'est ' que neuf heures et demie. Cela ne fait rien, a reparti ladite dame Grandin, la princesse s'est couché plutôt qu'à l'ordinaire ; d'api es ce propos, la déposante est remontée à son appartement dit garde robe.

Que le mardi vingt et un dudit mois, huit heures du matin, la demoiselle Bryere, femme de garde robe d'atour de Monsieur le Dauphin, a dit à la déposante : Ah ! mon Dieu, mademoiselle Radoux, vous ne savez pas ce qu'on dit ? On dit qu'il ni a plus personne au château. À quoi a repondue la déposante qu'elle ne pou voit pas le croire; qu'étant alors descendue à l'appartement de Madame, fille du Roy, elle y a trouvée ladite dame Grandin, et Madll« Schliek, femme de chambre ordinaire de Madame, fille du Roy, laquelle dite demoiselle Schliek a dit à la déposante : Vous ne paroi trez que lorsqu'on sonnera ; qu'aussitôt elle est disparue ; que la déposante, dans l'inquiétude où elle étoit, ainsy que ladite dame Grandin, se sont déterminées à entrer dans la chambre de Madame Royale, et que toutes deux se sont convaincues par leurs propres yeux que Madame n'étoit plus dans son lit qui étoit tout défait ; ajoute la déposante que le sieur Foucquet, garçon de la chambre de Madame Royale, a dit à la déposante : Qu'allons nous faire de tout ce qui est ici ? Faites ce que vous voudrez, a repondu la déposante, car pour moi je m'en vais ; et qu'effectivement elle est remontée à son appartement dit garde robbe, que vers les onze heures et demie du soir du même jour mardi vingt et un juin, les commissaires de la Municipalité sont venus apposer les scellés dans l'appartement dit garde robe de Madame, fille du Roi, et qu'ils ont constitué la déposante gardienne des dits scellés, et qu'aussitôt après le scellé apposé la déposante a fait entre les mains desdits commissaires une déclaration conforme à ce qu'elle vient de déposer, avec la seule différence que la présente déposition est plus détaillée que ladite déclaration.

Observe la déposante que quinze jours ou trois semaines avant le

départ du Roi, on a fait dans l'appartement de Madame des changements qui n'ont été finis que trois ou quatre jours avant ledit départ; changements tels, que Fou a aggrandi cet appartement de deux pièces qui apparlenoient auparavant à Madame Thibault, première femme de chambre de la Reine; changement enfin qui éloîgnoit de Madame toutes les personnes attachées à son service, et qui facilitoit l'entrée de Madame, fille du Roi, chez la Reine sans être apperçue comme auparavant, et que depuis le retour, celles des femmes de chambre qw, * par Tefiet de ces changements, couchoient plus loin, se sont trouvées plus rapprochées.

Qui est tout ce qu'elle a dit savoir. Lecture à elle faite de sa déposition, a dit icelle contenir vérité, y a persisté

30 Claire-Claude Audrillan de Vareitles de Beauvert, âgée de trenle neuf ans, femme d'Antoine Richard, femme de chambre de la Reine, demeurant pendant son service au château des Thuileries, et hors de son service à sa campagne à Andresy, assignée

Dépose qu'elle est partie le vingt trois mai dernier du château des Thuileries pour se rendre à sa campagne, à Croisy, d'où elle n'est revenue qu'au vingt six juin pour reprendre son service auprès de la Reine; qu'étant à Croisy, elle y apprit le départ du Roi et de la famille royale le mardy vingt et un juin dernier, vers les dix heures du matin; qu'au surplus, elle n'a aucune connoissance des faits relatés tant dans le décret que dans le réquisitoire de l'accusateur public; qu'elle ne connoit du château que l'appartement de la Reine et la chamt>re ou couche la déposante; de sorte qu'elle ne peut pas dire par quelle porte ont pu sortir le Roi et la famille royale, ni que les propos qu'elle & eB" tendu depuis le retour n'ont pu lui donner aucune instruction sur -<* fait.

Qui est tout ce qu'elle a dit savoir. Lecture à elle faite de sa d^P0' sition, a dit icelle contenir vérité, y a persisté

31 • Louis-Jean-Marie Desclaux, âgé de quarante ans, garçon **e chambre de la Reine, demeurant pendant son service au chatea-** Thuilleries, et hors de son service toujours à Versailles

Dépose que le lundy vingt juin il a commencé son service ai* e leau des Thuilleries et a relevé Monsieur Bazin à midy; que ver*^ heure et demyc, la famille royale s'est mise à table; qu'après le &

ils ont passé dans le salon de la Reine, suivant l'usage le plus ordinaire, où ils sont restés jusqu'à six heures, six heures un quart; que la Reine a demandé sa voiture pour la promenade ; ne se souvient pas ni de l'endroit où elle a été, ni si elle a sortie avec ses enfants; que la Reine est revenue de la promenade sur les huit heures; qu'elle a fait demander son coeneur; qu'à peu près à cette même heure, Monsieur, frère du Roi, est entré chés la Reine, où il est resté jusqu'au moment de se mettre à table, c'est à dire à l'heure de neuf heures ; que Madame, sœur du Roi, est venue à ce moment; qu'ils ont soupe tous ensemble, selon la coutume; qu'après le soupe, la famille royalle s'est retirée chez elle sur les dix heures trois quarts, onze heures ; qu'ensuite, la Reine est rentrée dans sa chambre pour le coucher, auquel a assisté le déposant, en sa qualité de garçon de la chambre de la Reine; qu'après le couché, qui a duré peu de tems, le déposant a fermé les portes du corridor sur lequel donne une porte de l'appartement de la Reine, et est remonté ensuite dans son appartement, situé au comble du château, dans, le grand corridor; que le lendemain vingt un dudit mois de juin, le déposant s'est rendu à son service à sept heures trois quarts, dans l'antichambre qui précède l'appartement de la Reine, et dans laquelle ont couché, suivant l'ordinaire , deux valets de pié ; qu'étant dans cette antichambre, un garçon de la chambre du Roy, nommé Telard, vint lui demander s'il faisoit jour chez la Reine; qu'il sortoit de l'appartement du roi où on ne l'avoit pas trouvé , ce qui a beaucoup étonné le déposant ; que ne pouvant se résoudre à croire ce que lui disoit ce garçon de chambre, d'autant mieux qu'on avoit ajouté à lui, déposant, qu'on avoit trouvé de même personne ni ch»z Monsieur le Dauphin, ni chez Madame Elizabeth, ni chez Madame, fille du Roi, il avoit dit : Il n'est pas possible cependant que toutes ces personnes soyent parties et que la Reine soit restée seule ; qu'alors il s'est déterminé à chercher à entrer, mais qu'après avoir essayé, il avoit trouvé la porte fermée en dedans, ce qui l'a beaucoup étonné et tellement effrayé, qu'il est parti à neuf heures des Thuilleries, après avoir averti le suisse de service ce jour là, qui se nomme Jorand, de venir à l'appartement de la reine pour le garder; qu'il s'est retiré chez le sieur Clemendo, demeurant cy devant rue d'Àrgenteuil, et actuellement quai des Théatins; qu'il est resté chez ledit sieur Clemendo, son cousin, depuis le inardy vingt un juin dernier jusqu'au samedi inclusivement, où le Roi est revenu à Paris, pour se refaire d'une incommodité que lui avoi' occasionné le départ subit de la famille royale; qu'il ignore par quelle

porte ou appartement le Roi et la famille royale sont sortis du château au moment du départ.

Observe le déposant que le jour même du retour du roi au château des Thuileries, ayant appris l'arrêté du département qui enjoijçnoit à tous les officiers de reprendre leur service auprès du Roi et de la famile royale, il s'est rendu comme les autfes et a continué son service jusqu'au lundy vingt sept dudit mois de juin à midy, heure à laquelle le déposant s'est retiré et a été remplacé par le sieur Terasse.

Déclare en outre le déposant qu'il n'a aucune connoissance des faits relatifs au départ de la famille royale ni des faits antérieurs et postérieurs ; qu'il lui éloit impossible de rien entendre au moment du départ, étant couché sous les combles du château; qu'il n'a pu rien voir des préparatifs, ayant été trois semaines sans paroi tre au château, et qu'il n'a repris son service que le lundy vingt juin à midy, comme il l'a dit ci dessus.

Qui est tout ce qu'il a dit savoir. Lecture à luy faite de sa déposition, a dit icelle contenir vérité, y a persisté

32c Elizabeth Strcl, âgée de vingt ans et demie, employée à la garde robe de la Reine comme substituante Madame sa mère, demeurant, dans le temps du service au château des Thuileries, et hors du service chez Madame sa mère, à Versailles, rue de Maurepas.

Dépose que son service dans l'intérieur du château des Thuileries consiste à placer dans la chambre de la Reine la table de nuit ou garde robe vers les neuf heures du soir, pendant qne la Reine et la fUmille royale sont à souper; qu'elle a remplie cet emploi à laiile heure le vingt juin dernier; qu'elle couche au haut du château, dans une galerie noire, au dessus de l'appartement de Madame, fille du Roi, et à côté de l'appartement dit garde robe de la Reine ; qu'elle n'a eorinoissan:e d'aucuns des faits énoncés tant au décret de l'Assemblée xs&tionale qu'au réquisitoire de l'accusateur public, desquels on lui * ^l lecture; qu'elle n'a rien entendu au moment du départ, et qu'ell<D'a vu faire aucuns préparatifs ni le jour du départ ni les jours antérieurs.

Que le vingt un dudit mois de juin dernier, vers les huit heures du

matin, étant descendue pour faire son service chez la Reine, elle &™e qu'on ne pouvoit point ouvrir la porte, qui ctoit fermée en dedar*s< et qu'elle a aussitôt appris, par des gens du service du Roy et de 9°D* sieur le Dauphin, le départ de la famille royale pendant la nu**"0 vingt au vingt et un dudit mois de juin ; ignore au surplus par (£*6"e

porte ou appartement le Roi et la famille royale sont sortis du château au moment du départ.

Qui est tout ce qu'elle a dit savoir. Lecture à elle faite de sa déposition, a dit icellc contenir vérité, y a persisté

33» Jean- Antoine Duperrier, âgé de trente huit ans, garçon du garde meuble de la Reine, demeurant pendant son service au château des Tbuileries, et hors de son service au petit château de Trianon

Dépose que le lundy vingt juin, neuf heures et demie du soir, il est descendu selon l'usage pour faire mettre les lits des valets de pied; que Madame étant à table, le déposant a at'.endu qu'elle soit rentrée dans son appartement pour placer lesdits lits; que de là, il est descendu vers les dix heures moins un quart dans les 'appartenons de la Reine pour faire la couverture ; qu'il est monté ensuite dans la chambre située au dessus de la garde robe aux a' ours de la Reine, dans un corridor noir; que le lendemain vingt et un dudit mois de juin, vers sept heures ou environ, l'allumeur de réverbères vint dire au déposant que Monsieur le Dauphin n'étoit plus dans sa chambre, ce qui fut regardé comme une plaisanterie de la part du déposant ; que vers les sept heures et demie du matin dudit jour, le déposant étant monté dans sa chambre pour s'habiller est descendu chez la Reine pour y faire son service; qu'à huit moins un quirt, Monsieur Desclaux, garçon de la dite chambre, se trouvant là, les garçons de la chambre du Roi, de Madame, fille du Roi, et de Madame Elizabeth, sont venus annoncer qu'il n'y a voit plus personne chez eux; qu'à ce moment, Monsieur Desclaux a dit : Voyons, essayons d'entrer pour nous assurer si ce qu'on nous dit est vrai. Qu'alors, ayant cherché à ouvrir la porte de la salle à manger de la Reine donnant dans son appartement, on a été fort étonné de la trouver fermée en dedans par verrotix et barres, de même que celle du corridor derrière l'appartement, ce qui a déterminé le. déposant à monter dans l'appartement de Madame, fille du Roi, pour s'en assurer, et qu'il s'est apperçu qu'effectivement elle n'y étoit plus ; qu'il a fait alors remonter le lit des valets de pied dans la garde meuble, et s'est retiré ensuite dans sa chambre pour y faire un paquet de toutes ses hardes, effets, mais qu'ayant voulu l'emporter, il en a été empêché par la garde, qui avoit la consigne de ne rien laisser passer. Qu'étant remonté à sa chambre, il l'a arrangé, a défait ses paquets, a arrangé ses effets dans une armoire dont il a retiré la clef; qu'il est redescendu ensuite au château des Thuileries, et en est sorti pour se rendre chez

son cousin, nommé Lemaire, maitre sellier et carrossier rue Mazarine, à qui il a appris la nouvelle du départ en lui disant, que tout étoit perdu ; qu'une heure ou environ à peu près, étant retourné au château des Thuileries, il est monté dans sa chambre, et qu'il a vu une afflueDce de monde considérable dans le corridor sur lequel donne sa chambre; que vers une heure de l'après diné, ledit sieur Lemaire, son cousin, est venu le chercher pour diner; qu'il y est resté jusqu'à cinq heures, moment où il est retourné aux Thuileries ; que vers les neuf heures, neuf heures et demie du soir, il a attendu Messieurs les officiers municipaux, et qu'étant arrivés, il est resté avec eux jusqu'à minuit; qu'après leur avoir donné tous les renseignements qu'ils lui ont demandé et avoir mis et apposé les scellés, ils ont constitué ledit déposant gardien des scellés dû corridor où il couche.

Ajoute le déposant qu'il est resté à coucher au château des Thuileries jusqu'au retour du Roy et de la famille royalle.

Déclare au surplus le déposant qu'il n'a aucune connoissance des faits relatifs au départ du Roi et de la famille royale, ni de ceux antérieurs et postériears audit départ; qu'il n'a vu faire aucuns préparatifs de voyage; qu'il n'a fait ni vu faire aucuns paquets ou malles; qu'il sait seulement par oui dire postérieur au départ du Roi et de la famille royalle, qu'ils ont pu sortir par l'appartement de M. Vilquier.

Nous observe le déposant qu'il a vu la voiture de voyage du Roi et de la famille royale dans la cour des Suisses ; qu'il y a remarqué sous la coquille ou avant train de ladite voiture le nom du charron, et sur les ressorts le nom du serrurier ; qu'il ne se souvient d'aucun desdits deux noms * que ladite voiture se trouve actuellement remisée cour des Princes, de Tordre de la municipalité, où l'on pourra voir les noms des officiers (1) qui l'on faite.

Qui est tout ce qu'il a dit savoir. Lecture à lui faite de sa déposition, a dit icelle contenir vérité, y a persisté

Du mardi dix neuf juillet mil sept cent quatre vingt onze, huit Aw« du matin.

3i* Jean-Pierre Deslandes, âgé de quarante ans, maitre serrurier en ressorts, demeurant à Paris, rue de Rourbon Villeneuve

Dépose que bien antérieurement au dix huit avril dernier, à ce que croit le déposant, le sieur Louis, sellier carossier, demeurant rue de

(l) Ouvriers.

la Planche, faubourg Saint Germain, a fait venir le déposant chez lui pour lui commander la serrurie d'une berline de campagne, ressorts et mains à fausses supentes, et un siège en bois ferré avec toute solidité, et des bras à l'allemande pour pouvoir mettre plusieurs personnes sur le siège, et deux cuisinières ferrés à la dite voiture en taule tenues avec des bandes de fer. Observe qu'il a mis son nom sur les quatre ressorts; que le lendemain ou surlendemain du retour du Roi, lui déposant étant chez M. Louis, celui ci lui fit voir une lettre signée de la baronne de Korff, lettre par laquelle on annonçoit que la voiture étoit pour cette baronne, et que la conduite de cette voiture étoit confiée à Monsieur le comte de Fersen, qui s'y connoissoit; lettre enfin adressée à Monsieur Louis.

Ajoute le déposant, que les autres ouvriers qui ont travaillé à cette voiture sont : Jacques Keuel Laine, rue du faubourg Montmartre, en face de la rue Grange-Batelliere ; le sieur Tonnellier, peintre, demeurant même rue et à côté du sieur Keuel ; que lui déposant a vu ladite voiture, laquelle pouvoit contenir six personnes, trois derrière et trois devant; qu'efle a été quelques jours avant le vingt juin dernier, époque du départ du Roi et de la famille royale, essayée par Monsieur Louis, qui étoit dedans avec plusieurs personnes et plusieurs poids de cent livres.

Croit se rappeller le déposant, que ladite voiture étoit prête dès le dix huit avril dernier ; atteste le déposant que s'il eut sçu que la voiture étoit destinée pour la famille royale, il n'auroit pas manqué d'en instruire ou sa section ou l'Assemblée nationale.

Déclare au surplus qu'il n'a aucune connoissance de tous les faits énoncés tant au décret qu'au réquisitoire dont lui a été fait lecture.

Qui est tout ce qu'il a dit savoir. Lecture à lui faite de sa déposition, a dit icelle contenir vérité, y a persisté

35e Etienne Trompette, âgé de quarante trois ans, menuisier du Roi, demeurant rue de Bourbon, faubourg Saint Germain, numéro soixante deux

Dépose qu'il y a à peu près deux ou trois mois que le sieur Renard, inspecteur des bâtiments du Roi, a commandé à lui déposant, pour le compte du Roi, une armoire d'après les mesures et modèles qui ont été fournis au déposant par ledit sieur Renard, armoire dont voici tous les compartiments :

Cette armoire est d'abord composée de deux portes ouvrantes sur

la fare; d'une séparation sur la largeur, en travers l'armoire; une autre séparation dans le milieu de la profondeur, avec une porte à coulisse dans cette séparation , roulant sur une barre de fer qui est en haut, sus. pendue sur des roulettes pour la faire mouvoir plus facilement ; Farmoire peut avoir quatre pieds, quatre pieds et demi de large, et haute de sept à huit pieds, avec trois pieds de profondeur; derrière ladite porte à coulisse, en dedans, un coffrefort fermant à clef, portatif et fait pour la place, dans le quel on peut fouiller et par derrière et par devant par le moyen d'une seconde porte à coulisse. Observe encore le déposant que dans les deux parties de l'armoire, sur le devant, il y a plusieurs tablettes posées sur tassaux à cremalliere.

Ajoute le déposant qu'il est possible, en otant les tablette?, après avoir ouvert une des deux portes de devant de cette armoire, et ouvert la coulisse du milieu, ainsy que la coulisse du fond, de passer à travers l'armoire comme à travers une porte, si l'armoire est placée devant une porte qui ouvre à l'extérieur ; nous observe le déposant qu'il a fait conduire ladite armoire dans le vestibule de l'ancienne salle de la Comédie françoise, cour des Suisses du château des Thuilleries où il l'a laissée. Remarque encore le déposant que la porte à coulisse du milieu de l'armoire n'a de hauteur qu'environ quatre pieds et demi de hauteur, et la porte à coulisse du fond est dans toute sa hauteur, et que le corps de l'armoire a été fait par le sieur Monitor, ébéniste, qui demeure dans la même rue et prés le déposant.

Ajoute encore le déposant, que celte armoire est très pesante et qu'il n'a point connoissance qu'elle ait été transportée dans un des appartements du château des Thuilleries ; déclare au surplus qu'il ne sait aucun des faits qui ait rapport à l'évasion du Roi, ou autres mentionnes au décret et réquisitoire sus énoncés.

Qui est tout ce qu'il a dit savoir. Lecture à lui faite de sa déposition, a dit icelle contenir vérité, y a persisté

36° Pierre le Rare, âgé de dix sept ans, apprentif menuisier, demeurant chez Monsieur Dellemar, rue du Sepulchre, faubourg Saint Germain, et travaillant chez Monsieur Trompette, rue de Bourbon, mimé: o soixante deux .....

Dépose que le mardi vingt et juin dernier, dans la matinée, travaillant à la boutique du sieur Trompette, ayant eu besoin de clous pour le reposoir qui se faisoit dans la cour du Louvre, il a été dans \e cas de traverser la grande gallerie du château des Thuileries, et que se

trouvant dans la salle des .tableaux, il a entendu dire à un suisse, en parlant à la garde nationale en faction dans ladite salle des tableaux : Le Roi el la famille royale sont partis, tenez vous sur vos gardes ; qu'il a pareillement entendu dire à une des ouvrières de la couturière de la Reine : Le départ n'est que trop vrai. Qu'il a conndissance aussy que bien avant le vingt juin dernier, les compagnons du sieur Trompette avoient transporté une armoire à coulisse dans le vestibule de l'ancienne salle de la Comédie Françoise, cour des Suisses du château des Thuileries ; a entendue dire que ladite* armoire à coulisse étoit encore dans ledit vestibule avant le départ du Roi, et ne sait si elle a été transportée dans un des appartements du château des Thuileries. Qu'il a oui dire à un des compagnons dudit sieur Trompette qu'il pourroit se faire que le Roi et la famille royale eussent passés par cette armoire, et qu'il falloit y prendre garde ; que ce propos a été tenu en présence de tous les autres compagnons du sieur Trompette.

Ajoute qu'il a oui dire au nommé Leluc, compagnon chez le sieur Trompette, que le sieur Saint Foix, autre compagnon, avoit annoncé au peuple au Carrousel qu'on avoit transporté une armoire à coulisse dans l'ancienne salle de la Comédie françoise aux Thuileries, par laquelle la famille royale avoit pu passer. Surquoi le peuple avoit voulu vérifier le fait, mais qu'il en avoit été empêché ne sait pour quelle raison.

Qui est tout ce qu'il a dit savoir. Lecture à lui faite de sa déposition, a dit icelle contenir vérité, y a persisté

Du mercredi} vingt juillet mil sept cent quatre vingt onze de relevée.

37e Jean Louis, âgé de soixante et trois ans, sellier carossier, demeurant rue d i la Planche, faubourg Saint Germain, paroisse Saint Sulpice

Dépose que le vingt deux décembre mil sept cent quatre vingt dix, Madame la baronne de Korff, demeurant à l'hôtel de Madame de Paralier, quai des Quatre Nations, entre la rue de Seine et la rue des Petits Augustins, a envoyé cherché le déposant, et lui a dit qu'elle avoit une commission de faire faire une berline de voyage montée à ressorts et commode à tenir six personnes en cas de besoin, trois derrière et trois devant, pour la Russie, ajoutant qu'on vouloit que cette voilure fut faite pour la fin de février mil sept cent quatre vingt orne, parce qu'on éloit très pressé; observant encore au déposant qu'un

Monsieur, qu'elle ne nomma pas dans le moment, seroit chargé d'aller chez lui déposant pour veiller sur les ouvriers qui travailleraient ladite voiture et en examiner la solidité ; que le déposant répondit à ladite dame baronne de Korff qu'il étoit impossible que la voilure fut faite pour le temps qu'elle avoil indiquée, attendu que les jours étant très courts et les froids pouvant survenir, il seroit impossible aux ouvriers d'aller aussy vite que le déposant le désirerait; que cependant la voiture fut commandée au déposant par ladite dame baronne de Korff, à laquelle il remontra qu'il falloit qu'elle fit 'choix de la doublure pour ladite voiture; qu'elle invita en conséquence le déposant à lui envoyer sans délai plusieurs échantillons, afin qu'elle put choisir, et qu'elle aurait la précaution de renvoyer aussitôt l'échantillon; qu'en effet, le surlendemain vingt quatre dudit mois de deeembre dernier, vint chez le déposant le Monsieur que lui avoit annoncé ladite dame baronne de Korff, et que depuis le déposant a sçû s'a ppe lier le comte de Fersen, lequel remit l'échantillon choisi au déposant, qui fit voir en même temps audit sieur de Fersen uue caisse de berline qu'on avoit laissé à lui déposant, attendu qu'elle devoit êtra montée sur un train à ressort à lui commandé avant la révolution, au mois de mai mil sept cent quatre vingt neuf, par la dame de Polastrou, et décommandée depuis la révolution. Que le comte de Fersen approuva cette caisse et dit au déposant qu'il pouvoit travailler en conséquence et d'après la commande que lui en avoit faite Madame la baronne de Korff; que le six janvier dernier, le déposant reçut une lettre de la dame baronne de Korff, par laquelle elle le solicitait très vivement de hâter cette voiture, de manière que si elle n'étoit pas faite avant le mois de mars, elle pourroil rester au compte d'elle baronne de Korff; que sur cette lettre, le déposant a mis tous les ouvriers en activité, l'e charron, le serrurier, le peintre et bourrelier, nommé le sieur Duchesne, dcm^i* rant au coin de la rue des Saints Pères et de la rue de Grenelle, fanbourg Saint Germain, qui a fait les supenles; que pendant le cours du travail, le comte de Fersen est venu voir travailler à la voiture pour en presser lui-même la construction. Que dans le courant du même mois de janvier mil sept cent quatre vingt onze, la baronne de Korff a envoyé demander au déposant un état ou apperçu de ce que pourroit coûter ladite voilure; que le déposant s»3 transporta aussitôt chez elle et lui dit que celle voiture pourroit passer cinq mille livres, mais que si l'on exigeoit des accessoires non prévus , cela pourrait passer la somme; que la baronne de Korff .parut satisfaite de celte réponse et

ajouta que sachant quel éloit le principal prix, on feroit raison au déposant du prix des autres objets qui seroient commandés à titre d'accessoires.

