C. Comte de Brederode
(cotée 17.)
Lettres adressées d'Angleterre à Monsieur le comte de Fersen, colonel
du régiment Royal- Suédois , à Paris.
Londre, ce mardi 14 juin 1791.
Comme la volonté des dames est ambulatoire, mon cher comte, la princesse a changé de volonté pour notre voiage de Porsmouth qui aura lieu demain, ce qui m'empêchera de vous écrire vendredi prochain, ce qui sera dans tous les tems, je suis sure, une privation pour moi. Le lord Dorcct est venu me voir% Il m'a parlé de la personne à qui vous «Mes attachés avec attachement et respect, me disant que la seule chose qu'il luy reprôchoit et dont il ne luy avoit pas caché à elle-même étoit son entier dévouement à l'abbé de V. dont il ne m'a pas fait l'éloge. 11 m'a assuré que luy seul avoit du crédit sur son esprit et la gouvernoit en tout despotiquement, même que vous n'aviés aucun pouvoir sur elle, mais que vous ne vous occupiés que de vos intérêts et de votre régiment; mais de la manière dont il s'est exprimé, quoique je vous repette les mêmes discours, ne vouloient dire si non que vous ne vous êtes jamais mêlés que de ce qui vous regarde, et ceux qui vous connoissent ne peuvent que vous rendre celte justice et celle de l'honnêteté de votre caractère. Il m'a dit aussi que vous pensiés comme luy sur cet abbé et que vous vous en etiés expliqué avec luy souvent. Il m'a aussi ajouté qu'il étoit bien en peine pour elle du moment présent, et que c'est ce qu'il avoit le plus redouté depuis le commencement de toutes les affaires. J'ai été bien contente de luy pour ce qui rrga-de la personne qui vous intéresse, et pour ce qui vous concerne. Je me suis fait une lois de vous tout dire, mais autant je prends plaisir à vous apprendre le bien que j'en apprends, autant je souffre de vous repetter le mal qui est toujours si injuste. Mais quel qu'il puisse être, il ne peut atteindre votre opinion qui doit être inébranlable à plus d'un titre.
Ohaiiipcenets qui est icy, m'a conté que sa belle-sœur vous avoit
écrit une lettre anonime pleine d'horreur contre luy/que vous en aviés écrit au baron de Breteuil qui avoit reconnu l'écriture. Je vous' prie de ne pas croire un mot de tout ce qu'elle vous mande ; elle est indigne pour ses beaux-fils, et on la dit très-méchante. Champcenets qui est icy me paroit si dévoué, si attaché à vous et aux personnes qui vous intéressent que je ne puis luy refuser le mien (1), d'autant qu'il est bien malheureux. Il m'a paru sensible à vos procédés, et je vous demande pour lui votre bienveillance si vous êtes à même de lui rendre service ; vous jugés bien que je ne vous fais cette prière qu'autant que vous n'y aurés aucune répugnance Je serois bien fâché de vous être de la moindre contrariété, vous ne devés pas en douter. J'ai scu par Mad. d'Albanie ce que le prince de Galle luy a dit pour la personne à qui nous sommes attachés, qu'elle étoit cause de tout ; qu'il ne la plaignoit pas, puisqu'il savoit très-bien qu'elle ne s'occupoit qu'à s'amuser et qu'il avoit sur tout cela les détails les plus précis. Je dois dîner avec luy demain, et s'il m'en parle je lui repondrois bien comme je le dois en ce sens. C'est bien indigne et surtout dans sa bouche, et bien bas, envers ceux qui ne sont que malheureux, mais il a aparament hérité de la haine que luy porte son ami intime qu'il devroit bien rougir à présent d'avouer s'il avoit un peu d'âme, mais ses propos à Mad. d'Albanie me donnent bien mauvaise opinion de la sienne. Quoi qu'il ait été fort aimable pour moi, je n'en suis pas aussi engoué qu'on l'est ici pour luy. Si vous allés à Spa, vous y verres nos princesses qui partent d'icy le 24 pour y aller, après avoir passé par Bruxelles. Elles m'ont dit qu'elles m'écriroient toutes les nouvelles de ce pais. Je voudrois bien que toutes celles qu'on débite sur votre Roy ne soient pas vraies et surtout que vous n'en preniés pas couleur. Mais vous êtes si sage et si prudent que cela devroit diminuer mon inquiétude pour vous. Je désire tant votre bonheur personnel, vous êtes si heureux comme vous êtes, que je serois bien lâché que rien puisse l'altérer. Je compte que nous partirons au retour de Porstmouth. Il y a un bâtiment qui part à cette époque pour Gottembourg. Je ne vois pas le moment de quitter ce pais où je suis constament souffrante, et la vie que nous menons m'excède plus que je ne saurois vous le dire. Mon mari a été aussi très-malade depuis son arrivé; je le trouve bien changé, ce qui me fait bien de la peine. Il y a bien du tems que je n'ai aucune nouvelle de vous. Cette privation et cet éloignement me sont bien sensible, mais tant que vous
(1) Son dévoùment, sans doute.
