‹ Fuite de Louis XVI à Varennes, da̕près les documents judiciaries et administratifs déposés au greffe de la Haute cour nationale établié à OrléansChapitre 22 sur 29 · RETOUR A PARIS · texte numérisé non relu

RETOUR A PARIS

(cotée 159.)

extrait du registre des délibérations de la commune de la ville

de Varennes.

Gejourd'hui vingt trois juin mil sept cent quatre vingt onze, la municipalité et le Conseil gênerai de la commune de Varennes assemblés on', délibère et rédigé le procès verbal qui suit, pour être adressé à l'Assemblée nationale.

Il est des scènes qui se peignent mieux au sentiment qu'à la pensée, et dont l'expression même affoiblit la vive énergie ; telle est celle dont cette ville vient d'être le théâtre.

Le mardi vingt un juin, à onze heures du soir, le procureur de la commune est tout à coup averti par un courier de Sainte Nennehould que deux voitures qu'on avoil inutilement tenté d'arrêter à Clermont vont arriver à Varennes, et qu'on les croit chargées d'un dépôt bien cher a tous les cœurs françois.

Ces voitures étant arrivées presqu'au même instant, le procureur de la commune paroit et demande les passeports. On lui en présente un contresigné Montmoiin et donné sous le nom de la baronne de Korff et sa famille, allant à Francfort.

La nuit étoit sombre, et les citoyens déjà en mouvement. Pour deffcrcr aux inquiétudes publiques, le procureur de la commune observa donc à ces personnes encor inconnues qui ctoient dans les deux voi-

tures, que l'émotion du moment, les ténèbres de la nuit et leur surelé même s'oppçsoienl à ce qu'elles continuassent leur roule, et en même (ems il les engagea à se rendre chez lui.

Ces personnes éloient au nombre de onze, dont cinq dans une voiture, deux dans une autre et quatre à cheval les escortant.

Descendues chez le procureur de la commune, elles déclarèrent que leur intention étoit de se rendre non pas à Francfort, mais à Montmédy, et comme si les cœurs françois habitués à chérir lenr Roi dussent encore le deviner, sur les démonstrations d'amour et de respect que nous nous empressions de lui donner: Oui, je suis le Roi, dit-il; voilà la Reine et la famille royale. Je viens vivre parmi vous, dans le sein de mes enfans que je n'abandonne pas.

L'attendrissement, l'émotion de toutes* les personnes présentes se joignant à celle du Roi, le monarque et son auguste famille daignèrent presser dans leurs bras tous les citoyens qui se trouvoient dans l'appartement, et recevoir d'eux la même marque de leur sensibilité vive et familière.

Arriva dans le moment un particulier se disant aide de camp de M. de Bouille et demandant à parler au Roi.

Introduit par le procureur de la communne, interrogé par le Roi de son nom : Je suis Goglas, dit-il. — Bon, dit le Roi, quand partons-nous ? — J'attends vos ordres, Sire. Etales ordres furent donnés de concert entre le procureur de la commune et cet officier.

Le Roi cependant temoignoit l'empressement de partir et demandoil à plusieurs reprises t>i les chevaux étoient prêts. Une foule de citoyens de toutes les communes voisines s'éloient dans l'intervale rendus à Varennes, et la nouvelle de l'arrivée du Roi, portée rapidement dans les cantons même les plus éloignés, tous se precipitoient vers lui avec toute la joye, l'empressement tendre et cependant inquiet et bruiaut d'une grande famille qui vient de retrouver son père, et craint encore de le perdre.

Les officiers municipaux n'eurent qu'à montrer aux yeux du Roi cette scène d'attendrissement et d'inquiétude, pour émouvoir la sensibilité de son cœur ; ils lui représentèrent qu'aimé de son peuple, son trône étoit dans tous les cœurs ; son nom dans toutes les bouches, mais que» sa résidence étoit à Paris, où l'appeloient les vœux inquiets et pressans des provinces mêmes ; que dans ces momèns de discorde et d'allarmes, l'empire redemandoil son chef et tous les citoyens leur père ; que le salut de l'Etat tenoit à l'achèvement de la Constitution, et la Constitu-

lion elle même à son retour ; qu'heureux par ses vertus, les François voûtaient l'être encore par son bonheur personnel, et que son cœur sensible et bon n'en trouverait jamais le gage que dans la jouissance qu'il en partageroit inséparablement avec eux.

