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158 FUSTEL DE GOULANGES.
tout au plus si deux ou trois fois un nom propre est prononcé. Ce qui domine, c'est la tristesse, c'est la crainte que l'histoire ne soit égarée par de mauvais conseillers.
Pourtant, comme il y avait, chez M. Fustel, un fond d'optimisme qui survivait aux plus fâcheux pronostics, il se plaisait à espérer que la vérité finirait un jour par avoir le dessus, et il se consolait des déboires présents en songeant qu'elle lui devrait peut-être une partie de son triomphe. « J'arrive, écrivait-il le 24 février 1888 à un de ses amis, j'arrive à l'âge où l'on ne pense plus à soi, mais où l'on pense beaucoup à l'œuvre pour laquelle on a travaillé et peiné. Mes livres ont été accueillis par trop de clameurs et de haines pour pouvoir produire quelque effet. C'est votre génération qui fera ce que j'avais voulu faire et qui mettra décidément l'histoire dans une voie scientifique. Je me suis fait trop d'ennemis en combattant la méthode subjective et toutes ses erreurs. Peutêtre aurai-je été surtout utile en me faisant le bouc émissaire de tous ceux dont je dérangeais les beaux systèmes et dont je démasquais la
fausse érudition. La voie sera plus libre pour vous (entendez : tous ses successeurs). J'ai rempli le rôle d'un humble chasse-pierres :
j'ai dérangé les cailloux, et ils m'ont lancé leurs malédictions; mais vous passez, et la science historique avec vous. »