Lettre du 24 février 1889 à M. Himly
mentation; mais, au lieu de s'étaler largement et de tout encombrer, elles s'y glissaient avec une telle discrétion qu'il fallait souvent les saisir au passage pour les remarquer.
Rendre un service de ce genre aux jeunes érudits qui demandent à la faculté le grade de docteur, c'est encore contribuer à former des élèves. Mais c'est principalement dans ses conférences privées que M. Fustel aurait voulu susciter et diriger quelques vocations historiques. Ce plaisir ne lui fut accordé que de loin en loin. Les étudiants venaient enfouie, quand il commentait un auteur inscrit au programme d'agrégation, et alors ils s'évertuaient à ne rien perdre de ses paroles, car plus le maître travaillait pour eux, moins ils travaillaient euxmêmes. Mais s'il se risquait à choisir pour texte d'explication un document pris en dehors des programmes, la plupart refusaient de le suivre sur un chemin qui ne menait à rien. La nécessité où ils étaient de conquérir au plus vite les titres qui ouvrent l'accès de la carrière universitaire, le souci de l'examen qui approchait à grands pas, l'extrême complexité des matières .
sur lesquelles il fallait être prêt, tous ces motifs réunis les obligeaient presque à regarder comme superflue Tassiduité à des conférences très utiles sans doute pour le développement ultérieur de Tesprit, mais moins profitables^ peut-être que d'autres pour l'objet immédiat qu'ils avaient en vue. Ainsi s'explique cette anomalie qu'un professeur si remarquable ait exercé sur tant d'étudiants une si faible influence, et voilà aussi pourquoi M. Fustel ne cessa jusqu'à son dernier jour de regretter l'Ecole normale, où il savait que son action avait été efficace.