Dans l'intervale étoit arrivée un détachement du régiment de Lauzun hussards, replié sur Varennes, et nous aimons à le dire, ces soldats citoyens ne témoignèrent à leurs frères d'armes que les dispositions les plus paisibles et les plus amicales. Il paroit qu'une autre partie de Lauzun delaché de Dun, et le régiment de Royal- Allemand en garnison à Stenay, dévoient se porter vers Varennes, et ces mouvemens ajoutaient encore aux inquiétudes publiques.

Sur la demande réitérée du Roi, la municipalité deliberoit au Conseil gênerai lorsqu'arriverent deux aides de camp de M. de la Fayelte, porteurs du décret de l'Assemblée, ou plutôt des vœux de la France entière pour le retour du monarque.

Tous les citoyens alors, redoublant d'instances et de supplications auprès de Sa Majesté, parviennent à l'émouvoir sur les malheurs san~ glans dont son départ alloit être le signal, sur le bonheur dont son retour seroit le gage, et sur le tribut d'amour dont Paris, l'Assemblée nationale et la France entière, payeroient à l'envie ce nouvel acte de son amour pour ses peuples.

Cédant enfin à ces émotions douces et pressantes, le Roi et la famille royale consentirent à partir, et vers six heures et demie du matin, au milieu de ces acclamations publiques qui sont si douces à recevoir quand elles sont toute à la fois le cri de la liberté et de l'amour, le Roi partit accompagné d'une foule considérable de citoyens et de gardes nationales destinées bien moins à protéger .sa marche qu'à honnorer le triomphe de sa sensibilité. Les officiers municipaux l'accompagnèrent jusqu'à Clermont, rendirent compte de tout au district et à la municipalité de cette ville, dont le zèle, en cette occasion comme dans toutes les autres, avoit si parfaitement secondé des mesures de prudence et de patriotisme.

La municipalité se plait encore à rendre à celui des gardes nationales l'hommage de reconnoissance le mieux mérité et le plus vrai. Elle voudroit pouvoir féliciter particulièrement chacune d'elles ; mais dans l'impossibilité de les nommer toutes, tant elles étoient nombreuses, elle n'en désignera aucunes , persuadée qu'à des âmes libres et françoises il suffît aujourd'hui de bien faire, comme autrefois de bien dire.

Mais la municipalité ne peut se dispenser de l'observer avec autant

ri'ctonnement que de satisfaction, au milieu de ce rassemblement rapide de tant de citoyens arrivans en foule de lant d'cndrots differens, il n'est arrivé dans la crise longue et douloureuse de cette nuit et du lendemain qu'un seul accident, et il n'est pas grave ; fruit heureux de cette liberté fondé sur la moralité et la loi, que nous devons à l'Assemblée nationale. Nous ne pouvons mieux la payer de ses bienfaits qu'en l'assurant que nous en jouissons déjà. Sa recompense la plus touchante peut-être est dans nos cœurs, mais la plus noble et la plus belle sans doute sera dans son ouvrage môme.

Délibéré à Varennes, les jour, mois et an que dessus. Signé en la minue des présentes: Pulhier, Florentin, Nicole, Lombard, Person ; Sauce, procureur de la commune; Boulhaut, Destez, Duplessis, Coquillard, Radet Cochon, Bourlois, Fournel Guilhert, Mauchauffe, Moland et le Vasseur, secrétaire greffier.

Délivré pour expédition par le secrétaire greffier soussigné.

Levasseur, secrétaire greffier.

(cotée 470.)

" Varennes, ce 28 juin 1*791.

Monsieur Vt Président,

Voulez vous bien faire hommage à l'Assemblé nationale d'un nouveau procès verbal de l'arrestation du Roi, contenant des détails plus circonstanciés que ceux que nous avions eu l'honneur de lui adresser d'abord, dans la première émotion de ce grand événement? Il étoit difficile d'en recueillir avec précision toutes les particularités, quelque nteressantes qu'elles fussent ; et c'est par cette raison que nous croions devoir y supléer aujourd'hui que, déjà loin du plus grand des malheurs,' il nous en reste plutôt le souvenir que l'effroi.

Daignez surtout, Monsieur le président, mettre aux pieds de l'Assemblée l'hommage le plus vif de notre patriotisme, en l'assurant qu'après le bonheur dt? vivre sous une Constitution libre, le plus cher à nos

cœurs eut été de mourir pour la de (Tendre, et s'il nous est permis de le dire, pour la sauver.

Les officiers, municipaux de la ville de Varenne, district de Clermont, département de la Meuse.