Observe le déposant que malgré toute l'activité mise par lui et par les autres ouvriers pour la construction totale de la voiture, elle n'a pu être finie et en état de rouler que le douze mars dernier; que la baronne de Korff, prévenue de celte circonstance, est venue chez le déposant avec sa mère voir ladite voilure ; qu'examen fait d'icelle, la baronne de Korff en a été satisfaite et a engagé le déposant à lui porter son mémoire, qu'elle, vouloit le payer promptement; que le vingt six dudit mois de mars, elle a soldé aj déposant ladite voiture, montant à la somme de cinq mille neuf cent quaiante quatre livies; que ce prix ne paroi tra point extraordinaire si on examine toutes les commodités de cette môme voiture, indépendamment de sa solidité ; que dans l'intérieur, il y avoit un filet dans l'impérial avec des tresses en dessous et de soye pour contenir les paquets, deux poches portatives pareilles à la doublure et aux portières, une à chaque portière; deux coffres en bois de noyer garnis de verroux pour les contenir, et de deux tuyaux d'aisance à chaque en fer blanc; quatre matelats de côtécouverts en taffetas d'un côté et de maroquin vert de l'autre côté, le rideau du dossier en taffetas et un autre rideau de maroquin vert par dessus celui de taffetas ; deux pois de chambre en cuir vernis à l'extérieur; de»ax bras à l'allemande au siège du cocher, avec des poches sur les côtés en cuir; un grand couvre genoux en cuir au lit siège, deux lanternes à réverbères, deux grandes vaches sur l'impérial, une forte enrayure et une courroie de lisoire ; deux fourches ferrées par derrière, pour maintenir la voiture dans les montagnes; deux cuisinières en tôle de fer, avec toutes leurs ferrures au dossier de la caisse en dehors; une cantine en cuir propre à tenir huit bouteilles, une ferriere sous le siège du cocher contenant tous les ustensiles pour le voyage.

Que depuis le vingt six mars dernier, époque du payement fait au déposant du prix de ladite voiture jusqu'au dix neuf juin suivant, celle voiture est restée chez le déposant, sous sa remise.

Ajoute le déposant qu'au commencement du mois d'avril mil sept cent quatre vingt onze, la dame baronne de Korff et la dame sa mère lui ont envoyé leur voilure, dille berline à la françoise, à l'effet d'y faire les réparations nécessaires pour le départ prochain de ces deux dames, que cette voiture a été réparée, longtemps avant le six juin,

veille du jour fixé pour le départ; que le déposant Ta gardée sous sa remise jusqu'au dit jour six juin ; qu'alors il Ta fait conduire au domicile de ces dames, et que la mère de la dame baronne de Korff a payé ai déposant le prix des réparations faites à celte voiture; que le déposant a demandé ensi itc à la dame baronne de Korff à qui il faudroil qu'il s'adressa pour remettre la voiture neuve qu'elle lui avoit commandée par commission et qui étoit prête depuis le douze mars précédent; que sur ce,' la dame baronne de KorfT repondit que le bieur co nite de de Fersen étoit chargé par elle de renvoyer chercher pour la remettre aux personnes qui dévoient conduire ladite voiture en Russie ; que le départ de la baronne de Korff a été différé, pour cause d'indisposition de Madame sa mère, jusqu'au vendredy dix sept dudit mois de juin six heures du soir.

Observe le déposant que dès le jeudi deux dudit mois de juin, Madame de Korff a envoyé chercher le déposant pour lui dire qu'il seroit bon d'essayer ladite voiture neuve; que dès le lendemain, le déposant a commandé des chevaux au nommé Durandi, loueur de chevaux, rue dçs Vieilles Thuilteries, pour faire Fessai de ladite voiture neuve.*; que le temps n'étant pas favorable, le déposant ne la fit pas sortir, mais que le surlendemain samedy, ii chargea 1a voiture de cinq cent pesant et y plaça cinq personnes lui compris, et qu'avec quatre chevaux do sieur Durandi, il a essayé ladite voiture en allant jusqu'à Chalillon, près Paris, d'où il est revenu le même jour huit heures du soir; qu'il s'est convaincu que rien né manquoit à cette voiture, et qu'il en a aussitôt instruit la dame de Korff.

Que le samedy dix huit dudit mois de juin, à trois heures de l'a près dîné, Je comte de Fersen est venu chez le déposant lui dire d'envoyer chez lui la voiture neuve, et en y joignant deux selles de poste à l'angloise et deux fouets de couriers; que le déposant observa qu'il y avoit dans l'après midy trop d'embarras soit dans la rue du Bac, soit au pont Royal; qu'il falloit différer jusqu'au lendemain dimanche; qu'en effet, le dimanche vers neuf heures du matin, le déposant a fait voiturer par un cheval de louage celte berline neuve dans les remises du con*le de Fersen, situées grande rue du faubourg Saint Honoré, trois portes cocheres au dessus de la rue de Matignon t où demeurait le coin le de Fersen; que ce fut dans ce moment qu'il paya au déposant le prix des deux sel.es et des deux fouets de poste, en annonçant au déposai»* 4Q" s'en feroit rembourser par la baronne de Korff.

Ajoute que le lundy vingt juin dans la matinée, les affaires du dépo-

saot rayant conduit grande rue du faubourg Saint Honoré, à l'endroit où il a voit conduit la voiture en question, que là, il dit au cocher que la voiture souffriroit des injures du temps si elle restoit ainsy presque à découvert; que le cocher repondit qu'il comptent partir le soir du même jour ou la nuit, et peut être le comte deFersen, son maître; que le déposant, peu satisfait de cette incertitude et jaloux de son ouvrage, se rendit aussitôt chez Monsieur le comte de Fersen, et lui fit l'observation qu'il avoit faite au cocher ; que le comte de Fersen lui observa que le soir dudit jour vingt juin, il se proposoit de faire conduire cette berline chez les personnes qui dévoient aller en Russie, et qu'elles lui donneroient une décharge de ladite voiture ; ne sait le déposant la demeure de ces personnes, ùi leurs noms et qualités.

Qu'il n'a sçû qu'au retour du Roi, le samedi vingt cinq dudit mois de juin, par le sieur Duchesne, bourrelier, et par les compagnons de lui, déposant, que c'étoit la voilure faite par le déposant qui avoit servi au voyage du Roi et de la famille, royale ; que jusqu'alors il n'en avoit point été instruit.

Observe le déposant que le sieur Duchesne et les compagnons de lui, déposant, qui avoient été conduits par la curiosité, comme bien du monde, à voir le retour du Roi, ont témoigné beaucoup de surprise de voir le Roi et la famille royale dans une voiture à laquelle ils avoient travaillé, n'en n'ayant pas été plus instruit que le déposant.

Le déposant a requis, et nous avons ordonné que la lettre à lui adressée par la baronne de Korff, en datte du six dernier, commençant par ces mots : Monsieur mon Hoffmeister, et finissant par ceux-ci : Servante baronne de Korff, au dos de laquelle est la souscription : A Monsieur. Louis, rue de la Planche, faubourg Saint Germain, seroit annexée à sa déposition, après avoir été paraphée ne varietur, signée du déposant, de nous, des notables adjoints et de notre greffier, le tout sur le feuillet blanc de ladite lettre à côté de la souscription.

Déclare au surplus le déposant qu'il n'a aucune connoissance de tous les autres faits énoncés tant au réquisitoire qu'au décret.

Qui est tout ce qu'il a dit savoir. Lecture à lui faite de sa déposition, a dit icelle contenir vérité, y a persisté

38c Bernard Molitor, âgé de trente six ans, ébéniste, demeurant à Paris, rue de Bourbon, faubourg Saint Germain.

Dépose qu'il y a deux ou trois mois, le sieur Trompette menuisier, sou voisin, lui a commandé une armoire fort bien conditionnée, à cou-

lisses à crémaillères, propre à recevoir un coffre fort, le corps en bois d'acajou plein et les coulisses en placages sur des planches de bois de chesne, armoire telle qu'en ouvrant les deux coulisses et les deux portes à ventaux de devant, et otant les tablettes, on pouvoit passer à travers ladite armoire, en se baissant néantmoins un peu pour passer la coulisse du milieu ; qu'après avoir fait tous les compartiments de celte armoire, le déposant les a fait porter chez ledit sieur Trompette, sous sa porte cochère, où il les a tous assemblés pour former ladite armoire, laquelle il a laissée chez ledit sieur Trompette, et ne sait quel usage celui-ci en a fait. Ignore pareillement pour qui elle étoit destinée. Observe le déposant que c'est ledit sieur Trompette qui a fait, comme il en étoit chargé, les deux portes de devant ; ladite armoire en menuiserie est à ventaux.

Déclare au surplus qu'il n'a aucune connoissance des faits antérieurs et postérieurs à l'évasion du Roi énoncée tant au décret qu'au réquisitoire.

Qui est tout ce qu'il a dit savoir. Lecture à lui faite de sa déposition, a dit icelle contenir vérité, y a persisté

39e Jacques Keuelle haine, âgé de soixante six ans, maître charron, demeurant à Paris, rue du faubourg Montmartre, vis à vis la rue Grange Batelliere ... .

Dépose qu'à la fin de décembre mil sept cent quatre vingt dix , k sieur Louis, maitre sellier carossier, avec lequel le déposant est eo **" lation d'affaires depuis plus de vingt ans, est venu chez lui déposant, pour lui commander un train de voiture dite berline de campa^ce' destinée pour la Russie, et qui étoit extrêmement pressée; qu'il la * loit même pour la fin de janvier suivant; qu'examen fait des t>ois el des ferrures nécessaires à la solidité de ce train de voiture, le dép°* sant s'engagea à fournir et livrer ledit train de voiture pour *a dudit mois de janvier mil sept cent quatre vingt onze ; que 1& ** posant a effectué sa promesse ; qu'il n'a pas su alors pour quelle PeT' sonne devoit être la voiture; que ce n'est que quelques jours api~£5 retour du Roy qu'un des frères du déposant, charron comme lui, I.ul a annoncé qu'on lui avoit dit que le train de voiture fait par le dép05aB' étoit le train de la voiture dans laquelle le Roy et la famille roy*** étoient partis, car on avoit lu sur le train et sur les roues le non1 "û déposant, que le déposant y avoit effectivement mis.

Ajoute le déposant, que quelques jours après le retour du Roi, ayafl*

été chez le sieur Louis, celui-ci lui compta comment on lui avoit commandé la voiture qui avoit servi au départ du Hoi et de la famille royale, de laquelle voiture le déposant avoit fait le train. Ledit sieur Louis lui fit même la lecture d'une lettre écrite et signée de la dame baronne de Korff, qui constatoit qu'effectivement elle avoit commandé de comission cette même voiture.

Ladite lettre représentée audit déposant et lecture à lui faite d'icclle, déclare le déposant qu'il ne reconnoit pas ladite lettre à l'extérieure, mais être celle qui lui a été lue par ledit sieur Louis, quelques jours après le retour du Roi, sur la quelle lettre le déposant a apposé sa signature à la suite du paraphe mis sur icelle, en conséquence de la déposition du sieur Louis.

Déclare au surplus ne rien savoir des faits énoncés au décret et au réquisitoire.

Qui est tout ce qu'il a dit savoir. Lecture à lui faite de sa déposition, a dit icelle contenir vérité, y a persisté

Lejeudy vingt un juin mil sept cent quatre vingt onze du matin. ÂO Baltazard Sapel, âgé de trente quatre ans, cocher de Monsieur le comte .de Fersen, ci devant et actuellement sans maitre

Dépose que le samedi après midy, ou le dimanche matin dix huit ou dix neuf juin dernier, il a vu arriver dans l'endroit où étoit les remises et les écuries de Monsieur le comte de Fersen, grande rue; du faubourg Saint Honoré, à peu de distance de la rue Matignon, où demeurait ledit sieur comte de Fersen, une grande voiture neuve dite berline, que l'on disoit appartenir à Madame la baronne de Korff, et que lui déposant a fait mettre sous l'une des remises dudit sieur comte de Fersen ; que le lundy vingt dudit mois de juin, vers deux heures de l'après midy, le sieur Louis, sellier carossier, qui avoit fait ladite voiture, est venu aux écuries et remises dudit sieur comte de Fersen, a dit à lui déposant qu'il falloit mettre en écrit toutes les voitures qui appartenoient audit sieur comte de Fersen, ce que le sieur Louis a fait, lui déposant ne scachant point écrire ; que ledit sieur Louis écrivoit à fur et mesure des détails que lui faisoil le déposant des objets qu'il lui représentoit ; que dans ce moment le déposant observa à Monsieur Louis que s'il étoit question de partir ce jour ià même, lui déposant ne le pourroit pas, parce qu'il étoit trop fatigué ; que vers les cinq ou six heures du même jour lundy vingt juin dernier, il a conduit de l'ordre de Monsieur de Fersen ladite voiture qu'il a sus désignée appartenir

Madame de Korff, rue de Clichy, chez Monsieur ou Madame Krafibr; qu'il etoit accompagné d'un jeune domestique, lequel étoit monté sur le siège avec lui déposant, lequel ne connoit pas ledit domestique; sait seulement que le domestique est à un maitre du voisinage des écuries de Monsieur le comte de Fersen; que ce maitre, à ce qu'il croit, est un homme d'affaire de Monsieur le comte d'Artois; que le déposant a laissé ladi:c voiture, est revenu avec les deux chevaux, dont l'un étoit monté par lui, et l'autre par ledit domestique ; que rentré dans l'endroit des écuries et remises de Monsieur le comte de Fersen , il a oté les harnois des chevaux, et est parti seul avec ces deux chevaux, et s'est rendu chez le sieur Louis, sellier carossier, rue de la Planche, faubourg Saint Germain, où il a pris un 3 vieille voiture appartenant à Monsieur le comte d»; Fersen, avec les harnais et les brides ; qu'il a conduit ladite voiture avec les mêmes chevaux aux Champs Élises, dans l'avenue qui donne vis à vis l'hôtel de Beauvau, au près de l'hôtel de Madame de Bourbon ; qu'il étoit alors huit heures moins un quart du soir ; qu'un moment après l'arrivée du déposant est survenu Monsieur le comte de Fersen avec son chasseur; que Monsieur le comte de Fersen a dit au déposant de conûer ladite voilure au chasseur et d'aller lui déposant, avec un bridon que le comte de Fersen lui a remis, chez un marchand de chevaux, petite rue Verte ; que ce marchand est un Anglois dont le déposant ignora le nom, et qui a vendu plusieurs chevaux audit sieur cemte de Fersen ; que le déposant étoit chargé par ce dernier de dire au marchand de chevaux de tenir prêt le cheval de selle pour l'heure de la soirée que le voudroit ledit sieur comte de Fersen qui avoit achevé ledit cheval ; que delà le déposant est retourné à ses écuries où il avoit eu l'ordre de partir haut le pied avec quatre chevaux de Monsieur le comte de Fersen pour Valenciennes, à l'heure de neuf à dix heures du soir, en lui observant qu'il ne partit pas saûs parler audit sieur comte de Fersen ; que vers neuf heures et dencûe ^u soir, Monsieur le comte de Fersen est venu à ses écuries acomyagné de deux particuliers, que ledit sieur de Fersen dit à lui déposan t être deux domestiques ; que l'un des deux, de taille de cinq pieds huit pouces, Vêtu d'une redingolte dont le déposant ne peut dire la couleur, vu qu'il fesoit nuit, et l'autre de cinq pieds cinq à six pouces, vêtu d'une veste jeaune de courier, autant que le déposant a pu remarquer la couleur ; que le moins grand des deux particuliers avoit des bottes à l'angloise, et que te déposant, sur l'ordre dudit sieur comte de Fersen, a donné audit particulier botté une paire d'éperons appartenant

à lui déposant, ayant eu la promesse de Monsieur le comte de Fersen que la valeur de ces éperons lui seroient remboursés; qu'aussitôt le déposant est parti avec les dits deux particuliers et quatre chevaux de Fécurie de Monsieur le comte de Fersen qui lui en avoit donné l'ordre, et s'est rendu petite rue Verte chez le marchand de chevaux anglois ; que là ledit particulier botté est monté sur le cheval de selle qu'avoit acheté le sieur comte de Fersen, et que le déposant avoit dit qui lques instants avant de tenir prêt; que l'autre particulier de la plus haute taille est monté sur un des quatre chevaux que le déposant avoit pris dans l'écurie de son maître, et que lui déposant, pareillement monté sur l'un des dits quatre chevaux, que tous trois se sont rendus nie de Clichy, pour y prendre la voiture de la dame Korff; que les quatre chevaux ayant été attelés à cette voiture, le dit particulier de la plus haute taille est monté sur le siège du cocher, et que le déposant s'est mis en postillon, monté sur l'un des quatre chevaux ; que de là les deux particuliers, l'un monté sur le cheval de selle, et Pau Ire sur le siège du cocher, ont conduit ladite voiture avec le déposant à la nouvelle barrière du faubourg Saint Martin. Observe le déposant qu'avant de sortir de la rue de Clichy, il s'est apperçu qu'il y avoit une rêne de cassée; qu'il en Gt l'observation aux deux particuliers, à l'effet de faire réparer ht dilte rêne; que lesdits deux particuliers lui répondirent qu'il falloit partir sur le champ, qu'il étoit trop tard pour attendre, qu'il falloit qu'ils fussent rendus à minuit précis à la dite barrière du faubourg Saint Martin ; que les deux particu'iers et le déposant sont arrivés à ladite barrière vers minuit et demi, une heure du malin; que le déposant a voulu lier conversation avec les dits deux particuliers, et que lui déposant, les prenant pour d oit es tiques, leur dit : Camarades, quels sont donc vos maitresf ils parolssent bien riches ! qu'à ce propos qui parut les étonner, ils lui repondirent : On tous le dira, camarade. Observe le déposant qu'il n'en a rien su des dits particuliers; que celui des deux qui étoit monté sur le cheval de selle demanda à luy déposant quelle étoit la route de Bondy ; surquoy le déposant demanda audit part.culier où il alloit; que ledit particulier repondit qu'ils alloient du côté de Francfort en Allemagne ; que le déposant observa qu'il ne savoit pas où étoit Bondy, mais qu'il croyoit en effet qu'il étoit sur la route ; qu'un demi quart d'heure après ledit particulier monté sur le cheval de selle est parti pour Bondy ; qu'à l'égard du déposant il a attendu à la dite barrière du faubourg Saint Martin, pendant une heure et demie ou deux heures, avec l'autre particulier qui

étoit monlé sur le siège du cocher. Observe le déposant que pendant l'heure et demie ou les deux heures qu'il a attendu, il ne s'est tenu entre le dit particulier et le déposant aucune espèce de conversation, et chacun d'eux est resté en place, l'un sur le siège du cocher et l'autre sur le cheval de postillon ; que vers deux heures ou deux heures et demye du matin du mardy vingt et un dudit mois de juin dernier, le jour commençant à pointer, il a vu arriver grand train une voilure attellée de deux chevaux que Ton a aussitôt accolée de portière à portière à la voiture qu'avoit conduit le déposant, et qui attendoil depuis longtems ; qu'{i l'instant de l'arrivée de cette voiture à deux chevaux, Monsieur le comte de Fersen, qui probablement avoit conduit la dite voilure en qualité de cocher, car le déposant n'en a pas vu d'autre, a ouvert la portière de ladite voiture qui attendoit ; qu'aussitôt quatre ou cinq personnes sont descendues de la voiture nouvellement arrivée et sont montées dans la voiture qui attendoit; que le comte de Fersen a fermée au moment même la portière de la voiture où venoit de monter les quatre ou cinq personnes, s'est placé sur le siège à côté du particulier de haute taille qui s'y trouvoit déjà depuis deux heures, et a dit au déposant : Allons, hardi, menez vite ; ne sait le déposant ce qu'est devenue la voiture qui venoit d'arriver et qu'on venoit de quitter.

Ajoute le déposant, que le long de la route, le comte de Fersen faisoit claquer son fouet, en disant au déposant : Allez, Balthazir, vos chevaux ne sont pas bien en haleine, allez meilleur train; que le déposant a été plus vite, en refléchissant que les chevaux étant au comte de Fersen, il ne risque rien d'aller au gré de son maître, le comte de Fersen, ajoutant que les chevaux auroient le temps de se reposer quand ils seraient au régiment.

Observe le déposant qu'il a fait la route jusqu'à Bondy en moins d'une demie heure ; qu'arrivé à Bondy, il a vu six chevaux de poste tous prêts; qu'il a aussitôt dételle les chevaux de la voiture à laquelle ont été mis au moment même les six chevaux de poste ; que Monsieur le comte de Fersen est monté sur le cheval de selle qu'avoit laissé le particulier qui étoit parti sur ledit cheval de Paris, petite rue Verte ; que le déposant voyant partir son maitre, lui demanda le passeport nécessaire, à lui déposant, pour se rendre à Valenciennes, où est le régiment dudit sieur comte de Fersen; que ce dernier lui dit qu'en se réclamant du comte de Fersen, colonel, propriétaire du régiment de Royal Suédois, le déposant passeroit sans être arrêté. 11 ajouta même au déposant qu'il trouvèrent au Bourget le cheval de selle sur lequel étoit

monté lui, sieur comte de Fersen ; que le déposant pourroit le vendre avec un cheval noir faisant partie des quatre qui avoient conduit la voiture à Bondy, de sorte qu'if n'en auroit que trois à conduire au régiment ; que le déposant pourroit garder le prix de ces deux chevaux, évalués par le comte de Fersen a cinq à six cent livres, et que quand il se trouv?roit au régiment, le déposant lui compterait de ce prix, en déduction des gages et de ce qui pou voit lui être dû par ledit sieur comte de Fersen ; que le déposant, en quittant Bondy, a été à travers champs jusqu'au Bourget, où les postillons de poste lui ont remis le cheval de selle qu'avoit laissé monsieur le comte de Fersen, en lui annonçant qu'il étoit parti ; que du Bourget, le déposant a pris la route de Cuvilliers avec les cinq chevaux ; qu'en sortant du Bourget, il a rencontré un jeune homme, à lui inconnu, auquel lui déposant a demanda où il alloit; que le jeune homme lui a repondu qu'il alloit du côté de la Flandre ; qu'alors le déposant l'a invité à monter sur un de ses chevaux ; qu'arrivés à Cuvilliers, le déposant a appris le départ du Roi ; qu'il pou voit être alors trois heures de l'aprés midy du mardi vingt et un du dit mois de juin ; que le déposant s'est adressé au maire de Cuvilliers pour avoir un passeport, afin de n'être point arrêté sur la route ; que le maire lui observa que, ne sortant pas de la France et étant connu, le déposant n'avoit rien à craindre ; qu'au reste allant à Compiegne, le déposant pouvQit l'accompagner ; que le maire de Compiegne pourroit lui donner le passeport qu'il demandoil.

Qu'en eflet, le maire de Cuvilliers demanda un passeport pour le déposant au maire de Compiegne, en annonçant que le passeport seroit tant pour le déposant que pour cinq chevaux, dont trois de maitre et deux de vente; que le déposant, muni de ce passeport, est revenu à Cuvilliers où il a couché ; que le lendemain mercredy vingt deux juin dernier, vers les six. à sept heures du malin, il est parti avec ses cinq chevaux pour se rendre à Roye ; qu'arrivé à Roye, la municipalité n'a pas voulu laisser passer le déposant faute de passeport datte de Paris, et que d'ailleurs on savoit que le comte de Fersen, son maitre, avoit fait partir les tentes et équipages de guerre, et que d'ailleurs il étoit un ami de la Reine ; ajoutant que, comme on étoit informé déjà du départ du Roy et de la famille royale, on arretoit sur la route ; de sorte que le déposant a été obligé de revenir à Paris pour avoir un passeport ; qu'il a laissé ses cinq chevaux et a pris la poste à Roye pour se rendre plus vite à Paris ; qu'arrivé à

Paris, il s'est rendu à l'hôtel de ville, d'ofr il a été renvoyé à sa section, où le passeport lui a été refusé, attendu qu'on n'en délivrait à personne ; qu'en conséquence, depuis ce moment le déposant est resté à Paris sans avoir aucune nouvelle de son maitre. Observe le déposant que monsieur l'ambassadeur de Suéde a dû recevoir de son maitre une lettre, d'après ce qu'on luy a dit, d'après laquelle lettre son maître reclamoit les chevaux qui sont encore à Roye.

