CONCOURS POUR LE GRAND PRIX DARCIIITECTURE
Exposition des ouvrages des pensionnaires de Rome.)
Les envois de Rome ont, celle année, peu d'importance et laissent à penser que l'école est plus occupée d'étudier que de produire ; mais ne serait-il pas convenable ([ue le public fût mis dans la conlidencc de ces études, et les élèves ne devraient-ils pas, à la fin de chaque année, fournir un certain résultat (jui mît à même de ju^er de leur travail et de leurs progrès ? Il ne s'agirait pas d'envoyer à Paris des tableaux ou des ouvrages de nature à figurer dans une exposition, car nous ne trouvons aucune nécessité à exiger des pensionnaires de Rome (les ouvrages faits pour la montre, et ({ui souvent les dérangeraient d'études plus sérieuses ; mais comme, en définitive, ils ne sont pas supposés passer à Rome leur vie en pleine oisiveté, on pourrait, ce
170 FUSALNS ET EAl X-FOUTES.
me semble, choisir entre les travaux (jne chacun d'eux a exécutés pendant l'année scolaire et nous en adresser une manière d'échantillon, de façon à ce ([ue nous ne fussions pas oblij^és de croire, sur parole, ({u'ils emploient leur temps le plus utilement possible; il y a, à l'endroit de l'utilité de l'école de Rome, assez d'incrédules, pour qu'on prit la peine de justifier par ce moyen de la convenance incessamment soutenable de celte institution.
M. Flandrin, déjà connu par quelques ouvrages remarquables, occupe dans cette exposition la plus grande place. Le public s'arrête avec intérêt devant une figure d'étude de cet artiste; elle est d'an bon faire et d'un dessin distingué; le modelé en est ferme et bien étudié; la couleur, qui ne paraît jamais devoir être le grand mérite de M. Flandrin, est la partie la plus faible de cette peinture, qui est une expression assez vraie des résultats qu'on peut attendre de l'impulsion ({ue doit donner aux études le directeur actuel de Técole de Home. M. Flandrin a, en outre, envoyé une grisaille d'après un groupe de \ École cV Athènes, de Raphaël, et une esquisse agréablement composée, dont le sujet est les Bergers de Virgile,
M. Jourdy a produit une figure de Faune haccliant, sujet (lui paraît être de tradition dans les travaux des pensionnaires. La couleur de cette figure, (jui aurait pu prêter à une palette puissante l'occasion
LES CONCOURS DE l<s;n. 171
de se développer dans toute sa richesse, a^ichau/fée plutôt ({ue chaude et éclatante; le dessin n'a rien de remarquable ; en somme, c'est un de ces ouvrages dont il y a peu de chose à dire.
MM. Salmon et Bridoux ont exposé, le premier un dessin à l'aquarelle de la Madone aie pieicx donataire, de Balthazar Perruzi; le second, un dessin de Sainte Cécile distribuant ses biens aux ixmzres, d'après le Dominiquin. Ces deux ouvrages, exécutés avec soin et d'une manière assez naïve, ne sont pas remarquables par une grande fermeté et une grande habileté de dessin; ce reproche s'adresse surtout au travail de M. Bridoux.
Les travaux de sculpture se composent, en premier lieu, d'une figure en marbre de M. Jouffroy. Cette figure, assez malheureusement placée dans la seconde cour de l'École, où elle est quasiment invisible à l'éclat éblouissant du soleil, nous a paru d'un travail consciencieux et sévère. Peut-être peuton reprocher à l'auteur, ([ui a eu l'intention de représenter Caïn après la malédiction, de n'avoir pas donné assez de relief à la pensée dont son œuvre est l'expression ; il semble qu'un peu plus de mouvement et d'action devrait animer ce maudit de Dieu, qui a l'air de méditer avec un calme assez recueilli sur son avenir; mais nous pensons que l'auteur a très convenablement fait en conservant à son modèle la beauté des formes qui devait se rencontrer
172 FUSAI.NS ET EA l \-l' OUTES.
cliez rhoiiiiiic à une époijuc si l'upprochrc de la créalion.