serés heureux et content, je le serois aussi, mon très-cher comte, de votre bonheur, je n'en desirerois plus d'autres. Je vous dois ce sacrifice, et j'aurois dû le faire depuis longtcms. Ces dames viennent de me dire que nous ne serons de retour de Porsmouth que le 22 courant. Je serois deux courriers sans vous écrire, ce qui me fait bien de la peine. M. de V?del vient aussi de passer ehés moi, pour me dire qu'il a voit un bâtiment pour la Norvège, qui partoit vers le 20. Je luy ai répondu que ne pouvant partir que le 23, si le vaisseau étoit encore ici, j'en profilerois. J'en ai parlé à mon mari qui en est d'accord. Je suis d'une impatience extrême de quitter Londres. Je n'y laisse rien qui puisse me donner des regrets. Je suis bien peu tranquille sur ce qui vous concerne; tout ce qu'on médit m'effraie pour vous. Mon mari m'a dit qu'on vous blamoit beaucoup de la conduite que vous lenés, et que vous avés fait et faites le plus grand tort à certaine personne que vous sacrifiés au mépris général; que tous ceux qui luy en ont parlé ont témoigne l'étoiinement qu'ils éprouvoient du peu de ménagement que vous mettiés à sa réputation et que vous la perdiés entièrement dans l'esprit de ceux qui pourroient prendre quelque intérêt à Elle, sans compter vous exposiés sa vie même. Je me suis disputé sur cela avec mon mari, car j'envisage la chose tout differament, et je trouve que dans le moment, vous ne sauriés trop lui prouver votre attachement, en ne la quittant pas, et en lui en donnant toutes les preuves qui dépandent de vous. Et ce qu'on blâme et trouve malhonnête de votre part, je le trouve sublime et ne puis que vous en estimer davantage. Je vous suis trop attachée ainsi qu'à Elle pour pouvoir penser differament. Adieu, mon cher comte, ménagés votre santé et votre vie, je ne puis assés vous en suplier; vous le devés même aux personnes à qui vous devés être attachés.
(cotée 22.)
Londre, ce vendredi 17 juin 1791.
Mon mari c'est trouvé si incommodé de son estomac, mon cher comte, que nous avons laissé partir la princesse sans nous pour Oxford, et irons la joindre demain à Porsmouth, ce qui abrège notre voiage.
Nous serons de retour icy le 22 pour nous embarquer le 23 sur un bâtiment qui doit nous conduire à Cristiania, si d'icy là il n'y a pas encore de changement. Mon mari n'a rien d'inquiétant. Mais ayant eu la goutte à Paiis et ayant été à la suite beaucoup trop purgé, il luy a resté une irritation dans les intestins qui empêche que son estomac puisse digérer les aliments sans une espèce de diarée. Mais un médecin qui le traite m'a assuré qu'il seroit bien dans deux jours et tout à fait rétabli. Dans le vray il est infiniment mieux, et le repos que ces dames nous ont laissé par leur départ nous mettra à même d'arriver en Norvège en bonne santé. Vous ne sauriés imaginer la tournure des lettres qu'écrit M. de C.donne à des Anglois icy. II ne doute de rien et ne s'en fait pas moins gloire. On le connoit icy mieux qu'en France. Je suis, je vous assure, bien triste de tout ce qu'on dit, bien incrédule sur le succès et au desespoir de vous savoir pour rien dans tout cela. Votre rôle doit être passif, du moins à ma manière de voir. Vous n'avés rien à prouver à ceux à qui vous êtes attaché ; ils vous connoissent, et cela peut suffire; aux autres vous ne leur devés rien. Quand à moi, on me blâme icy de m'en aller à Stockolm et surtout d'y mener mon mari. On me dit que je serois cause de sa perle, que c'est luy faire manquer sa fortune. Quand à moi je ne voit pas cette fortune, et quand même je la verrois, je ne voudrois ne la tenir que des personnes à qui nous sommes attachés. Mon mari n'a rien fait qui puisse luy attirer leurs disgrâces, et quand ils voudront de luy il sera toujours trop heureux de les servir. 11 me semble que selon la tournure que prenent les choses, il doit pas y prendre couleur. Si vous envisagés la chose di (Te rament, je vous serois fort obligé de me le dire; vous savés que je n'ai de confiance qu'en vous, et en votre manière de voir qui est si juste. Vous devés être content de moi : je suis à présent au point que vous avés désiré, que vous avés voulu ; vous devés en juger, et en être persuadé par mes le'ttres qui n'auront plus un autre stile pour vous. Je désire votre bonheur par dessus tout, je ne m'occupe que de luy seul : comme je vous l'ai déjà mandé, je ne laisse rien icy, que je regrette. Je suis même impatiente de quitter l'Angle-
terre ; je suis devant Dieu et devant les hommes la même que j'élois, mais je ne veux plus avoir que de l'amitié pour vous. Je n'aurois jamais dû avoir un autre sentiment, ou du moins aurois-je dû le garder au fond de mon cœur ; il m'auroit rendu bien plus heureuse. 11 en est teins encore, et je vous prie de croire que c'est le plus grand sacrifice que je puisse vous faire. Ma résolution sera inébranlable. 11
m'en a bien coûté de prendre ce parti, et je n'ai voulu vous en parler, qu'étant sure de moL Vous pouvez me croire à présent sans crainte, vous n'aurés plus à vous plaindre de moi. Je suis au moins sure de ne jamais plus vous rien dire qui puisse vous offenser. Je vous écrirois toujours, vous serés mon seul ami, mon bonheur' sera de vous revoir. Mais je ne vous ferai plus lire dans mon cœur, ce sera le seul secret que je garderai pour moi ; je ne vous cacherai aucun des autres, cela me seroit impossible, je vous le repette; vous devés me croire et être content de moi. Je ne saurois vous écrire davantage ce matin. Je suis dans une disposition bien peu favorable à la gaité et surtout pour vous parler nouvelles. Je ne vous écrirois pas mardi prochain, je serai à Porsmouth. Je le ferai si je le puis ; j'y prends trop de plaisir pour pouvoir n'en pas saisir toutes les occasions. Adieu, mon cher comte.