Observe le déposant qu'il n'a pu voir aucunes des personnes qui sont montées dans la voiture pour aller à Bondi ; seulement, qu'arrivés à Bondi et au moment où le comte de Fersen quiîloit Bondi, ij dit aux personnes qui étoit dans la voiture : A Dieu, madame Korff.

Déclare au surplus le déposant n'avoir aucune connoissance des faits contenus au décret et au réquisitoire.

Lecture à lui faite de sa déposition, a dit icelle contenir vérité, y a persisté

41c Adelaide Raslrou, âgée de trente six ans, veuve de Sebastien Bouville, demeurant à Paris, rue du Faubourg Saint Honoré, au petit hutel Poyen, assignée

Dépose que le jour du retour du Roy, elle a oui dire à la cuisinière des sieur et dame Théogat que la daine Theogat et la dame de Preville, sa sœur, savoient d'avance la route que devoit tenir le Roy. Observe la déposante qu'il y a deux mois qu'elle demeure au petit hôtel de Poyen; qu'elle a rencontré deux fois sur l'escalier le sieur Dumoutier, garde du corps, demeurant avec ladite dame de PrevUle.

Déclare au surplus n'avoir aucune connoissance des faits énoncés au décret et au réquisitoire.

Qui est tout ce qu'elle a dit savoir. Lecture à elle faite de sa déposition, a dit i celle contenir vérité, y a persisté

4 '2e Marguerite Pa tourelle, âgée de vingt neuf ans, femme de Jean Tête-Chauve, dit Flamand, nourrice de l'enfant du sieur Pelio, demeurante rue du Faubourg Saint Honoré, au petit hôtel Poyen, assignée

Dépose qu'au retour du roi, allant à son arrivée avec la cuisinière des sieur et dame Théogat, la dame de Bouville et Marie Montpellier, la déposante a entendu dire à la cuisinière des sieur et dame Théogat que ladite dame Theogat et la dame de Preville, sa sœur,

qui toutes deux demeurent au petit hôtel Poyen, savoient d'avance quelle étoil la marche que devoit leuir le Roi dans son voyage dont étoit le sieur Dumontier. Ajoute que ledit sieur Dumoutier demeuroit audit hôtel chez la dame de Preville.

Qui est tout ce qu'elle a dit savoir.

Lecture à elle faite de sa déposition, a dit icelle contenir vérité, y a persisté

43e Gabriel-Simon Hautefeuille, âgé de trente trois ans, garçon épicier, demeurant rue du Faubourg Saint Honoré, petit hôtel de Poyen, assigné

Dépose que l'avant veille dn départ du Roi, le sieur Dumoutier, cidevant garde du corps, qui demeuroit au petit hôtel de Poyen, chez la dame Preville, est venu demander à luy déposant un certificat qui put servir à sa section, à l'effet d'obtenir un passeport pour le voyage que le sieur Dumoutier étoit sur le point de faire chez lui en Franche-Comté; que le déposant luy repondit que n'étant que depuis douze jours domicilié dans la maison, il ne pouvoit pas le connoilrc assez pour lui donner ce certificat ; que le sieur Dumoutier pouvoit s'adresser à son propriétaire.

Ajoute le déposant que le mardy vingt et un juin dernier, après qu'on fut informé du départ du Roy et de la famille royalle, il a entendu dire à la cuisinière de la dame Preville : Ah! mon Dieu, que je suis fâchée ! noire monsieur ne pourra plus partir ; on arrête tout le monde.

Que le lendemain mercredy dans la matinée, la môme cuisinière a dit au déposant : Ah I vous ne savez pas, notre monsieur est parti sans rien dire à madame ; il a craint de lui faire beaucoup de peine ; que ce propos a été tenu en présence de la portière du petit hôtel de Poyen ; que le lundy vingt sept dudit mois de juin dans l'après midy, il a vu descendre de la maison une malle de trois pieds et demi de long, de quinze à dix huit pouces de large, accompagnée de la dame Prou, mère des dames Preville et Theogat, et accompagné d'un particulier inconnu au déposant; que celte malle a été mise dans un fiacre qui étoit à» la porte de la dite maison ; que dans le fiacre est aussi monté ledit particulier inconnu, qui a dit au cocher de le mener rue Saint Antoine.

Qui est tout ce qu'il a dit savoir. Lecture à lui faite de sa déposition, a dit icelle contenir vérité, y a persisté

Ce fait, toutes les pages de la présente vacation ont été cottées et signées de nous, desdits sieurs adjoints, et de notre greffier, dès l'instant même et sans des'emparer. Signé en cet endroit de la minute des présentes : Carouge, L. J. Babille, Desauges, 0. D. Vincent et Cotilon.

Délivrée par nous greffier soussigné, pour copie coltationnée et conforme à la minute demeurée au greffe criminel du tribunal, le premier août 1791. Ravaut.

Département DE Paris. — Extrait du registre des délibérations du

Département de Paris.

Du 23 juin 1791.

Sur les observations faites par les commissaires chargés de l'exécution de 1'arrêlé du Département du 21 juin 1791, approuvé par décret du même jour; que celte exécution présenloit de grands inconvéniens, si Ton pouvoit présumer que l'esprit de cet arrêté étoit de faire interroger toutes les personnes domiciliées dans le château des Tirailleries, même dans le côté du château où la famille royalle n'avoit aucun appartement ni dépendances de ces appartemens. Attendu qu'il y auroit alors à interroger plus de deux mille personnes, dont un très-grand nombre absolument étranger au service d'aucun individu de la famille royalle, et conséquemment à retenir aux arrêts ces mêmes personnes pendant tout le temps de la durée de cet interrogatoire.

Le Conseil du Département est d'avis que par : l'intérieur du château des Thuileries, on ne doit entendre que l'aile du château qui réunissoit exclusivement tous les appartemens à l'usage de la iamille royale et des. personnes de leur service ; et cependant, arrête que les commissaires se rendront aux comités des recherches et des rapports réunis, pour prendre avis sur celle explication ; et, dans le cas où il seroil conforme à celui du conseil du Département, engager le comité d'obtenir de l'Assemblée Nationale un décret conforme à cette explicition.

Signé : La Rochefoucault, président, et Blondel, secrétaire. — Pour copie conforme à l'original : Blondel.

(cotée 2.)

Interrogatoire fait par nous, Marin Carouge et Laurent-Jean Babîllp, juge et suppléant du tribunal du premier arrondissement du département de Paris, commissaires nommés par délibération du vingt neuf juin, assistés de Jean-Louis-iNicolas Ravaut, greffier du tribunal.

A la requête de l'accusateur public.

Contre la dame Neuville, en état d'arrestation es prisons de l'Abbaye.

En exécution du décret de l'Assemblée nationale du vingt six juin dernier.

Auquel interrogatoire nous avons procédé en la chambre du consçil des prisons de l'Abbaye, où nous nous sommes transporté?, en présence de Pierre de Sauges, d'Odille Vincent et de Joseph André Bollogniel, notables adjoints, auxquels nous avons donné connoissance des noms, surnoms et qualités des personnes en état d'arrestation, en les avertissant de l'obligation où ils sont de se récuser s'ils sont parens ou alliés des parties jusqu'au quatrième degré inclusivement.

Du mardi c'nq juillet mil sept cent quatre vingt onze, au matin.

Fait venir de sa prison la dame Neuville, laquelle a dit s'appeler Marie Madelaine Lèche vin de Biliy, épouse du sieur Pierre-Edme Neuville, porte malle de Monsieur, elle première femme de chambre de Monsieur le Dauphin, âgée de trente six ans, du Canada, demeurant à Versailles, rue Satory, au coin de celle du Potager; élizant domicile au greffe de sa prison.

Interrogée si elle a un service toute l'année auprès de M. le Dauphin.

A dit que non; qu'elle n'a de service que de deux mois l'un.

En quoi consiste son service.

A dit qu'il consiste à se trouver aux heures indiquées pour lever, coucher, habiller et faire manger Monsieur le Dauphin.

Quel jour, comment, et par qui elle a été instruite du départ du Roi, de la Reine et de la famille royale.

A dil qu'elle n'a été instruite du départ qu'au moment du départ même ; que Madame de Tourzel est entré dans sa chambre entre dix heures et dix heures et demie ; elle repondante ayant souper, et étant à lire, ladite dame de Tourzel lui a dit : Levez Monsieur le Dauphin, il faut partir.

À elle représenté qu'il paroît étonnant que la répondante ne fut point instruite longtemps auraravant le vingt juin de ce départ, attendu qu'étant habitante «lu château des Thuilleries pendant son service, elle a dû y voir les préparatifs de ce voyage, des paquets et des malles que l'on faisoit, des allés et des venus dans le château pour les transporter au dehors, indépendamment des assemblées extraordinaires ou comités qui se tenoient de jour et de nuit chez la Reine, de l'appartement de laquelle, d'ailleurs,' on a transporté son nécessaire et son porte feuille. Sommée de s'expliquer sur toutes ces circonstances.

À dit qu'elle donne sa parole d'honneur pour assurer qu'elle n'a aucune connoissance de tous les détails énoncés en l'interrogatoire ci dessus; que lorsqu'elle a fini le service de M. le Dauphin, elle se retire dans sa chambre.

A quelle heure est le coucher ordinaire de Monsieur le Dauphin?

A dit qu'il est à environ neuf heures.

Si le lundy vingt juin dernier, on a couché M. le Dauphin plus tôt ou à l'heure ordinaire.

A dil qu'il a été couché à l'heure ordinaire.

Si elle est restée seule dans la chambre à coucher de Monsieur le Dauphin après que Monsieur le Dauphin a été couché.

A dit qu'elle ne reste jamais seule dans la chambre de Monsieur \c Dauphin, parce qu'elle se retire dans sa chambre qui est à deux pièces au delà de celle de Monsieur le Dauphin.

Qu'est-ce qui se trouve auprès de Monsieur le Dauphin au moment où il est couché ?

A dit que c'est la femme de garde.

Si Monsieur le Dauphin, quand il est couché, ne reste pas sous sa garde immédiate.

A dit que la femme de garde qui couche dans sa chambre vaille sur lui, et que si on a besoin de la répondante, on l'appelle.

Qu'est-ce qui a donné l'ordre de lever Monsieur le Dauphin avanl l'heure du lever, et à quelle heure a-t-il été levé ledit jour vin^t juin*

A dit que c'est Madame Tourzel qui a donné l'ordre, et qu'il ctoit dix heures et demie ou dix heures trois quarts du soir.

Qu'est-ce qui a élé chargé de faire les paquels ou malles de Monsieur le Dauphin pour le dépari?

A dit qu'elle l'ignore parfaitement ; qu'elle ne croit pas qu'il y en ait eu.

Si elle avoit fait ses malles d'avance.

A dit qu'elle n'a point fait de malle, ni pour elle ni pour Monsieur le Dauphin.

Si elle n'a point connoissance d'un habit et 'd'une chemise de Monsieur le Dauphin donnés à Madame Thibault dans la semaine qui a précédée le départ du Roi et de sa famille.

A dit qu'elle n'en a point de connoissance.

Si elle a connoissance que cet habit et cette chemise étaient pour vêtir Monsieur le Dauphin à l'insçu de tous les gens de son service au moment du départ.

A dit qu'elle n'en a pas plus de connoissance.

Où elle a été avec Monsieur le Dauphin après qu'il a été levé de Tordre de Madame de Tourzel.

A dit dans un entresol.

Quelle est la description de cet entresol et où tient-il?

A dit qu'elle est descendue pour cette fois seulement dans un entre sol, et que comme il faisoit nuit, elle ne peut en donner aucune description; qu'elle y a été introduite par Madame de Tourzel.

Qui elle a trouvé dans cet entre sol.

A dit que lorsqu'elle est descendue avec Madame de Tourzel, la porte de l'entresol n'éloit point encore ouverte; qu'en attendant qu'elle fut ouverte, elle répondante s'est accroupie par terre, y a mis Monsieur le Dauphin, la tête appuyée sur les genoux d'elle répondante ; que peu de temps après, la porte a été ouverte; qu'elle répondante est entrée dans l'entresol avec Monsieur lea Dauphin, où elle a vu la Reine, Madame, sa Clle, Madame de Tourzel et Madame Thibault.

Si Madame Brunier s'y est au^sy trouvée.

A dit que oui.

Si elle à vu auparavant Madame, fille du Roi, et Madame Brunier.

A dit les avoir apperçus dans une des premières pièces dépendantes de l'appartement de Monsieur le Dauj-hin.

Si en sortant de l'appartement de Monsieur le Dauphin, elle n'a pas fermé en dedans avec les verrouils la porte par laquelle le service avoit accoutumé d'entrer.

A dit qu'elle ne l'a point fermée, mais qu'elle de voit l'être, parce qu'on la fermoit toujours.

A elle représenté l'échantillon de toile peinte fond mord doré, sommée de déclarer si elle n'a pas vu Madame, fille du Roi, velue d'une robe pareille dans sa roule.

A dit qu'elle est sure que Madame étoit vêtue d'une robe de toille, et qu'elle croit que c'est celle dont nous lui représentons l'échantillon.

Cet échantillon ayant été paraphé sur le papier auquel il est joint avec le cachet du tribunal, avec la dame Brunier, interrogée avant la repondante, icelle repondante a signé ledit paraphe.

S'il est de sa connoissance que la Reine prenoit soin d'une jeune personne qui étoit auprès de Mademoiselle, sa fille; quel est te nom de cette jeune personne. '

A dit que Madame, fille du Roi, avoit effectivement auprès d'elle la demoiselle Lambriquet, dont la Reine prenoit soin.

Si la Reine n'avoit pas envoyé celte jeune personne au couvent le dimanche dix neuf juin.

A dil qu'elle ne sait pas cela, parce qu'elle n'avoit aucune communication de ce côté là.

A quelle heure elle repondante est sortie du château la nuit du vingt au vingt et un juin dernier, avec qui, par quelle issue, et qu'est-ce qui a ouvert les portes.

A dit qu'elle est sortye à peu près à onze heures de l'entresol où elle étoit descendue, comme elle l'a dit précédemment, avec Madame Brunier et un homme qui les a conduit; qu'elles sont remontées de l'entresol dans le grand corridor, puis descendues par le petit escalier du bout du corridor, et sont sorties par la porte donnant dans la cour des Princes, en passant devant l'appartement de Madame de Tourzel ; ne se rappelle de la personne qui a ouvert les portes, ou de Madame Thibaut ou de l'homme qui la conduisoit.

Interpellée de nous dire les nortfs, qualités et demeure du particulier qui la conduisoit.

A dit qu'elle les ignore ; ne peut même donner aucune sorte de signalement sur son compte.

Comment elle a pu se confier à un homme qu'elle ne connoissoit pas, surtout pendant la nuit.

A dit qu'il ne pouvoit lui être suspect, étant parti du corridor de l'entresol.

Si elle a rencontré sur sa route, depuis l'entresol et en remontant, descendant ensuite jusqu'à la porte sur la cour des Princes, des senti* nelles, et combien.

A dit qu'elle croit en avoir va trois, et même tous les postes garnis.

Si ces sentinelles se sont opposées à son passage.

À dit que non.

De quel ordre elle est descendue avec le particulier qui la conduisoit.

A dit qu'elle est descendue de Tordre de la Reine et de Madame de Tourzel, qui disoient : Allons, dépêchez-vous, allez-vous-en.

Arrivée dans la cour, comment elle est sortie.

A dit qu'elle est sortie à pied.

Jusqu'où elle est allée à pied.

A dit qu'elle a passé par le pont Royal, au bout duquel étoit une chaise, dans laquelle elle est montée avec Madame. Brunier.

Qu'est-ce qui lui a dit de monter dans la voiture, et qu'est devenu le courrier qui l'accompagnoit.

A dit que c'est le conducteur, lequel a disparu aussitôt qu'elle et Madame Brunier ont été dans la voiture.

Qu'est-ce qui a procuré la voiture? Étoit-elle attellée de chevaux de poste ou de chevaux de maîtres, ou de chevaux de louage' Combien y avoit-il de chevaux? Y a voit-il un postillon ou un conducteur dans la voiture même? Le nom du conducteur ou du postillon.

A dit qu'elle ne sait qui a procuré la voiture ; qu'elle étoit attellée de chevaux de louage; qu'elle le présume ainsy, le postillon ayant exigé son payement d'elle repondante; qu'elle étoit conduite par un postillon dont elle ignore le nom.

Jusqu'à quel endroit cette voiture l'a conduite.

A dit qu'elle l'a conduite à Glayes.

Qu'est-ce qui a donné l'ordre de la conduire à Clayes.

A dit que la Reine lui a dit : Vous irez jusqu'à Clayes.

Si arrivée à Clayes, elle en est répartie sur le champ et avec quels chevaux.

A dit que non ; que le temps lui a paru très-long et être d'environ une heure et demie, et qu'elle est repartie avec des chevaux de poste.

Pourquoi elle a attendu si longtemps et de quel ordre.

A dit que la Reine avoit donné l'ordre à elle répondante d'aller jusqu'à Clayes et d'y attendre les ordres.

Qu'est-ce qui l'a avertie du moment de partir de Clayes avec les chevaux de poste.

A dit que c'est un courier.

Quel est le nom de ce courrier?

A dit qu'elle l'ignore.

Où étoit sa dcsiination quand le courrier lui a «lit de partir.

A dit qu'elle n'en sa voit pas le mot.

Si elle a conlinué seule la roule.

À dit qu'elle est partie de Clayes avec une voilure qui venr>it d'arriver.

Qu'est-ce qui étoit dans cette voiture?

À dit qu'elle présume que c'étott la voiture du Roi et de la rfc«^înc.

Si elle présume que Monsieur le Dauphin, Madame, fille du ï^oi, et Madame de Tourzel étoient dans la môme voilure.

A dit qu'oui.

Quelle est celle des voitures, ou de celle du Roi, ou de celle clans la quelle étoit la répondante, qui aliott en avant.

A dit que le plus ordinairement c'étoit celle de la répondante .

Qu'est-ce qui accompagnoit la voiture du Roi?

A dit trois courriers.

Si elle conneil ces trois courriers ; sommée d'en dire les noms , qualités et demeures.

A dit ne les avoir jamais vus et ne pas connottre leurs noms et oju alités.

Si elle a connoissance de ceux qui ont favorisé le départ dut Hoi d de la famille royale.

A dit que non.

Pour quel pays le voyage a-l-il été entrepris ?

A dit qu'elle n'en a rien sçu.

Si l'on s'est arrêté sur la route, et si l'on y a rencontré quelqu'un

A dit que le Roi s'est arrêté pour satisfaire un besoin et que l'on n'a rencontré personne.

Si le Roi descendu de voiture a causé avec quelqu'un.

A dit qu'elle n'a pu en juger, étant elle repondante dans sa voilure et n'en étant pas sortie.

Si le Roi a été reconnu et s'il faisoit grand jour quand il es* descendu de sa voiture.

A dit qu'il faisoit très-grand jour quand Je Roi est descendu* mais qu'elle ignore s'il a été reconnu.

Qu'est-ce qui a fait l'arrestation de la voiture du Roi et de ec?1ïe ou étoit la répondante ; en quel lieu s'est fait cette arrestation et à 1ue"e heure.

A dit qu'elle ne sait qui a fait l'arrestation; qu'elle s'est faite £ "a" rennes, et qu'il étoit environ dix heures, dix heures et demie du s0,r' qu'elle i'ioit alors dans un état de saisissement qui ne lui a pas g><?rniI§

de voir ce qui se passoit ; ajoute que trois quarts d'heure après elle est montée dans la chambre où la famille royale étoit réunie.

Si sur sa route elle n'a pas rencontré des troupes.

A dit que non; seulement qu'à Sainte-Menehould elle a vu des dragons.

A elle représenté qu'au moment de l'arrestation, des hussards et des dragons ont paru pour protéger le passage du Roi et de la famille royale, et que ces hussards et dragons n'ont posé les armes que lorsqu'ils ont vu déployer -une force suffisante pour les contenir ; sommée de s'expliquera cet égard.

A dit qu'elle n'a point vu sur la route ni hussards ni dragons, même à Varennes ; mais que descendue à l'auberge dudit lieu quelque temps après l'arrestation, elle a vu, dans la chambre basse où elle étoit, quatre ou cinq hussards qui ont demandé à boire ; qu'elle ignore s'ils habitaient Varennes ou s'ils y étoient pour défendre ou protéger le passage, et que réunie à la famille royalle, elle n'a aucune connoissance des mouvements extérieurs qui ont eu lieu.

A elle représenté qu'en se prêtant à l'évasion du Roi et de la famille royale, elle a dû sentir qu'il en pouvoit résulter les suites les plus fâcheuses, car il pouvoit arriver ou que le Roi et Monsieur le Dauphin, fuyant dans l'ombre de la nuit et le mystère, fussent attaqués sur la roule et périssent ; ou qu'il s'engageât un combat et que tous les deux en fussent victimes ; ou qu'en les supposant l'un et l'autre arrivés sain et sauf soit chez l'étranger, soit sur les frontières, la France se trouvant alors privée du Roi et du présomptif héritier de la couronne fut livrée à l'anarchie la plus cruelle ; ou enfin que la Nation, donnant à l'univers, comme elle l'a donnée en effet dans une circonstance aussy critique, l'exemple de l'union parfaite entre tous ses membres, les ennemis de la chose publique ayant en leur pouvoir le Roi et Monsieur le Dauphin, risquassent une guerre .injuste contre la Nation pour lui enlever, s'il étoit possible, ses droits & la liberté. Bien pénétrée de ces conséquences, la répondante n'auroit-elle pas dû donner avis de la fuite du Roi et de la famille royale? Sommée de s'expliquer à cet égards

A dit que d'abord le trouble s'est élevé dans son âme ; que dans ce trouble et cette inquiétude, elle a demandé à Madame de Tourzel de lui dire pour sa consolation où elle alloit, ce à quoi elle a repondu : Je n'en sais rien; qu'elle répondante s'étant trouvée à la catastrophe du six octobre dans l'obligation de lever Monsieur le Dauphin très-précipi-

t imment el do se sauver avec lui chez le Roi, elle n'a pas doutée qu'encore une fuis leur vie ne fui en danger ; que dans cette pensée elle s'est rendue à l'entresol,. et que la Reine voyant son trouble et son agitation, lui a dit de ne rien craindre; d'où elle a conclu que ce départ étoit protégé par ceux mêmes qui s'intéressent à la chose puplique.

A elle observé que si ceux qui s'intéressent à h chose publique eussent entendu protéger le départ du Roi et de la famille roya'c, le départ auroit été public, auroit été annoncé, el se seroit fait le jour et non la nuir, qu'il faut croire, au contraire, qu'il n'y avoit que les ennemis de la chose, publique qui vouloient favoriser ce départ pouf occasionner une guerre civile ou toute autre guerre.

A dit que comme elle n'est pas ennemie de la chose publique, elle n'a pas porté là sa pensée, et qu'elle a imaginé que cette précaution étoit nécessaire pour la sortie de Paris.

A elle encore représenté que s'agissant ici du salut de l'Empire, elle doit nous dire, comme amie de la chose publique, ainsy qu'elle se dit être, si elle a connoissance de ceux qui ont conseillé d'enlever Monsieur le Dauphin ; quels sont ceux qui y ont concouru •„ quels en sont les complices, fauteurs et adhérens; quelles étaient les vues ultérieures soit du Roi et de la Reine, soit des émigrans françois, soit des puissances étrangères, lorsque le Roi et sa famille seroient parvenus dans le lieu qu'ils avoient choisi pour retraite. Sommée également de s'expliquer à cet égard.

A dit qu'elle n'a nulle indication à donner sur cela.

A elle observé que le départ de la famille royale étoit si peu suggéré par les amis de la chose publique, qu'on s'est enveloppé du plus grand mystère pour la faire réussir, et que les vrais amis de la chose publique ont pris et fait prendre toutes les précautions pour empêcher l'effet de ce départ et ses suites.

A dit que le mystère du départ lui a paru nécessaire pour la sortie de Paris, et qu'elle Ta crû indiqué par les protecteurs de la chose publique ; qu'elle a été tranquilisée par la facilité avec laquelle elle a passé; qu'elle a été d'autant plus confirmée dans cette idée, qu'une fois hors de Paris et au grand jour, elle a vu les princesses, sans le voile qui tiennent aux chapeaux des femmes, se laisser voir, le Roi descendre en plein jour au relais d'une poste, et rester dehors plus que 1c teins nécessaire à son besoin, sans qu'il y eut célérité ni demande de célérité dans le service des postes; que quant aux précautions

prises, elle n'en a eu connoissance et n'a pu le savoir qu'après l'arrestation. ^

Comment le Roi étoit vêtu, et s'il avoit sur son habit toutes les marques extérieures de distinction.

A dit qu'elle n'a pas vu au Roi de marques extérieures de distinction; qu'il avoit sur la tête un chapeau rond, et qu'elle ne se ressouvient pas de quelle couleur étoit son habit.