Sauce, procureur de la commune, J. B. Florentin.

(cotée 469.)

Extrait du registre de la municipalité de la ville de Varennes.

Cejourd'hui vingt deux juin mil sept cent quatre .vingt onze, les huit heures du matin.

Nous, officiers composant le corps municipal de la ville de Varennesf ayant été avertis, par la clameur publique, que trois officiers et un soldat qui avoient cherché à faciliter l'évasion du Roi venoient d'être arrêtés par le peuple au moment où ils essayoient de s'évader à travers la foule qui escortoit les voitures qui contenoient la famille royale, et requis de donner les ordres les plus prompts à l'effet de s'assurer de leurs personnes, avons, sans perdre de tems, dépêché un détachement de la garde h ationale, lequel s' étant emparé d'eux est venu les déposer en la chambre de la commune, d'où, après avoir été interrogés par nous de leurs noms et qualités, et avoir appris de leurs propres bouches qu'ils se nommoient : le premier, Damas ; le second, Choiseul de Stainville, commandans au régiment de Monsieur, dragons et de Royal Allemand; le troisième, Floriac; le quatrième, Rem y, capitaine et soldat dans les hussards ; les avons fait transférer dans les prisons de la conciergerie de cette ville, pour y être étroitement gardés.

De tout quoy nous avons fait et dressé un procès verbal qui a été signé par les officiers municipaux, le procureur sindic, les notables et le secrétaire greffier.

Cejourd'hui vingt trois juin mil sept cent quatre vingt onze, les neuf heures du matin,

Le Conseil gênerai de la commune de Varennes étant assemblé, oui le procureur de la commune, il a été arrêté que, attendu l'insalubrité, la défectuosité et les déflaus de sûreté des prisons, desquelles dans

l'espace de huit jours trois prisonniers se sont échappés à travers les murs , les sieurs Damas, Choiseul S tain vil lie, commandans aui régiments de Monsieur- dragons et de Royal -Allemand ; Floriac et Remy," capitaine et soldat dans les hussards, tous les quatre présumés coupables de trahison envers leur patrie, seroient remis es mains de la garde nationale de Verdun, arrivée hier, au secours de Varennes, pour lesdiîs Damas, Choiseul, Floriac et Remy être par elle et sous sa responsabilité conduits dans les prisons de la dite ville de Verdun et y être détenus jusqu'à conviction ou décharge des crimes dont ils sont prévenus. l

Arrête, en outre, que l'Assemblée nationale sera supliée d'ordonner que le département de la Meuze pourvoira incessament, non seulement à la reconstruction des prisons, mais encor à l'établissement d'un lieu pour les séances du Tribunal qui n'est pas logé et qui gémit d'être forcé, par le déffaut de prisons, de confier à d'autres un dépôt qu'il eut été plus glorieux pour luy de garder.

Fait, délibéré et arrêté en l'hôtel commun de. la ditte ville, les dits jour, mois et an que dessus ; et ont les dits officiers municipaux, le procureur de la commune, les notables et le secrétaire greffier, signé sur le registre de la minute des présentes, après lecture faille.

Délivré par le secrétaire greffier de la municipalité de la ville de Varennes, soussigné.

Levàsseur, secrétaire greffier.

(cotée 465.)

Cejourd'huy vingt deux juin mil sept cent quatre vingt onze, les cinq heures de relevée,

L'assemblée de la commune formée , il a été dit par le procureur de la commune que l'arrestation de Sa Majesté ayant occasionné la reunion des gardes nationales de l'arrondissement, celle de Clermont arrivée, il a été raporlé qu'il s'étoit passé différents faits de la plus vive importance qu'on imputoit en partie à Monsieur Damas, officier principal d'un régiment de dragon qui étoit au dit Clermont; que les circonstances non moins impérieuses du moment avoit jette des doultes sur

deux autres officiers qui se sont présentés, l'un sous l'habit de dragon et l'autre sur l'habit de garde nationale, ce qualifiant d'aides de camp de M. de Lafayette et porteur de ces ordres qui ne paroissoient point suffisamment authentiques ; qu'en conséquence et pour éviter les suittes que cette suspicion sembloit occasionné, les esprits des gardes nalionnales étant absolument indisposé, il croit de sa prudence de requérir leurs arrestations, tant pour la tranquilité publique que la sûreté de leurs personnes.