(cotée 20.)
Ce 47 au soir.
Je ne veux pas laisser partir ce courrier sans vous parler du prince de Galle, mon cher comte. Je viens de dincr avec luy chez Milord Randon. II n'y a voit que nous, Mad. d'Albanie et deux autres Anglois. Avant le dîner, il me demanda si j'avois foy à tout ce qu'on disait; que la chose paroissoit sérieuse; que leur flotte auroit apparament cette destination; que la personne à qui vous êtes attaché avoit un courage si grand que malgré cela elle aurait sûrement bien peur; et se retournant du côté de Mad. d'Albanie il luy dit, toujours avec cet air de persiflage : Vous savés quelle est ma façon de penser sur Elle. A table j'étois auprès de luy; il me demanda si je ne trouvois pas que lord Randon vous ressembloit, qu'il vous avoit beaucoup connu à Londre ; que vous portiés le même uniforme que lui bleu et jaune ; que vous éliés assés bien de figure ; toutes ces dames repondirent que vous étiés bien changé et que vous étiés très-laid. On ne dit plus rien sur vous, après ce beau préambule. Il me parla du duc d'Orléans, me disant qu'il l'aimoif de tout son cœur; qu'il avoit été parfait pendant
son séjour en Angleterre ; qu'au reste dans ce qu'il avoit fait il avoit voulu se veuger et qu'il le trouvoit tout simple ; qu'il alloit me parler avec la plus grande vérité ; que son défaut étoit peut-être d'être trop sincère, mais qu'il avoit à se plaindre de la personne à qui vous êtes attaché ; qu'elle avoit tenu sur luy les propos les plus méprisants ; qu'elle le haissoit ; que c'éloit le duc Dorcet qui lui avoit inspiré ce sentiment qu'il éprouvoit luy-même, à la suite d'une querelle de femmes qu'ils a voient eu ensemble. Il me conta cette histoire, mais si embrouillé que je ne saurois vous en rendre un seul mot ; mais que depuis tous ces malheurs il étoit trop bon pour n'avoir pas tout oublié et pour la plaindre beaucoup ; qu'il n'aimoit pas tous les François, hors M. de Bethune et le duc de Pienne; qu'il ne pouvoit sduffrir le duc de la Force. Après toute cette belle conversation, il se mit à contrefaire plusieurs Anglois de notre connoissance, et il peut passer maître pour ce talent ; il finit par nous chanter une chanson françoise, contrefaisant la voix et le geste de l'ambassadeur d'Espagne qui a la marotte à la vérité de chanter en jouant de la guittare avec la voix la plus rauque et la plus cassée. Il nous dit qu'il l'avoit vu aussi danser une danse espagnole avec les castagniettes avec Mad. Sulivan chez M. de Crafford, et que cela étoit si ridicule qu'il en avoit pensé mourir de rire. Au surplus il ne nous fit pas l'éloge de la beauté de Mad. Sulivan qu'il traita de marchande de pommes et dont il fit des détails peu agréables. J'en suis fâché pour vous de n'avoir pour rival que M. de la Reignière. C'est un peu triste quand on est jeune, aimable et beau comme vous Têtes. Je ne sais pourquoi je crains que la confidence que veut me faire le vicomte ne regarde Mad. Sulivan, mais je ne songeois plus que je n'ai que de l'amitié pour vous. Mais badinage à part, vous êtes voués à ce seul sentiment de ma part, et c'est irrévocablement. Si j'ai le bonheur de vous revoir à Stockolm comme l'espère, il vous sera impossible d'en douter. Adieu, mon cher comte.
Je crois que notre voyage de Porsmouth ira à vau l'eau et que nous nous embarquerons defQnitivement le 22, ce que je désire bien vivement. Pardon de mon griffonnage, mais je suis bien gêné pour vous écrire et je ms dépêche tant que je puis. J'oubliois de vous dire que des Anglois qui peuvent le savoir m'ont assuré que le duc d'Orléans faisoit depuis quelques jours repasser en France les fonds qu'il avoit icy et que d'autres François aussi en faisoient de même. Tout ce qu'on débite icy me donne une bien vive inquiétude, et celle que vous me faite éprouver surpasse toutes les autres.
(cotée 21.)