Si la Reine avoit dans sa voiture les vêtemenls ordinaires à son sexe et comment elle étoit vêtue.

A dit qu'elle avoit les vêtements ordinaires à son sexe : un chapeau noir sans voile, une robe de scie grise, autant que la répondante peut se le rappeller, et un mantelet noir.

A elle représenté qu'ayant dit précédemment que très-ordinairement sa voiture se trouvoit la première au relais, il ne paroit pas vraisemblable qu'elle ait ignoré quel devoit être le terme de son voyage.

A dit qu'arrivant la première, elle n'est jamais partie que l'autre voiture étant prête à partir; que jamais elle n'a dit au postillon d'aller à telle poste; ce qui lui a fait présumer que vraisemblablement les couriers indiquoient la route et payoient les frais de la poste.

A l'instant, la répondante se rappelle qu'elle s'est trompée en disant tenir de la Reine l'invitation de partir promptement, observant qu'il y avoit plusieurs momens que la Reine avoit quitté l'entresol lors que deux voix lui ont dit de se dépêcher; qu'elle met de la délicatesse à indiquer les personnes qui lui ont fait cette invitation, craignant de se tromper.

Si elle a connoissance que le Roi, la Reine et la famille royale soyent partis du château avant elle répondante ; comment ils en sont sortis ; s'ils ont pris la voiture dans la cour même, ou s'ils sont allés à pied la prendre dans un endroit indiqué, et quel est cet endroit.

A dit qu'étant partye avant la famille royale, elle ne sçait comment la famille royafle est sortye.

Lecture à elle faite du présent interrogatoire, y a persisté et déclaré ycelui contenir vérité

(cotée 3.)

Interrogatoire fait par nous

Contre la dame Bruni er, détenue en étal d'arrestation es prisons de l'Abbaye.

En éxecution du décret de l'Assemblée nationale du vingt six juin dernier.

Auquel interrogatoire nous avons procédé en la chambre iL conseil des prisons de l'Abbaye, où nous nous sommes transport 's, en présence

Du mardy cinq juillet mil sept cent quatre vingt onze au malin.

Fuit venir de sa prison la dame Brunier, laquelle a dit se nommer Antoinette Chapuy, épouse de Pierre Edouard Brunier, médecin des enfants de France, elle première, femme de chambre de Madame, 011e du Roy, âgée de cinquante sept ans, native de Trévoux, demeurante à Versailles, au grand commun, élizant domicile au greffe de sa prison.

Interrogée si elle est de service toute Tannée auprès de Madame.

A dit que non ; qu'elle n'y est que deux mois l'un, et qu'elle éloit de service au mois de juin dernier.

En quoi consiste ce service ? *

A dit qu'il consiste à habiller la princesse, la garder la nuit, coucher auprès d'elle, l'accompagner à la promenade quand elle n'est pas avec ses parens, l'assister à ses repas, la suivre toutes les fois qu'elle sor de Paris, quelque petit voyage qu'elle fasse.

Si elle est restée dans la chambre de Madame, quand elle a été couchée, le lundy vingt juin dernier.

A dit que oui ; qu'elle couche à côté d'elle.

Si la répondante s'est couchée ce jour là.

A dit que non ; qu'elle n'étoit seulement pas déshabillée.

Quel habit la répondante avait le jour du départ.

A dit qu'elle avoit une robe de taffetas gros bleu, la même qu'elle a voit mise le matin, ne s' étant pas deshabillée.

Quel jour, comment et par qui la répondante a été instruite du départ du Roy, de la Heine et de ta famille royale.

Avant de répondre à la question, la répondante a dit que la porte de la chambre de Madame, où elle étoit, étoit fermée ; que la répondante n'étoit point encore passée dans la sienne qui est à la proximité, quand Madame lui dit que Ton frapoit à la porte ; que la répondante a eu de la peine à ouvrir, et que c'est après avoir entendu la voix de la Reine qu'elle a ouvert ; que la Reine étant entrée lui a ordonné de lever Madame, de l'habiller sur le champ et de la descendre en bas dans la chambre de Monsieur le Dauphin, en lui disant qu'elle, repondante, alloit partir avec Madame de Neuville.

Si elle savoil où elle alloit.

A dit que non ; que Ton lui dit qu'elle iroit à Claye, et que là elle altendroil d'autres ordres; qu'on ne lui a pas même donné le tems de voir son mari ni ses enfants qui étoient à deux pas de la .

Si elle n'avoit pas des soupçons violents et même des certitudes du départ du Roi et de la famille royale bien antérieurement à l'époque dont elle vient de parler.

A dit qu'elle n'en avoit point .

A elle observé que cependant il se leuoit depuis longtemps chez la Ueinc des assemblées extraordinaires et des comités de jour ou de naît ; que l'on a renvoyé ou conduit au couvent une jeune personne qui servoit de compagnie à Madame, fille du Roi ; que l'on faisoit aussi des préparatifs d'un long voyage, et l'avons sommée de s'expliquer sur ces circonstances.

A dit qu'elle n'est jamais chez la Reine que pour y conduire Madame qu'elle y dépose et qu'elle s'en retourne sur le champ ; qu'elle ne voit ni n'entend rien ; ajoute la répondante qu'elle a appris que la demoiselle Lambriquet devoit aller à la campagne.

Quel jour la demoiselle Lambriquet est partie pour la campagne.

A dit qu'elle croit, sans pouvoir l'affirmer, que c'est le lundi.

Si elle n'a pas connoissance que la Reine élevoit auprès de Monsieur le Dauphin une demoiselle Zoé, et si elle sait quel jour elle est partie.

A dit qu'elle a connoissance d'une demoiselle Zoé que la Reine élevoit, mais qu'elle ne sait pas quel jour elle est partie.

A elle représenté qu'il ne paroît pas qu'elle dise la vérité, lorsqu'elle annonce n'avoir pas scu le départ du Roi .et de la famille royale avant le vingt juin, puisqu'elle a dû voir bien antéiieu renient

que l'on s'occupoit à faire des paquets et des malles ; qu'il y avoit differens messages, des allées et des venues dans le château pour transporter au dehors beaucoup d'effets, notamment le nécessaire de la Reine et son portefeuille.

À dit que se tenant continuellement dans sa chambre, elle n'a vu faire aucun paquet, ni enlever aucunes malles et autres effets ; qu'elle affirme ces faits en son âme et conscience.

À elle demandé si elle a été chargée de faire faire, ou de veiller à ce que Ton fil des paquets pour Madame, fille du Roi, en linge, robes, et autres choses nécessaires à son usage personnel.

A dit que non ; que Madame est partie avec son mouchoir dans sa poche.

Si elle à connoissance d'une robe de Madame, fille du Roi, donnée à Madame Thibaut, première femme de chambre de la Reine, le samedi dix huit juin dernier, pour servir de modèle aune robe de voyage que la Reine vouloit faire faire pour Madame, sa fille.

À dit que non.

Si elle a connoissance d'une robe commandée sur ce modèle par Madame Thibaut, le dit jour samedi dix huit juin, à une ouvrière qui n'avoit jamais travaillé pour Madame, fille du Roi, à laquelle Madame Thibaut dit que c'étoit un présent que la Reine vouloit faire à une demoiselle de la taille de Madame, sa fille, en recommandant à la ditte ouvrière la plus grande diligence, laquelle robe fut effectivement livrée à Madame Thibaut le lundi vingt juin, à midy.

A dit qu'elle n'en a nulle connoissance.

A elle demandé si elle a connoissance d'une robe de toite merde d'oie qui n'étoit pas dans la garde robe de Madame, fille du Roi, avant le lundi vingt juin, et qu'elle a cependant emportée dans sa route.

A dit qu'elle n'en a point connoissance.

A elle représenté un échantillon de toile peinte fond merde d'oie, à fond bleu et blanc et à feuillage verd et jaune ; sommée de déclarer si elle n'a pas vue Madame, fille du Roi, vêtue d'une robe pareille dans sa route.

A dit qu'elle n'a point connoissance de quelle robe Madame étoit vêtue pendant la route ; qu'elle sait seulement que lorsqu'elle s'est levée, elle étoit en blanc, sans cependant pouvoir l'assurer.

Si Madame, fille du Roi, a parue surprise qu'on la fit lever aussitôt qu'elle a été couchée.

A dit que oui.

Qu'est-ce qui a élé chargé de faire les malles pour Madame ?

A dit qu'elle n'en sait rien.

Qu'est-ce qui a fait les malles de la répondante ?

A dit qu'elle n'avoit point emporté d'effets, et que par conséquent elle n'avoit point de malles

Quelle heure il pouvoil être lorsqu'elle est sortie du château des Thuilleries la nuit du vingt au vingt un juin dernier ; avec qui elle est sortie, par quelle issue ; et qu'est-ce qui a ouvert les portes.

A dit qu'elle croit qu'il n'étoit pas encore unze heures ; que la répondante est descendue avec Madame chez Monsieur le Dauphin ; qu'elle y a trouvé Madame de Neuville et Madame de Tourzel ; que de cet appartement la répondante avec Madame de Tourzel, Madame de Neuville et les enfants, se sont reudus dans une pièce à l'entresol, dont la répondante ne peut dire à quel appartement il avoisioe, n'ayant jamais vu le dit entresol auparavant; que de cet entresol, la répondante et Madame de Neuville sont remontées pour redescendre ensuite par le petit escalier dans la cour des Princes, et que toutes les portes étoient ouvertes comme de coutume. La répondante déclare ne pouvoir faire d'autre description du local que celui qu'elle, vient de donner; ajoute qu'elle ne connnoitpas l'appartement de M. de Villequier; ajoute encore la répondante qu'elle est descendue dans la cour, ainsi que Madame de Neuville, accompagnée d'un particulier.

Sommée de nous dire le nom, h qualité et demeure de ce particulier.

A dit quelle n'en sait rien ; qu'il est d'une taille moyenne ; ne peut pas dire quel étoit son habillement.

Gomment elle a pu se laisser conduire par un homme qu'elle ne connoissoit pas.

A dit qu'il falloit obéir, parce que c'étoit ordonné ; ne se ressouvient par qui.

S'il y avoit des sentinelles en faction aux différentes portes du château par où elle est passée.

A dit que oui.

Combien il y en avoit.

A dit qu'elle ne peut assurer combien il y en avoit.

Si les gardes se sont opposés* à son passage, et à celui de la dame de Neuville et du particulier qui les accompagnoit.

A dit que non.

S'il y avoit une sentinelle à la porte de sortie sur la cour des Princes.

A dil qu'elle crait qu'il, y en avoit.

Si, parvenue à la cour des Princes, elle en est sortie à pied ou en voilure.

A dit qu'elle en est sortie à pied.

Sortie de la cour des Princes, où elle a été avec la dame de Neuville et le particulier qui les accompagnoit.

A dit qu'elle a été à pied avec Madame de Neuville et le particulier de l'autre côté du pont Royal, où étoit une voiture dans laquelle la répondante et Madame de Neuville sont montées, et que le particulier les a laissé là sans leur rien dire.

Quelle étoit la voiture dans laquelle elle est montée.

A dit que c'éloit un cabriolet à deux places.

Qu'est-ce qui avoit fait tenir là celte voiture.

A dit qu'elle n'en sait rien.

S'il y avoit un postillon.

A dit qu'oui.

Si c'étoient des chevaux de postes qui étoient à la voilure.

A dit que c'étoient des chevaux de louage, et qu'elle ne connoit pas le postillon.

Jusqu'à quel endroit celle voiture la conduit.*

A dit jusqu'à Clayes.

Si, arrivée à Clayes, elle est partie sur le champ.

A dit que non ; qu'elle est restée environ une heure et demie devant la porte de la poste ; que le postillon a dételle ses chevaux, s'est fait payer par la répondante vingt quatre livres pour les chevaux et six livres pour botre ; que ce n'est que comme contrainte que la répondante et Madame de Neuville ont donné cette somme.

Qu'est-ce qui a dit à la répondante d'aller au bout du pont Royal, de là à Clayes, et d'altendre dans ce dernier endroit.

A dit que c'est le particulier qui Ta conduite au bout du pont; qu'elle ne se rappelle pas bien qui, de la Reine ou de Madame de Tourzel, lui a dit et à Madame de Neuville d'aller à Claye, et là d'attendre.

Après l'avoir attendue, qu'est-ce qui l'a décidée à repartir, et avec quels chevaux elle est repartie.

A dit que c'est un homme à cheval qui est arrivé, qui a dit è± elle répondante et à Madame de Neuville de partir sur le champ avec les chevaux de poste que l'on a mis à leur voiture, et d'attendre à la première poste ; qu'elle a entendu derrière elle une voiture arriver.

Quelle éloit la voilure qui étoit derrière elle, et si elle soupçonnoit qui éloit dedans.

A dit qu'elle soùpconnoit que c'étoit la famille royale.

À elle réprésenté que la voiture où étoit la famille royale, arrivée après elle, est partie auparavant ; qu'au moment où elle est parlie, elle ou Madame de Neuville a donné ordre au postillon de passer la voiture pour faire préparer les chevaux.

À dit qu'elle ne peut affirmer si elle est parlie avant ou après la voilure où éloit le Roi et sa famille ; peut seulement affirmer qu'elle ou Madame de Neuville n'a jamais donné d'ordre de préparer des chevaux.

S'il y avoit des postillons qui alloient en avant et combien il y avoit de postillons.

A dit qu'il y en avoit toujours un qui alloit en avant, et qu'il y avoit trois postillons.

Si elle connoit ces trois postillons.

A dit qu'elle ne les avoit jamais vu ; qu'elle ne les a vu que dans la route.

Si elle sait leurs noms et leurs qualités.

A dit que non.

Si elle a connoissance de ceux ou de celui, qui ont favorisé la fuite du Roi et de la famille royale.

A dit qu'elle n'en a aucune. *

Pour quel pays le voyage étoit entrepris.

A dit qu'elle n'a scu qu'à Varennes que le Roi et la famille royale alloient à Montmedy ; ne peut assurer si c'est le Roi qui l'avoit annoncé.

Si Ton s'est arrêté sur la route, et si l'on a rencontré quelqu'un.

A dit que le Roi est descendu à une poste pour satisfaire un besoin ; ne scait quel est l'endroit, et que le Roi a parlé à quelqu'un que la répondante croit attaché à la poste ; que du reste elle n'a rencontré personne.

Qu'est-ce qui a fait l'arrestation de sa voiture et de celle où étoit le Roi ; en quel lieu s'est fait celte arrestation et à quelle heure.

A dit qu'elle ne sait qui a arrêté sa voiture ni celle du Roi, attendu l'obscurité ; que celte arrestation s'est faite à Varennes par des gardes nationales, la nuit étant formée.

Si elle a rencontré des troupes sur la roule.

A dit que non ; que seulement à Sainte Meonehould elle a vu des gardes nationaux qui se promenoienl.

A elle représenté qu'au moment de l'arrestation, des hussards et des dragons ont paru pour proléger le passage, et que les hussards et dragons n'ont posé les armes que lors qu'ils ont vu déployer une force suffisante pour les contenir.

A dit qu'elle ne peut répondre à la question, parce que, descendant dans un cabaret au moment de l'arrestation, elle répondante s'est trouvée saisie de frayeur ; qu'on la gardoit et qu'elle ne pou voit voir ce qui se passoit au dehors.

A elle représenté qu'en se prêtant à l'évasion du Roi et de la famille royale, elle a dû sentir qu'il on pouvoit résulter les suites les plus fâcheuses, car il pouvoit arriver ou que le Roi et Monsieur le Dauphin fuyant dans l'ombre de la nuit et du mystère, fussent attaqués sur la route et périssent ; ou qu'il s'engageât un combat et que tous deux en fussent victimes ; ou qu'en supposant l'un et l'autre arrivés sain et sauf, soit chez l'étranger, soit sur les frontières, la France se trouvant alors privée du Roi et du présumptif héritier de la couronne, fut livrée à l'anarchie la plus cruelle ; ou enfin que la. Nation, donnant à l'univers, comme elle Ta donné en effet, dans une circonstance aussi critique, l'exemple d'une union parfaite entre tous ses membres, les ennemis de la chose publique ayant en leur pouvoir le Roi et le Dauphin, risquassent une guerre ÎDjuste contre la Nation pour lui enlever, s'il étoit possible, ses droits à la liberté ; bien pénétrée de ces conséquences, la répondante n'auroit-elle pas dû donner avis de la fuite du Roi et de la famille royale. Sommée de s'expliquer à cet égard.

A dit qu'elle ne savoit rien du tout ; qu'elle a reçu ordre à l'instant de partir sans avoir le te m s de faire aucunes reflexions ni aucunes objections, et qu'elle n'a pu qu'obéir; qu'elle n'a pas même eu le tems de voir son mari ni ses enfans.

A elle encore représenté que son silence peut parottre d'an tant moins excusable, principalement sur l'enlèvement de Monsieur le Daa' phin, qu'elle ne peut ignorer qu'il appartient encore plus à la Nation qu'à sa famille.

A dit qu'ayant toujours été dans une f arfaite ignorance de l*ol>jel du voyage, Monsieur le Dauphin n'étant pas confié à ses soins., el étant même par état obligée d'obéir au premier ordre sans explicaii°n quelconque, son silence ne peut ni ne doit paroitre extraordinaire sur le départ du Roi et de la famille royale.

A elle encore réprésenté que s'agfcsant ici du salut de l'Empire, au*

cun respect ne doit l'empôcher de parler ; qu'elle doit nous dire loyalement si elle a connoissance de ceux qui ont conseillé d'enlever Monsieur le Dauphin ; quels sont ceux qui y ont concouru ; quels en sont les complices, fauteurs et adhérans ; quelles étoient les vues ultérieures soit du Roi et de la Reine, soit des émigrans François, soit des puissances étrangères, lors que le Roi et sa famille seroient parvenus dans le lieu qu'ils a voient choisi pour retraite. Sommée encore de s'expliquer à cet égard.

A dit qu'elle n'a jamais entendu dire la moindre chose sur cet événement ; qu'elle a seulement entendu dire au Roi, à Varenues, qu'il ne vouloit pas aller plus loin que Montmédy, d'où il se proposoit de parcourir les différentes parties parties du royaume ; que c'est là sa réponse loyale et franche.

A elle demandé si le propos qu'elle dit avoir entendu tenir par le Roi a été tenu au moment de l'arrestation ou après.

A dit qu'elle ne peut en déterminer le moment, mais qu'elle croit que c'est après l'arrestation.

Avons obmis de demander à la répondante, lorsqu'il étoit question des vêtemens de Madame, fille du Roi, qui a fait demander dans le courant de la semaine antérieure à celle du départ une robe en chemise et deux chemises dont une de jour et l'autre de nuit pour Madame, fille du Roi, et l'avons interpellée de repondre à cette question. »

A dit qu'elle n'en a nulle connoissance.

Si elle a connu les causes des divers changemens faits dans l'appartement de Madame, fille du Roi, et tels que Mademoiselle Schliek, femme ordinaire auprès de Madame, au lieu de coucher auprès de Madame, s'en est trouvée séparée par trois pièces.

A dit que ce logement n'a été changé que pour la salubrité de l'air, procurer à Madame une chambre d'étude et une salle à manger formant antichambre, et à chacune des femmes un peu plus de logeinont, ainsi qu'aux valets de pieds.

Depuis quand ces changements ont été faits.

A dit qu'ils ont été commencés depuis que le Roi est à Paris, et ont été finis au mois de juin dernier.

Avons annexé au présent procès verbal l'échantillon de toilie peinte dont il est parlé au présent interrogatoire, enveloppé dans une bande de papier et sur laquelle nous avons apposé le cachet du tribunal ; et l'enveloppe a été paraphée par. la dame Brunier, par nous, notre greffier et les adjoints.

Lecture du présent interrogatoire à la ditte dame Brunier, a dit icelui contenir vérité, y a persisté

(cotée 5.)

Interrogatoire fait par nous . . .

Contre la dame de Tourzel , en état d'arrestation au château des Thuilleries.

En exécution du décret de l'Assemblée nationale du vingt six juin dernier.

Auquel interrogatoire nous avons procédé dans l'appartement de la ditte dame de Tourzel, donnant sur la cour Royale, où nous nous sommes transportés, en présence

Du mercredi 'six juillet mil sept cent quatre vingt onze au matin.

Fait avertir la dame de Tourzel de se transporter dans le sallon de son appartement où elle s'est rendue. Laquelle a dit s'appeller Louise Elisabeth Félicité Françoise Armande Anne Marie Jeanne Joséphine de Croy d'Havre, veuve de Louis François Leboucher de Sourches de Tourzel, gouvernante des enfants de France, âgée de quarente deux ans, demeurante à Paris, au château des Thuilleries, où elle élit son domicile.

Interrogée si elle a un service toutte l'année auprès des enfants de France

A dit qu'oui.

En quoi consiste ce service.

A dit qu'il consiste à veiller sur la personne de Monsieur le Dauphin, et surveiller toutes les personnes qui sont attachées au service des enfants de France.

Si elle a entretenu, longtems avant le vingt janvier dernier, une correspondance avec les cy devant gardes du corps.

A dit que jamais.

Si elle connott le sieur Durepaire, ci devant garde du corps ; si elle l'a vu à l'époque du vingt juin, et s'il est un de ceux avec lequel elle a correspondu.

À dit qu'elle connoit le S. Durepaire ; qu'il y a à peu prés trois mois qu'elle ne l'a vu, et qu'elle n'a correspondu avec aucuns des cy devant gardes du corps.

Si elle a connnissance, longtems avant le vingt juin, qu'U se tenoit chez la Reine, de jour et de nuit , des assemblées extraordinaires, ou des comités particuliers.

A dit qu'elle n'en a aucune connoissance.

Quel jour, comment et par qui elle a été instruite du départ du Roi et de la famille royale.

A dit qu'elle en a été instruite le lundi, jour du départ , par le Roi et la Reine, qui lui ont donné leurs ordres.

A elle observé qu'elle a dû en être instruite beaucoup plus tôt, car, étant journellement au château, elle a dû voir des préparatifs d'un long voyage, faire des paquets et des malles, transporter au dehors beaucoup d'effets de l'appartement de la Reine, nottament son nécessaire et son portefeuille. Sommée de s'expliquer sur tous ces détails.

A dit qu'étant malade depuis cinq semaines et ne sortant presque pas de son appartement, elle n'a pu voir aucun préparatif de voyage, ni rien voir transporter du dedans au dehors.

A elle encore observé que cependant elle a dû veiller, même commender que l'on fit des paquets pour Monsieur le Dauphin et pour Madame, fille du Roi, en linge, habits, robes et autres objets à leur usage personnel.

A dit que la Reine s'est chargée de tous ces objets là, et qu'elle ne s'est mêlée de rien ; qu'elle ne s'est pas même précautionnée pour Je voyage pour ce qui étoit personnel à elle répondante, si ce n'est quatre mouchoirs qu'elle a pris le jour du départ.

Si elle a connoissance d'un habit et d'une chemise de Monsieur le Dauphin donnés à Madame Thibaut, première femme de la Reine, dans la semaine qui a précédé le départ.

A dit qu'elle n'en a point connoissance, si ce n'est que la Reine lui avoit demandé un habit de Monsieur le Dauphin, sans savoir à quelle époque ni pourquoi ; lequel habit la répondante a remis à la Reine.

Si elle sait que l'objet du déplacement de cet habit et de cette chemise était pour avoir de quoi vêtir Monsieur le Dauphin à l'insçu de tous les gens de son service, au moment de son départ, ou pour servir de modèle à un autre habit qu'on vouloit lui faire faire afin de le dépayser pendant sa route.

A dit qu'elle a trouvé chez la Reine tout ce qui étoit nécessaire pour

habiller Monsieur le Dauphin, et qu'elle ne s'est point embarrassée qui avoit fait passer à la Reine les vêtements de M. le Dauphin.

Si elle sait comment étoit habillée Madame , fille du Roi , dans la voiture.

A dit qu'elle étoit habillée avec une robe d'indienne.

A elle représenté l'échantillon de toile peinte fond merde d'oie, sommée de déclarer si elle n'a pas vue Madame, fille du Roi, vêtue d'une robe pareille dans sa roule.

A dit qu'elle ne peut pas décider si c'est là l'échantillon de la robe qu'avoit Madame.

Cet échantillon ayant été paraphé sur le papier auquel il est joint avec le cachet du tribunal, avec la dame Brunier et la dame de Neuville interrogées avant la répondante, icelle répondante a signée le dit paraphe.

A elle demandé si les tailleurs ou couturières employées ordinairement pour les vêtements de Madame sont ceux qui ont fait la robe dont Madame étoit vêtue le jour du départ.

A dit qu'elle n'en sait rien.

Si elle a connoissance quel pouvoit être l'objet du déplacement fait dans la semaine antérieure à celle du départ, d'une robe en chemise et de deux chemises dont une de jour et une de nuit, pour Madame, fiUc du Roi.

