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rendues; et que, conformément aux conclusions de ce dernier, il fut sursis à statuer sur les réquisitions de l'accusateur public, relatives à l'interrogatoire du Roi, de la Reine et des membres de la famille royale, par les membres commissaires de la haute Cour, sauf à y faire droit quand et lorsqu'il appartiendrait.
Comme on le voit, l'anarchie se glissait dans les actes de la justice elle-même. L'Assemblée nationale avait décide que les personnes royales ne seraient pas interrogées par des magistrats ordinaires ; son décret avait été exécuté, cl voici que les accusateur public, procureur du Roi et membres d'une Cour de justice, requièrent et décident le contraire. L'Assemblée nationale avait rendu un décret d'accusation contre plusieurs personnes qu'elle y désigne, et on demande, parce que sans doute on croit pouvoir l'obtenir, que les personnées décrétées d'accusation soient l'objet d'une ordonnance de non-lieu.
Toutes les notions de la division des pouvoirs, avec lesquelles on était encore, il est vrai, peu familiarisé, sont interverties ; on accorde son adhésion aux décrets, ou bien on les méconnaît, au gré de ses opinions personnelles ; et déjà les passions extérieures essaient leur envahissement de l'intérieur du Corps législatif et se préparent a l'opprimer.
Sans doute les intentions du procureur du Roi sont claires et manifestes : si l'accusation est réduite à M. de Bouille père, dès ce moment à la tète des régiments autrichiens, et par conséquent en mesure de peu s'inquiéter de l'ordonnance de prise de corps rendue contre lui, il n'y a pas grande apparence qu'on renouvelle les interpellations dont les membres de la famille royale sont menacés ; mais le contraire pouvait arriver et est arrivé en effet, et alors les réquisitions du procureur du Roi, loin d'atteindre le but
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que, manifestement, il se propose, viennent se réunir à celles de l'accusateur public et les fortifier.
Ni les unes, ni les autres, ni l'arrêt rendu par la haute Cour, ne devaient produire aucun effet.
Le Roi accepta la Constitution.
Dans l'enthousiasme national, c'est-à-dire très-vif, mais très-passager, que cette détermination du Roi fit naître au sein du Corps législatif, et que partagea même la France entière, on voulut jeter un voile sur le passé: une amnistie générale fut décrétée. Les prisonniers furent rendus â la liberté (1); mais toutes les pièces envoyées au greffe de la haute Cour nationale y restèrent.
Beaucoup d'autres les y suivirent : à mesure que l'anarchie grandissait, les efforts des ennemis de la révolu-
(1) Le 13 octobre 1791.
Le roi écrivait à l'Assemblée nationale, pour lui apprendre qu'il acceptait la Constitution :
i Le vœu du peuple, disait-il, n'est pas douteux ; pour moi, je l'ai « vu se manifester à la fois et par son adhésion à votre courage, et par « son attachement au maintien du gouvernement monarchique.
< J'accepte donc la Constitution....
c Et pour éteindre les haines, pour adoucir les maux qu'une grande
< révolution entraine toujours à sa suite, pour que la loi puisse d'auc jourd'hui recevoir une pleine exécution, consentons à l'oubli du
< passé (la partie gauche et les tribunes retentissent d'appl au disse - « raents) ; que les accusations et les poursuites qui n'ont pour principe « que les événements de la révolution soient éteintes par une réconcic lialion générale.
c Je ne parle pas de ceux qui ont été déterminés par leur attache - « ment pour moi : pourriez-vous y voir des coupables? Quant à ceux « qui, par des excès où je pourrais voir des injures personnelles, ont c attiré sur eux la poursuite des lois, j'éprouve, à leur égard, que je c suis le Roi de tous les Français. • (Extrait du Moniteur.)
I.e 14, le Roi se rendit à l'Assemblée nationale, et y jura, aux cris unanimes de : Vive le Roi/ le maintien de la Constitution ; et à l'instant même l'Assemblée décréta la mise en liberté de toutes personnes en état d'arrestation relativement au départ du Roi.
lion devenaient plus actifs, et la division entrait au camp de ses plus chauds partisans. Alors royalistes, constitutionnels, républicains, les princes français et de la Fayetle, Rohan et Barnave, ïami du Roi (Royou), l'ami du peuple (Maral), les agents de l'émigration et Delessart, furent tour à tour, et quelquefois en même temps, décrétés d'accusation et renvoyés devant la haute Cour nationale d'Orléans, dont l'existence fut interrompue par les massacres de Versailles.