Pardon de vous écrire à bâton rompu, comme je le fais, mais il est impossible d'être plus gêné que je ne le suis, car chaque fois que je prends la plume à la main, on me demande à qui j'écris, et si je vous nomme une fois, je ne me soucie pas d'y revenir la seconde. Je reprends ma lettre dix fois, et j'oublie les trois-quarts du tems ce que je veux vous dire, ou repette beaucoup trop ce que je vous ai déjà dit. Le prince de Galles m'a encore ajouté sur tout ce qu'on annonce icy, qu'un proverbe anglois dit qu'il ne faut pas montrer les dents avant de pouvoir mordre. Qu'il ne sauroit blâmer au* reste la personne à qui
vous ôtes attaché de se servir des La et des autres pour se tirer
d'où elle est; qu'à sa place il en feroit autant; que tout est bon, pourvu qu'il sauve du moment présent qui est l'essentiel, mais que le plus grand
gueux que nous aions en France étoit la Fa ; qu'il n'a ni àme ni
courage, et qu'il n'a que la cruauté des gens faibles ; qu'il étoit la cause de la mort du général André en Amérique et d'autres encore qu'il m'a nommé. Il nous a prié d'aller passer quelques jours chés luy, à cet endroit où sont les bains de mer, ce que j'ai évité en renonçant au voiage de Porsmouth qui m'auroit mené à la fin du mois, et j'aurois perdu l'occasion de m'embarquer pour Gristiania. Le bâtiment part le 22 sans faute et nous sommes résolus d'en profiter. Je ne vous écrirois plus d'icy que mardi prochain, veille de notre départ. Je désire bien vivement vous revoir, d'autant que je suis sure que vous serés content de moi pour la première fois de votre vie. Je ne changerai plus de résolution, vous le verres; je suis à présent bien sure de moi. Jeserois si heureuse de vous revoir que je ue puis m'ocuper que de ce seul bonheur, après le votre que je souhaite pardessus tout. Si on m'avoit dit en partant de Paris que je resterois deux mois en Angleterre, j'aurois été bien éloignée de le croire. Ce que je puis vous assurer, que je m'en suis bien ennuie, et que ma santé ne s'en ai pas mieux trouvé ; mais vous revoir me consolera de tout, et je le sens déjà, je me trouverais même heureuse si les circonstances du moment ne me donnoient une bien vive inquiétude pour vous. Elle surpasse tout ce que je pour-
rois vous en dire ; mes allarmes sont excessives. Je crains que vous ne soyés la victime de votre courage et de votre attachement. Vous pouvés être le sacrifié dé bien des gens. Je ne vous ai jamais rien caché de ce que je savois, de ce que même pouvoit craindre mon cœur pour vous-même, au risque de vous déplaire. L'amitié peut avoir ce droit, quand elle ne considère que le seul bonheur de la personne qu'elle chérit. Le temps vous le prouvera. Vous me suposés toujours un sentiment qui détruit auprès de vous la pureté du mien, qui sera dans tous les tems le même pour vous, quelque peu de justice que vous lny rendiés. Comme je vous lai souvent dit, si mon sentiment pour vous n'avoil pour base l'estime et l'amitié, il y a longtems qu'il n'existeroit plus. Vous pouvés le croire, ma conduite le prouve, je n'ai aucun motif de feindre avec vous, je vous rends justice et je vous aime pour voas. Le reste .ne dépend ni de vous ni de moi. Je suis contente de votre t bonheur et ne désire plus le mien.
(tjotée 5.)
Londre, ce 18 juin 1791, ce niaedi.
Je vous ai écrit hier, mon cher comte, que nous partions le 32. Nais le capitaine ayant changé d'avis, nous allons nous embarquer dans l'instant même pour Gristiania. Non mari se porte fort bien, moi je suis toujours bien souffrante. Je vous prie, mon cher comte, de ménager votre santé, votre vie, de ne pas l'exposer inutilement. Mad. de Korff m'écrit du 9 que vous partes dans une dissame de jours, je le désire vivement pour vous et pour moi ; tout eu qu'on m'assure icy m'effraie pour vous à l'excès. Je vous souhaite, mon cher comte, tous les bonheurs que vous mérités. Je vous les souhaite du fond de mon àme. Je désire vous revoir bientôt à Stockolm, comme un frère que je chéris. Je n'ai plus d'autre sentiment pour vous. J'ai fait ce pénible effort pour vous obéir. Je vous le devois même, vous devés être enfin content de moi; et si le hazard veut que nous ne nous revoyons phis, je vous prie de vous souvenir quelquefois d'une femme qui vous a tou-
jours bien tendrement aimé. Adieu, mon bien cher comte, je vous embrasse mille fois en vous faisant mes adieux.