A dit qu'elle n'en a eu aucune connoissance.

Si elle sait que la Reine prenoit soin d'une jeune personne nommée la demoiselle Lambriquet, qui étoit auprès de Madame, fille du Roi-

A dit qu'oui.

Si la Reine n'a pas envoyé cette jeune personne au couvent , le d*x neuf juin ; par qui et pourquoi.

A dit qu'elle ignore ces faits.

Si elle a connoissance du départ de la jeune Zoé, que la Reine f**" soit elle même élever et qui étoit fréquemment auprès de Monsieur Je Dauphin; si ce départ a eu lieu le lundi vingt juin dernier, etpourqu01-

A dit que la jeune Zoé n'étoit point auprès de Monsieur le Dauphin que Monsieur le Dauphin la voyoit chez la Reine et qu'elle sait que celle jeune personne a été mise au couvent, mais ne se rappelle le jour, et que la cause pour laquelle cette jeune personne a été mise au couvent ne regarde pas la répondante.

A quelle heure, le vingt juin dernier, Monsieur le Dauphin s'est couché.

A dit qu'il s'est couché à neuf heures, son heure ordinaire, dans son lit et au château.

Qu'est-ce qui a donné Tordre de le faire lever peu de tems après son coucher, le même jour vingt juin?

A dit qu'elle a reçu Tordre dans le courant de la journée, du Roi et de la Reine, de faire lever Monsieur le Dauphin sur les dix heures ou environ ; que la répondante a été en prévenir Madame de Neuville à cette heure même, et que, pendant qu'on levoit Monsieur le Dauphin, la Reine est venue pour le prendre et Ta mené dans son appartement.

Où a-t-on conduit Madame, fille du Roi, après son lever?

A dit qu'on Ta conduite dans l'appartement de la Reine, avec Monsieur le Dauphin.

Si Mesdames Neuville et Brunier n'ont pas conduit Monsieur le Dauphin et Madame, fille du Roi, à l'appartement de la Reine, et même si elles n'ont pas été obligées d'attendre tous ensemble à un entresol.

A dit que les dames Neuville et Brunier ont conduit Monsieur le Dauphin et Madame, mais que, dans l'état de trouble où elle répondante étoit, elle ne sait pas ce qu'elles sont devenues.

A quelle heure Madame, fille du Roi, a été levée.

A dit qu'elle présume qu'elle a été levée à la même heure que Monsieur le Dauphin.

Comment et à quelle heure Madame Elizabeth a été joindre le Roi et la Reine.

A dit qu'elle n'en sait rien.

Si Madame Elizabeth se couche habituellement en même temps que le Roi et la Reine.

A dit qu'elle n'en sait rien. Le service de Madame Elizabeth lui étant totalement étranger, elle ignore ce qui se passe chez elle.

Si elle a connoissance que Madame Elizabeth se soit couchée le vingt juin.

A dit qu'elle n'en sait rien.

Si Mesdames Brunier et Neuville sont parties seules le vingt juin dernier, avant le Roi et la famille royale , et quelle heure il pouvoit être.

A répondu que comme elle ne les a pas vu partir, elle ne sait pas si elles sont parties seules et même les premières ; ne sait pas non plus l'heure.

Qu'est-ce qui a donné Tordre de les faire partir ?

A dit qu'elle ne le sait pas.

Qu'est-ce qui leur a livré passage ; d'où sont-elles parties : est-ce de l'appartement de la Reine ou de l'entresol ; qu'est-ce qui les a conduites; comment sont-elles parties; est-ce à pied, est-ce en voilure; quel est le nom de leur conducteur ?

A dit qu'elle est dans l'impossibilité de répondre à tous ces détails, parce qu'elle n'en sait rien.

Dans quelle chambre on s'est réuni au moment du départ, savoir: le Roi, la Reine, Madame Elizabeth, les enfants de France, et elle répondante.

A dit qu'elle n'a pas connoissance de l'endroit où l'on s'est réuni ; qu'elle est partie du cabinet de la Reine, la porte lui ayant été ouverte par la Reine, à ce qu'elle croit, en conduisant avec elle répondante Monsieur le Dauphin et Madame, fille du Roi, ne pouvant pas dire si, au moment de son départ, le Roi y étoit.

Quelle heure il étoit au moment de sa sortie du château ; par quelles issifês ; quel a été le conducteur.

À dit qu'elle présume qu'il étoit unze heures un quart lors qu'elle est sortie du château ; qu'en sortant du cabinet de la Reine elle a pris un corridor qui lui étoit parfaitement inconnu et qui l'a conduite vers la porté de l'appartement de Monsieur de Villequier, donnant sur la cour des Princes; qu'il y avoit un homme, dont elle ignore le nom, la qualité et la demeure , qui donnoit la main à Monsieur le Dauphin, et qu'elle répondante donnoit la main à Madame, fille du Roi ; que c'est ainsi que tous quatre sont sortis, à partir du cabinet de Ta Reine jusqu'à une porte ouvrante sur la cour des Princes ; observe la répondante qu'étant toute troublée dans ce moment, elle ne peut pas donner une certitude parfaite sur la réponse qu'elle vient de faire.

Comment étoit vêtue la personne qui donnoit la main à Monsieur le Dauphin, et qui marchoit probablement devant elle.

A dit que, dans son état de trouble et d'indisposition, elle n'a pu remarquer l'habillement, d'autant mieux que le corridor n'étoit point éclairé. Ajoute qu'elle ne sait pas même si c'étoit un homme ou une femme qui faisoit la conduite.

Si elle a connoissance qu'il ait été fait de doubles clefs de l'appartement de Monsieur de Villequier , la semaine antérieure au départ; qu'est-ce qui les a commandées, et si c'est par cet appartement qu'elle est sortie avec les enfants de France.

A dit qu'elle n'a aucune connoissance des clefs ; observe qu'on lui a dit qu'elle étoit passée avec les enfants de France par l'appartement de

Monsieur de Yillequier, dont elle croil avoir elle-même ouvert la porte, qui néloit fermée qu'au loquet.

Arrivée dans la cour des Princes, si elle en est sortie à pied ou en voiture avec les enfants de France.

A dit qu'elle en est sortie en voilure.

Qu'est-ce qui a mis les enfants de France dans la voiture, et qu'estce qui lui a donné la main pour y monter.

A dit qu'elle croit que c'est le cocher, mais n'en est pas bien sure.

Quelle étoit cette voiture, et comment le cocher étoit-il vêtu?

A dit qu'elle avoit l'air d'un remise, et que le cocher étoit vêtu d'une redingotte dont elle ne peut dire quelle etoitla couleur.

Où cette voiture l'a conduite.

A dit au Carousel.

Qu'est-ce qui a donné l'ordre de placer une voiture dans la cour des Princes, à la porte de l'appartement de M. de Yillequier, et qu'est-ce qui a donné l'ordre de conduire la voiture sur la place du Carousel ?

A dit que les ordres étoient donnés d'avance, et qu'elle ignore qui les avoit donnés.

Chargée spécialement de Monsieur le Dauphin, et responsable de sa personne à la Nation, comment elle a pu se prêter à l'enlèvement de Monsieur le Dauphin, et surtout se laisser conduire par une personne qu'elle ne connoissoit pas, et dans un endroit dont Tordre étoit donné, sans pouvoir nous déclarer par qui il étoit donné.

A dit qu'elle a suivie l'ordre que le Roi lui a donné positivement, en répondant aux personnes que le Roi ne lui a pas nommées.

Y avoit-il une sentinelle, soit dans le château, soit dans les cours, aux différents postes devant lesquels elle est passée ; y avoil-il surtout une sentinelle à la porte de sortie de l'appartement de Monsieur de Yillequier, donnant sur la cour ?

A dit qu'il y avoit des sentinelles aux différents postes comme à l'ordinaire, mais qu'il n'y en a jamais eu à la porte de sortie de l'appartement de Monsieur de Yillequier, sur la cour.

S'il y avoit dans la cour différents officiers de la garde nationale qui se promenassent au moment de sa sortie, et à peu de distante de la porte de sortie de l'appartement de Monsieur de Yillequier.

A dit qu'elle n'a rien trouvé d'extraordinaire dans la cour, et qu'elle n'a pas apperçu des officiers se promener.

Combien elle a attendu de tems sur la place du Carousel.

A dit qu'elle croit avoir attendu environ trois quart d'heures.

Qu'est-ce qui veilloit sur la voiture, en altendant?

A dit que c'ctoit le cocher.

S'il n'y avoit pas autour de la Toiture quelques personnes pour en assurer la tranquilité.

A dit qu'elle n'a vu personne, et qu'elle ignore s'il avoit été pris des précautions à cet égard.

Après avoir attendu trois quart d'heures, qu'est-ce qui est venu la rejoindre-.

A dit que c'est Madame Elizabeth, le Roi et la Reine, tous trois successivement et à peu d'intervale.

Si elle a connoissance de quelle manière le Roi, la Reine et Madame Elizabeth sont sortis du château, et si tous trois sont venus rejoindre la répondante en voiture ou à pied.

A dit qu'elle n'a aucune connoissance de la manière dont ils sont sortis du château, mais que tous trois sont venus la rejoindre à pied.

A elle observé que le projet de départ avoit été concerté d'avance; qu'il seroit possible qu'elle eut connaissance, lors de la réunion dans la voiture, ou même auparavant, de quelle manière le Roi, la Reine et Madame Elizabeth étoient sortis du château.

A dit qu'elle n'a point eu connoissance du projet, et qu'on ne s'est point entretenu dans la voiture du comment le Roi, la Reine et Madame Elizabeth étoient sortis du château ; qu'il a seulement été dit qu'ils avoient traversé les cours.

A elle demandé si à l'arrivée du Roi, de la Reine et de Madame Elisabeth auprès de la voiture où elle étoit, ils y sont montés successive ment, et si la voiture étoit assez grande pour contenir srx personnes.

A dit qu'oui.

Qu'est-ce qui a accompagné successivement Madame Elizabetb, le Roi et la Reine, et qu'est-ce qui les a aidé à monter dans la voiture?

A dit que Madame Elizabeth est arrivée seule; que le cocher loi a ouvert la voiture ; que le Roi et la Reine étoient accompagnés de chacun un courier.

Gomment étoient vêtus les couriers, et comment se nommoient-il*?

A dit' qu'elle ne le scait pas, et qu'elle ne sait pas leurs noms.

Comment étoit vêtu le Roi lorsqu'il est monté dans la voiture?

A dit qu'il avoit un frac brun, un gilet et un chapeau rond.

S'il avoit sur son habit les marques extérieures de distinction.

A dit qu'elle ne le croit pas, et qu'il lui a semblé que non.

S'il les a pris sur la route.

A dit que non.

Si Monsieur le Dauphin avoit son cordon bleu.

Où la voiture l'a-t-elle conduite, de la place du Carousei?

A dit qu'elle Ta conduite sur le chemin de Bondi, sans pouvoir dire par quelles rues.

Combien y avoit-il de chevaux à cette voiture ?

A dit qu'il y en avoit deux.

A qui appartenoient les chevaux ?

A dit qu'elle l'ignore.

Arrivée sur le chemin de Bondi, a-t-on changé de voiture et relayé ?

A dit qu'oui.

Quelle étoit cette voiture dans laquelle la famille royalle et elle sont montés.

A dit que c'est une voilure plus commode, que c'est la même qui a ramené ici la famille royale.

Combien y avoit-il de chevaux à cette voiture?

A dit qu'elle croit qu'il y en avoit quatre.

Si c'éloient des chevaux de poste, ou des chevaux bourgeois.

A dit qu'elle croit que c'étoient des chevaux bourgeois, sans pouvoir l'affirmer, parce qu'il faisoit nuit.

Si elle a connoissance des personnes qui ont donné l'ordre de tenir un relais et une voiture sur le chemin de Bondi, et quel étoit le particulier qui étoit sur le siège du cocher.

A dit qu'elle n'a point de connoissance de la personne ou des personnes qui ont donnés l'ordre, et qu'elle ne connoit pas le particulier qui avoit conduit la voiture.

En partant du Carousei jusqu'au chemin de Bondi , s'il y avoit des couriers qui accompagnoient la voiture.

A dit qu'elle croit que les couriers étoîent derrière la voiture, sans pouvoir l'assurer.

Combien y avoit-il de couriers ?

A dit qu'alors il n'y en avoit que deux.

Sommée de nous déclarer leurs noms, qualités et demeures.

A dit qu'elle a déjà repondu qu'elle ne les connoissoit pas.

Du chemin de Bondy où elle a pris la nouvelle voiture, où a-t-elle été conduite avec la famille royalle?

A dit à Bondy, où ils ont pris des chevaux de poste.

Combien a-t-on mis de chevaux à la voiture?

A dit six.

Combien, en ce moment, il y avoil de couriers ?

A dit qu'il y en avoit trois.

Du nombre de ces trois couriers, y avoit-il les deux qui avoient accompagné la voiture du Roi depuis la place du Carousel jusqu'à Bondy?

A dit qu'oui.

Comment s'appellent ces trois couriers ?

A dit que Ton lui a dit en route que l'un s'appelle Valory, l'autre Demoustier, elle troisième Maldant.

Quelles sont leurs qualités?

A dit qu'elle ne les connoit pas.

Si elle n'a pas entendu dire qu'ils étoient ci-devant gardes du corps.

A dit qu'oui.

S'ils ont accompagné la voiture du Roi pendant toute la route .

A dit qu'ils l'ont accompagnée ; qu'un couroit devant la voiture pour faire préparer les cbevaux ; que le deuxième se tenoit à cheval près la voiture, et que le troisième étoit sur le siège.

Où elle a été de Bondy, pour relayer.

A dit qu'elle a été à Clayes.

Si on y a trouvé quelqu'un arrivé à Clayes.

A dit qu'on y a trouvé une chaise dans laquelle étoient Madame Brunier et Madame de Neuville.

Quelle heure il étoit alors.

A dit qu'elle croit qu'il commençoit à faire' jour.

Quels étoient les vêtements de la Reine, de Madame, fille du Roi» el de Madame Elizabeth, et si elles avoient des chapeaux.

A dit qu'elles étoient en robes du matin, sans pouvoir dire comme01' que Madame, fille du Roi, avoit une robe de toille, comme elle V* ^ll précédemment ; que la Reine et Madame, fille du Roi, avoient chacune un chapeau noir avec des gazes tombantes que l'on pouvoit relever a volonté, et que Madame Elizabeth avoit un chapeau blanc.

Qu'est-ce qui a favorisé le départ du Roi et de sa famille?

A dit que comme elle ne se mêloit de rien, et que d'ailleurs elle éfoit malade, elle n'a rien sçu de ce qui se passoit dans le château.

Pour quel pays le départ étoit entrepris.

A dit qu'elle est partie de Paris sans savoir où elle alloit ; que ce n'est que dans le courant de la route qu'elle a sçu que le voyage étoit pour Monlmédy.

Si elle a connoissahce qu'il y eût un passeport ; pour quel endroit et quand elle en a été informée.

A dit que le Roi a dit dans la voilure qu'il y avoit un passeport qu'elle n'a ni vu ni lu ; ajoute que le Roi Ta dit dans la route.

Qu'est-ce qui payoit les frais de postes '

A dit que c'étaient les cou ri ers, qui venoient puyser dans un sac étant dans la voiture du Roi.

Si on a rencontré quelqu'un sur la route.

A dit qu'elle n'a vu personne.

Si le Roi est descendu de voiture sur la route, et en quel endroit, à quelle heure et pourquoi ; s'il y avoit alors quelqu'un sur le chemin, s'il a parlé et s'il a été reconnu.

A dit qu'elle croit que le Roi est descendu une fois sur la route ; ignore pourquoi et n'a pas connoissance du reste.

A quelle heure on est arrivé à Senlis ?

A dit qu'on n'est pas passé par Senlis, mais par Meaux.

Qu'est-ce qui a arrêté la voiture du Roi ; dans quel lieu elle l'a été.

 dit qu'elle ne sait qui l'a arrêtée, attendu l'obscurité, mais qu'elle sait que la voiture a été arrêtée à Varennes.

Si elle a rencontré des troupes sur la route.

A dit n'en avoir point vu ; dit seulement avoir aperçu quelques dragons dans les villages.

A elle représenté qu'au moment de l'arrestation, des hussards et des dragons n'ont posé les armes que lorsqu'ils ont vu déployer une force suffisante pour les contenir. Sommé de nous déclarer si elle a connoissance de ces faits.

A dit n'en avoir aucune.

A elle représenté qu'en se prêtant à l'évasion du Roi et de Monsieur le Dauphin, elle a dû sentir qu'il en pouvoit résulter les suites les plus fâcheuses, car il pouvoit arriver ou que le Roi et Monsieur le Dauphin, qui fuyoient dans l'ombre de la nuit et du mystère, fussent attaqués sur la route et périssent, ou qu'il Rengageât un combat et que tous deux en fussent victimes; ou qu'en les supposant l'un et l'autre arrivés sain et sauf, soit chez l'étranger, soit sur les frontières, la France, se trouvant alors privée du Roi et du présomptif héritier de la couronne, fut livrée à l'anarchie la plus cruelle ; ou enfin que la Nation, donnant à l'univers, comme elle l'a donné en effet dans une circonstance aussi critique, l'exemple d'une union parfaite entre tous ses membres, les ennemis de la chose publique, ayant en leur pouvoir le Roi et le Dau-

phin, risquassent une guerre injuste contre la Nation pour lui enlever, s'il étoit possible, ses droits à la liberté. Bien pénétrée de ces conséquences, la répondante n'auroit-elle pas dû donner avis de la fuite du Roi et de l'enlèvement de Monsieur le Dauphin? Sommée de s'expliquer à cet égard.

À dit qu'obéissant au Roi, entre les mains duquel elle a prêté serment d'obéissance et de fidélité, elle a cru devoir obéir à ses ordres, et auroit cru manquer à son honneur et à son devoir en agissant autrement ; que rien dans le monde ne lui auroit fait abbandonner Monsieur le Dauphin, ce qu'elle a prouvé par l'éiat dans lequel elle est partie.

À elle encore réprésenté qu'elle ne pouvoit pas se permettre de concourir à l'enlèvement de Monsieur le Dauphin, sans l'aveu de la Nation, à laquelle il appartient encore plus qu'à sa famille.

A dit qu'aucun serment ne Tayaut déliée de celui qu'elle avoit fait au Roi, elle s'est cru obligée d'exécuter ses ordres.

A elle observé que, s'agissaut ici du salut de l'Empire, aucun respect humain ne doit l'empêcher de parler ; qu'elle doit nous dire, avec la franchise possible, si elle a connoissance de ceux qui ont conseillé d'enlever Monsieur le Dauphin; quels sont ceux qui y ont concouru; quels en sont les complices, fauteurs et adhérens ; quelles étoient les vues ultérieures, soit du Roi et de la Reine, soit des émigrans françois, soit des puissances étrangères, lors que le Roi et sa famille seroient parvenus dans le lieu qu'ils avoient choisi pour retraite ; sommée également de s'expliquer à cet égard.

A dit que comme elle ne s'est jamais mêlée d'aucune affaire, elle n'a aucune connoissance d'aucuns de ces objets.

Lecture prise du présent interrogatoire par la répondante et à elle donnée ensuite par le greffier, a dit icelui contenir vérité, y a persisté...

(cotée 7.)

Interrogatoire fait par nous

Contre le sieur Maldent , détenu en état d'arrestation es prisons de l'Abbaye.

En exécution du décret de l'Assemblée nationale du vingt six juin dernier.

Auquel interrogatoire nous avons procédé en la chambre du Conseil des prisons de l'Abbaye, où no as nous sommes transportés, en présence

Dujeudy sept juillet mil sept cent quatre vingt onze au matin.

Fait venir de sa prison le sieur Maldent, lequel a dit s'appeller Jean François Maldent, âgé de trente sept ans, ancien garde du corps, natif de l'Etain en Limosin, demeurant audit l'Etain, élizant domicile au greffe de sa prison.

Interrogé s'il vient souvent à Paris.

A dit qu'il y venoit pour son service.

S'il étoit à Versailles à l'époque du mois d'octobre mil sept cent quatre vingt neuf.

A dit qu'oui.

S'il étoit à Paris le vingt huit février dernier, et dans le courant d'avril.

A dit qu'oui, et qu'il y étoit pour un mariage et pour solliciter une compagnie de maréchaussée nationale.

S'il est resté à Paris jusqu'à l'époque du vingt juin dernier.

A dit qu'oui, qu'il n'a fait quelques absences que pour aller à Versailles.

S'il n'a pas, dans le courant de celte année ou dans la précédente, fait quelque voyage dans le pays autrichien et du côté de Mayenne, Worms et Manheim.

A dit que non. .

S'il n'a pas tenu à Limoges, au mois d'octobre dernier, des propos qui annonçoient le désir de venger les événements des cinq et six octobre mil sept cent quatre vingt neuf.

A dit que non.

S'il a connoissance d'un Mémoire imprimé, signé Maldent, contenant l'apologie des ci-devant gardes du corps dans les journées des cinq et six octobre mil sept cent quatre vingt neuf.

A dit que non.

Si c'est lui qui a signé et fait imprimer ce Mémoire.

A dit que non.

S'il en a distribué plusieurs exemplaires à Paris et ailleurs.

A dit que non.

Quelle est sa demeure à Paris, depuis le vingt huit février dernier.

A dit, qu'elle esl à l'hôtel d'Enghien, rue Champ Fleury.

S'il a souvent été au château des Thuillcrjes, depuis le mois d'avril dernier.

À dit qu'il y a conduit plusieurs fois des dames et qu'il y alloit quelquefois.

Quelles sont ces dames ? Sommé d'en dire les noms, qualités et demeures.

À dit que c'esl Madame Dupart, femme d'un ancien garde du corps qui a quitté le service depuis long tems, demeurant rue du Temple, hôtel de Provence, et une dame de la connoissance de Madame Dupart dont il ne sçait pas le nom.

A quelle époque il a conduit ces dames au château.

A dit qu'il croit qu'il y a environ six semaines, sans pouvoir en déterminer précisément l'époque.

Qu'est-ce que ces dames alloient faire au château ?

A dit qu'elles alloient pour le voir, cl qu'en sortant du château, ils sont allés diner à la campagne.

S'il a entretenu correspondance avec quelques personnes du château des Thuilleries, à une époque voisine de. celle du vingt juin ou à toute autre époque.

A dit que non, qu'il ne connoit personne au château.

S'il a eu occasion de parler, soit au Roi, soit à la Reine, soit à quelques personnes attachées à leur service, le vingt juin dernier ou antérieurement.

A dit que non.

S'il n'a pas commandé une veste de courier à un tailleur, le samedy dix huit juin dernier, en lui disant que c'étoit pour la chasse. Sommé de dire quel est ce tailleur et dans quelle rue il demeure.

A dit qu'il a commandé une veste de courier, sans parler de chasse; que le tailleur auquel il l'a commandé se nomme Turpin, et qu'il dedemeure au Palais Royal, dans la galerie à gauche, en entrant parla rue Saint Honoré. Ajoute qu'il a fait faire cette veste de courier d'après Tordre qu'il en a reçu.

Si ce tailleur ne s'appelle pas, au contraire, Lompris, demeurant rue Sainl-Honoré, en face de l'Oratoire.

Si, lors qu'il est allé chez le tailleur qu'il vient d'indiquer, il n'étoit pas vêtu d'une redingote couleur de biche, étoffe commune.

A dit que non, et n'avoir que celle qu'il a sur lui, qui est de drap et couleur olive.

Qu'est-ce qui lui a donné l'adresse du tailleur : est-ce un des ci-devant officiers des gardes du corps ; est-ce le Roi, ou quelqu'un de sa maison; est-ce le sieur Valory, ou le sieur Dumoustier?

A dit que personne ne lui a donné cette adresse ; qu'il connoissoil ce tailleur pour lui avoir fait un habit il y a environ trois mois.

A lui représenté que le sieur 'Valory et le sieur Dumoustier, s'élant adressés la veille du samedy dix huit juin, c'est à dire le vendrcdy, au tailleur nommé Lompris, pour commander des vestes pareilles à la sienne, il n'est pas possible que tous trois ne se soient pas concertés ensemble pour ce vêtement, ou qu'ils n'a y en t reçu l'adresse du tailleur d'une seule et même personne.

A dit qu'il n'a pas eu besoin d'adresse, ayant son tailleur, et qu'il n'y a pas eu de concert entre lui et les sieurs Valory et Dumoustier ; que la personne qui lui a donné Tordre de faire faire une veste lui a dit de la faire faire jaune, et qu'il l'a fait faire ainsi d'après cet ordre.

Quelle est la personne qui lui a donné cet ordre ; quel jour et à quelle heure.

A dit que c'est le sieur Dumoustier, le vendredy dix sept ; qu'il ne se rappelle pas l'heure, mais que ce jour, lui, répondant, arrivoit de Versailles.

