CHAPITRE VIII
Les vues de Fustel de Goulanges sur la méthode historique.
Il n'est pas douteux que M Fustel de Coulanges a eu de bonne heure des opinions très nettes sur la méthode historique. Toutefois, s'il a professé à cet égard certains principes immuables dans tout le cours de sa carrière scientifique, il est visible aussi qu'il n'y a pas identité absolue sur ce point entre la Cité antique et les Institutions de la France. J'irai même plus loin : si l'on compare les deux premières éditions du tome I de cet ouvrage avec la troisième, on s'aperçoit que dans l'intervalle sa méthode s'est modifiée avec le temps; elle a
gagné en rigueur, au risque de paraître plus étroite; elle s'est rapprochée chaque jour davantage des procédés habituels aux sciences de la nature; elle a acquis par là plus de précision et de sûreté ; mais elle a. perdu, en revanche, un peu de souplesse, et elle a fini par imposer aux érudits des conditions si dures qu'un petit nombre d'entre eux se sentent capables de l'employer avec efficacité.
Ces changements sont dus en partie aux critiques qui assaillirent l'/Tw^o/re des institutions. Quand M. Fustel vit que de tous côtés on contestait ses conclusions, il s'efforça de prouver qu'il avait pris la voie la meilleure pour arriver à la vérité. C'est alors qu'il réfléchit sur les règles de la méthode et qu'il les coordonna dans son esprit. Jusque-là il n'avait, à ma connaissance, rien écrit là-dessus. Dès lors, au contraire, il ne cessa de développer par la plume comme par la parole ses idées sur la matière. Cette insistance ne trahissait pas seulement chez lui le désir de justifier son œuvre historique par l'éloge de l'outil dont il
se servait; il voulait de plus contribuer par ce
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moyen ■ aux progrès de la . science. Il avait prêché d'exemple; il lui fallait encore joindre la théorie à la pratique et continuer sous forme de conseils didactiques la propagande que ses livres avaient inaugurée.
La première qualité qu'il demandait à l'historien, c'était la tendance à douter. Il n'entendait pas par la a cette sorte d'indifférence ou d'indécision malsaine qui fait qu'on restera toujours dans l'incertitude )), mais plutôt un doute provisoire, analogue à celui de Descartes. « Rien, écrivait-il, n'est plus contraire à l'esprit scientifique que de croire trop vite aux affirmations, même quand ces affirmations sont en vogue. Il faut, en histoire comme en philosophie, un doute méthodique. Le véritable érudit, comme le philosophe, commence par être un douteur *. »
Il classait les historiens en deux catégories : d'une part, « ceux qui pensent que tout a été dit, et qu'à moins 'de trouver des documents nouveaux, il n'y a plus qu'à s'en tenir aux der-