Sur quoy la commune ayant entendu les dits officiers et veriffié les ordres et le mandement dont ils étoient porteurs, qui ont paru très suspects, ayant en considération le caractère du message de l'officier se disant ayde de camp de M. de la Fayette et le motif de sa mission , il a été arrêté que ce dernier saisy par la garde nationnale, seroit mis en liberté, pour par luy se rendre de suitte à sa destination, et quant aux deux autres officiers connus sous le nom de MM. de Damas et de Choiseul, il a été égallement arrêté, que tant pour la tranquilité publique que pour la sûreté de leurs personnes, ils seront à l'instant, ou au plus tard dans le jour de demain, transporté et conduits sous bonne et sure garde en la ville de Verdun, pour être adressés à la municipalité de la dite ville, avec expédition des présentes, sauf par elle à se retirer » près de celle de Glermont pour se procurer les renseignements convenable, et sauf égallement à luy procurer dans un temps plus oportun ceux qui parviendroit à sa connoissance.

Délibéré en l'hôtel de ville, les dits jour et an que dessus, et ont signé après lecture faitte.

PERSON, PULTIER, J. B. FLORENTIN, BOURBOI8, GlHLBERT, LOMBÀRT, SAUCE, FOURN, ROLAND

Drouet, Levasseur, secrétaire greffier.

Cejourd'hui vingt trois juin du matin, sur le rapport qui a été fait à la commune assemblée pour le départ des gardes nationnales, par M. Elios, major de la garde nationale de Verdun, que lui ayant été présenté par un détachement un officier de dragons soupçonné d'une marche secrelte ayant été trouvé par des détours lors et en patrouille, luy ayant parlé, s'est nommé Remy, carder maître dragon du régiment de Monsieur ; étant environné d'une multitude de soldats citoyens, il avoit cru le faire déposer en la maison d'arrêt.

En conséquence, il a été arrêté qu'il seroit emmené avec les deux porté au procès verbal ci dessus, et que le nommé Flenrac, se disant

capi laine du régiment, et qui s'est rendu près des détenus, sera également et pour la surclé publique qui se trouve en danger, conduits en la ditte ville de Verdun.

Fait et arrêté en l'hôtel commun dudit Varennes, le vingt trois du dit mois de juin.

PULTIER, LûMBART, PERSON, SAUCE, J. R. FLORENTIN.

(cotée 166.)

Extrait du registre des délibérations et autres actes de la municipalité de Va refînes, district de Clermont, département de ta Meuse.

Cejourd'hui vingt trois juin mil sept cent quatre vingt onze, les neuf heures du matin,

La municipalité de la ville de Varennes étant assemblé sans avoir dessemparé depuis l'arrivé du Roi en cette ville, que pour accompagner le Roi dans le logement du procureur de la commune,

Sont comparus : Jean Baptiste Aymey , Cristophe Foux , Valentin . Vanebre, tous trois hussards ; Jean Lucas, trompette ; George Relier, Adam Krerep, Philippe Benard, Philippe Hekendorre, Joseph Strampfler, Jean S tans, Joseph Wilhen, Nicolas Schreinner, Antoine Lerrch, Nicolas Wild, Pierre Ekert, Jean Schwarty, tant en leur nom qu'en celui de toute la compagie de Harmmer, composée de cinquante hommes, lesquels nous ont dit qu'ils avoient reçu des reproches très amers de la part de Monsieur Roryke, lieutenant commandant de la ditte compagnie du régiment de Lauzun qui est actuellement en détachement en cette ville de Varennes, qui leur avoit dit qu'ils étoient de très mauvais sujets de n'avoir pas protégé le Roi dans sa fuitle jusqu'à Stenay ; qu'ils n'auroient pas dû l'abandonner dans cette circonstance ; qu'ils n'auroient pas dû prendre la partie du peuple ; et qu'ils dévoient donner un coup de main pour cet enlèvement ; que depuis qu'il leur a tenu ces propos il a disparu ; qu'en conséquence ils demandent le renvoi de cet officier et déclarent: qu'attendu qu'il leur a tenu des propos aussi inconstitulionels et aussi infidels à la nation, ils ne lui obéiront plus et prient