Bientôt les victimes tirent oublier les victimes; l'autel de la patrie n'en avait jamais assez : il ne pouvait plus s'en passer. On ne pensa plus à la catastrophe des prisonniers d'Orléans; on dut à bien plus forte raison ne plus penser au procès et aux procédures.
On alla même, et on ne saurait trop s'en étonner, jusqu'à négliger absolument cette précieuse collection de pièces jointes dont parlait l'accusateur public dans son réquisitoire, et dont cependant l'ensemble et les détails constituent l'historique exact et saisissant de ce mémorable événement qui décida du sort de la monarchie.
L'Empire n'avait aucun intérêt à réveiller des souvenirs que l'éclat de la gloire militaire avait effacés.
La Restauration devait souhaiter que ces douloureux événements fussent oubliés, et d'ailleurs le temps lui manqua. Surchargée de soins et d'inquiétudes, elle eut assez de pourvoir à sa propre conservation et à la constitution d'un ordre administratif qu'elle devait mettre en harmonie avec les institutions nouvelles.
Le gouvernement né de la révolution du mois de juillet 1830, au milieu des luttes qu'il eut à soutenir et sous lesquelles il devait succomber, prescrivit, sans acception d'époque, qu'on mit en ordre les riches et nombreux dépôts d'archives répandues dans toutes les parties de la mo-
narchie, et ouvrit ainsi une immense et nouvelle carrière aux études historiques.
C'est en obéissant à cette utile et belle impulsion que celui qui écrit ces lignes, mettant dans un ordre méthodique les archives de la Cour royale d'Orléans, dont il élait alors greffier en chef, a rencontre entre autres collections intéressant l'histoire de la Révolution française, celle concernant la fuite du roi Louis XVI et de sa famille à Varennes. Heureux de se trouver en présence de ce trésor (1), et de le sauver d'une perte certaine, il a cru qu'une autre tâche lui était imposée: celle de livrer à la publicité les nombreux et précieux documents qui le composent.
Ce qu'on va lire n'est et ne doit être que la reproduction presque toujours textuelle des pièces privées saisies sur les accusés devant la haute Cour nationale, à l'occasion de la fuite à Varennes, et des pièces administratives et judiciaires qu'on y avait envoyées.
Ce sont, ainsi qu'on l'a dit plus haut, ces documents qui, s'unissant intimement au récit, ne feront qu'un avec lui, comme lui-même ne fera qu'un avec eux.
A l'aide de ce rapprochement, on pourra suivre la famille royale; ses amis au dévoùment courageux, pleins d'ardeur et d'abnégation ; et ceux au dévoùment tiède, irrésolu, inutile, jusque dans les moindres détails de leurs actions, depuis le jour où le projet d'évasion est conçu jusqu'au jour où il échoue, ali moment même où il allait réussir. Les minutes de ces jours et de ces nuits d'inquiétudes, d'espérances et d'angoisses, pourront être comptées par le lecteur. Il connaîtra le véritable esprit de Paris et
(1) C'était un trésor que les Iroupes échelonnées de Pont-de-Som mevesle à Varennes devaient escorter.
, des provinces ; il assistera au mouvement des populations que cet événement intéressait le plus immédiatement à l'instant de sa révélation; il entendra l'écho du cri général de la France.
Après avoir indiqué l'origine et la nature des éléments de celte publication, et décrit notre programme, nous n'aurions rien à ajouter, si quelques-uns de ces éléments ne soumettaient notre conscience à une pénible préoccupation.
Parmi les pièces que nous avons éditées et qui vont l'être de nouveau et en plus grand nombre, se trouvent six lettres adressées d'Angleterre à M. le comte de Fersen, colonel propriétaire du régiment Royal-Suédois , par une dame attachée au service d'une princesse dont le nom n'est pas prononcé, qu'il est inutile de rechercher, et qu'elle suivait dans l'émigration.
des lettres révèlent les relations les plus tendres existant entre celle dont la main les a tracées et M. de Fersen; elles nous apprennent encore qu'à l'étranger l'émigration et les personnes composant les plus hautes classes de la société soupçonnaient le prochain départ de la famille royale, dont M. de Fersen était considéré comme l'agent le plus actif; enfin elles nous apprennent qu'à la cour du Roi d'Angleterre, comme dans les cercles de la noblesse française, on pensait que le dévouaient de ce noble et brillant étranger s'adressait plus à la femme jeune et belle qu'à la Reine outragée et menacée, et qu'à la dignité royale avilie.
Et nous airons entendu émettre cette opinion : que nous n'aurions pas dû comprendre ce document dans le nombre de ceux que nous avons publiés et que nous publierons.