Si le sieur Dumoustier, en lui disant de faire faire une veste de Courier, lui a dit en même tems le motif.

A dit que non; qu'il a seulement dit qu'il falloit qu'il se trouvât ainsi habillé et en bottes, dans la grande cour du château, à neuf heures du soir, le lundy suivant, et qu'il attendit.

Quel jour, comment et pai* qui il a été instruit du départ du Roi, de la Reine et de la famille royale.

A dit par personne. Observe qu'étant dans la cour, le lundy vingt juin dernier, à neuf heures ou environ, ainsi qu'il en avoit reçu l'ordre par II. Dumoustier, une personne qu'il ne connoit pas est venue lui dire de monter au château ; qu'il a suivi cette personne ; qu'on Ta renfermé dans un cabinet, ou entre deux portes, où il est resté jusqu'au départ du Roi ; que le Roi est venu lui-même ouvrir la porte et a dit au répondant de le suivre ; ce qu'il a fait jusqu'à sa voiture ; que le Roi lui a dit de monter derrière ; qu'il a suivi ses ordres jusqu'à la porte Saint Martin, où le Roi a changé de voiture, derrière laquelle il est encore

monté, suivant Tordre qu'il en avoit reçu du Roi, jusqu'à Bondy ; qu'il a pris la poste avec le. Roi.

Gomment il éloit vôtu étant dans la cour du château.

A dit qu'il avoit sa veste de courier, et une redingote pardessus, sans armes.

Si c'est la redingote dont il est vêtu en ce moment.

A dit que non ; que c'est une redingote qu'il a fait faire ; qu'elle est restée dans l'endroit où le Roi a été arrêté, où on la lui a prise.

De quelle étoffe étoit cette redingotte; quelle en éloit la couleur; at-elle été faite pour le voyage, et par quel tailleur ?

A dit que cetie redingotte étoit d'une grosse étoffe, couleur brune, et qu'il l'a achetée toute faite chez un tailleur dont il ignore le nom, et qui demeure rue Saint Honoré, sans pouvoir dire précisément dans quelle partie de la rue. Que l'on a eu besoin de retoucher à cette redingotte, et- que le tailleur la lui a apportée le dimanche dix neuf juin dernier.

Qu'est-ce qui lui avoit indiqué ce tailleur-là.

A dit personne; qu'il s'est adressé au premier tailleur qu'il a rencontré sur son chemin.

S'il lui a été donné ordre de faire faire une redingotte en même teins que la veste.

A dit que non.

Quelle heure il étoit lorsqu'il est descendu avec le Roi du château,

A dit ne pouvoir indiquer une heure précise; qu'il sait seulement que c'est après le coucher du Roi.

Si, en descendant du château avec le Roi, il y avoit des sentinelles aux différens postes devant lesquels il est passé, soit dans le château, soit dans les cours.

A dit que tous les postes étoient garnis*comme à l'ordinaire, et qu'il y avoit dans la cour plusieurs gardes nationaux qui se promenoient lors que le Roi y est passé avec lui répondant.

Comment le Roi étoit vêtu en descendant du château ; s'il avoit les marques extérieures de distinction qu'il a ordinairement.

A dit que le Roi avoit un chapeau rond, une redingotte par dessus un habit que le répondant croit de couleur brune, la redingotte de couleur verd mélangé, autant que le répondant peut se le rappeller, et qu'il n'avoit aucune des marques extérieures de distinction qu'il porte ordinairement. Ajoute que le Roi avoit sa canne à la main.

S'il a connoissance de la porte du château par laquelle il est passé

pour entrer dans la cour avec le Roi, et si le Roi a traversé la cour à pied avec lui répondant.

A dit qu'il ne connoit pas les issues ou petits détours par lesquels le Roi l'a fait passer ; qu'il sait seulement que le Roi a ouvert une porte qui, du château, Ta conduit dans la cour des Princes, et que le Roi a traversé la cour a pied avec lui répondant.

S'il y avoit à la porte de sortie pour aller par la cour, des marches à descendre, et une sentinelle à cette porte.

À dit qu'il y avoit des marches à descendre, mais qu'il n'a point fait attention s'il y avoit ou n'y avoit pas de sentinelle devant la porte.

Si les issues, passages, couloirs ou corridors par lesquels il est passe avee le Roi étoient éclairés.

A dit que non, et qu'ils sont sortis étant dans l'obscurité; que lui, répondant, a suivi le Roi qui le conduisoit.

En sortant de la cour du château, où il a été avec le Roi.

À dit qu'il a été jusqu'au petit Carrousel, où étoit la yoiture du Roi.

Si, en traversant la cour des Princes, il a rencontré difTérens officiers qui s'y proinenoient.

A dit qu'il a vu différens gardes nationaux qui se promenoient, sans pouvoir dire si c'étoient des officiers ou non.

Si c'est lui qui a ouvert la portière lorsque le Roi est monté dans la voiture,

A dit que non.

Qu'est-ce qui l'a ouvert ?

A dit que c'étoit un cocher qui étoit là.

Qu'est-ce qui étoit dans la voilure ?

A dit qu'il n'a vu personne dans la voiture dans ce moment là.

Quelle espèce de voiture; étoit-ce une voiture bourgeoise, un remise ou un fiacre ?

A dit qu'il croit que c'étoit un remise assez mauvais.

S'il est parti sur le champ.

A dit qu'oui, aussitôt que le Roi a été monté dans la voiture.

S'il a connoissance des personnes qui ont accompagné la Reine et Madame Elizabeth, en descendant du château.

A dit que non.

Si elles étoient parvenues à la voiture avant le Roi.

A dit que oui.

S'il étoit seul derrière la voiture.

A dit qu'oui.

Si, dans cette voiture, Monsieur. le Dauphin, Madame, fille du Roi, et Madame de Tourzel y étoient.

A dit qu'oui.

Combien il y avoit de chevaux à cette voiture.

A dit qu'il y en avoit deux.

Qu'est-ce qui a payé cette voiture, lorsqu'on a pris celle qui éloit à la porte Saint Martin?

A dit personne, et qu'on a laissé là la voiture, dont un des chevaux est tombé dans le fossé, et que le même cocher qui avoit conduit celto voiture est monté sur le siège de celle dans laquelle les voyageurs sont montés ; que c'est à ce moment que le répondant s'est rendu certain que tout le monde étoit dans la voiture, et que lui répondant est monté derrière.

Quel est le nom du cocher?

A dit qu'il n'en sçait rien.

Si de la porte Saint Martin on a été direclement à Bondy.

A dit qu'oui.

Si c'est là où on a relayé.

A dit que oui ; que Monsieur Valory avoit fait préparer les chevaux pour attendre le Roi.

Si l'on a pris là des chevaux de poste, et combien on en a mis à la voilure du Roi.

A dit que l'on a mis six chevaux de poste sur la voiture; qu'il y avoit deux couriers : l'un en avant, qui étoit M. Valory, et l'autre derrière, qui étoit le répondant, et que Monsieur Dumoustier étoit sur le siège de la voiture.

Où M. Dumoustier a-t-il joint la voiture*

A dit qu'il étoit à la porte Saint Martin avec la voiture qui attendoit le Roi, sur le siège de laquelle il a monté pour se rendre à Bondy.

Si le sieur Dumoustier étoit à coté du cocher.

A dit qu'oui.

Qu'est-ce qui a payé les chevaux de la voiture qui a conduit à Bondy?

A dit qu'il n'en sçait rien.

Qu'est-ce qui avoit donné l'ordre de faire attendre d'abord la voiture du Carrousel et celle de la porte Saint Martin?

A dit qu'il n'en sçait rien.

Jusqu'où ils ont été de Bondy pour relayer.

A dit qu'on a relayé à toutes les postes, sans pouvoir dire quel est

le nom de l'endroit de la poste après Bondy, parce qu'il ne connoit pas celle route.

' Si, à la poste après Bondy, il y a voit une Toiture qui attendoit.

A dit qu'il ignore si c'est la poste après Bondy ou une autre poste qu'il a rencontré une cl) aise ou un cabriolet, dans lequel étoieut les deux femmes de chambre dont il ignoroit alors les noms.

Si, lorsque le Roi et la famille royale sont descendus de la première voiture pour monter dans celle qui étoit à les attendre à la porte Saint Martin, il a remarqué comment étoient vêtus la Reine, Madame, fille du Roi, 31. le Dauphin, Madame Élizabelh et Madame de Tourzel.

A dit. que comme il étoit nuit, il n'y a pas fait attention, mais qu'au surplus, ils n'ont pas changé de vête mens.

Si M. le Dauphin avoit son cordon bleu.

A dit qu'il n'y a pas fait attention, mais qu'il ne le croit pas.

S'il connoit les personnes qui ont accompageé les deux femmes de chambre pour aller joindre du château la chaise ou cabriolet qui leur étoit destiné.

A dit que non.

S'il a connoissance quelles sont les personnes qui ont accompagné Madame de Tourzel et les enfans de France pour aller à la voiture en sortant du château.

A dit que non.

S'il a connoissance de ceux qui accompagnoient la Reine et Madame Élizabeth, pour aller joindre du château la voiture qui les attendoit.

A dit que non.

Qu'est-ce qui étoit chargé de payor les frais de poste à chaque relais, et qu'est-ce qui en fournissent l'argent?

A dit qu'il n'a jamais vu payer; qu'il étoit seulement occupé à prendre son cheval à chaque poste.

Si l'on pressoit les relais à chaque poste.

A dit que le sieur Valory, qui étoit en avant, étoit chargé du soin de faire tenir les relais prêts.

Si l'on alloit grand train sur la route.

A dit que non.

S'il a connoissance qu'il y eût un passeport; quand il l'a sçû, et sous quels noms il étoit.

A dit que celui qui lui a donné l'ordre a dit qu'il n* avoit besoin de rien, et qu'il n'a pas sçû s'il y avoit un passeport.

Si quelqu'un étoil commandé pour veiller sur le passage.

A dit qu'il n'en sçait rien.

Si l'on s'est arrêté sur la route, et si Ton a rencontré quelqu'un. *

A dit que Ton ne s'est point arrêté sur la route et qu'il n'a vu personne.

Si le Roi est descendu de voiture sur la route ; à quel endroit, à quelle heure et pour quoy; s'il a parlé à quelqu'un, et s'il a été reconnu.

A dit qu'il est descendu pour satisfaire un besoin plusieurs fois; qu'alors il faisait jour ; qu'il n'a parlé à personne, et qu'il ne sait s'il a été reconnu, mais qu'il ne se cachoit pas.

A lui demandé qu'est-ce qui a fait l'arrestation de la voiture. du Roi; en quel lieu elle s'est faite et à quelle heure.

A dit que c'est la garde nationale, à Varennes, et qu'elle s'est faite entre neuf heures et demie, dix heures du soir.

Si, lors qu'on a pris des chevaux de poste à Sainte Menehould, la destination n'étoit pas pour Verdun, et si, en chemin, on né s'est pas détourné pour se rendre à Varennes.

A dit que non.

S'il s'est élevé beaucoup de difficultés lors qu'on a arrêté la voilure du Roi ; s'il y a eu résistance.

A dit qu'il n'y a point eu de résistance ; qu'il s'est élevé beaucoup de bruit pour ameuter le monde, et que le Roi a dit, en montrant son passeport, qu'il ne vouloit pas quitter le royaume, mais se rendre dans un endroit par lui indiqué ; qu'il ne vouloit pas rester dans Paris dans ce moment, par des raisons à lui connues ; qu'il a tenu ce propos quand il a été conduit chez le procureur de la commune de Varennes ; et qu'au reste on pourroit le mener partout où l'on voudroit.

S'il sait ce que contenoit le passeport.

A dit qu'il ne l'a pas vu.

A lui représenté qu'au moment de l'arrestation, il s'est présenté des hussards et des dragons pour protéger le passage, lesquels n'ont posé les armes que lors qu'ils ont vu déployer une force suffisante pour les contenir.

A dit qu'il n'a point vu ni dragons ni hussards à l'arrestation du Roi ; qu après être monté dans l'appartement du procureur de la commune, il a vu des hussards, mais longtems après.

A lui observé qu'il n'auroit pas dû se dissimuler que le voyage étoit contraire à la Constitution, funeste à la tranquillité du royaume, dan* gereux pour le Roi lui-même et pour M. le Dauphin.

A dit qu'il n'a point fait toutes ces réflexions; qu'il a obéi au Roi, qui est son maître, et qu'il sert depuis dix neuf ans.

A lui représenté qu'il ne pouvoit ignorer que, suivant la Constitution, le Roi ne pouvoit pas sortir du royaume sans se compromettre, ni même s'éloigner du Corps législatif de plus de vingt lieues; que par conséquent, ce voyage étoit en soy un acte hostile contre la Constitution.

A dit que ne sçachant quand il est parti, où il alloit, ni son dessein, il l'a suivi jusqu'au moment où il a ét£ arrêté, ne connoissant pas les loix, ni rien de ce qui pouvoit être préjudiciable à lui répondant ; que comme son devoir étoit de l'accompagner, il ne croyoit pas s'exposer en le suivant.

A lui encore représenté qu'il devoit voir que, soit que le Roi se proposât de rester sur les. frontières, soit qu'il se proposât de sortir du royaume, ce dessein ne pouvoit avoir pour bût que de faire la guerre à la Nation et d'attirer des troupes étrangères dans le royaume; que dès là il ne devoit pas se croire obligé d'obéir à l'ordre qui lui étoit donné, d'autant mieux que l'action parroissoit inexcusable sous tous les rapports.

A dit que ne pouvant pénétrer dans les desseins de son maitre, qui n'étoient pas de quitter Je royaume, il auroit crû manquer à son honneur et à son devoir de représenter une chose inconnue à Sa Majesté, le servant depuis dix neuf ans.

A lui observé qu'il n'a pu s'aveugler au point de ne point voir à quoy un tel voyage exposoit les personnes du 'Roy et de Monsieur le Dauphin ; qu'à l'égard même de cet héritier présomptif de la couronne, c'étoit un enlèvement de sa personne ; qu'au reste, il pouvoit arriver, ou que le Roi et Monsieur le Dauphin fussent attaqués sur la roule et périssent; ou qu'il s'engageât un combat et que tous deux en fussent victimes ; ou qu'enfin, en les supposant l'un et l'autre sain et sauf dans l'endroit indiqué, la France se trouvât livrée à une anarchie cruelle.

A dit qu'il n a pu faire d'autre réflexion que de croire que M. le Dauphin étant avec son père, il n'a pu être mieux placé; que d'ailleurs, étant au milieu de son peuple, il n'avoit rien à craindre ; que s'il lui étoit mésarive, il auroit sacrifié un million de vie pour le deflendre; et qu'il n'avoit d'autre bût que de suivre ses ordres, n'ayant jamais d'autre intention contre qui que ce soit. '

S'il connoit M. Dagoût; s'il a reçu de lui quelqu'ordre relatif au

voyage du Roi", et si, à ce sujet, ii a eu quelque conférence avec ledit sieur Dagoût.

A dit qu'il connoit M. Dagoût pour son major ; qu'il n'a reçu aucun ordre de lui, mais bien de M. Dumoustier, le vendredydix sept juin dernier, ainsy qu'il Ta déjà dit.

S'il a eu quelque conférence avec M. de Fersen, colonel Royal Suédois.

A dit que non.

A lui observé qu'il ne suffi soit pas que lui répondant et les deux aulres couriers fussent disposés à sacrifier leur vie pour deffendre le Koi et M. le Dauphin ; qu'avec une aussi faible escorte, le Roi et M. le Dauphin couroient les plus grands risques dans le voyage, et que l'idfo seule de ces risques auroit dû l'empêcher de concourir au voyage; qu'il auroit même dû avertir les gardes nationales, comme chargés personnellement de la garde du Roi et de M. le Dauphin, qui appartient encore plus à la Nation qu'à sa famille.

A dit que comme il est au service du Roi et garde de sa personne, ayant juré qu'il lui obéïroit en tout ce qu'il pourroit lui commander, il n'a fait aucune observation que celle de lui obéir.

A lui observé qu'il ne pouvoit pas se prévaloir de sa qualité de garde du Roi, attendu que le corps des gardes du Roi n'étoit plus en activité au moment du voyage, ou que leur service étoit au moins suspendu; que dès là, il ne pouvoit ni ne devoit obéir aux ordres qui lui éloient donnés en sadite qualité de garde du Roi.

A dit qu'il ne pouvoit être suspendu de son activité, touchant tous les jours ses appointemens, et que c'est tant en qualité de garde du corps qu'il obéïssoit que comme son sujet.

A lui encore observé que ce n'étoit pas par la bouche du Roi qua les ordres étoient donnés aux gardes du corps dans la discipline de l'ancienne maison militaire du Roi ; que les ordres du Roi étoient toujours transmis aux gardes du corps par leurs officiers; que sous ce rapport, il auroit commis une action très-repréb.3n*ible, et dont les suites ne pouvoient être que dangereuses.

A dit qu'il étoit d'usage que l'on chargeât de paroles verbales un camarade quelconque; et qu'il auroit été même repréhensible de ne pas suivre Tordre qu'il lui donnoir, quand il lui a donné de la part du Roi.

A lui représenté qu'outre l'ordre à lui donné par son camarade, il en a reçu un direct du Roi, et que c'est quant à ce dernier ordre qu'il a

— lo:î —

contrevenu à la discipline de son corps, d'après laquelle il ne devoit connoilre les ordres du Roi que par l'intermédiaire d'un ofOcier.

A dit que d'après Tordre que le Roi lui a donné de le suivre, d'après celui qu'il lui avoit donné de se trouver à l'endroit indiqué, il n'a pas crû devoir aller chercher un de ses officiers, ne sçachant pas où il y en avoit, et qu'il croyoit Tordre du Roi suffisant, lui ayant juré de lui obéir en tout ce qu'il lui ordonneroit pour son service.

Sommé de nous dire s'il a connoissance de ceux qui ont conseillé d'enlever M. le Dauphin; quels sont ceux qui y ont concouru, autres que lui répondant et les deux autres co.iriers; quels sont les complice;, fauteurs et adhérants de cet enlèvement; quelles étoient les vues ultérieures, soit du Roi et de la Reine à la fin du voyage, soit des émigrans frauçois, soit des puissances étrangères, lorsque le Roi et sa famille seroient parvenus dans le lieu qu'ils avoient choisy pour retraite; sommé de nous déclarer s'il a connoissance de tous ces détails.

À dit qu'il ne connoit personne qui ait donné ce conseil, et n'a rien entendu dire à la famille royale, ni au Roi, ni à qui que ce soit sur la roule.

Lecture à lui faite du présent interrogatoire, a dit ses réponses con. tenir vérité, y a persisté

(cotée 6.)

Interrogatoire fait par nous

Contre le sieur Dumoutier, détenu en état d'arrestation es prisons de l'Abbaye.

En exécution du décret de l'Assemblée nationale du vingt six juin dernier.

Auquel interrogatoire avons procédé en la chambre du conseil des prisons de l'Abbaye, où nous nous sommes transportés, en présence

Du jeudy sept juillet mil sept cent quatre vingt unze de relevée.

Fait venin- de sa prison le sieur Demoustier, lequel a dit s'appeller François Melchior Dumoustier, âgé de quarante ans, ci devant garde

du corps du Roi, demeurant à Glainau en Franche Comté, clizant domicile au greffe de sa prison.

Interrogé s'il vient souvent à Paris.

A dit qu'il y est toujours venu pour son service et jamais que pour cela.

S'il étoil à Versailles à l'époque du mois d'octobre mil sept cent quatre vingt neuf.

A dit qu'oui.

S'il étoit à Paris le vingt huit février et dans le courant d'avril.

A dit qu'oui.

S'il est resté à Paris jusqu'à l'époque du vingt juin dernier.

A dit qu'oui.

Quelle est sa demeure à Paris depuis le vingt huit février dernier.

A dit qu'il a logé au petit hôtel Poyanne, faubourg Saint Honoré.

Si depuis le mois d'avril dernier, il a souvent été au château des Thuileries.

A dit qu'il y a été tous les quinze jours ou trois semaines.

Ce qu'il alloit faire au château des Thuilleries et à qui il a parlé.

A dit qu'il y alloit comme tout le monde y va, et qu'il parloit à ses amis ou à ses camarades qu'il y rencontroit.

Quels sont les noms des amis et des camarades dont il parle.

A dit qu'il ne peut le dire ; que cependant il a trouvé Monsieur Maldent deux fois.

S'il y a rencontré aussy Monsieur Valory.

A dit qu'il l'a apperçu une fois, mais ne lui a point parlé.

A quelle époque il a rencontré ces deux messieurs et les amis ou camarades dont il ne se rappelle les noms.

A dit qu'il ne s'en souvient pas, qu'il n'en a pas tenu note.

Si c'est dans un tems voisin au lundy vingt juin dernier.

A dit qu'il ne se le rappelle pas.

S'il a entretenu correspondance avec quelques personnes du château des Thuileries avant ledit jour vingt juin dernier.

Si, à la même époque ou ledit jour vingt juin, il a eu occasion de parler soit au Roi, soit à la Reine, soit à quelques personnes attachées à leur service.

A dit que non. ,

S'il est allé le vendredy dix sept juin dernier commander une veste de courier à un tailleur ; sommé de dire quel est ce tailleur et dans quelle rue il demeure.

A dit qu'il a en effet été le vendredy dix sept juin dernier commander la veste dont il est maintenant vêtu chez un nommé Lompris, tailleur, rue Saint Honoré, laquelle veste est de couleur chamois, à revers et boutons de métal.

Si c'est le même tailleur qui a fait les vestes des sieurs Maldent et Valory.

À dit qu'il n'en sait rien.

Qu'est-ce qui lui a donné l'adresse de ce tailleur? Est-ce un des ci devant officiers des gardes du corps ; est-ce le Roi ou quelqu'un de sa maison ; est-ce le sieur Valory ou le sieur Maldent?

À dit que personne ne lui a donné l'adresse de ce tailleur; que comme il avoit déjà travaillé pour lui, il lui a donné la préférence.

Pourquoi il a fait faire cette veste, et qu'est-ce qui lui en a donné l'ordre.

À dit qu'il l'a fait faire parce que le Roi lui en a donné Tordre, et qu'il ne peut dire la cause pour laquelle cet ordre a ét«* donné.

Quel jour cet ordre a-t-il été donné?

A dit qu'il a été donné le vendredy.

S'il n'a pas donné en même temps Tordre à d'autres de faire faire pareilles vestes.

A dit qu'il Ta donné à Monsieur Valory et à Monsieur Maldent.

Qu'est-ce qui lui avoit donné Tordre de communiquer pareil ordre à Messieurs Valory et Maldent.

A dit que c'étoit le Roi son maître.

Quel jour, quelle heure et auquel lieu le Roi a donné cet ordre.

A dit que c'est le vendredi, le soir; ne peut se rappeller l'heure, et qu'il croit que c'est chez lui.

Qu'est-ce qui Ta introduit chez le Roi.

A dit un homme qu'il a trouvé qui lui a dit que le Roi lui ordonnoit d'aller lui parler.

Comment se nomme cet homme, et où cet homme Ta-t-il trouvé?

A dit qu'il ne le conuoit pas, et qu'il Ta trouvé, lui répondant, traversant les Thuileries ; que cet homme lui a dit qu'il ail oit le chercher.

Comment étoit vêtu cet homme, et quelle est sa qualité et sa demeure*

A dit qu'il ne sait pas comment cet homme étoit vêtu, par ce qu'il n'y a pas fait attention et qu'il ne le connoissoit pas ; il ne sait ni sa qualité ni sa demeure.

Comment se faisoit-ii que cet homme sçù sa demeure.

A dit qu'il n'en sçait rien.

Comment se fait-il aussy qu'il se soit déterminé à se rendre au château des Thuileries sur l'invitation d'un homme qu'il ne connoissoit pas, et ce pour aller parler au Roi.

A dit qu'il n'a pas besoin de connoître un homme pour aller parler au Roi, lorsqu'on lui dit que ce sont des ordres qui viennent de lui; que le respect et l'obéissance qu'il doit au Roi son maître lui font une loi d'obéir à ce qu'il lui ordonne.

S'il a été seul chez le Roi, ou s'il a été conduit par l'homme i lui inconnu.

A dit que comme il ne connoissoit pas l'intérieur du château où restait le Roi, l'homme lui a dit de le suivre, et il l'a suivi; qu'il lui a montré une porte, lui a dit d'entrer là, et qu'il y est entré.

A lui représenté que comme cy devant garde du Roy, il doit savoir que tout le monde n'entre point indistinctement dans l'appartement du Roi; qu'il faut tenir à son service ou être connu de quelqu'un de service auprès de lui ; que les gardes nationales de garde chez le Roi ont la même consigne, et qu'ainsy il n'a pas dû entrer sur un simple ordre verbal du Roi, s'il n'étoit accompagné de quelqu'un du servie.;.

