Compte rendu de VAcad^^ t. GX, p
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aisément s'il en a déjà une vue nette et précise.,
Les qualités de la Cité antique^ passèrent, pour la plupart, dans les volumes qui traitent des Institutions de la France. C'est toujours
cette langue robuste et saine *, d'une pureté
1. En voici un spécimen inédit : « Si l'on se représente tout un peuple s'occupant de politique, et, depuis le premier jusqu'au dernier, depuis le plus éclairé jusqu'au plus ignorant, depuis le plus intéressé au maintien de l'état actuel jusqu'au plus intéressé à son renversement, possédé de. la manie de discuter sur les affaires publiques et de mettre la main au gouvernement; si l'on observe les effets que cette maladie produit dans l'existence de milliers d'êtres humains; si l'on calcule le trouble qu'elle apporte dans chaque vie, les idées fausses qu'elle met dans une foule d'esprits, les sentiments pervers et les passions haineuses qu'elle met dans une foule d'âmes; si l'on compte le temps enlevé au travail, les discussions, les pertes de force, la ruine des amitiés ou la création d'amitiés factices et d'affections qui ne sont que haineuses, les délations, la destruction de la loyauté, de la sécurité, de la politesse même, l'introduction . du mauvais goût dans le langage, dans le style, dans l'art, la division irrémédiable de la société, la défiance, l'indiscipline, l'énervement et la faiblesse d'un peuple, les défaites qui en sont l'inévitable conséquence, la disparition du vrai patriotisme et même du vrai courage, les fautes qu'il faut que chaque parti commette tour à tour, à mesure qu'il arrive au pouvoir dans des conditions toujours les mêmes, les désastres, et le prix dont il faut les payer; si l'on calcule tout cela, on ne peut manquer de se dire que cette sorte de maladie est la plus funeste et la plus dangereuse épidémie qui puisse s-'abattre sur un peuple, qu*il n'y en a pas qui porte de plus cruelles atteintes à la vie privée et à la vie publique, à Texistence matérielle et à l'existence morale, à la conscience et à l'intelligence, et qu'en un mot il n'y
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toute classique et d'une rigueur mathématique, ces développements drus et compacts, ces séductions serrées qui commandent la conviction , cet art de rendre tout clair et tout intelligible, ce don d'intéresser aux questions les plus arides d'une époque si lointaine, tous les mérites enfin qui assurent à ces deux ouvrages un rang privilégié parmi les modèles du genre. Mais dans le second il y a quelque chose de plus et quelque chose de moins. Ce n'est plus ici une exposition dogmatique présentée par un homme sûr de lui et sûr de ce qu'il dit; c'est une discussion critique où se manifestent simultanément l'ardeur militante du savant qui lutte contre l'erreur et l'inquiétude que lui cause la crainte de n'en pas triompher. Dans ce domaine nouveau une foule d'historiens avaient précédé M. Fustel, et il en était qui l'y considéraient comme un intrus. Cette circonstance l'obligea à changer de ton et de langage, surtout quand il aborda la période mérovingienne. L'érudition, qui jadis se dissimulait, enfla déme-
eut jamais de despotisme au monde qui pût faire autant de mal. »
,surément les notes et déborda souvent au delà. Il y eut des pages entières consacrées à des définitions de mots» k des énumérations de noms propres^ à de menues remarques de détail. Le style garda sa correction, sa tenue, sa distinction ordinaire ; mais il perdit en grande partie son unité. On vit côte à côte des .chapitres tout à fait disparates : l'un était un aperçu général où se pressaient, les vues d'ensemble ; l'autre était une dissertation en règle ou une analyse de textes ; un troisième était un isimple article de polémique. Sans douté un lien solide réunissait tous les morceaux; mais l'équilibre et l'harmonie avaient disparu.
Si utile qu'ait été pour le progrès des études historiques cette dérogation à la manière primitive de M. Fustel, il faut avouer qu'en lin certain sens elle a été fâcheuse. Ces six volumes sont aussi bien écrits que la Cité antique; mais l'énorme appareil de documents qu'il traîne avec lui et dont il ne veut à aucun prix se débarrasser, alourdit «son allure et retarde sa marche. L'art en souffre, si la science y gagne ; mais aux yeux de M. Fustel,
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qu'étaient les intérêts de l'art en comparaison des intérêts de la science? Plus il allait, plus il s'affranchissait de toute préoccupation littéraire, C'est au point que dans ses dernières années il était devenu à peu près indifférent à la forme. A ce moment d'ailleurs, il était tellement maître de son style qu'une fois ses recherches terminées il était capable de rédiger tout un volume au courant de la plume, sans cependant laisser échapper aucune négligence ni aucune impropriété de termes.
Le système inauguré dans V Histoire des ins^ titutions risquait d'engendrer la froideur et l'ennui; mais ce danger fut conjuré par Is^ passion latente qui anime tout l'ouvrage. Dans tous ces chapitres circule une chaleur sans cesse alimentée par les diflScultés mêmes du sujet. Cette < lutte d'une intelligence contre un problème * » échauffe celui qui la soutient et, par contagion, le lecteur qui en suit les péripéties, alors surr tout que le lutteur y déploie tout ce qu'il a de force et d'adresse. Même quand il ne nomme