Prenant en grande considération cette observation, nous nous sommes posé les deux questions suivantes :
Des pièces appartenant à une collection peuvent-elles en être distraites par celui qui retrace un événement historique, lorsque toutes, par leur cohésion et le secours mutuel qu'elles se prêtent, forment un tout indivisible, et sont le seul et unique témoignage de cet événement?
L'écrivain, dans ce cas, a-t-il le droit de prendre telle partie de cette collection et de délaisser telle autre ?
Nous avons pensé, après y avoir longuement réfléchi, qu'on ne pourrait résoudre affirmativement ces questions, sans commettre une véritable infidélité; et nous déclarons sans hésiter, qu'à' notre sens l'écrivain qui en agirait ainsi ne serait digne d'aucune confiance; car où s'arrêteraient ce choix et cet arbitraire? et sous l'influence d'un droit de cette nature, que deviendrait la vérité historique?
Si cela se pouvait, on en arriverait bientôt jusqu'à sup primer les documents eux-mêmes, ou bien à en fabriquer dans l'intérêt d'une opinion, d'un système ou même d'un sentiment; l'antiquité nous fournit de nombreux et mémorables exemples de ce procédé.
La suppression d'un seul des actes sur lesquels repose l'histoire d'une époque ou d'un événement, lorsque cet acte s'v rattache directement, constitue la substitution d'un élément d'appréciation à un autre; dans ce cas, supprimer c'est ajouter.
Si on pouvait admettre une semblable proposition, les conséquences en seraient telles qu'on ne saurait plus sur quoi compter, et que l'inconnu résulterait des travaux eux-mêmes entrepris pour le faire cesser.
Les lettres dont il s'agit ici entrent dans l'économie de la procédure suivie contre ce qu'on appelait les fauteurs de In fuite du Roi à Varennes : elles entrent dans l'économie du récit, en s'unissant à toutes les autres pièces, par la connaissance qu'elles donnent des préparatifs de
cette fuite; elles sont un précieux enseignement des mœurs dans les hautes régions sociales, au moment où la révolution de 1789 a éclaté; elles ne peuvent rester dans l'ombre.
Et cependant, loin de nous la pensée de nous associer à la légèreté et à l'inexplicable insouciance qui ont présidé à la production de la grave imputation que ces lettres contiennent, exprimée d'ailleurs dans la forme d'une pure supposition et dans les termes les plus vagues.
N'est-il pas tout naturel de penser que M. de Fersen, appartenant à la plus haute aristocratie de sa nation, ait considéré comme un devoir de concourir à l'abaissement du parti révolutionnaire, de soutenir de tout son pouvoir le principe monarchique; qu'il ait cédé au mouvement d'une noble compassion que devaient lui inspirer les humiliations dont la famille royale était abreuvée et les dangers dont elle 'était menacée, sans qu'il soit besoin de croire à une passion partagée, dont il n'est resté aucune trace au milieu des nombreuses calomnies accumulées pour égarer le sentiment public, et le soulever contre l'auguste princesse dont le supplice est une tache que ni les regrets, ni les tardifs hommages, ni la gloire elle-même d'un grand peuple, ne parviendront jamais à effacer?
Et d'ailleurs nous sommes heureux de mettre le remède à côté du ma!.
On a joint à la procédure une lettre saisie au domicile de M. de Fersen, manifestement écrite par la Reine à ce dernier.
Cette lettre est ainsi conçue :
« Je vous ai assés tourmenté, mon frère, pour que je « vous remercie, au moins une fois. Je vous dois des « thrésors et encore plus de reconnaissance, car ses peaux
c tant souhaités ne pouvaient pas arriver plus à propos, puisque bien heureusement me voila près de mon départ. Je suis ravie, je vous l'avoue, d'égayer et de changer un peu mon exil. Je part avec mon père le 26 d'ici. Si vous êtes un peu aimable et exat, je pourai avoir de vos nouvelles ce jour-la, en ayant la petite attention de mettre vôtre lettre à la poste le mercredi 22 des 10 h. du malin, ou la veille au soir pour le plus surt, ou chez moi la veille au soir. Ma fille et mon petit Raoul, le plus beau des enfants, me précédent de quelques jours et me quittent samedi 18, ce qui me laissera toute une semaine bien désolée et triste. J'avoue que je serais désolée si quelques obstacles de goutte ou je ne sais quoi allait me retenir encore ici ; je suis si aise d'en partir que je craint toujours les incidents de travérsse. Nous aurons ici pour survivancier de notre maison et M. d'Angivilliers et sa femme; Bombilis et ses sœurs nous fonls une vraie ressource. Voila à peu près toutes nos nouvelles; on en débite plus à Paris de la Suisse qu'il n'en existe à beaucoup près; il y a plus souvent & rire et à hausser les épaules qu'à écrire et se tourmenter. Bon jour, mon frèrre; faite que dans mon déplacement j'aye souvent de vos nouvelles ; vous savés combien elles sont nécessaires à ma tendre amitié.
