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Tout comme dans les grandes infections à pneumocoques où à bacilles d’Eberth, le processus infectieux suit des étapes progressives, quelques-unes pouvant être brûlées, quelques autres pouvant s’accompagner de métastases, plus ou moins éloignées du point de départ: trachéite, bronchite, bronchite des sommets, pneumonie, réactions pleurales, gangrène pulmonaire apparaissent comme les principales au niveau des voies respiratoires; avec la bronchite de Castellani, maladie générale, tout s’éclaire : avec la bronchite de Castellani, affection locale, tout apparaît contradictoire.
Cette conception de la bronchite de Castellani, affection générale, a été mise en lumière par le professeur Peyrot: mais, il y a déjà quelque temps, la question avait été posée.
De Verbizier (dans le Bull. de l’Ac. de Méd., 1918, t. II, p. 310), dans une étude sur « la spirochétose broncho-pulmonaire dans l’épidémie de grippe actuelle » (on était à l’époque de la grande pandémie grippale de la fin de la guerre), avait pressenti cette généralisation de la bronchite de Castellani:
« Des recherches ultérieures, sans nul doute, doivent être entreprises (recherche des spirochètes dans les organes, le sang, les urines) pour savoir s’il s’agit d’une spirochétose maladie générale ou d’une localisation de ce germe dans l’appareil broncho pulmonaire. »
Salomon et Neveu (Soc. Méd. des Hôp., 26 juillet 1918, p. 852), dans une communication: « Spirochéturie et néphrites de guerre », concluent: « Les spirochètes constatés sont différents de ceux de l’urèthre et du prépuce; voisins du spirochæta ictero-hemorrhagiæ, ils s’en différencient par leur longueur, leur gracilité et se rapprochent davantage des spirilles rencontrés à Lorient dans l’épidé-
mie rapportée par Cristau et Manine et étudiée par A.
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Pettit. Notons que plusieurs de nos patients ont dit avoir eu, au début de leur maladie, des troubles respiratoires caractérisés par de la dyspnée et des crachements de sang. I] ne nous a pas cependant été possible de voir se produire devant nous ces hémoptysies, dont nous nous bornerons à signaler la fréquence. »
Est-ce que MM. Salomon et Neveu ne se seraient pas trouvés en présence de cas de bronchite de Castellani avec hématurie et spirochéturie analogues à ceux que M. Peyrot a récemment signalés ?
Dyspnée, crachats sanglants, hématurie, spirochètes dans l’urine, longs, graciles, flexueux, voilà qui ressemble étrangement à de la bronchite de Castellani maladie générale, à de la fuso-spirillose broncho-pulmonaire à forme septicémique.
L'évolution elle-même des formes dites pures de la bronchite de Castellani plaide en faveur d’une affection générale.
Nous avons insisté, en analysant les symptômes, sur l’allure de la courbe de température, caractérisée par des accès fébriles plus ou moins violents, accompagnant ou précédant de véritables débâcles bronchiques (expectoration emplissant parfois plusieurs crachoirs en vingt-quatre heures), avec souvent hémoptysies et parfois des poussées ganglionnaires ou arthralgiques; accès fébriles séparés par des périodes plus ou moins longues d’apyrexie; il y a donc des ondes, tout comme dans la fièvre récurrente, des crises comme dans toutes les affections spirillaires généralisées.
Quels sont, en effet, les principaux caractères communs aux diverses spirochétoses, les plus caractéristiques au point de vue clinique?
Elles sont caractérisées essentiellement par:
rade
1° La récurrence d’accès fébriles ou d’accidents cutanés alternant plus ou moins régulièrement avec des périodes de bonne santé apparente (crises).
2° La tendance générale à provoquer des réactions et des lésions hépatiques et rénales (moins fréquentes que les premières).
3° Une modificaton de la formule leucocytaire comportant un abaissement du taux des polynucléaires et une augmentation des mononucléaires.
Ne retrouvons-nous pas tous ces symptômes cardinaux dans la bronchite de Castellani? Et, si ces symptômes ont cliniquement une grosse valeur pour faire des diverses spirilloses des maladies générales, ils conservent la même valeur pour la spirochétose bronchique. :
Dans ces conditions, quelle est la place de la bronchite de Castellani, fuso-spirillose généralisée à affinité plutôt broncho-pulmonaire, broncho-pneumotrope, dirions-nous volontiers, dans le cadre nosologique?
