‹ Fustel de Coulanges (volume 2)Chapitre 89 sur 96 · L'expression est de M. Fustel · texte numérisé non relu

L'expression est de M. Fustel

personne, on devine qu'il a quelqu'un en vue et qu'il ne s'escrime pas contre des ombres.

"Il apporte dans le combat une vaillance si intrépide, une si grande fertilité de ressources, une telle impatience de vaincre, qu'on se prend h souhaiter son succès, et qu'à la fin lorsqu'il croit avoir terrassé son adversaire, on est prêt à partager sa satisfaction. Le plaisir esthétique que cause Y Histoire des institutions est d'un tout autre ordre que celui qui naît de la Cité antique ; mais en somme il n'est pas moins puissant. On avait été séduit ici par le calme et la paix sereine de l'œuvre; là, on est soulevé et enlevé par le souffle irrésistible qui pousse l'auteur à la conquête de la vérité, et on en éprouve comme une jouissance personnelle.

M. Fustel avait longtemps enfermé en lui un polémiste qui peut-être s'ignorait et qui n'attendait qu'une occasion pour éclater. Cette occasion s'offrit, lorsque assailli de tous côtés par la critique il fut forcé de riposter et de passer à l'offensive. A vrai dire, quiconque avait lu de près la Cité antique pouvait soupçonner qu'il saurait, le cas échéant, montrer

bec et ongles; aussi n'y eut-il pas lieu de -s'étonner quand on le vit se hérisser au contact de l'ennemi et frapper hardiment à droite et à gauche. Ce ne furent pas des polémiques à fleur de peau propres à amuser seulement la galerie. Sauf l'invective, la grossièreté et la mauvaise foi, M. Fustel se servit avec une égale supériorité de toutes les armes usitées en pareil cas, même de l'ironie. Son argumentation, souvent acerbe, toujours alerte, brève et incisive, pénétrait comme un trait acéré jusqu'au cœur et y faisait de profondes blessures. Ses jugements étaient durs, sévères et, dans sa pensée du moins, irrévocables. A part quelques rares exceptions, la sentence tombait d'un poids très lourd sur la tête de l'inculpé, et si ce dernier prétendait en appeler, son audace paraissait presque une impertinence. Aucun amour-propre n'était ménagé, ni aucune situation respectée. Quand M. Fustel protestait de ses sympathies pour l'homme avec qui il se trouvait en discussion, il était parfaitement sincère. Il laissait les personnes en dehors du débat, et ne mettait en cause que les théories .

Il n'avait souci, comme il le proclame lui-même, que de « l'exactitude historique » * et c'est justement pour ce motif qu'il montrait une âpreté si extraordinaire, la vérité étant une de ces choses qui ont droit à tous les dévouements et à tous les sacrifices,

1. Réponse à M. Mpnod dans la Repue des questions historiques, 1*' avril 1887.

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