A dit qu'il n'a jamais eu cette consigne et qu'il est entré chez le Roi, dont les portes lui ont été ouvertes.

Est-ce le jour ou la nuit qu'il est entré chez le Roi?

A dit que c'est le jour.

Ce qu'il a dit au Roi en se présentant à lui.

A dit qu'il a dit au Roi qu'il se présentoit à ses ordres.

Si le Roi le connoissoit.

A dit qu'il le connoissoit comme garde du corps.

A lui observé qu'en se présentant seul au Roi, il a dû lui annoncer que tel particulier, en le désignant par son nom et sa qualité, lui avoit annoncé de la part dn Roi qu'il eut à se présenter pour recevoir ses ordres.

'A dit qu'il ne pouvoit lui désigner ni le nom ni la qualité d'un homme qu'il ne connoissoit point; qu'il a dit au Roi qu'il se présentoit par des ordres qu'on lui avoit dit venir de lui.

Si en se présentant au Roi, il a décliné son nom et sa qualité; de quel habit étoit-il vêtu lors de cette visite.

A dit qu'il n'a dit au Roi autre chose que ce qu'il vient de nous dire, et qu'il étoit vêtu d'une écuyere bleue.

Si c'était pour la première fois qu'il parloit au Roi.

À dit qu'oui.

Ce que lui a dit le Roi lorsqu'il lui a dit qu'il se présentait pour recevoir ses ordres.

À dit que le Roi lui a donné Tordre de faire faire l'habit dont il est maintenant vêtu, et de donner le môme ordre à Monsieur Valory et à Monsieur Maldent. *

Si le Roi lui a dit le motif pour lequel il vouloit que lui répondant et les deux autres fissent faire une veste de courier.

A dit que non.

Gomment se fait-il que le Roi ait préféré le répondant et les deux camarades qu'il vient de nommer pour faire faire les vestes de courier, lui répondant surtout, qui n'a voit jamais parlé au Roi jusqu'alors.

A dit qu'il ne sçait pas pourquoi le Roi leur a fait l'honneur de leur accorder cette préférence, qui Fa autant surpris qu'elle l'a flatté.

Quel jour, comment et par qui il a été instruit du départ du Roi, de la Reine et de la famille royale.

A dit que le vendredy dix sept juin dernier, le Roi lui ordonna de se promener sur les quais du pont Royal à la nuit, et de suivre un homme qui l'acosteroit, ce qu'il a fait; que cet homme l'a conduit dans un fiacre fermé, et après avoir couru longtemps, ils sont arrivés à la voiture dans laquelle est party le Roy.

A lui observé qu'il manque à ce récit la vérité et les époques.

A dit que son récit contient vérité ; que c'est le lundy, comme le Roi lui en avoit donné l'ordre le vendredy, qu'il s'est promené sur les quais du pont Royal avec Monsieur Valory, jusqu'à la rencontre de la personne qui l'a fait monter dans le fiacre.

Quel est est le nom de la personne qui l'a fait monter dans le fiacre, sa qualité et sa demeure.

A dit qu'il ne la connoit pas.

Dans quelle voiture il est monté pour faire la course.

A dit qu'il est monté dans un fiacre qui étoit près des Thuileries.

Si la personne à lui prétendue inconnue, qui la promené dans un fiacre le lundi soir, est la même que celle qui, le vendredy aux Thuileries, lui avoit intimé l'ordre du Roi.

A dit qu'il ne le sait pas, mais qu'il ne le croit pas.

Où s'est déterminé cette promenade en fiacre du lundi au soir.

A dit qu'il ne le sait pas.

A lui représenté qu'il a dit précédemment que ce fiacre dans lequel

il s'est promené l'a voit conduit à la voiture du Roi ; où étoit cette voiture.

A dit qu'il n'en sait rien.

S'il sait à quel endroit il a pris le Roi.

A dit qu'il n'en sait rien, parce qu'il ne connoit pas Paris.

Où étoit, dans le moment où il a joint la voiture du Roi, Monsieur Mal. dent. 0

A dit qu'il croit qu'il étoit dans les cours du château, ou du moins qu'il devoit y être.

De quel ordre le sieur Maldent devoit-il être dans les cours du château9

A dit de l'ordre du Roi.

Qui lui avoit donné cet ordre?

A dit que c'est lui qui lui avoit ordonné le départ du Roi.

S'il sait où est la porte Saint Martin.

S'il sait où est le boulevard.

A dit qu'il ne pourroit pas revenir de là chez lui sans demander.

Si ce n'est pas à la porte Saint Martin qu'il a trouvé la voiture du Roi.

A dit que c'est dans la ville ou dans les faubourgs .

Quelle étoit l'espèce de voiture qui étoit dans l'endroit où le fiacre Ta conduit le lundy soir, et dans laquelle étoit le Roi.

A dit que c'est la même voiture qui a conduit le Roy qui l'a conduit, et qu'il ne peut en donner d'autre désignation.

Combien il y avoit de chevaux à cette voiture. •

A dit qu'il y en avoit quatre ou six ; que comme il faisoit nuit et qu'il a la vue extraordinaire ment basse, il n'a pu voir combien il y en avoit.

A quelle heure le Roi est arrivé à cette voiture.

A dit à minuit ou une heure ; qu'il ne peut déterminer l'heure précisément.

. Qu'est-ce qui est monté dans cette voiture avec le Roi, et quelles personnes ont aidé le Roy et la famille royale à y monter.

A dit que le Roy, la Reine, Monsieur le Dauphin, Madame, fille du Roi, Madame Elizabeth et Madame de Tourzel sont montés dans la voiture, et que c'est une personne qu'il ne connoit pas qui les a aidés à y monter.

Si, au moment du départ de cette voiture, il y avoit quelqu'un sur le siège et derrière.

A dit qu'au moment du départ, Monsieur Maldent étoit derrière, et lui répondant sur le siège.

Où étoit M. Valory?

. A dit qu'il nVtoit pas là; qu'il étoit allé en avant à cheval.

Où le sieur Valory a-t-il pris ce cheval?

A dit qu'il ne le sait pas ; que le sieur Valory l'avoit quitté lorsque lui répondant est monté dans la voiture du Roy pour l'attendre.

Quel étoit le cocher qui conduisent cette voiture ?

A dit qu'il ne le connoit pas.

À lui observé qu'étant sur le siège du cocher et à coté de lui depuis la porte Saint Martin jusqu'à Bondy, il a dû causer avec le cocher et savoir qui il étoit.

A dit qu'il ne lui a pas fait cette demande là ; et qu'il a très peu causé avec lui, et même de choses indifférentes.

S'il étoit armé pour le voyage, et de quelles armes il étoit armé. %

A dit qu'il avoit un sabre et point d'autre arme.

S'il connoit la demoiselle Preville, et s'il ne demeure pas avec elle ; si elle ne lui a pas fait une ceinture pour ce voyage ; sommé de nous représenter cette ceinture.

A dit qu'il connoit la demoiselle Preville ; qu'il loge chez elle ; qu'il a une ceinture depuis longtems ; ne sait si c'est la demoiselle Preville qui l'a faite, et ne peut la représenter, parce qu'on l'a lui a otée en entrant à la prison de l'Abbaye.

Comment étoient vêtus le Roi, dans la voiture, et Monsieur le Dauphin?

A dit qu'ils avoient tous deux, lors du départ, le môme habit qu'ils avoient à leur retour.

Si le Roi avoit sur son habit les marques extérieures de distinction qu'il porte ordinairement.

A dit que non.

Si Monsieur le Dauphin avoit le cordon bleu.

Où il a été relayé avec le Roi en partant de Paris.

A dit à Bondy.

Qu'est-ce qui a payé à Bondy les chevaux que quittoit le Roi pour prendre des chevaux de poste ?

A dit que c'est M. Valory qui étoit là à attendre, et qui, à ce qu'il croit, a payé sur toute la route.

Où il a relayé après Bondy.

A dil qu'il ne connoil pas la route et qu'il ne peut pas le dire, mais sait qu'on a relayé à toutes les postes.

Si à la première poste après Bondi, il y avoit une voiture, cabriolet ou chaise qui attendit.

A dit -qu'il y avoit une chnise dans laquelle il y avoit deux dames, mais qu'il ne peut dire si c'est à la première poste après Bondi que cette chaise a été jointe.

Quelles étoient les dames qui étoient dans la chaise?

A dit qu'il ne sait pas qui elles étoient; mais que passé Chaloas, il a vu une voiture dans laquelle éloient Madame Brunier et Madame Neuville.

Qu'est-ce qui couroit devant le Roi, et qu'est-ce qui étoit derrière?

A dit qu'alternativement avec Monsieur Maldent, il couroit derrière et étoit sur le siège ; que quand à M. Valory, il a toujours couru en , avant.

Avec quel argent Monsieur Valory payoit les frais de postes.

A dit qu'il n'en sait rien, et qu'il n'est pas sûr que M. Valory payât. ' S'il connoil les personnes qui ont accompagné les deux femmes de chambres pour aller joindre le château des Thuileries, la chaise ou le cabriolet qui leur éloit destiné.

A dit qu'il n'a vil ces dames que lorsqu'il a fait jour ; qu'il ignore ce qui s'est passé auparavant, et qu'il ne connoit pas les personnes qui peuvent avoir accompagné les deux femmes de chambre.

S'il a connoissance quelles sont les personnes qui ont accompagné Madame de Tourzel et les enfants de France, pour monter dans la voiture, en sortant du château des Thuileries.

A dit qu'il ignore même s'ils ont été accompagné par quelqu'un.

S'il a sçû quels sont ceux qui ont accompagné le Roi, la Reine et Madame Elizabeth, pour aller joindre du château des Thuileries la voiture qui les attendoit.

A dit qu'il ignore s'ils ont été accompagnés par d'autres que par le sieur Maldent.

S'il a connoissance qu'il y eut un passeport ; le moment où il l'a sçu, et sous quels noms il étoit.

A dit que non.

Si quelqu'un étoil commandé pour veiller sur le passage du Roi.

A dit qu'il n'en a point entendu parler, et qu'il n'y a pas d'apparence qu'il y eut quelqu'un.

Si le Roi est descendu de voiture sur la route; à quel endroit, à

— ni —

quelle heure et pourquoi; s'il a parlé à quelqu'un, et s'il a été reconnu.

A dit que le Roi est descendu plusieurs fois de Toiture pour épancher de l'eau à différentes postes, sans pouvoir indiquer où, au grand jour ; qu'il a parlé à plusieurs personnes qui étoient dans les endroits où on relayoit, et qu'il ne sait s'il a été reconnu.

Quelles étoient les personnes auxquelles le Roi a parlé.

A dit que ce sont des personnes du peuple qui venoient pour voir les passa ns.

Si lorsque la voiture est arrivée à Sainte Mcnchould, il étoit sur le

siège.

A dit que non, quMl couroil derrière la voiture.

S'il a connoissance du Heu où la voiture devoit se rendre ; si sa première destination n'étoit pas pour Verdun ; et si, en route, elle n'a pas été détournée pour être conduite à Varennes.

A dit qu'il ni a point eu de changement dans la destination du lieu où l'on devoit se rendre, et que l'on devoit s'arrêter, coucher et rester deux ou trois lieues au delà de Varennes.

A lui demandé qu'est-ce qui a fait l'arrestation de la voiture du Roi ; en quel lieu elle s'est faite, et à quelle heure.

A dit que l'arrestation s'est faite parle peuple et la garde nationale, et qu'aussitôt un officier municipal s'est présenté qui a conduit la famille royale chez lui ; que là on a demandé le passeport ; que cette arrestation s'est faite à Varennes; ne sait à quelle heure, mais qu'il étoit nuit.

S'il s'est élevé beaucoup de difficultés lorsqu'on a arrêté la voiture du Roi, et s'il y a eu résistance.

À dit que non ; que la Reine a fait arrêter sur le champ et est descendue sur le champ.

A lui représenté qu'il paroit certain que les couriers ont voulu forcer les postillons d'avancer jusqu'au moment où deux gardes nationales ont menacé de faire feu sur la voiture.

A dit qu'il n'y a pas eu la moindre résistance.

A lui demandé pour q'ioi des hussards et des dragons ont paru à Varennes peu d'instans après l'arrestation, et s'il sait quelle étoit leur mission.

A dit qu'il ne sait rien de tout cela.

A lui observé que ces hussards et dragons ont d'abord tenté de protéger le passage, et qu'ils n'ont abandonné leur tentative que quand

ils ont vu déployer une force suffisante pour leur en imposer ; sommé de déclarer s'il a connoissance de ce fait.

A dit qu'il a vu effectivement des hussards ou dragons, et que les ayant vus du môme côlé que la garde nationale, il a présumé qu'ils étoient tous là pour la môme cause.

S'il connoit Monsieur de Fersen, colonel du régiment de Royal Suédois.

A dit que non

S'il connoit Monsieur' Dagout.

A dit qu'il n'y pas de garde du corps qui ne le-eonnoisse, étant son ayde major.

S'il y a plusieurs officiers de ce nom.

A dit qu'oui ; qu'il y en a trois qu'il connoit : deux qui sont ayde major, et un sous lieutenant dans les ci devant gardes du corps.

S'il connoit aussy un sieur Dagout, major des ci devant gardes françoises.

A dit qu'il le connoit très peu.

S'il a eu des conférences avec les sieurs Dagoult ci dessus nommés; s'il a reçu d'eux ou de quelqu'un de leur part des ordres relaûfs au voyage du Roi.

A dit que non.

A lui observé qu'il auroit dû faire attention que le voyage du Roi étoit contraire à la Constitution, funeste à la tranquillité du royaume, dangereux pour le Roi lui-môme et pour Monsieur. le Dauphin.

A dit que l'intention du Roi n'etoit point de sortir du royaume ; que de plus, son amour, son respect et sou attachement lui ont toujours fait un devoir d'obéir aux ordres du Roi sou maitre, n'étant pas permis à un sujet de faire des questions à son maitre, cela étant indécent.

A lui représenté qu'il ne pouvoit ignorer que suivant la Constitution, le Roy ne pouvoit s'éloigner du Corps législatif de plus de vingt lieues; que par conséquent ce voyage y étoit contraire.

A dit que ce n'éloit point à lui à faire des questions ; qu'il étoit fait pour obéir.

A lui représenté que la publicité de la Constitution et le serment fait par le Roi à la fédération, et par le corps des cy devant "gardes du corps dans la personne de ses députés, auroient dû lui faire sentir que le voyage étoit uue contravention, et à cette loi constitutionnelle et aux sermens.

A dit que la fidélité qu'il doit au Roi son maitre lui a toujours fait

envisager l'obéissance comme un devoir, et le refus ou le manque d'obéissance comme un manque de respect ; que de plus, tout le inonde connoit la bonté de notre Souverain, de notre Roi qui ne cherche que le bonheur de son peuple : ce qui est évident, par tous les sacrifices et tous les moyens qu'il a cherché à employer pour le faire.

A lui observé qu'il auroit dû réfléchir qu'un tel voyage ne pouvoit avoir pour but que de faire la guerre à la Nation, et d'attirer des troupes étrangères dans le royaume ; que dès là, il ne devoit pas se croire obligé d'obéir à Tordre dont il excipe.

A dit que quand on est attaché à quelqu'un, qu'on l'aime, le plaisir de l'obliger ne lui permet pas de faire des reflexions.

A lui observé, en outre, qu'un pareil voyage exposoit les personnes du Roi et de Monsieur le Dauphin ; que même par rapport à Monsieur le Dauphin, c'étoit un enlèvement sans l'aveu de la Nation à laquelle il appartient ; qu'il pouvoit arriver pendant ce voyage, ou que le Roi et Monsieur le Dauphin fussent attaqués sur la route et périssent; ou qu'il s'engageât un combat et que tous deux en fussent la victime ; ou qu'enfin, en les supposant arrivés sain et sauf dans l'endroit que le Roi avoit choisy pour retraite, la France se trouva livrée à une anarchie cruelle.

A dit qu'il sacrifieroit mille vies, s'il étoit possible, pour le bonheur de la famille royale et de la Nation, mais qu'il regardera toujours comme un manque de respect de ne pas obéir aux ordres qui lui étoient donnés par le Roy son maitre.

A lui observé qu'il ne suffisoit pas qu'il fut disposé à sacrifier sa vie pour défendre le Roi et M. le Dauphin ; qu'avec une aussy foible escorte, le Roi et Monsieur le Dauphin cojroient les plus grands risques dans le voyage en question, et que l'idée seule de ces risques auroient dû l'empêcher de concourir au voyage ; qu'il auroit dû même avertir les gardes nationales comme chargés personnellement àe veiller à la défense du Roi et de M. le Dauphin.

A dit que le Roy voyageant dans son royaume, parmi un peuple qui doit le chérir et l'adorer, il ne pouvoit lui arriver aucun accident, puisqu'au seul nom du Roi, tout son peuple, loin de lui faire de la peine, se seroit empressé de lui donner des marques de respect, d'amour et de fidélité ; que quant à l'avertissement pour la garde nationale, il ne pouvoit, sans manquer au respect qu'il doit au Roi son maitre, l'avertir, n'en ayant pas reçu Tordre exprès de sa part.

S'il avoit fait attention que le corps des gardes du Roi n'étoit plus en

activité au moment du voyage, et que son service étoit au moins suspendu; à lui observé qu'il n'auroit pas déféré à un ordre qui ne pouvoit lui être donné que comme garde du Roi, ou du moins qu'il ne l'auroit pas dû.

A dit que comme gentilhomme et comme son sujet, il étoit de son devoir d'obéir; qu'il ne Ta point servi comme garde du Roi, mais comme son domestique, puisque s'il l'eut suivi comme garde du Roi, il eut été en uniforme; que lorsqu'on sert quelqu'un comme étant à sa place, on doit le servir avec les attributs et la décoration qui doivent la faire connoitrè.

Sommé de nous dire s'il a connoissance de ceux qui ont conseillé au Roi de faire le voyage et d'enlever Monsieur le Dauphin ; quels sont ceux qui y concouru, autres que lui répondant et les deux autres couriers; quels en sont les complices, fauteurs et adhérants; quelles étoient les vues ultérieures, soit du Roi et de la Reine, à la fin du voyage, soit des emigrans françois, soit des puissances étrangères, lorsque le Roi et sa famille auroient terminé leurs courses.

A dit qu'il ignore parfaitement si l'on a donné au Roi le conseil de partir ; que le Roi devoit rester à deux ou trois lieues de Varennes ; que quant à ce qui regarde les émigrants et les étrangers, il ue connoit pas leurs intentions; que quant au Roi, aucun bon François ne peut lui en supposer de mauvaises après tout ce qu'il a cherché à faire pour le bonheur de la Nation; que de plus, les sentiments qu'il lui a vu tout le long de la route, ainsi que la famille royale, par la sensibilité qu'ils témoignoient lorsqu'ils voyoient des malheureux, et par les propos qu'ils tenoient, en disant que rien ne manqueroit à son bonheur s'il pouvoit assurer celui de tous ces pauvres malheureux, et qu'avec ces sentiments, on ne peut pas douter de ses intentions, manifestées déjà tant de fois.

Si les discours que tenoit le Roi, et dont le répondant vient de nous rendre compte, étoient tenus par le Roi en se faisant connoitrè pour ce qu'il étoit, ou au moins de manière à être entendu de ceui à qui ces discours paroissoienl adressés.

A dit que le Roi ne s'est point fait connoitrè pour Roi, mais que des personnes qui étoient autour de sa voiture pou voient les entendre.

Ici le répondant a observé qu'il s'est trompé lorsqu'il a dit que l'arrestation du Roi et de la famille royale avoit été faite par le peuple et la garde nationale ; que la vérité est qu'il ignore absolument comment l'arrestation s'est faite; qu'il sait seulement qu'après que la famille

loyale a été descendue de voiture ei montée dans la chambre de l'officier municipal qui s'étoit présenté, on a sonné le tocsin, ce qui a fait rassembler le peuple, ainsy que la garde nationale.

Lecture à lui faite du présent interrogatoire, a dit ses réponses contenir vérité, y a persisté

(COTÉK 11.)

Interrogatoire fait par nous

Contre le sieur Valory, détenu en état d'arrestation ez prisons de l'Abbaye.

. En exécution du décret de l'Assemblée nationale du vingt six juin dernier.

Auquel interrogatoire nous avons procédé en la chambre du conseil des prisons de l'Abbaye, où nous nous sommes transportés, en présence

Du vendredi vingt six juillet mil sept cent quatre vingt onze du matin.

Fait venir de sa prison le 'sieur Valory, lequel a dît s'appeler François Florent Valory, âgé de trente sept ans, cy devant garde du Roi, natif d'Huningue en Alsace, demeurant à Paris, rue Pagevin, chez une amie, élizant son domicile au greffe de sa prison.

Interrogé comment il appelle cette amie.

À dit qu'elle se nomme Madame Prieur.

Si, en arrivant à Paris avec le Roy et la famille royale, le vingt cinq juin dernier, il n'a pas chargé quelqu'un de passer chez la demoiselle Prieur pour lui dire qu'il étoit prudent qu'elle changea de logement.

A dit qu'il avoit chargé un garde national, de garde au château, de dire à Madame Prieur de n'avoir nulle inquiétude sur son sort.

S'il étoit à Versailles à l'époque du mois d'octobre mil sept cent quatre vingt neuf.

A dit qu'ouy.

S'il étoit au château des Thuileries, le soir du vingt huit février dernier.

A dit qu'il auroit voulu y être, mais qu'il n'y étoit pas.

S'il éloit à Paris dans le courant d'avril dernier, et si il y est resté jusqu'au vingt juin suivant sans interruption.

A dit qu'ouy.

Si dans l'intervalle des premiers jours d'avril jusqu'au vingt juin dernier, il a souvent été au château des Thuilleries.

A dit que non.

A lui observé que le sieur Dumoutier prétend l'y avoir vu ; sommé de repondre à cette question.

A dit qu'il est possible que le sieur Demoustier l'y ait vu peut être une fois, parce qu'il n'y a pas été davantage, depuis environ deux ans que le Roy est à Paris.

A quelle époque a-t-il été une fois au château des Thuileries ?

A dit qu'il ne s'en souvient pas.

S'il a entretenu correspondance avec quelqu'un du château avant le dit jour vingt juin dernier.

A dit qu'il n'en a entretenu avec qui que ce soit.

Si dans les mêmes tems, il a eu occasion de parler soit au Roi, soit à la Reine,- soit à quelques personnes attachées à leur service.

A dit que non.

Si le vendredi dix sept juin dernier, il est allé comander une veste de courier au tailleur; sommé de dire quel est ce tailleur et dans quelle rue il demeure.

A dit qu'il a commandé une veste de courier dans la nie Saint Honoré ; ne s'en rappelle l'époque et ne sait le nom du tailleur.

Dans quelle partie de la rue Saint Honoré ?

A dit dans les environs de l'Oratoire.

Qu'est-ce qui lui avoit donné l'adresse du tailleur ; est-ce un des cy devant officiers des gardes du corps; est-ce le Roy ou quelqu'un de sa maison ; est-ce le sieur Dumoutier ; est-ce le sieur Maldent?

A dit personne.

Si ce n'est pas Lompris que se nomme ce tailleur ; et s'il éloit son tailleur ordinaire.

A dit qu'il ignore son nom, et qu'il n'étoit pas son tailleur ordinaire.

Pourquoi il a changé de tailleur, et quel est son tailleur ordinaire.

A dit qu'il n'en a pas d'à litre.

Quel est le nom du dernier tailleur dont il s'est servi pour autre vêtement que la veste en question.

À dit qu'il ignore son nom.

Quelle est sa demeure?

A dit qu'il demeure rue Page vin, à coté de l'endroit où il loge.

Pourquoi il a dit au tailleur qui lui a fait la veste qu'elle étoit pour la chasse, quoiqu'il scut que c'était pour courir la poste.

À dit que cela est faux.

Qu'est-ce qui lui a donné l'ordre de faire faire la veste de courier.

A dit que c'est M. Demoustier.

De quelle part le sieur Demoustier lui a-t-il donné cet ordre *

A rtt de la part du Roy.

Si on lui a dit le motif pour lequel la veste de voit être fait te.

A dit qu'on lui a dit que c'était pour courir la poste.

Si le tailleur qui a fait sa veste a fait aussi les vestes des sieurs Maldent et Demoustier.

A dit qu'il l'ignore.

Quel jour l'ordre lui a été donné.

A dit qu'il croit que c'est le vendredy qui a précédé le départ.

A quel endroit l'ordre lui a été donné.

A dit au Palais Royal.

Avec qui il devoit courir la poste.

A dit qu'il l'ignore.

Quel jour, comment et par qui il a été instruit du départ du Roy, de la Reine et de la famille royale.