Pendant qu'on attelle les chevaux à la chaise de poste qui doit nous conduire à G rêves onde pour nous embarquer, je veux encore vous dire un petit mot, mon cher comte. Vous y verres ma confiance en votre amitié qui vous est acquise depuis que j'ai eu le bonheur de vous connoitre. Je trouve, comme je vous l'ai déjà mandé, mon mari d'une tristesse bien profonde, et vous ne pouvés pas douter de h peine que j'en éprouve. Par la question que je nie suis permis de lui faire, j'ai aisément jugé qu'elle tient à ce qui se passe en France, et à sa nullité présente. Son esprit a besoin de pâture, il lui faut de l'occupation. Tout l'ennuie, quand il n'a pas un but pour guide. Le voyage de Stokolin, il le fait avec plaisir. Mais c'est l' avenir qui l'occupe, qui l'attriste. Je voudrois que vous songiés à luy si vous êtes à môme de luy rendre service. Je sais que vous ne pouvés rien sur l'esprit des personnes à qui vous êtes attaché. L'expérience me l'a prouvé, ce qu'on m'en a dit encore plus. Mais je suis pas moins reconnoissante de votre bonne volonté dont je n'ai jamais douté. Mais si tout ce qu'on dit de votre Roi se réalise, il pourroit par vous être utile à mon mari. Cette une idée à moi, mais que je soumets à votre façon de voir si juste ; ne m'en voulé* pas de vous parler avec celte franchise. Vous devés être persuadé que je ne voudrois jamais que ce qui peut être convenable et ne pas vous compromettre. Je vous assure que la manière d'être de mon mari me donne bien du chagrin et que je désire vivement le voir occupé. 11 ne peut l'être qu'en France et dans un autre ordre de choses qui semblent n'être pas si éloignes, si tout ce qu'où assure est vray. J'ai fait au sujet de ce voiage à Stokolm tout ce que je devois faire vis à vis de luy, et je n'ai rien à me reprocher. Je ne me serois jamais pardonné une démarche contraire à sa volonté ou qui puisse luy causer le moindre chagrin. Mon beau-frère qui y est absolument contraire luy a redit sur cela des choses qu'il auroit pu se dispenser de luy dire relativement à moir luy disant que le désir que j'avois de revoir mon frère me faisoit tout sacrifier, que je lui faisois faire mille étourderies et manquer sa fortune. 11 faut que vous sachiés que mon beau-frere est intime de M. de Calonne et qu'il bâtit sur tout cela bien des châteaux en Espagne, étant par sa nature fort ambitieux. Heureusement pour moi je n'ai jamais eu celte passion, et je serois, fort heureuse dans quelque médiocrité que je puisse être, si je pouvois seulemeut vivre et voir souvent les gens que j'aime; c'est où se bornent tous mes désirs.
Mais ce qui regarde mon mari me tient d'autant plus à cœur que je suis moi-même bien plus tranquille aussi, ce qui me fait vous le recommander avec instance. Des François que j'ai vu hier m'ont soutenu que c'étoit vous qui conduises votre Roy, et d'autres personnes aussi; que vous avés une correspondance suivie avec luy ; je leur ai assuré que vous ne vous melliés de rien, par caractère et par principes, et qu'ils se trompoient fort sur tout ce qu'ils croyoient de vous. Ils m'ont ajoutés d'autres choses que je ne puis vous mander. Je vous serois bien obligée de me recommander à vos parents. Ce sera une grande douceur pour moi de vivre avec eux et de leur parler de vous. Je me Halle toujours que j'aurois le bonheur de vous revoir bientôt à Stokolm. Mais vous êtes toujours si parfaitement honnête que vous sacrifiés toujours votre plaisir à voire devoir. Madame de Korff me mande que vous êtes parfait pour e\\- et que vous avés une âme brûlante sous une écorce de glace ; je le pense comme elle, et je trouve qu'on est plus qu'heureux quand on a le bonheur de jouir de votre intérêt et de votre amitié. Je serois bien longtems sans vous écrire, ce qui me fait bien de la peine. Quelle joie j'aurois si je vous trouvois arri.é à Stockolm! elle est plus facile à sentir qu'à exprimer. Mais j'ai bien peur d'y être longtems sans vous, et ce qui vous arrelle en France n'est fait que pour me donner bieu de l'inquiétude ; vous ne quittés jamais ma pensée ; tout s'y rapporte et je n'existe que par elle. Si voire voiage de Slockolm se diffère, je voudrois bien savoir du moins où pouvoir vous donner de mes nouvelles. Si je n'en apprends rien à mon arrivée en Suède, je vous écrirois toujours à Paris. Je m'embarque dans une bien mauvaise disposition, étant bien malade de mon estomac; mais ce voiage me fait tant de plaisir qu'il me semble qu'il me guérira de tout et ne m'empêchera jamais de vous bien aimer.
(cotée 40.)
A Graveund, le dimanche 49 juin 1791.
Je suis arrivé icy hier au soir, mon cher comte, et le vent étant contraire , nous attendons dans une assés triste auberge qu'il soit favo-
rable pour nous embarquer avec une impatience aisée à comprendre. J'ai la mer pour perspective, et il ne falloit pas moins que mon excessive tendresse pour mon frère pour me résoudre à la traverser sans regret. M. Craflbrd m'a dit hier que vous lui aviés mandé par Mad. Sulivan que vous alliés partir pour Spa, mais comme vous ne m'en mandés rien et que Mad. de Korff m'assure le contraire, je la crois de préférence. Il seroit au reste assés naturel que vous y alliés, le Roi y estant. Mais si l'on croit les brui:s publiques, il n'y restera gueres. Je voudrois bien que tout ce qu'on en dit d'absurde n'aie pas lieu, ce qui m'oteroit une bien grande inquiétude pour vous. M. de Schaussen doit être parti hier pour Spa. Il m'a donné des paquets pour Stockolm pour Mastr Degeer, dont je me suis chargé. Il m'a beaucoup parlé de vous, et voyant qu'il a voit envie d'en dire du mal, je me suis pressé de l'assurer de l'amitié et de l'estime que je vous avois vouées, ce qui a produit l'effet que j'en desirois, de le faire taire. Je ne puis souffrir qu'on me dise du mal de vous, qui ne vient ordinairement que de l'envie qu'on vous porte, car il est impossible de le penser. M. Bartelemi nous a conté aussi hier, à mon mari et à moi, une anecdote que sûrement vous ignorés, ainsi que M. votre père, sur qui cela porte. 