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l'autre et ne faisaient qu'un ; ces deux puissances associées formaient une puissance humaine à laquelle l'âme et le corps étaient asservis. »
A la longue, pourtant, cet édifice si solide fut menacé et détruit. Il arriva, en effet, que la religion perdit de plus en plus son empire sur les esprits et cessa d'inspirer toutes les pensées. D'autre part, les classes qu'elle écartait du corps politique s'insurgèrent contre un régime qui leur ménugeait trop peu de garanties et réclamèrent l'égalité. Alors commença une série de révolutions qui modifièrent graduellement les règles du droit privé, l'état des' personnes et des terres, les principes du gouvernement, les mœurs publiques, et qui firent succéder l'oligarchie à la royauté et la démocratie à l'oligarchie.
On alla encore plus loin : sous l'action de la philosophie, les idées s'élargirent ; on s'aperçut que « les êtres différents qu'on appelait du nom de Jupiter pouvaient bien n'être qu'un seul et même être * », et la fusion des divi-
FUSTEL DE COtILANGES.
nités locales prépara insensiblement la fusion des cités. L'esprit municipal, jadis si rigoureux parce qu'il procédait de la religion, fut remplacé, du moins en Grèce, par une sorte de cosmopolitisme qui embrassait jusqu'aux barbares. L'individu tendit à s'émanciper du joug de l'État; il comprit qu'il y avait « d'autres vertus que les vertus civiques », et son âme « s'attacha à d'autres objets qu'à la patrie ' n. De toutes manières, « on était entraîné à l'unité » ; on se sentait ù l'étroit dans l'enceinte de la cité, et l'on aspirait à créer des sociétés plus vastes. Rome profita de cet affaiblissement du patriotisme pour conquérir le bassin de- la Méditerranée. Par là, toutes !es cités disparurent une à une, et « la cité romaine, la dernière debout, se transforma elle-même si bien qu'elle devint la réunion d'une douzaine de grands peuples sous un seul maître ' ».
Enfin le christianisme, en séparant la religion du gouvernement, en fondant la liberté intérieure, et en proclamant le dogme de l'unité
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de Dieu, acheva la mine des vieilles croyances et des vieilles iDStitutions.
Tel est, en résumé, le système développé dans la Cité antique. Nous avons là une sorte d'Esprit des lois restreint aux. sociétés anciennes et conçu d'après une méthode beaucoup plus scientifique. Les vues de M. Fustel ont perdu une partie de leur originalité, parce qu'elles sont entrées pour la plupart dans le courant de l'histoire. Mais, à l'époque où il les exprima, elles étaient très neuves. S'il y a dans les ouvrages de ses devanciers' quelques indications éparses qu'il a peut-être utilisées, nulle part on ne rencontre une synthèse pareille à la sienne- Celle-ci est sortie tout entière de son cerveau, et pendant vingt-cinq ans elle n'a pas changé d'une ligne. En 1879, il soumit ce volume à une revision attentive. Or, si
1. Par exemple dans Vico. Od a inainué qu'il avait emprunté tacitement ses principales idées à l'Ancien droit de SaMner Maine, paru en 1861. Mais cet ouvrage n'a été traduit dons notre langue qu'en 1874, el en 1864 M. Fustel eût été incapable de le lire dans le leile original. Lettre du 15 avril 1864 j> M. Perrot : ■ Je te rélicite de l'heureuse idée que tu as eue de^donner une traduction de Max Muller, ou plutûl je t'en remercie, car c'est un service que lu nous rendras, à noai tout jut n<- larom pas Panglaii. *
FCSTBL DE COVLANGES.
l'on compare la septième édition qu'il publia alors, avec la première, on n'y relève que de légères variantes. Un chapitre a été ajouté; les notes ont reçu plus d'extension ; plusieurs paragraphes ont été refondus, quelques afBrmations atténuées; mais le fond est resté immuable, et il en eût été de même, si M. Fustel avait pu remanier encore son œuvre, comme il en avait le projet. Dans ses leçons de l'Ecole normale, il a constamment reproduit ce qu'il avait dit dans la Cité antique, et chaque fois que dans ses écrits il a eu l'occasion de revenir sur ces questions, il a abouti à des conclusions identiques.
Il est permis de se demander si cette confiance inébranlable qu'il avait dans la justesse de ses théories était pleinement fondée. Qu'il ait réussi à montrer la place énorme que la religion occupait dans la vie sociale des anciens, c'est ce qu'il serait puéril de contester; mais ce qui est plus douteux, c'est la parfaite exactitude du tableau général qu'il nous présente. « Nous avons fait, dit-il, l'histoire d'une croyance. Elle s'établit : la société humaine
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