A dit qu'il ne l'a pas été du tout.

Pour quel endroit le voyage a été entrepris.

A dit qu'il l'ignore.

S'il a accompagné le Roy et la famille royallc lors du voyage, la nuit du vingt au vingt un juin dernier.

A dit qu'il les a accompagné sur la route.

S'il a pris le Roy à la descente du château des Thuilleries.

A dit que non.

S'il l'a pris dans les cours.

A dit que non.

A quel endroit il Ta pris.

A dit que c'est le Roy qui l'a pris à Bondy.

Qu'est-ce qui lui a donné l'ordre de se trouver à Bondy.

A dit un inconnu.

Comment il a été à Bondy et à quelle heure.

A dit achevai, vers minuit, une heure.

Où il a pris le cheval; si c'est un cheval de louage, ou un cheval hourgeois, ou un cheval de récurie du Roy.

A dit qu'il ignore le tout.

A lui observé qu'il doit répondre à justice, et que jusqu'à présent toutes ses réponses sont autant de refus d'obéir à la loi ; sommé de s'expliquer à cet égard.

A dit qu'il répète qu'il ignore le tout.

Où il a rencontré la personne qui lui a donné Tordre d'attendre le Roy à Bondy.

A dit au Carrouzel.

S'il éloit au Carrouzel par hazard, et quelle heure il étoit lorsqu'il a rencontré la personne prétendue inconnue.

A dit que laditte personne est réellement inconnue pour lui ; qu'il étoit environ neuf heures du soir lorsqu'il l'a rencontré au Carrouzel, jour du départ du Roy, et que lui répondant étoit là par ordre.

Qu'est-ce qui lui a donné l'ordre de se trouver au Carrouzel à cette heure.

A dit que c'est Monsieur Demoustier.

Si c'est au Carouzel qu'il est party pour aller à Bondy, et s'il n'y a pas eu une promenade intermédiaire entre le Carouzel et'fiondy,

A dit qu'il n'est pas party dirctement du Carouzel pour aller à Bondy, et qu'il y a eu une course intermédiaire entre le Carouzel et Bondy, la quelle course n'a pas été hors de Paris.

Où s'est terminé la course intermédiaire, et avec qui elle a été faitte.

A dit qu'elle a été faitte avec Monsieur Demoustier et l'inconnu dans un fiacre pris sur le quay du pont Royal, le quel fiacre a fait une course longue qui les a mené dans un quartier qu'il ignore.

Où il a pris le cheval qui l'a conduit à Bondy après la course de fiacre finie.

A dit dans le quartier où le fiacre les a conduit, et qu'il ignore l'endroit.

A lui observé que domicilié à Paris depuis longtems, il ne peut ignorer l'endroit où le fiacre l'a déposé.

A dit qu'habitant le quartier du Palais Royal, il en conaoit les alentours et nullement ce qui est au delà.

Si, quand il est monté dans le fiacre, le sieur Demoustier et le supposé inconnu n'ont pas dit au fiacre de les conduire dans un endroit designé.

À dit qu'il n'a rien entendu.

S'ils ont quitté le fiacre tous trois ensemble.

A dit ensemble.

Qu'est-ce qui a payé le liacre, et combien la course a durée.

A dit qu'il ignore combien la course a duré ; que ce n'est pas lui qui a payé le fiacre, et qu'il ignore qui l'a payé.

Ce qu'est devenu le prétendu inconnu.

A dit qu'il l'ignore.

Ce qu'est devenu le sieur Demoustier.

A dit qu'il est resté avec lui.

De quoi l'on s'est entretenu dans le fiacre pendant la course ; si l'on n'a pas parlé de l'objet du voyage, et de l'endroit où il devoit prendre un cheval ou toute autre voiture pour se rendre à Bondy.

A dit qu'il ne s'en souvient pas.

Si, en quittant le fiacre dans un endroit de Paris qu'il ne désigne pas, il a pris une voiture pour aller à Bondy.

A dit aucune.

S'il est allé à Bondy avec le sieur Demoustier.

A dit que non.

Sf c'est à Bondy qu'il a rejoint le Roy et la famille royalle.

A dit qu'il n'a rejoint personne.

Comment, sur la foi d'un inconnu, il a pu se rendre à Bondy de nuit.

A dit qu'il avoit des ordres du Roy.

S'il a couru avec le Roi en quittant Bondy.

A dit qu'oui ; que là seulement le Roi lui a donné ordre de le suivre, et qu'il étoit arrivé à cheval à Bondy.

Dans quelle voiture, et avec qui le Roy est arrivé à Bondy.

A dit qu'il y est arrivé dans une berlinne ; la nuit Ta empêché de distinguer les personnes qui étoient avec lui dans la voiture.

S'il sait où est la porte Saint Martin.

A dit qu'il iroit, mais qu'il ne pourroit designer les rues.

Si ce n'est pas de la porte Saint Martin qu'il est party à cheval pour Bondy.

A dit qu'il faisoit nuit; qu'autant qu'il peut croire, c'est à la porte Saint Martin qu'il a quitté M. Demoustier pour se rendre à Bondy.

S'il a sçu au jour quelles personnes étoient dans la voiture du Roy.

A dit qu'ouy.

Quelles sont ces personnes ?

A dit le Roi, la Reine, M. le Dauphin, Madame, fille du Roy, Madame Elizahelh, et la gouvernante de Monsieur le Dauphin.

Si, lorsqu'il a quitte le fiacre, il a scu ce qu'avoit fait le sieur Demoustier.

À dit que non.

Si, à la porte Saint Martin, la voiture du Roy étoit à l'attendre.

A dit. qu'il y avoit une voiture.

S'il n'a pas vu le sieur Demoustier monter dans cette voiture.

A dit que non.

Qu'est-ce qui étoit chargé le long de la route de changer les relais et de payer les frais de poste ?

A dit que c'est lui.

Qu'est-ce qui fournissoit l'argent?

A dit le Roy.

Comment, dans la voiture, le Roy et Monsieur le Dauphin étoient velus.

A dit brun uni pour le Roi, et brun rayé pour Monsieur le Dauphin, à ce qu'il croit, et qu'ils avoient au surplus les mêmes vêtements que ceux qu'ils avoient à leur retour.

Si le Roy avoit sur son habit les marques extérieures de distinction qu'il porte ordinairement.

A dit que non.

Si Monsieur le Dauphin avoit le cordon bleu.

A dit que non, ou du moins qu'il ne Ta pas vu.

Si en arrivant à Bondy, il a vu MM. Maldeut et Demoustier.

À dit qu'ouy.

S'ils couroient avec lui depuis Bondy.

A dit que M. Maldent alternativement avec le sieur Demoustier ont couru derrière la voiture; que l'un d'eux étoit toujours assis sur le siège.

Où on a relayé après Bondy.

A dit que le Roylui a ordonné d'aller à Glayes, et qu'il lui donnoit à chaque relais ses ordres pour l'endroit où il vouloit aller.

S'il y avoit à Glaye une voiture, ou chaise, on cabriolet qui attendit.

A dit qu'ouy.

Quelles sont les personnes qui étoient dans celte voiture?

A dit qu'il ne les connoissoit pas; qu'il a scu depuis qu'elles étoient de la suilte du Roy.

S'il étoit armé sur la route.

A dit comme tous les autres couriers, d'un seul couteau de chasse.

S'il a connoissance quelles sont les personnes qui ont accompagné Madame de Tourzel et les enfans de France, pour monter dans la voiture en sortant du château des Thuilleries.

A dit que comme il n'étoil pas à Paris à l'instant du départ du Roy, il l'ignore.

S'il ne le savoit pas au moment du départ, il a pu en être instruit; sommé de le dire.

A dit qu'il Ta toujours ignoré et I1 ignore encore.

S'il a connu et s'il connoit les personnes qui ont accompagné le Roi, la Reine et Madame Elizabeth pour aller du château des Thuilleries joindre la voiture qui les attendoit.

Si le sieur Maldent lui a dit qu'il eut accompagné le Roi seul, ou la famille royale, en sortant du château, pour de là joindre la voiture dans la quelle le Roy est monté. •

A dit que non.

S'il a connoissance qu'il y eut un passeport; le moment où il l'asçu, et sous quels noms étoit ce passeport.

A dit qu'il en a eu connoissance à Varenne ; qu'il étoit sous le nom de la baronne de Korff.

Si quelqu'un étoit commandé pour veiller sur les passages du Roi.

A dit qu'il l'ignore et qu'il n'a vu personne.

Si le Roy est descendu de voiture sur la' route ; à quel endroit, à quelle heure, et pourquoi ; s'il a parlé à quelqu'un, s'il a été reconnu.

A dit qu'il sait de ses camarades que le Roy et la Reine ont descendu des cotes à pied; qu'il a vu le Roy descendre de voiture à un relay dont il ignore le nom, pour lâcher de l'eau ; qu'il a resté assez longtems hors de sa voiture, causant avec beaucoup de monde qui l'entouroit, et parlant à des passants sur les moissons ; que c'étoit entre onze heures, midy, et qu'il ignore s'il a été reconnu.

Sî, en partant de Sainte-Menehould, la première destination ne fut pas pour Verdun, et si, à quelques distances, on ne se détourna pas pour aller à Varennes ?

A dit que non; que le Roi ne s'est pas détourné d'une seconde de la route qu'il a voit tenu.

S'il a connoissance du lieu où le Roy devoit s'arrêter définitivement.

A dit que le Roi lui donnant ses ordres de relay en relay, il n'a sçu qu'à Varennes, longtems après que le Roy a été dans la maison du procureur de la commune, qu'il fixoit le but de son voyage à Monlmédy.

A lui demandé qu'est-ce qui a fait l'arrestation du Roy; en quel lieu elle s'est failte et à quelle heure.

A dit que le Roi étoit à Varennes entre dii et onze heures du soir, passant sous une voûte qui annonçoit être une des portes du bourg ou de la ville ; le répondant étoit à dix ou quinze pas à la tète des chevaux de la voiture du Roy; qu'au débouché de la ditte porte, six hommes environ, armés chacun d'un fusil, la baïonnette au bout, ont couché le répondant en joue en lui criant d'arrêter ou qu'ils faisoient feu sur lui ; qu'il a répondu que cette violence contre des voyageurs étoit étonnante; que lui et la voiture étoient prêts à suivre les ordres ; que l'on lui repela que s'il bougeoit Ton faisoit feu sur lui et sur la voilure; qu'il sautât à bas de son cheval et courut à Tune des portières de la voiture du Roi, assurant les personnes qui arrestoient la voiture que l'on étoit prêt à répondre aux questions que Ton pouvoit faire; qu'à l'instant le tocsin sonna, la générale* battit, et l'on cria de barrer le pont ; que lui, répondant, fit offre Je présenter le passeport; que dans cet intervalle les deux dames de la 3uite de Monsieur le Dauphin descendirent de voilure, entrèrent au corps de garde munis, à ce qu'il croit, du passeport; que Monsieur le procureur de la commune arriva, pria les voyageurs de le suivre chez lui, pour y visiter le passeport, et donoa des ordres pour la sûreté des voyageurs, qui arrivèrent chez Monsieur le procureur de la commune, et que l'on mit des sentinelles pour garder la voiture.

Pour combien de personnes le passeport étoit-il délivré, et pour quel endroit.

A dit qu'il ne s'en souvient pas.

Si les voyageurs allpient sous des noms inconnus.

A dit qu'ouy.

S'il ne s'est pas présenté aussi des hussards et des dragons, à Varennes, avant l'arrestation ou peu d'instants après, et s'il sait quelle étoit leur mission.

A dit que n'étant pas sorty de la maison du procureur de la commune, il n'a rien vu de ce qui se passoit dans la rue ; qu'en montant en voiture pour le retour du Roy, il a tu des hussarls en bataille, et point de dragons ; qu'il ignore leurs missions et les ordres qu'ils avoient reçus, et qu'il n'avoit vu dans Varennes aucuns dragons.

S'il v avoit des hussards sur la route avant d'arriver à Varennes.

A dit qu'il n'en a vu nulle part qu'à Varennes.

S'il a vu des dragons sur la route, jusques et compris Varennes,

A dit qu'il en a vu dans la ville de Sainte-Menehould, mais sans armes et épars, comme Ton est lorsqu'on n'est pas de service.

S'il y a un régiment à Sainte-Menehould.

A dit qu'il l'ignore.

Quel est l'ordre que le Roy lui a donné en prenant relay à Sainte- Menehould, et pour quelle poste Tordre et oit donné pour relayer.

A dit que l'ordre du Roy portait d'aller à Glermont en Argonnes.

Quel est l'ordre que le Roy lui a donné en prenant relay à Clermont, et pour quelle poste Tordre étoit donné pour relayer.

A dit que Tordre du Roi portoit pour Varennes.

S'il connoit le sieur Defersen, colonel du régiment de Royal-Suédois.

A dit que non.

Si l'inconnu dont il a parlé dans le cours de son interrogatoire étoit ou paroissoit françois, et parloit la langue sans aucun accent étranger.

A dit qu'ouy.

Comment étoit vêtu cet inconnu ; quelle étoit sa taille et sa figure.

A dit que comme il étoit nuit, il n'en sçait rien.

S'il connoit les sieurs Dagoult.

A dit qu'il connoit des MM. Dagoult.

Quels sont ceux qu'il connoit.

A dit les deux Messieurs Dagoult, aydes majors généraux des cy-dcvant gardes du corps.

S'il connoit aussi un sieur Dagoult, major des cy-devant gardes françoises. «

A dit qu'il le connoit de vue.

S'il a eu quelque conférence avec lui au sujet du voyage du Roy.

A dit que non.

Si l'inconnu ne seroit pas Tune des personnes dont nous venons de lui parler.

A dit que non.

Dans quelle compagnie des cy-devant gardes du corps lui et les deux autres couriers servoient précédement.

A dit qu'ils servoient tous les trois dans la compagnie de Noailles.

Si ce n'est pas par l'un des chefs de cette compagnie, ou par tout autre garde du corps, qu'il a reçu Tordre pour le voyage et pour le vêtement.

A dit qu'il n'a reçu d'ordre du Roi que par M. Demouslier, son camarade, et qu'il n'en a point reçu de tout autre, si ce n'est du Roy, à partir de Rondy.

À lui observé qu'il auroit dû faire attention que le voyage du Roy étoit contraire à la Constitution, funeste à la tranquilité du Royaume et dangereux pour le Roi lui-même et Monsieur le Dauphin.

A dit qu'il déclare avoir ignoré le but des ordres du Roy, qui le commandoit de se tenir prêt, et ensuite d'aller à Bondy; qu'il a toujours cru, jusques au moment où le Roy lui a adressé directement la parole à Bondy, que sa mission étoit de porter des dépêches el suivre une voiture quelconque.

A lui observe que lorsqu'il a vu que l'objet de sa mission étoit tout autre que celui dont il vient de nous parler, mais qu'il s'agissoit, au contraire, de coopérer à la fuite du Roi et à l'enlèvement de Monsieur le Dauphin, il auroit due revenir sur ses pas, et même en prévenir la municipalité de Bondy.

A dit qu'habitué et dévoué à son Roi, il n'a pas crû devoir se permettre aucunes observations ny refleclions, lui ayant juré obéissance, respect, amour et fidélité ; qu'il a pensé et qu'il a toujours crû que le Roy et la Patrie, la Patrie et le Roy ne faisoient qu'un ; que, d'après cela, il s'est trouvé flatté du choix que le Roy a bien voulu faire de sa personne, et a renouvelle à l'instant même dans son cœur le serment qu'il lui avoit fait de mourir pour lui et la Patrie, et qu'il l'a suivy avec le zèle qu'il attendoit d'un serviteur comme lui.

A lui représenté que, suivant la Constitution, le Roy ne pouToil quitter le Royaume, ou même s'éloigner du Corps Législatif de plus de vingt lieues ; que lui, répondant, n'a pu ignorer cette loy constutionnelle, ny le serment fait par le Roy à la Fédération, et même par le corps des cy-devant gardes du corps dans la personne de ses députés, de maintenir cette Constitution si chère aux vrays François ; que ce serment n'a pas seulement pour objet de maintenir de tout leur pouvoir cette même Constitution ; qu'il a encore pour objet d'être fidèle à la Nation et à la loy ; qu'on ne peut conséquement obéir au Roy que dans les ordres qui ne sont contraires ny à la Constitution, ny à la Nation, ny à la loy ; enfin, que le voyage du Roy et l'enlèvement de Monsieur le Dauphin sont une contravention formelle au serment el à la loy. Sommé de répondre catégoriquement à cette observation.

A dit qu'il ignoroit le décret cité dans l'observation relativement a l'éloignement du Roy ; que son intention n'a jamais été d'enfreindre les lois du Royaume. Connoissant la pureté de celle de son Roi, il Ta suivy sans croire devoir se permettre aucune reflexion ; qu'il n'a jamais crû enlever Monsieur le Dauphin, comme ce mot est souvent répété dans

son interrogatoire ; qu'il a seulement obéi aux ordres du Roy, dont il ne connoissoit pas les motifs du voyage ; quel serment qu'ait pu faire ses camarades lors de la Fédération, qu'il n'a jamais pu faire déroger à celui qu'ils ont fait en entrant au service du Roy, qui est de lui obéir aveuglement dans toul ce qu il leur commanderoit ou leur seroit commandé de sa part.

S'il avoit fait attention que le corps des gardes du Roi n'étoit plus en activité au moment du voyage, ou que son service étoit au moins suspendu. A lui observé qu'il auroit encore moins dû déférer à un ordre contraire à la Constitution, que sa publicité ne pcrmettoit pas d'ignorer.

A dit que son corps n'a cessé d'être en activité que du jour où l'Assemblée Ta supprimé; que jusques là les ordres du Roy étoient donnés dans les compagnies, les appointemens payés, les chevaux nourris, les gardes du corps occupant à l'ordinaire leurs garnisons respectives, manœuvrant et soumis à la même discipline qui a existée jusqu'au jour de leur reforme; que des ordres du Roy ont été donnés à différens de ses gardes, ou pour rejoindre leurs garnisons, ou pour venir à Versailles, continuer leurs opérations sur la manutention des chevaux, etc., d'où il devoit conclure que rien n'a voit été changé dans la discipline établie au corps des gardes du Roy, et qu'il devoit être toujours soumis à ses ordres, sans, se permettre aucunes reflections quelconques. Ajoute le repondant qu'il ne cessera jamais d'obéir aux loys du Royaume et aux ordres du Roy.

A lui observé que depuis dix huit mois au moins les cy-devant gardes du corps sont sans service auprès de la personne du Roy, et que c'est la garde nationale qui fait ce même service ; que d'ailleurs ce n'est pas comme garde du corps qu'il a accompagné le Roi, et enfin que, d'après la Constitution du Royaume, tout ordre qui y est contraire ne doit point être suivy.

A dit que l'Assemblée nationale n'ayant supprimé que tout à l'heure le corps des gardes du Roi, n'avoit pas l'intention de les laisser dans l'inaction ; que les gardes nationaux qui représentent ce corps au près du Roy n'ont toujours cru y faire le service qu'en attendant que le corps ait repris ses fonctions aux Thuilleries; que d'ailleurs le service des gardes du Roy s'étanl fait comme à l'ordinaire, ils se sont cru dans la même obéissance due à leur Roy; que le voyage qu'il a fait lui a été ordonné de la part du Roy, comme étant l'un de ses gardes, suivant les anciens usages, qui les destinoient à être porteurs des ordres du Roy

ou de sa famille dans les puissances étrangères ; que ce qu'il cite n'est pas sans exemple, et qu'il étoil donc fondé, croyant son service toujours en activité, d'obéir aux ordres de son Roy, sans croire être refractaire aux loys du Royaume.

A lui observé qu'il ne pouvoit se dissimuller que le voyage en question ne pouvoit avoir pour but que de faire la guerre à la Nation, d'attirer des troupes étrangères dans le Royaume; que conséquemment il auroit dû se croire obligé de ne pas obéir à l'ordre qu'on lui donnoit.

A dit que les bons François connoissent le cœur de leur Roy, et ses intentions aussi pures que lui-même ; que, convaincu plus que qui que ce soit de cette vérité, il Ta suivy enflamé du désir de lui prouver son respect, son amour et sa fidélité.

A lui représenté que le voyage en question exposoit les personnes du Roy et de Monsieur le Dauphin ; qu'il pouvoit arriver qu'ils fussent attaqués sur la route et périssent, ou qu'il s'engageât un combat, et que tous deux en fussent la victime ; ou qu'enfin, arrivé dans la retraite que le Roy avoit choisie, la France se trouva livrée à une anarchie cruelle.

A dit que la manierre dont le Roy voyageoit, le peu de précautions qu'il prenoit pour n'être pas connu, puisqu'il se monlroit partout, ainsi que la Reine, Monsieur le Dauphin et la famille, Jui faisoient voir que ce voyage n'étoit pas un grand mystère ; que si des François eussent attaqué la voiture, le Roy se seroit montré, et les armes leur seroient tombées des mains; que quand à eux couriers, leurs corps lui eussent servi de rempart, si des malheureux eussent attenté à ses jours.

A lui observé que le départ du Roi étoil entrepris dans le plus grand mystère, puisqu'il est party sans l'aveu de l'Assemblée nationale, qui n'y auroit pas consentie; sans avoir sur son habilles marques extérieures de distinction qu'il porte ordinairement ; qu'il a entrepris le voyage pendant la nuit, et que même, d'après les réponses du répondant^' est un inconnu dont on s'est servy pour conduire lui répondant dans un endroit que le répondant ignore, et d'où il est party pour se rendre à la première poste ; qu'il paroit évident d'ailleurs que le Roy n'a voulu instruire aucune des personnes qui l'entouroient de ce voyage secret ; observant en outre qu'avec une aussi faible escorte que celle des trois couriers, le Roy et Monsieur le Dauphin pouvoient courir les plus grands risques pendant la route, faute d'être connu, et que celte idée

seule auroit dû déterminer le répondant ù ne pas accompagner les voyngeurs, et au contraire à en prévenir les surveillans.

A dit qu'il ne paroil pas y avoir de doute sur le mystère que le Roy a voulu mettre à son voyage en partant de Paris, mais qu'il paroit aussi très positif que le Roy hors de Paris ne craignoit pas d'être reconnu, puisqu il se montroit partout ; qu'il ignoroit les précautions que .le Roy a crû devoir prendre pour son départ ; que ce n'étoit pas à lui, son sujet et respectueux serviteur, à lui faire aucunes questions sur cet objet ; que la foible escorte du Roy annonçoit aux couriers qu'il n'y avoit rien de sinistre sur la route ; que sans cela, le Roy se seroit fait entourer d'une garde plus nombreuse.

A lui représenté que le voyage du Roy étoit si bien une fuitte mystérieuse, qu'il partoit comme simple particulier, et avec un passeport sous le nom d'une dame étrangère.

A dit qu'il a ignoré et ignore encore toutes les particularités du voyage ; que le Roy ne paroit en avoir fait part à personne ; qu'il n'a eu connoissance du passeport qu'arrivé à Varennes ; que d'ailleurs, il répète qu'il n'a dû se permettre aucunes questions vis-à-vis de son maître, et qu'il a suivi aveuglement le serment d'obéissance qu'il lui a fait en entrant à son service.

A lui observé que lorsque nous lui avons parlé du voyage de M. le Dauphin comme d'un enlèvement, c'est que M. le Dauphin est l'enfant de la Nation, et que Ton ne peut en disposer sans le consentement de la Nation.

A dit que !e Roy étant sans contredit le père de la Nation, M. le Dauphin doit en être le fils-; que le Roy, comme père de Monsieur le Dauphin, a le droit d'en disposer et de lui ordonner de le suivre par tout où il voudra ; que M. le Dauphin n'a donc pas été enlevé, mais le Roy l'a mené avec lui.

Sommé de nous dire s'il a connoissance de ceux qui ont conseillé au Roi de faire le voyage avec M. le Drtuphin; quels sont ceux qui y ont concouru, autres que lui répondant et les deux autres couriers ; quels en sont les complices, fauteurs ou adhérants ; quelles étaient . les vues ultérieures, soit du Roy et de la Reine à la fin du voyage, soit des emigrans françois, soit des puissances étrangères, lorsque le Roy et sa famille auroient terminé leurs courses.

A dit qu'il l'ignore ; qu'il sait seulement de la bouche du Roy et de la Reine, arrivés à Varennes, que leurs intentions n'étoient pas de quitter la France, mais seulement d'instruire le peuple et les François du vœu qu'ils formoient pour leur bonheur.

Si l'on meltoit beaucoup de célérité sur la routte pour arriver plus promplement.

A dit que non, et que les guides ne se payoient pas plus de trente sols.

Lecture à lui faitte du présent interrogatoire , a dit ses réponses contenir vérité, y a persisté

{Fac-similé. — cotée 24-25.)

Citée 24

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