11 nous a dit qu'étant secrétaire de M. de Modene pendant son ambassade de Suéde, la cour de France ayant envie d'y faire une révolution, M. de Modene mit plusieurs sénateurs dans son parti, mais que s'étant adressé à M. votre père qui avoit des principes tout à fait opposés, il ne voulut y être pour rien et ne s'en mêla pas. M. de Modene, dans un compte d'argent délivré pour celte opération qu'il envoia à M. de Choiseul qui étoit alors ministre, y mit 100,000 livres données à M. le comte de Fersen pour des achats d'armes, et que luy Bartelemi ayant vu ces articles et en connoissant le mensonge, en avoit été indigné. Je n'ai jamais entendu une infamie pareille, et je suis bien aise que vous la sachiés, quoique sûrement la réputation de M. votre père est bien loin d'avoir besoin de justification. Au surplus, comme il faut que je vous parle toujours de moi pour être heureuse, vous saurés que mon beaufrere a encore écrit à mon mari sur le voiage de Suéde tout ce qu'on peut dire de plus ridicule, finissant par luy demander qu'il doit mo rendre responsable non seulement de tous les événements possibles présents, mais même futurs; qu'il doit m'en rendre responsable envers la famille et ses enfants ; que ce voiage sera leur ruine et celle de mon mari, et que j'en suis la seule cause; que l'ambassadeur d'Espagne luy en a parlé dans les mêmes termes, l'assurant même qu'il avoit trouvé
mon mari baisse par sa maladie au physique et au moral ; que son courage l'a voit abandonné et qu'il se laissoit gouverner par mes sottises et mes fantaisies, et mille autres choses de ce genre qui ont extrêmement choqué mon mari, que j'ai suplié de n'en point faire le semblant à son frère, comme je ferai aussi de mon côté, détestant les tracasseries, quoique tout cela me donne bien du chagrin. Je suis loin d'avoir forcé la volonté de mon mari, il le sçait bien, et je Taurois fait seule potir peu qu'il eut eu la moindre répugnance. Je serois au desespoir de contraindre pour moi qui que ce soit, encore moins luy, qui a toujours été parfait pour moi. Mais j'avoue que je suis sensible à ce procédé de mon beau frère, car tout ce qu'il luy a écrit contre moi au roi t bien suffi sur un esprit différent du sien à nous mettre mal ensemble pour la vie. Je déteste bien l'ambition, je vous assure, quand elle fait si fort déraisonner. Certainement, personne ne désire plus que moi que mon mari ait une place qui puisse l'occuper, son esprit en a besoin. Mais j'avoue que je ne vois pas cette fortune prochaine et ne m'aperçois d'autre chose que de gens qui veulent mettre mon mari en avant pour leur propre, compte. Car mon beau frère en nomme plusieurs que je connois bien pour cela et que je vous ai bien souvent nommés, le D. de Gi...vre et d'autres encore, qui s'opposent, à ce qu'il dit, a ce voiage, comme s'ils en avoient le droit. Au reste, nous n'alldns pas aux antipodes, et si le Roy a besoin de mon mari, il peut bien le trouver où il est. Mon beau-frère prétend aussi qu'on a mis mal mon mari dans l'esprit de certains personnages qui vont à Aix-la- Chapelle. Tout cela se peut, car des ennemis on en a toujours, mais quand on suit l'honneur dans sa conduite et qu'on n'a rien à se reprocher, on se console des injustices non méritées par le repos de sa conscience. Pardon, mon cher comte, de vous ennuier de mon bavardage, mais mon cœur a toujours besoin de s'épancher dans le votre, qui est toujours bon et indulgent pour moi. J'y compte, je vous l'assure, avec confiance, et j'éprouve un grand soulagement quand je vous ai fait part de mes peines. Le vent change dans le moment, et nous allons partir. Je vous recommande votre santé et votre vie, mon cher comte, et vous prie d'être bien sur des sentiments que je vous ai voués.
(cotée 18.)
Je vous envoie, mon cher comte, un fragment d'une lettre de mon beau frère; vous verrez qu'il veut parler dé vous. Je ne puis comprendre ce qu'il veut en dire. Mais je le saurois, le luy ayant demandé, et je vous le manderai. Il n'y a plus que luy seul qui peut me donner de vos nouvelles, et je n'ai pas manqué l'occasion de me mettre en correspondance avec luy. Adieu, mon cher comte. J'ai vu ces jours derniers Mad. de Cannillac. Je ne sais pourquoi je crois qu'elle a été aussi votre maîtresse. Vous m'avés dit une fois qu'elle avoit eu un amant pendant un an sans que personne s'en douta, qu'il étoit Ànglois, et moi je suppose qu'il étoit un aimable Suédois. Je ne saurois assés vous témoigner toute mon inquiétude sur tout ce qu'on m? dit. Vous connoisses mon intérêt pour vous, il ne peut finir qu'avec ma vie. Je vous conjure de ne pas sacrifier la vôtre. Groyés que le sentiment tendre de mon amitié pour vous est indépendant de tout autre. Je veux que vous soyés heureux comme vous Têtes ; c'est en cela que je fais consister mon bonheur actuel. J'ai renoncé de bonne foi à tout autre, mes lettres vous en ftnt preuve, et vous en jugerés vous-même quand nous nous reverrons. Mais Dieu seul sçait quand nous nous reverrons, et si nous nous reverrons jamais, si tout ce qu'on assure est vray et si vous perdez la vie comme je le crains. Je vous connois, vous vous exposerés sûrement.