Nous avons vu trop souvent les artistes ayant à représenter Caïn nous le représenter sous l'aspect d'un galérien ayant lait le voyage de Brest dans la voiture cellulaire. Cette diiîamalion du premier des meurtriers est assurément morale et pleine de bonnes intentions, mais elle manque complètement de vraisemblance; la dégradation physique amenée par les habitudes morales ne s'opère pas aussi rapidement ({ue paraissent le croire ces peintres et sculpteurs criminalistes. M. JoulTroy a eu raison en laissant à son Caïn la forme puissante et glorieuse dont devait se montrer revêtu le premier- né des deux êtres les plus parfaits qui aient jamais travaillé à la reproduction de leur espèce, et malgré le défaut que nous avons cru entrevoir dans sa figure, elle reste une œuvre d'une exécution fort belle et d'une grande distinction.
M. Simart, dans son Joueur de ru::lca, s'est évidemment inspiré du Discobole antique ; mais il ne paraît pas avoir visé à la noblesse et à l'idéalité dans cette école. Prise comme étude de la nature courante et vulgaire, sa figure mérite les éloges et est traitée avec fermeté et bonheur.
Le Haint Sébastien de M. Brian est d'une expression froide et d'une exécution peu accentuée. Peulèlre l'auteur a-t-il voulu laisser comprendre la se-
vérité de la mort d'un martyr; mais ce n'était pas la nature physique qui jouissait de ce calme et de ce repos, car alors le martyre fut devenu une sorte de partie de plaisir; ce n'est tout au plus que sur le visage, miroir des alTections morales, que doit se peindre la tranquillité de Thomme mourant pour sa religion au sein des souffrances ; le reste du corps doit être en proie aux crispations de la torture et de la mort violente , de manière à laisser voir qu'il y a eu lutte, et que dans cette lutte le saint a triomphé.
M. Brian a, en outre, exposé un buste et un groupe de Daphiis et Chloè , m. quelques personnes trouvent de la grâce ; ce mérite nous a peu frappé.
M. Farochon, qui est un très jeune homme, a exposé une restauration d'un bas-relief auti(iue, représentant Mèdée et les filles de Pélias. Le travail est exécuté avec intelligence et naïveté. Un de nos confrères, sans doute par inadvertance du prote de son journal, a singulièrement diffamé, en rendant compte de cet ouvrage, la déesse de la sagesse. Il nous parle de Médée et des filles de Pallas. On volt qu'il n'est pas de réputation si bien établie et si anciennement acquise, qui se puisse assurer de ne pas tomber en proie à la calomnie.
M. Morey, pensionnaire pour l'architecture, a envoyé le plan d'un Panthéon, et, par une singulière
174 Fl'SAIiNS ET EAUX-FORTES.
coïncidence, le sujet du concours pour le grand prix de cette année est également un PanllK-on destiné à recevoir les cendres des grands hommes. Il y a, à ce sujet, une difficulté, c'est que les I^anthéons, alors même qu'ils existent, ont la plus grande difliculté à fournir leur destination. Nous en avons un dont les frais sont faits depuis longtemps, et qui est debout sans ({u'on ait pu encore s'entendre sur les hôtes par la présence desquels on pourra consacrer définitivement sa dédicace. Un Panthéon, de notre temps, est une espèce d'hypothèse impossible, que l'on ne devrait pas donner à réaliser à un art qui, avant tout, vit de pratique et ne peut guère être considéré que comme un rêveur quand il n'exécute pas ailleurs que sur le papier.
Entre les travaux de huit concurrents qui se sont évertués sur le sujet donné, le public remarque particulièrement celui de M. Guénépin , numéro un, qui, si nous ne nous trompons, a déjà obtenu à un concours précédent un second prix. Les numéros deux et quatre, MM. Durupt et Godebœuf, ont aussi réalisé des projets qui ne sont pas sans mérite.
Nous ne flnirons pas sans appeler l'attention sur les travaux d'architecture envoyés de Rome par M. Baltard. Ce sont de bonnes et intelligentes études sur les temples d'Agrigente et de Solinunte, où l'on remarque une curieuse palingénésie de l'emploi que
les anciens taisaient des couleurs pour la décoration intérieure et extérieure des édifices.
La série des expositions pour l'année scolaire 11^37 sera fermée par rcxliiliilioii prochaine des ouvrages couronnés.
{Ln Charte de 1800, 23 scplombro 1837.