l'Assemblée nationale de prendre en considération leurs plaintes, qui n'est portée que par des cœurs vraiment patriotiques ; déclarent qu'ils sont prêts à verser leur sang pour la deflense de la patrie, et que lu nuit du vingt un au vingt deux du présent mois, jour de l'arrestation de la famille royale, sera pour eui un jour de gloire, puisque de tous leurs eftyrts ils se sont reunis aux gardes nationnales pour empêcher cet enlèvement précieux, qu'ils regardoient comme la perte du royaume. De tout quoi ils ont requis acte et ont signé. Et à l'instant ont demandé que l'Assemblée nationale daigne prendre en considération le zélé patriotique de Monsieur Chariot, leur marchai de logis en chef, qui s'est montré voué à la patrie, et qu'elle daigne le leur accorder pour leur lieutenant ; ont demandé aussi que le maréchal des logis en second, qui s'appelle Allexandre Muller, qui n'a pas moins manifesté ses vertus civiques, monte au grade de marchai de logis en chef. De tout quoi nous avons fait et dressé le présent acte qui sera adressé à l'Assemblée nationale. Le registre est signé de tous les dits hussards et des officiers municipaux, procureur de la commune et secrétaire greffier.

Pour expédition :

Levasseur, secrétaire greffier.

(cotée 168.)

Extrait du registre de la municipalité de la ville de Varennes.

Ojourd'hui vingt quatre juin mil sept cent quatre vingt onze, les six heures de relevée,

L'assemblée séante, sur le rapport qui a été fait à la municipalité, que le sieur Milaire, adjudant du détachement des hussards de Lauzun en cette ville, éloit suspect par les relations jntime et particulières qu'il a avec les officiers de son corps qui ont été employé à Tenlevcment du Roy, et notamment avec le sieur Deslon, capitaine commandant dudit détachement, actuellement fugitifs; ses liaisons avec ce dernier, auquel il est tellement dévoué qu'il paroit avoir été placé ici de sa part depuis quelques jours comme son homme de confiance ; que ces circonstances faisant craindre pour le repos et la IranquihV pubîi-

que par l'ascendant qu'il peut avoir sur l'esprit de quelques hussards dudit détachement; que même il nous est parvenu qu'il sollicitoit les hussards dudit détachement de sortir de cette ville pour se reunir à leur corps. Sur quoy il a été arrélé que ledit Milaire seroit arrête, à l'effet de quoy aulhorise Monsieur Destez, capitaine des canonnière, de le faire arrêter et conduire en la maison d'arrêt, pour ensuitte être conduit en la ville de Verdun, pour y être déposé ez mains de la municipalité, à laquelle il sera adresser expédition du présent, pour par elle avisée au partie à prendre. Fait en l'hôtel de ville, lesdits jour et an susdits, après lecture faitte. Signé au registre de la minutte des présentes : Person, J. B*« Florentin, Jean Nicolle, Lombard, Destez et Levasseur.

Délivré pour copie conforme à la minutte par le secrétaire greffier soussigné.

Levasseur, secrétaire greffier.

(cotée 162.)

Extrait du registre des délibérations et autres actes de la commune

de la ville de Varennes.

Gejourd'hui vingt cinq juin mil sept cent quatre vingt onze, les sept heures du matin,

La municipalité et le Conseil gênerai de la commune de la ville de Varennes étant assemblé, en présence du président, du commissaire du Roi et de l'accusateur public du tribunal de la même ville , il a été procédé à l'ouverture de deux malles contenant des effets appartenans au sieur Deslon, capitaine commandant le détachement des hussards de Lauzun en quartier à Varennes ; les dittes malles déposées en l'hôtel de ville suivant le procès verbal du jour d'hier, à laquelle ouverture reconnoissance et description desdits effets il a été procédé ainsi qu'il suit, en la présence du sieur Charles Joseph Deslon Neveu, volontaire audit régiment.

Dans une première malle ouverte par un serrurier mandé a cet effet, attendu le deffaut de clef, il a été reconnu et trouvé differens effets,

bardes, habils à l'usage personnel du sieur Deslon, ainsi que differens papiers de l'examen desquels il n'est résulté aucun indice ni renseignement concernant le départ du Roi, à l'exception d'un ordre du trente un mai mil sept cent quatre vingt onze, signé Bouille, pour faire marcher deux escadrons du régiment de Lauzun à Varennes et Dun, ledit ordre, ainsi qu'une lettre du dix huit juin, écritte par ledit sieur Bouille audit sieur Deslon, relative aux mêmes ordres ; ensemble un brouillon de lettre commencée en réponse ont été cotté et parapha par l'un de Messieurs les officiers municipaux et par nous saisis, pour être adressés à l'Assemblé nationale. Dans la même malle et dans une petite caisse particulière ouverte par le même serrurier à défaut il a été trouvé trois sacs d'argent contenant, l'un douze cents livres en gros écus, un autre de quatre cents vingt six livres. Il en a été délivré cent vingt six livres au sieur Deslon Neveu, en ayant besoin pour sa subsistance et son retour chés son père à l'Epinal, de laquelle somme de cent vingt six livres il en a donné quittance par le présent procès verbal.