(c o T ÉE 1 0.)
6 janvier 1791.
Monsieur,
Mon hoffmeister, empêché hier, passera sans faute aujourd'huy, entre trois et quatre heures, chez vous. Mais en relisant ma lettre de corn-
mission, je vois qu'on est si pressé, que je crains que si nous gagnions le mois de mars, on pourroit nous planter là avec notre voiture, ce qui ne nous arrangerait ni l'un ni l'autre. Ayez donc la complaisance de mettre tous vos ouvriers après sans relâche pour hâter le moment de la livraison, sans pourtant faire tord à la solidité ; cela vous sauvera tout désagrément, comme aussy à votre dévouée servante.
B""» de KORFF.
Au dos est écrit: A Monsieur Louis, rue de la Planche - Saint- Germain.
Paraphé ne varietur au dossier de la déposition du Sr Louis, ce jour
Délivrée par nous, greffier Ravaut.
(COTKE 32.)
Mémoire du chariot de poste de M. le comte de Fersen, livré le 16 juin 179i,par Louis, sellier à Paris, successeur du sieur Warin.
Premièrement, pour la caisse payée au menuisier 300 »
Pour coller et nervé la dite caisse 20 *
Pour la toille, sangle et crin, pour la matelassere. 35 »
Pour 13 aunes de velour dulrech blanc, pour doubler la
dite voiture, à 9 liv. Faune, payé 117 »
Pour tous tes galons, tresse et cordons en général, tresse
et cordonnet de stors, boutonnière, tresse et olives des aco-
toire, tant en soye qu'en leine, payé 116 î
Pour le taffetas ver d'Angletere, pour garnire les trois
stors, payé 17 10
Pour trois ver de Boeheme, payé • 18 *
Pour trois stors à cric, payé 27 »
Pour le matelas de cottes en maroquin ver, avec des
poches, bordé d'un galon de soye tout au tour, en galon de
A reporter 650 10
liv. t.
Report 650 10
soye, et les deux matelas de cottes dans le tambour du dossier en maroquin ver, doublé en toile et piqués, garnis de boutonnière et olives de soye; les courroyes et tresse contre sanglots (1) et boucleteau en tresse de soye ver, pour le matelas du dcssier 54 *
Pour les deux antaye du coussia en leinne et cria, les desous en peau maroquiné rouge, les pantes doublés de même, piqué en soye 30 »
Pour toutle la toille pour garnire le tambour du dossier, les trois armoires dont une au dossier et deux sur le devant, les boucles et contresanglots dans les dites armoires ; les veroux en cuivre, pour fermer les dites hormoires ; le montan rouge pour garnire le tambour en dedans sur le devant, et généralement tout autre fournitures; et pour le fèreur qui a posé les charnières et poignes des portes, et la moquette pour doubler le feau plafon 48 »
Pour tous les cuirs noire et rouge, savoir : la vache de l'impérial, la vache pour garnire le dossier et les deux custodes, et le desous du tambour sur le devant ; la vache rouge pour garnire le plafond et les marches, et le feau plafon. . . 460 >
Pour façon de la dite voiture 200 »
Pour les quatre boucles de souppante, les huit boucles de courroyes, les roullettes des glace, les charnières des poignes des portes et basculle pour ouvrire en dedans, le tout en cuivre polis, et les clous dorés et le recouvrement en cuivre aux portes 164 »
Pour trois châssis des glaces, en bois d'arcajou, feré en cuivre; plus, pour trois jalousy mouvante à ressort, en bois darcajou, avec leurs cordons et veroux, payé 108 »
Pour deux ferure au portes, avec leurs clefs 15 »
Pour le charon : pour le train a flèche feré de toutes les ferures, rond de fer desus et desous à la Vautrain ; la flèche feré, quatres forte roues feré de fer, de claviers à clous et visse et rivet, et une limoniere 650 -
A reporter 2,079 10
(1) Pour petite sangle.
ltT. S-
Rtport 2,079 10
Fait tourné les essieux et fourni quatre fortes bouette de cuivre 1 70 *
Pour le scrurier : pour les ferures de la caisse complelte, les brancars ferés en dedans sur champ les mains à douille, la ferrure pour recevoir les marchepieds, les quatre ressorts à l'anglaise, les ressorts pour le siège de derrière, avec leurs ferures, les bras a l'allemande, avec leurs brides, les anneaux, pour supporter la planche; les changement et ferure pour le siège de devant, la ferure de la cuisinière 1 ,030 »
Pour le bourlier : pour la bourlerie complette, avec les marchepieds de cuir, porte siège, rond de palonier, couroye de lixiere 190 >
Pour la peinture : fait des fons ver et vernis tout le haut en noire, rechampis les moulures de la caisse en noire, peint le train et les roues en citron, les resors et ferures en couleur d'acier et vernis 140 »
Total 3,609 10
Par augmentation.
Fourni un filay dans l'impérial, avec les crochets dorés, courroyes et piton. .'. 14 »
Pour trois poches postiches en velours dutrech, pareille à la doublure, dont une sur le devant, et deux autres aux porte, bordé de galon de soye, garnis de boutonnière et olive, et boutons de fonte 34 »
Pour deux autres poche en peau maroquiné rouge, bordé d'un galon en haut; quatres boutonnière et quatre olive en soye, posé au bas des portes 10 »
Plus, quatre autres poches en callemande blanche, dont deux au custodes et deux au dossier, doublé en toile blanche, bordé d'un galon 16 »
Pour deux tuvau en fer blanc, les couvercles et tourniquels 20 »
A reporter 3,703 10
liv. s.
