La Gaule romaine, p. iv, note
Ainsi cet homme qu'on prend volontiers pour un doctrinaire insensible aux objections et sûr de son infaillibilité , a offert ce rare exemple d'un historien que tourmentaient de perpétuels scrupules, qui avait toujours ppur de tomber en péché d'erreur, qui ne cessait d'enrichir son arsenal de preuves, et qui n'hésitait pas à anéantir son œuvre pour la rebâtir tout entière sur des bases plus solides. M. Fustel de Coulanges s'est arrêté dans son ouvrage à la fin de la période carolingienne; encore ses derniers chapitres ne sont-ils que l'esquisse d'un septième volume qu'il comptait rédiger plus tard. On a essayé de pénétrer le secret de sa pensée sur les temps qui suivirent, à l'aide de ses articles sur la justice féodale et royale. Il faudrait y joindre un rapport écrit à propos d'un concours ouvert par l'Académie des sciences morales sur l'histoire de la noblessse en France et en Angleterre *. On trouverait aussi d'utiles renseignements dans ses papiers inédits, notamment dans le long fragment dont
1. Compte rendu des séances de V Académie des sciences morales^ t. G IV, 420 et suiv.
j'ai eu l'occasion de me servir plus haut *. Mais je sais que vers la fin de sa vie M. Fustel désavouait quelques-uns de ces travaux comme trop « superficiels », et qu'il en avait interdit la réimpression.
Dans les limites qu'il n'a pu dépasser, ses vues se dessinent avec une merveilleuse netteté, et il est facile d'en donner une esquisse fidèle.
La Gaule succomba promptement sous les coups des Romains, parce qu'elle était en voie de dissolution et que les discordes civiles y paralysaient la défense. Au fond, ce fut là un bienfait pour elle; car ses vainqueurs lui rendirent le double service de la protéger contre les peuplades germaniques et de l'initier à une civilisation supérieure. Aussi ne songea-t-elle jamais à se révolter contre eux. Le pouvoir impérial fut très fort, sans être oppressif, et ce fut encore un précieux avantage, car il n'y avait pas alors de système plus efficace pour assurer l'équilibre des classes et garantir la paix sociale.