La Gaale romaine, p
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BTDDES POLITIQUES. 61
Sous l'ancien régime, toutes les classes étaient royalistes, parce que chacune d'elles, dans sa lutte contre les autres, recherchait l'alliance si précieuse de la royauté ; le roi était une force que la noblesse, le Tiers-État et le clergé se disputaient. Toutefois il y avait entre elles divergence sur la manière de se comporter avec lui. Lorsqu'on suit les diverses crises que la monarchie eut à traverser, on constate que l'amour de la liberté fut d'autant plus vivace qu'on s'élevait plus haut dans la hiérarchie sociale.
Au temps de Jean H, Etienne Marcel et ses amis ne montrèrent d'hostilité qu'à l'égard des nobles. Ils songeaient beaucoup moins à créer un régime de liberté, « qu'à placer la royauté dans le courant des intérêts et des idées du Tiers-Etat », et a. établir, comme on dirait aujourd'hui, une monarchie démocratique. Si le dauphin Charles avait adhéré à leurs projets, il est à présumer que son autorité effective y eût gagné; mais il s'y refusa, et alors le parti de Marcel, si monarchiste qu'il fût, se trouva acculé à la nécessité de ta rébellion ouverte.
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! COULANGËS.
Il fut Ini-iuême tout découcerté de son audace; ses actes « manifestèrent dès lors le trouble le plus profond dans les idées », et il échoua bientôt comme échouent tous ceux qui luttent contre leurs propres principes.
Aux États-Généraux de 1413, les députés s'inspiraient pour la plupart de l'esprit démocratique. Dans les harangues de leurs chefs les plus fougueux, rien ne trahit la moindre irritation contre l'autorité même du roi. « L'Assemblée ne lui contesta aucune de ses prérogatives. Des anciennes libertés du pays, des droits que les générations précédentes avaient considérés comme imprescriptibles, il ne fut pas dit un mut. L'opinion dominante était que la royauté devait être toute-puïssante, à la seule condition de frapper les ennemis du peuple. »
Lisez cette ordonnance cabochienne qui est le véritable programme des démocrates du temps. « Non seulement on n'y parle pas de la souveraineté populaire; mais on ne demande pas qu'il y ait désormais une représentati*n nationale. Le mot d'États-Généranx n'y est
pns prononcé. On ne songe ni à rendre aux assemblées publiques le pouvoir législatif ni à prendre aucune précaution contre les excès de la monarchie. Il y a un long chapitre sur les impôts; on n'y oublie qu'une chose, c'est de rappeler le principe du moyen âge qui voulait qu'aucun impât ne fût établi que du consentement des contribuables. Il y a un autre chapitre sur la justice; le fond eu est que la justice soit concentrée de plus en plus entre les mains du roi,... L'ordonnance n'est révolutionnaire qu'en ce sens qu'elle prétend substituer à l'ordre féodal l'ordre monarchique. »
Combien la noblesse fut plus jalouse de défendre les traditions de liberté!
C'est d'elle que vint la seule résistance à laquelle se soit heurté Louis XI. On a tourné en ridicule la Ligue du bien public, parce qu'elle a été vaincue. Mais en réalité il s'agissait là d'un mouvement libéral, pareil à ceux qui se produisirent si souvent en Angleterre. Les ligues anglaises eurent un plein succès, parce qu'elles unirent les seigneurs et les communes contre les rois; la ligue française
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avorta, parce que la bourgeoisie resta sourde à l'appel de l'aristocratie.
Eu 1481, les États-Généraux de Tours furent en situation d'organiser le royaume à leur guise. Or un' seul orateur fit eatendre des paroles de liberté, et cet orateur fut ua noble bourguignon, Philippe Pot de la Roche *. Il proclama que la royauté avait été créée « par les suffrages du peuple souverain », que l'Etat était « la chose du peuple », et que le prince n'avait point de titres à la puissance absolue, (( puisqu'il n'existait que par le peuple », c'est-à-dire par l'ensemble des trois ordres.