Report.. 3/703 10
Pour un pot de chambre en cuir vernis 6 »
Pour un coffre en forme de nécessaire, payé 30 »
Pour deux lanternes à réverbère, avec des réfleciions au
de dans, pavé 60 >
Pour deux livres de bougie G >
Pour une vache sur l'impérial tout en cuir, doublé en coutil, garnis de boucles et de contre sanglots tout au tour, poignes , courroye et crampon pour l'attacher, sangle et . boucle en dedans 130 »
Pour une cantine tout en cuir pour six bouteilles, matelassée en bazanne et crin, et trois courroyes et crampon pour l'atacher au dossier 54 »
Garni les bras à l'allemande du siège de derrière, matelassé en dedans en bazanne et crin, fait deux poche en dehor en veau, avec leurs patte doublé en coutil, garnis de boucle et de contre sanglot; fait un large dossier en cuir lissé, garni de six fortes boucles et contre sanglot matelassé en dedans en bazanne et crin et piqué ; fait une poche en vache en dehor du dossier, avec sa patte garni de boucle et de contre sanglots 60 »
Fourni un siège à double fon, couvert en cuir, matelasé en crin, avec une séparation dans le milieu, couvert en cuir, garni de boucles et de contre sanglots 30 »
Fourni une planche pour supporter les pieds garnis en vache, fournis deux fortes courroyes pour les supporter, et un tablier de cuir arrêté à la planche et au siège, avec des boucles et des contre sanglots 20 9
Fait un grand couvi egenoux en vache lissé, doublé en toille, garnis de boucles et de contre sanglots 45 *
Fourni une ferrière au lisoire de derrierre en forte vache, doublé d'un fort cuir en dedans, avec des fonds de bois garnies de boucles et de contre sanglots, et quatre fortes courroyes de cuir dhongrie double pour rattacher 36 »
Garnis et matelassé le siège sur le devant en fauteuille en cuir et crin, fournis des accotoires bordé, fait deux poches
A reporter 4,180 10
Repott 4,180 10
ien dehor en veau, fournis deux courroyes en cuir lissé et crampon de cuir pour l'atacher sur le derrière, fait un coussin en cuir, rembouré en crin, avec des courroyes et boucles pour l'atacher 30 »
Fourni une planche pour mettre les pieds, garnis en vache, deux fortes courroyes pour la supporter, et un tablier de cuir arrêté à la planche et à la caisse avec des courroyes et .crampons 20 »
Fourni un couvregenoux en vache lissé, doublé en toille, garnis de boucles et de contre sanglots 40 »
Fourni une volée à l'italienne et deux forts ronds enchaînés SO »
Pour la ferrière : pour mettre des objets de précaution consistant : deux écroux d'essieux, une cheville ouvrière, six boulons à visser, six . clous à visser, douze clous à bandes, trois crampons de palonnier, six rivets de rondelle, plusieurs écroux, une clef à l'anglaise 40 »
Payé pour les chevaux qui ont promené la voiture 15 »
Fourni quatre courroyes en cuir dhongrie pour attacher le porte manteau sur la planche de devant; deux autres courroyes pour attacher les bidets sous la caisse et les crampons 15 »
Total du chariot de poste 4,370 10
Mémoire de M. le comte de Fersen, outre le mémoire du chariot de
poste neuf.
Du 16 juin i79i. Fourni un grand chariot d'équipage, avec son berceau monté sur quatre roues, rond de palonnier peint en rouge, excepté le coutil du berceau, payé.. . . 360 »
Fourni dix neuf aunes de coutil dalméon pour couvrire le dit berceau, à 45* l'aune, payé 39 18
Pour façon d'avoir assemblé le coutil, l'avoir cloué sur le
A reporter 399 18
Report 399 18
berceau, fourni le jarc et clouts de fer, fournis les boutons
et boutonnière de cuir sur le devant et sur le derrière 12 »
Fournis quatre courroyes en cuir dhongrie, pour attacher le berceau aux quatre coins 15 »
Fourni un fort caddenats pour le coffre sur le devant. . .
Fait peindre le coutil du berceau de trois couches de rouge à l'huile, payé 20 >
Du 18 juin. A la chaise sur quatre roues, doublé en callemande verte, démontré les trois glaces, les avoir mastiqués dans leurs châssis, fourni deux plaques de refuite pour séparer la glace de devant avec la jalousy, donné de la bande au stor, fourni un piton, huilé tous les cuirs 6 >
Ravancé la caisse sur les souppentes et fournis deux tirions .' 3 10
Payé au charon, suivant son mémoire 22 >
Fait peindre les frette et cordons des roues, les étriés et plusieurs raccord au train, payé 5 >
Totai 483 8
Je reconnais avoir reçu de M. le comte de Fersen, la somme de
deux mil six cents livres, à compte *ur les mémoires ici sous, et de
l'autre part du montant du chariot de poste neuve. A Paris, le
{9 juin i79i.
Louis.
Bon pour à compte sur
le total des 2,600 liv.
(cotée 285.)