< Votre nièce vous dis mille choses.
« Et mille grâces des peaux. Mon père vous fait mille
e amitiés, et comme l^ev.... nous a quittés, je ne vous dis
t rien pour lui (1). »
Si on donne une attention soutenue à cette, lettre dont nous avons conservé l'orthographe, et que nous donnons en
(1) Pièces juslif., X, p. 128.
faosimile aux pièces justificatives, on remarque qu'elle est écrite dans des expressions convenues à l'avance (1), et qu'elle révèle encore, le 17 juin, une grande hésitation dans le mode que Ton devait adopter pour quitter le château des Tuileries et Paris. Elle reproduit un premier mode de départ révélé dans une dénonciation qui sera rapportée dans le cours du récit.
Elle est bien de la Reine ; le jour fixé de ce départ, celte joie ressentie d'échapper enfin à la captivité qui était imposée à la famille royale, aux dangers qui la menaçaient; cette crainte des obstacles; cette association de Monsieur, désigné par un mot emprunté au langage familier, Bombilù, exprimant l'obésité dont ce prince était déjà atteint, et qui en effet est parti le 21 juin dans la matinée; cette ressource, sur laquelle on comptait, de la présence de M. le comte et de Mme la comtesse de Provence et de ses sœurs, se rencontrait, en effet, dans la personne de Mme Elizabeth et dans celle de Mme la comtesse d'Artois; ces bruits sur la Suisse où Monsieur devait se rendre en apparence, ainsi que nous aurons occasion de le dire, mais qui se dirigeait sur Francfort avec l'intention de venir à Montmédy retrouver le Roi; cette circonstance attestée par des dénonciations, que nous retrouverons bientôt, de la continuation du séjour à Paris de M. et Mme
(1) Le mot peaux nous semble se rapprocher du mot voitures, et le mol goutte s'appliquer tout simplement à la maladie de cette nature dont Monsieur était déjà gravement atteint. Le voyage de ce prince devant avoir lieu en môme temps que celui du Roi, il est certain que si le premier n'avait pu partir en même temps que le second, le départ du lîoi aurait pu singulièrement le compromettre, et avoir des conséquences Irès-sérieuses et très-redoutables pour lui. Il aurait fallu, dans ce cas, attendre ; et attendre c'était, à ce moment, renoncer à la fuite.
(2) D'après cette dénomination, M. le Dauphin et Mm« Royale devaient partir avant le Roi et la Reine.
d'Angivilliers, tout concourt à la révélation de son auguste auteur.
Mais à un aspect plus élevé, celte lettre est un éclatant démenti donné aux calomnieuses et trop légères appréciations des motifs qui ont déterminé M. de Fersen à se dévouer pour la famille royale.
Certes, le ton général qu'on doit y remarquer est exclusif de toute idée de relations dépassant les limites d'une tendre affection et d'une vive reconnaissance, récompense bien méritée du sacrifice que M. de Fersen faisait alors de sa liberté, et peut-être de sa vie, pour sauver k famille royale.
La qualification de frère donnée à M. de Fersen, celle de père donnée au Roi, celle de nièce acceptée par Madame Royale, comme si en effet M. de Fersen était le frère de sa mère, tout respire dans ce billet les sentiments les plus purs et les plus élevés, et atteste qu'ils étaient les seuls qui existassent dans le cœur de celle qui Ta tracé.
Ces sentiments sont attestés non moins éloquemment par ces mots : € Je vous ai assez tourmenté pour que je vous remercie au moins une fois; je vous dois des trésors et encore plus de reconnaissance. »
Nous n'ajouterons rien que cette seule observation : si les directeurs de la procédure suivie à l'occasion de la fuite du Roi ont, comme il n'est que trop permis de le penser, réuni cette lettre aux pièces qu'ils ont accumulées pour ajouter une diffamation à tous les reproches qu'ils adressaient à leur noble victime, ils se sont bien étrangement trompés. On est heureux de retourner contre un injuste agresseur l'arme dont il se sert.
FDITE