Et à l'instant s'est présenté le sieur Antoine Protte, attaché au sieur Deslon, lequel a reclamé une somme de deux cents seize livres par lui confiée à son maître, ainsi qu'une somme de vingt cinq livres huit sols six deniers pour acquit de mémoire et dépenses divers ; il a observé de même que son gage ne lui étoit pas payé. Et à défaut de justification suffisante de ces différente répétitions, la municipalité ne pouvant y faire droit, a envoyé le dit sieur Protte à se pourvoir soit auprès du sieur Deslon, soit auprès de tout autre chargé de ses pouvoirs, promettant lui délivrer les dittes sommes dès qu'il justifiera de pouvoir suffisant dudit sieur Deslon ou de tout autre ayant ordre de sa part. Et pour la conservation de ses droits ainsi que pour un autre objet de dix huit livres, de soixante livres pour valeur d'une montre égarée, les dittes deux sommes répétée par le sieur Rouest, il a été arrêté qu'extrait du présent procès verbal leur sera délivré chacun en ce qui les concerne, pour aviser par eux à leur paiement, pour lequel sont ^aites toutes reserves nécessaires.

Et l'examen de la ditte première malle, ainsi fait, tous les effets, linges, hardes, papiers et argent ayant été rétablis à l'instant avec la plus grande exactitude, le sceau de la municipalité y a été reaposé pour leur conservation, après toute fois une somme de trois louis donnée audit sieur Protte sur le montant de sa répétition, et pour par lui subvenir tant à ses frais d'auberge depuis son séjour à Varennes, que pour regagner Nancy, où il nous a déclaré vouloir se rendre, et par ledit sieur

Prolte a élé donné quittance par sa signature au présent registre. Signé : Antoine Prolte, reçu cent vingt six livres énoncé ci dessus. Signé : Charles Joseph d'Eslon.

Et à l'instant examen fait de la seconde malle , il a été trouvé rien de suspect, et en conséquence la ditte malle a été refermée, après en avoir extrait le registre gênerai de la compagnie Deslon, remis à Monsieur Boudet, qui s'en est chargé au présent registre. Signé : Boudet.

Et ont été à l'instant les sceaux de la municipal té reapposés sur la ditte seconde malle.

Visitte a été pareillement faitte d'une caisse ^'effets apartenans également audit sieur Deslon, et ne s'y étant rien trouvé de suspect, lesdit effets y ont été à l'instant rétablis et les scellés reaposés.

A l'instant s'est présenté le sieur Rouest. qui a reclamé la somme de dix huit livres ci dessus pour pensement de chevaux, laquelle somme lui a été comptée, et a signé au présent registre. Signé : Rouest.

Par le dépouillement des registres et compte du sieur Deslon. il a été justifié qu'il avoit reçu du trésorier de Verdun, pour la subsistance des deux détachemens de Dun et Varennes, une somme de mille écus le douze juin présent mois, sur laquelle il paroissoit avoir payé celle de deux mille cent livres. En conséquence, et pour assurer la subsistance du détachement jusqu'à nouvel ordre , il a été remis sur les deniers restans dans la caisse du sieur Deslon, une somme de neuf cents livres dont ledit sieur Boudet s'est chargé, ayant requis la remise desdits fonds , attendu l'insuffisance de ceux qui lui restent entre les mains pour atendre le prêt prochain, et a ledit sieur Boudet signé au présent registre. Signé: Boudet.

Est comparu ensuitte le sieur Jean le Blan, aubergiste en cette ville, lequel a présenté le mémoire ci après, savoir :

Pour un diné à quatre personnes, le vingt juin, douze livres, cy ". 12 liv. * s.

Du même jour, pour un soupe, douze livres, cy. 12 >

Et ledit jour pour dépense de soldats au compte dudit sieur Deslon, quatre livres quatre sols, cy 4 4

Toutes lesquelles sommes faisant celle de vingt huit livres quatre sols 28 liv. 4 s.

Ont été à l'instant payée audit sieur Le Blan des deniers dudit sieur Deslon et a signé au présent registre pour quittance. Signé : Leblan.