Une rapide revue des diverses spirilloses va nous permettre de répondre; nous ne viserons que les plus répandues: la syphilis, la fièvre récurrente, la fièvre ictérohémorragique, le sodoku, le pian, la fièvre bilieuse hémoglobinurique, dont certaines formes, d’après les découvertes récentes de Blanchard et Lefrou à Brazzaville, sont dues à un spirille spécial.
a) Dans la syphilis: incubation de quinze à quarante jours en moyenne; accident primitif accompagné de réaction lymphatique locale, satellite, puis septicémie; explosion secondaire avec signes généraux: fièvre, anémie, asthénie, et locaux : manifestations cutanées et muqueuses, alopécie, onyxis, adénopathie généralisée, lésions viscérales ; enfin, accidents tertiaires, véritables néoplasies inflammatoires.
b) Dans le pian, incubation de quelques jours à quelques semaines, fièvre inconstante parfois élevée, algies diverses; accident primitif maman-pian, puis éruption généralisée de papillomes; enfin, lésions tertiaires diverses, osseuses, périostées, etc.
c) Dans le sodoku, incubation de quinze à quarante jours, suivie de fièvre violente, avec accidents cutanés pendant quelques jours, puis apyrexie et nouveaux accès fébriles, avec accidents cutanés, etc, pendant plusieurs semaines.
d) Dans la fièvre récurrente, mêmes accès fébriles, mêmes périodes de rémission, avee nouvelles poussées pouvant se reproduire de une à six ou huit fois, en même temps qu’'hépatomégalie et splénomégalie.
e) Dans la fièvre ictéro-hémorragique, incubation de quelques jours, violent accès fébrile, douleurs généralisées, atteinte des divers organes, en particulier foie et rein; durée, six à huit jours; apyrexie; nouvelle poussée fébrile.
f) Dans la bilieuse hémoglobinurique, invasion brutale, algies violentes, fièvre élevée, hépatite et néphrite, parfois rechute après quelques jours d’apyrexie.
g) Dans la fièvre jaune, mêmes phénomènes.
Dans la bronchite de Castellani: incubation de quelques jours, invasion avec phénomènes locaux et généraux, explosion avec hémoptysie, fièvre, parfois hépato-néphrite ; défervescence, rechutes en nombre indéterminé. Done, parallélisme complet avec les affections précédentes.
Et alors, la fuso-spirillose broncho-pulmonaire nous paraît devoir rentrer dans un groupe assez homogène au point de vue pathogénique (spirochæta bronchialis — spirochæta Vincenti), auquel nous donnerions volontiers le nom de Maladie de Vincent (la bronchite de Castellami
PR roge n’étant qu’une localisation de l’affection), maladie à fusospirilles, avec:
a) Des accidents cutanés: ulcère des pays chauds ou pourriture d’hôpital (à noter, dans ce eas, que le bacille fusiforme a été inceriminé pour la première fois par le professeur Le Dantec de Bordeaux) ;
b) Des accidents muqueux: à& du tube digestif (angine ou stomatite de Vincent, entérite); € de l’appareil respiratoire, bronchite de Castellani; gangrène pulmonaire;
€) Des complications à distance, de la septicémie avec localisations viscérales :
Sur le tube digestif : hépatite, diarrhée;
Sur l’appareil urinaire: hématurie, néphrites ;
Sur l’appareil locomoteur: arthralgies ;
Sur l’appareil lymphatique: adénites ;
Au niveau de la peau: exanthèmes ;
Ces manifestations pouvant rester en apparence isolées, localisées, ou pouvant, au contraire, se généraliser, suivant l’état de réceptivité, le degré de résistance des individus.
Au point de vue de la gravité, cette fuso-spirillose prendrait place à la base des spirochétoses, comme étant une des plus bénignes quant au pronostic quod ad vitam, une des plus tenaces parfois, mais aussi prouvant, par ses manifestations hépato-néphritiques, être considérée comme une forme de passage vers les spirilloses plus sévères, comme la fièvre ictéro-hémorragique, la fièvre bilieuse hémoglobinurique.
Ce rapprochement se fait d’autant plus facilement si l’on admet, avec Cassaët, Bonnin et Guénard, que l’hémoptysie de la bronchite de Castellani est une hémoglobinoptysie, absolument comparable à l’hémoglobinurie de la bilieuse hématurique. et cette tendance hémolytique des
FAO Jr deux affections est particulièrement intéressante: hémolyse au niveau des reins pour l’une; hémolyse au niveau des poumons pour l’autre.
De même, les observations de Salomon et Neveu, signalant chez des néphritiques des hémoptysies fréquentes, avec élimination de spirochètes par les urines, rapprochent nettement l’affection de Castellani de la fièvre ictérohémorragique.
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