L'Invasion germanique, p
SA PHILOSOPHIE DE l'hISTOIRE. 20t
savoir ce qu'étaient Brunehaut, Dagobert, Charlemagne, Charles le Chauve; il nous les représente comme des êtres abstraits, qui ne se distinguent les uns des autres que par leurs noms, et il est indubitable qu'à ses yeux leur apparition sur la scène du monde est un détail assez secondaire.
Je ne m'attarderai pas à combattre une théorie dont l'étroitesse est manifeste. Je noterai simplement que M. Fustel lui-même semble parfois la mettre en oubli. Dans son sixième volume il montre que si la royauté mérovingienne tomba en décadence, « la faute en fut d'abord à la famille régnante », que la plupart de ces princes furent cupides, violents* et immoraux, qu'ils n'eurent aucun esprit politique, que la possession du pouvoir ne fut pour eux qu'un moyen de satisfaire leurs passions, et que par suite l'autorité publique perdit tout prestige. Il suppose donc implicitement que les choses auraient pu tourner autrement, si ces souverains avaient été meilleurs; ce qui revient à dire que l'histoire d'un peuple s'explique, au moins en partie, par les vertus
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et les vices de ceux qui le gouvernent. J'accorde volontiers que la Révolution française devait tôt ou tard aboutir à une dictature militaire; mais il n'en résulte pas que la constitution intime de Napoléon n'a été pour rien dans nos destinées.
Pour M. Fustel, le seul agent des phénomènes sociaux, c'est la foule. Il est assez indif- , férent de connaître les pensées personnelles de César, d'Auguste ou de Richelieu; il vaut bien mieux comprendre les passions et les idées des hommes de leur temps, non des plus éminents, mais de la multitude anonyme et confuse. Il lui est parfois arrivé d'esquisser 'des portraits; sauf de rares exceptions, ce sont toujours des portraits de quelque être collectif, comme le Grec ou le Romain, ou de quelque type, comme le roi franc, mais jamais des portraits individuels.
Il excellait h dessiner d'un ■ trait rapide ces sortes de physionomies. Il écrivait, par exemple *, « qu'autant le Grec déteste par ins-