Quel contraste entre ce fier langage et celui du chanoine démocrate Jean de Réiy, qui met toute sa confiance dans le bon plaisir du roi, qui attend de lui toutes les améliorations, qui impute la plupart des abus à la noblesse, et qui insiste spécialement sur cette maxime que l'olBce de la royauté est de n relever les povres de oppression ! » Parmi les assemblées de l'ancien régime, aucune n'eut une composi-
1. H. Fustel oublie Jean Haiielio, théologal de l'arche- Tique de Rouen.
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tioD aussi démocratique, ni des tendances plus monarchiques que les États de Tours '. lis choisirent pour organe Jean de R^Iy, et, malgré les vigoureuses exhortations de Philippe Pot, ils n'osèrent rien résoudre par euxmêmes; c'est tout au plus s'ils votèrent une légère diminution d'impôts. « Les théories libérales du grand seigneur bourguignon, repoussées par la majorité du pays, tombèrent peu à peu enoublî, et les principes monarchiques régnèrent désormais sans conteste. »
Le malheur est que cette noblesse, où paraissait s'être réfugié le goût de l'antique liberté, fut précipitée dès le xvi' siècle dans une irrémédiable décadence. Dépouillée de son autorité par les efforts combinés du roi et du Tiers-État, appauvrie autant par les vices économiques de la société que par ses propres imprudences, elle n'eut plus d'autre ressource que de se rapprocher du souverain, pour obtenir du suprême
1, S'ils manquèrent parrois de coursge, ils eurent au moins le mérite d'invoquer le vieux principe du co tement de l'impAt et d'arracher au roi la promeaBC les États -Généraux seraient réunis a de deux en deuii [Journat de Mataelin, p. kWi et 451.)
dispensateur des grâces les charges lucratives, les abbayes, les grades militaires, les pensions, bref les avantages pécuoiaires et hoDorifiques qui étaient la récompense habituelle des courtisans dociles et assidus. « Alors il ne fut plus question d'indépendance. Le pouvoir absolu que les pères avaient combattu fut servi par les fils. Ils gardèrent à la vérité dans cette sorte de servitude un grand air et une dignité extérieure. On eût même trouvé au fond de leurs cœurs le sentiment natif de l'insubordination et la haine persistante du despotisme. Ils étaient prodigués de respect et très ménagers d'obéissance, et leur vénération ne fut jamais de la servilité. Qu'une occasion se présentât, comme la mort de Louis XIV ou la guerre d'Amérique, et leur amour instinctif pour la liberté se réveillait tout à coup et poussait sa pointe. Murs ce n'étaient là que des soubresauts d'un moment et d'impuissantes ardeurs . Dépourvue de force personnelle et privée de l'appui des autres classes, cette noblesse ne pouvait plus se raidir contre la monarchie absolue ni soutenir sa
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graode lutte en faveur des libertés publiques. »
Le rôle que désertait aiosi la noblesse d'épée passa à la noblesse de robe. Dans des pages d'une précision admirable. M- Fustel montre comment du sein de la roture surgit une aristocratie de fonctionnaires financiers et judiciaires qui, ayant pour eux le nombre, la richesse, l'hérédité, les lumières, l'esprit de corps et le monopole de certaines attributions plus particulièrement redoutables, finirent par se hausser jusqu'au premier rang. Officiellement, ils étaient de simples agents du roi; mais, par cela seul qu'ils formaient une aristocratie, ils furent ennemis, sinon de la royauté, du moins du bon plaisir royal. Ils protestèrent toujours, et en toute sincérité, de leur fidélité monarchique; mais il leur fallut obéir à cette secrète loi qui veut que tout ce qui est élevé soit amoureux de liberté, et ait en horreur l'absolutisme.