Et après le payement de toutes les dittes sommes, y compris celle de cinquante sols payée au serrurier pour ouverture et racommodage de serrure, ainsi que la façon d'une clef neuve, la somme restante a été comptée et vérifiée être de cinq cent quarante deux livres six sols, laquelle a été remise dans ledit coffre, et les scellés à l'instant reapposés.

Ont été pareillement vues et visittées trois malles d'effets, hardes et papiers appartenans au sieur Rorigue, lieutenant audit régiment de Lauzun ; lesdittes malles ne contenant aucune chose ni renseignemens suspect, ont été à l'instant refermées, scellées du sceau de la ville, et déposées, ainsi que celle du sieur Deslon, en l'hôtel de ville pour être rendue quand et ainsi qu'il appartiendra ; et a ledit sieur Charles Joseph Deslon, présent à toutes lesdittes opérations, signé avec le président, le commissaire du Roi, l'accusateur public près le tribunal, nous et notre secrétaire greffier, les jour, mois et an que dessus. Signé au registre: Charles Joseph Deslon, Alexandre Du pré, commissaire du Roi ; Destez, président; Domine, accusateur public; Pultier, Person, J. R.Florentin, Jean Nicolle, Lombard, officiers municipaux ; Sauce, procureur de la commune ; Boulhaut, Duplessy, Cochon, Mauchauffré, Guilbert, Radet, Bourlois, Fournel, notables ; Levasseur, secrétaire greffier.

Pour expédition collationnée,

Levasseur, secrétaire greffier.

(cotée 156.)

Copie de la lettre écrite au ministre de la justice par le commissaire du Roy près le tribunal de Varennes, le 28 juin 1791.

Les recherches de la municipalité, qui s'est adjoint dans ces circonstances difficiles le président du tribunal, l'accusateur public et moi, continuent toujours avec la plus grande activité. Examen fait des malles et effets appartenant aux sieurs Deslon et Rorigh, qui comraandoient le détachement de Lauzun et se sont évadés au moment de l'arrestation du Roy, on n'y a trouvé de pièces intéressantes que les ordres du sieur Bouille à ces commandants pour les marches et contremar-

ches nécessaires à son projet. Les hussards ont été envoies à Pont de Soumevele, entre Sainte Menehould et Chaîons, sous prétexte d'escorter un convoi d'argent; et à peine arrivés, ils ont reçu Tordre de retourner à Varenne. Mais, égarés dans les bois, ils sont revenus trop lard, et c'est à ce contretemps heureux que nous devons le salut de l'empire. M. Bouille s'est bien porté assés près de Yarenncs, à la tête de Royal Allemand ; mais déjà le Roy étoit reparti ; et les hussards n'aïant plus leurs chefs s'étoient dès ce moment déclarés patriotes. La bonne conduite du régiment de Monsieur Dragons, qui étoit à Clermont et devoit se replier sur Varenne, ainsi que la contenance patriotique et ferme de la garde nationale, nous ont aussi très-heureusement servis; et telles sont, au moins jusqu'ici, les raisons connues qui ont fait échouer l'évasion du Roy; car les mesures prises par M. Bouille sur la Meuse et en personne n'auroient probablement que trop bien réussi» si malheureusement le Roy eut une fois passé Varenne.

Nous avons eu hier un moment d'insurrection de la part du peuple, qui s'est porté en armes et en foule au couvent des cy devant religieuses de cette ville, parce qu'elles avoient refusé de venir, -suivant l'usage, recevoir la procession paroissiale dans leur chœur, et quelles annonçoient des sentiments peu conformes à la Constitution. Mais la conduite ferme et prudente de la municipalité et des membres cy-dessus du tribunal a dissipé le tout à l'aide de la garde nationale, sans autre accident que quelques vitres et meubles brisés sans pillage, à condition cependant que les religieuses sortiraient de leur maison , ce qui a été fait à l'instant. Elles ont été conduites à l'hôtel de ville pour leur propre sûreté, et distribuées ensuitte dans différentes maisons particulières où elles ont été recueillies. 11 a été rendu compte au district et département pour les mesures ultérieures ; et provisoirement, ces administrations ont approuvé celles qu'exigeoient la nécessité et le péril du moment.

Il ne nous reste donc, Monsieur, que deux choses à désirer dans ce moment : le maintien de l'ordre et de la tranquillité publique , mais surtout une surveillance active, continuelle et armée, de tous les mouvements hostilles qui pourraient se manifester sur la Meuse et le Rhin.