Ainsi s'explique la conduite de la magistrature pendant la Fronde. Si éloignée qu'elle fût de toute pensée de révolte ou de mutinerie,
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elle se « dressd comme une barrière contre l'indépendante autorité des rois » ; elle leur signifia qu'ils tiraient toutes leurs prérogatives d'un pacte primitif « d'alliance » avec la nation ; elle réclama le droit d'annuler leurs édits par son veto, et elle leur dénia ce pouvoir de légiférer qu'ils avaient usurpé depuis le moyen âge. La déclaration du 24 octobre 1648, telle qu'elle sortit des délibérations du Parlement de Paris, assîté des autres cours souveraines, rappelle de tous points ce que les Anglais du xiii" siècle nommaient une charte. Après l'avoir soigneusement analysée, M. Fustel l'apprécie en ces termes : « Il est difficile de dire ce qui fût advenu si cette tentative avait réussi. Il semble au moins bien avéré qu'un régime légal se fût établi à la place du régime arbitraire, que le gouvernement désormais eût reposé sur une constitution, au lieu d'être tout entier dans la volonté d'un seul homme, que la royauté aurait eu à côté d'elle un contrôle permanent et efficace. La marche de la société vers la démocratie eût été peut-être enrayée, mais la royauté n'aurait pas non plus
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ÉTUDES POLITIQCBS. 69
triomphé. Un régime qui aurait fait que chaque homme en Fraoce n'aurait plus obéi qu'aux lois et n'aurait été assujetti qu'à la justice régulière eût certainement transformé les sujets eu citoyens. La royauté privée du droit de faire les lois et d'emprisonner arbitrairement n'aurait pesé à personne. Cette même royauté, privée du droit d'établir des impôts à sa fantaisie, aurait perdu du même coup le droit de faire la guerre. La direction des affaires publiques eût passé indubitablement dans les mains de ce Parlement de Paris, qui, par suite de cette extension même de son autorité, se (Ctl modifié et élargi. La nation se fût en réalité gouvernée elle-même, sinon par des assemblées électives, du moins par des procédés qui auraient eu pour le moins autant de force et d'efficacité que l'élection. Elle eût dirigé ellemême ses destinées par l'organe de ce qu'il y avait en elle après tout de plus élevé par la situation sociale et les lumières, t
Ce résumé historique nous donne la clef des doctrines politiques de M. Fustelde Coulanges. Persuadé que la politique est une science
FUSTEL DE C0ULANGB5.
d'observation, il érigeait en luis les leçons du passé et réglait sur lui l'avenir comme le présent. Aussi était-ce sans hésitation qu'il identifiait l'aristocratie avec la république et la démocratie avec ta monarchie, étant bien entendu d'ailleurs que pour lui république est synonyme de liberté et monarchie synonyme d'absolutisme. «La monarchie, dit-il, est cette forme de gouvernement dans laquelle un seul homme fait la loi, établit les impôts, fait la guerre ou la paix et peut imposer sa volonté souveraine à tous, La république est une forme de gouvernement constituée de telle sorte que la volonté d'un seul homme ne puisse régir toute une société, que cette société se gouverne ellemême, que le citoyen n'obéisse qu'aux lois et que les lois soient faites par la nation. La liberté est l'exercicedes droits individuels, tels que le droit d'aller et venir, de vendre et d'acheter, de travailler et de jouir du fruit de son travail, de penser et d'exprimer sa pensée, de parler et d'écrire, de prier Dieu suivant sa conscience. Cette liberté n'est ni la monarchie ni la république; mais elle s'accorde mieux avec la
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république qu'.ivec lu monarchie. La république lui oSTre en général des garanties; la monarchie ne lui en laisse aucune. Aussi ta raison et la logique voudraient-elles que les mêmes hommes fussent libéraux et républicains, et que les mêmes hommes fussent ennemis de la liberté et partisans de la monarchie. »
Mais la confusion des idées est telle depuis cent ans que bien peu de gens se rendent compte de ce qu'ils sont et de ce qu'ils pensent. Beaucoup se croient républicains qui, au fond, sont monarchistes, et beaucoup se déclarent monarchistes qui, au fond, sont républicains. On amalgame des choses qui jurent d'être accouplées et qui se nuisent mutuellement. On inscrit dans une même formule les mots liberté, égalité, fraternité, comme si la liberté et l'égalité ne se gênaient pas l'une et l'autre, et surtout comme si la fraternité qui implique « la subordination de l'individu à ses semblables » n'était pas la négation de la liberté qui implique l'indépendance de l'activité personnelle. On exclut systématiquement des affaires les classes supérieures, qui seules sont aptes
à les manier avec méthode, et od place entre les maiDS de la- foule ignorante et aveugle non seulement le principe, mais même l'exercice de la souveraineté. Faute de connaître leurs aspirations réelles et de comprendre leurs véritables intérêts, la plupart se rangent sous un drapeau qui n'est pas le leur et luttent contre eux-mêmes. S'agit-il de nous choisir des chefs, nous allons volontiers les chercher parmi nos adversaires. S'agit-i! d'organiser uo régime quelconque, nous l'affublons d'institutions dont il ne peut s'accommoder, et nous jetons en lui des germes de mort- Le parti monarchique, qui sort d'une classe foncièrement libérale et républicaine, s'acharne le premier à ruiner la monarchie par ses exigences, et c'est sous les coups des républicains que succombe la république, parce qu'elle répugne, sans qu'ils s'en doutent, à leurs sentiments intimes.
Pour établir une république viable il faut, dans l'opinion de M. Fustel, une aristocratie très large peut-être, mais eniin une aristocratie. Or, une classe de ce genre existe
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ETDDES POLITIQUES. 73
d'après lui à l'état diffus, même dans la France contemporaine. « Cette classe se compose non pas de ce qui est riche, mais de ce qui est éclairé, de ce qui travaille et possède les qualités de caractère et d'esprit qui font fructifier le travail, de ce qui possède une influence légitime et salutaire. Elle n'est pas héréditaire ; elle se recrute incessamment dans la démocratie; elle accepte et attire ce qu'il y a de plus laborieux et de plus intelligent dans les classes inférieures, et elle repousse de son sein l'homme incapable et corrompu. Elle n'exerce aucune tyrannie, elle ne se réserve aucun privilège. Elle n'appauvrit personne; c'est elle au contraire qui enrichit. Son opulence engendre l'aisance des travailleurs; son luxe est le pain du pauvre. Elle est la fleur de la société, elle en est l'appui et la gloire, la vigueur et l'éclat. » Il y a là une masse énorme de quatre ou cinq millions de tètes, qui représente « la partie sérieuse, réfléchie, consistante de la nation ». Cette élite devra être n également conservatrice et libérale »; elle ne deviendra « ni le jonet des ambitieux, nt la
proie des charlatans »; elle saura a parler, agir, au besoin cooibattre » ; elle aura assez de lumières pour nommer de bons mandataires, et assez de fécondité pour tirer d'elle-même « des sol'dats et des généraux, des diplomates et des administrateurs, des gavants et des artistes ». Elle bannira toute pensée d'égoïsme et d'oppression. La suprématie des hautes classes n'est effîcace que si elle entraîne l'adhésion universelle. Aux autres on demandera « non pas leur obéissance, mais leur confiance » ; un tâchera de les convaincre que le gouvernement de l'aristocratie leur est u utile et profitable n. M. Fustel exige d'elle en un mot qu'elle ait le « tempérament viril, le courage, la force, la volonté », qu'elle songe peu à ses intérêts et beaucoup à l'intérêt public, qu'elle se sente plus d'obligations que de droits, qu'elle pousse très loin le souci de son devoir et de sa responsabilité, qu'elle manifeste les qualités contraires aux défauts de la démocratie, « la constance, la discipline, la réflexion, l'abnégation, un patriotisme exempt de vantardise, plutôt de l'orgueil que de la vanité ». 11 n'y a
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ETUOBS POLITIQUES. . TB
pas injustice à rayer du corps politique tous ceux que l'humilité de leur condition ou la nullité de leur intelligence rend impropres au rôle de citoyen actif. Voter, gouverner, n'est pas un droit qu'il faille communiquer à tous indistinctement; c'est une fonction qu'il faut attribuer aux plus dignes, priacipalement dans une république, sous un régime qui repose non sur l'hérédité, mais sur l'élection, ou, en d'autres termes, sur le choix.
M. Fustel de Coulanges s'est amusé à esquisser le plan d'une sorte de constitution idéale de la France actuelle.
« La politique est la science des intérêts communs, et les intérêts communs ne sont eux-mêmes que la conciliation des intérêts particuliers. » La nation x garantit aux propriétaires la jouissance de leur propriété, aux commerçants la paix publique, aux travailleurs, soit patrons, soit ouvriers, la liberté des contrats, la liberté d'association et la sécurité. Elle ne favorise ni les riches contre les pauvres, pi les pauvres contre les riches, A celui qui possède, elle assure la conservation
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76 FDSTEL DE CODLANGES.
de son bien; à celui qui ne possède pas, elle assure les moyeas d'acquérir légitimement; elle prête aide à tous pour améliorer leur existence. Elle assure à chacun la liberté :
la liberté consiste à n'obéir qu'aux lois et à n'être jugé que par la justice régulière. Elle assure à chacun la libre conscience; elle n'interdit aucun culte et n'en prescrit aucun, s Contre les ennemis extérieurs, elle a une armée et une flotte; contre les malTaiteurs, elle a une gendarmerie. Pour trancher les litiges et punir les crimes, elle a des tribunaux. Elle entretient des routes et des canaux, veille sur les chemins de fer et conclut des traités de commerce. Comme l'ignorance est nuisible à la société, elle proclame la nécessité de l'instruction de tous, et » tait les frais d'un enseignement public ». Elle prend enfin à sa charge les établissements de charité, tels que hospices, hôpitaux, ouvroirs, dépôts de mendicité. Un système de contributions pourvoira à
ces diverses dépenses. M. Fustel
upprime
tous nos impôts, sauf les patentes, les droits d'enregistrement, les droits de i
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les droits sur l'alcool, et il les remplace : l'par une taxe sur les propriétés mobilières et immobilières, 2° par une taxe sur les revenus industriels et commerciaux, les traitements et les salaires. Ces deux taxes, étant une simple prime d'assurance, doivent être proportionnelles au capital ou au revenu assuré; toutefois on dégrèvera les citoyens les plus pauvres.