Les décrets que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser me paraissent importer à la tranquillité publique. J'en ai requis la publication et affiche à l'instant même de leur réception, et même la lecture au prone; elle a eu lieu.

P.-S. — Nous recevons à l'instant MM. Dresen et L'Enfant, commis-

saires extraordinaires du département de .la Meuse, envolés sur toute la frontière pour aviser provisoirement au placement des troupes et au maintien de Tordre en celte partie, en attendant la nomination d'un nouveau général. Ces dispositions d'ordre paraissent jusqu'ici rassurer un peu nos inquiétudes.

Il paroit que le Roy devoit se rendre à Orval par la foret de Saint Dagobert.

(cotée 160.)

Louis Bichet, citoyen actif et garde natiohnalle de la ville de Paris. . .

Est domicilié à Apremont depuis le premier jour de juin, et réside chez le maire de la paroisse, où il fait construire une maison ; que sa femme qui est originaire du pays:

Au premier avertissement que le maire reçut que le Roy étoit arresté à Varenne avec sa famille, il se procura un cheval et alla parler à Leurs Majestés ; en moins de 2 heures Gt le trajet de prest de 3 lieux, pour rendre compte à la imraicipalitée de ces faits.

Et est repartit sur le champ, accompagné de la garde nationnalle dudit Apremont, pour retourner à Varenne, où étant arrivé, il a sollicité les officiers municipeaux et militaires de presser le retour du Roy, qu'il a accompagné jusqu'à 2 lieux de Chalons.

Si quelque individu le calomnie d'être impatriotte (et cette accusation n'auroit put venir que de quelques jaloux de la confiance que lui ont accordé h corp nombreux qui accompagnoit Leurs Majestés et la famille royalle elle-même, qui leur avoient donné leur confiance, afin de les garantir de toute insulte), parce qu'il est resté pendant toute la route à la portière de leur voiture, qu'il n'a quitté que pour concourire au rétablissement du calme et à éviter les malheurs occasionnés par un peuple mécontent d'être au moment de perdre leur Roy, Leurs Majestés sont les témoins oculairei des faits cy ennoncés.

Arrivé à Sainte Menehould, il a également sollicite Messieurs les officiers municipeaux de ne point laisser si longtems séjourner Leurs Majestés, de crainte que les trouppes qui y sejourn oient et dans les environs n'ayent le tems d'essayer l'enlèvement de la famille royalle, qu'il

n'a donc quitté que prest de Chalons, et qu'il auroit accompagné jusqu'à la capitale, sy il n'avoit été renvoyé sur ses pas par M. Dayond, comendant d'un bataillion de Monsieur de La Fayette, pour prévenir de sa part les municipalités qu'elles ayent à se mettre en deùense contre un corps d'armé que l'on disoit être sur la rivière de Meuse ; ordre qu'il a exéeulté, ainsi qu'il en avoit également été requis par les 2 députés du département de la Meuse, qui alloient prévenir l'Assemblée nationnalle d'une invasion autrichienne sur le territoire de France.

De retour à Apremont, la garde nationnalle, qui l'avoit accompagné pendant le trajet de 8 lieux et témoins de son zèle patriotique, ont désiré qu'il accepta la majorité de la compagnie. Tout le corp entier l'ont présenté à la municipalité en qualité de major, qui, témoins lui même et sur le témoignage de sa vigilances et son activité patriotique, l'ont agré, et a reçu son serment, l'ont investit de son acte d'aceptation.

Ce que le corp municipal certiffie, avec l'offre de l'affirmer si il en est requis.

Cejourdbuy, 3 juilliet 1791.

Sasset, maire d* Apremont, dépendant du district de Grandpré, département des Ardennes; Sejond, Chapiteau, Huard, Bourgeois, Christophe Joseph, notables; Henriet, mambre.

Nous, procureur sindic de la commune dudit Apremont, certifions l'effet desnommé cy dessus, comme ayant été témoin oculaire de la conduite du S. Bichet depuis ce lieu jusqu'à Sainte Menehould, nous y étant transporté à la conduite du Roy et de la famille royale.

Barat, sindic de la commune.

Je soussigné, commandant de la garde nationale d'Apremont et d'Exermont, certifie que l'exposé d'autre part est absolument conforme à ce qui s'est passé sous mes yeux, ayant accompagné le Roi et la famille royal le depuis Varenne jusqu'à Chaalons. Je certifie de plus que M. Bichet a donné dans ces circonstances des preuves du plus grand zélé et d'un véritable patriotisme. A Apremont, le 3 juillet 1791.

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