«Tous les contribuables ont le droit de déterminer par leurs délégués le chiffre des contributions, le mode de perception et l'emploi des recettes. » A cet effet, ils élisent une Chambre des Comptes, dont les cent cinquante membres sont répartis entre les départements aa prorata du rendement de l'impôt. Cette Chambre vote le budget et juge les causes fiscales. Il y aura donc une étroite corrélation entre les privilèges
sera satisfait ce besoin impérieux dans la vie s individuelle. Tout le
et les charges, et ainsi d'équité qui est aussi sociale que dans la vi poids des impôts retombera sur les propriétaires et les rentiers; mais ceux-ci auront en échange des prérogatives considérables pour tout ce qui a trait aux Enances de l'État; ce
sont eux qui alïmenteroot le Trésor, et ce sont eux qui en auront la gestion. Eu outre, la richesse sera soustraite aux convoitises du socialisme, et l'impôt ne risquera pas d'être détourné de son affectation normale pour servir, comme certains le voudraient, à niveler les fortunes.
A côté de la Chambre des Comptes, M. Fustel crée un Corps législatif d'environ trois cent cinquante membres. Puisque la loi est la même pour tous, tous, sans distinction de classe, doivent concourir par l'organe de leurs mandataires à la confection de la loi. Il avait d'abord songé à instituer plusieurs catégories d'électeurs, non d'après le procédé censitaire, mais suivant les affinités d'intérêts. « La société moderne est composée d'éléments très complexes. Nous ne sommes pas un peuple, nous sommes dix ou quinze peuples, qui vivons sur le même territoire, qui nous mêlons, mais qui différons d'intérêts, d'habitudes, de manière de penser, et même de langage. » N'est-il pas naturel et juste que chacun de ces groupes de citoyens confie la défense de ses intérêts
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aux honuQes qui sont le mieux en situation de les connaître? « Que ceux qui t^ltivent le sol nomment un députû par arrondissement ; que ceux qui travaillent dans l'industrie en nomment un ou deux par département-, que les commerçants en élisent un; que les magistrats, que les avocats, que les médecins, que les professeurs et les artistes, que les corps savants choisissent directement leurs députés; que les capitalistes, que les rentiers d'état, les actionnaires des grandes compagnies aient aussi les leurs; n'aurons-nous pas Va la représentation la plus fidèle et la plus exacte du pays? » M. Fustel espérait que de ce mode d'élection émanerait une assemblée divisée, sans doute, mais soucieuse de faire prévaloir l'esprit pratique sur l'esprit de chimère et d'utopie. Pourtant, il renonça bientôt à ce projet, et il adopta finalement le suifrage universel.
On a répété bien souvent que ia tyrannie d'une assemblée était pire encore que celle d'un homme. Pour prévenir tout abus de la part du Corps législatif, M. Fustel imagina de
l'assujettir, dans une certaine mesure, à une Haute Cour, dont les soixante juges seraient désignés à vie par les membres de l'Institut, les professeurs des facultés de droit, la Cour de cassation, les présidents des Cours d'appel et des tribunaux, les bâtonniers de l'ordre des avocats de chaque ressort judiciaire. Cette cour de justice aurait pour mission de conserver « ce qui ne doit ni périr ni être modiBé, ce qui est au-dessus du caprice des peuples et du
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des révolutioas, le droit, c'est-à-dire le
respect de la vie, de la propriété, de la liberté et de la conscience d'autrui u. Indépendante par ses origines et par son inamovibilité, environnée d'un grand prestige, étrangère aux passions et aux conflits des partis, elle aurait d'autant plus de force pour veiller à l'exécution des lois et frapper de nullité tout attentat de la loi elle-même ou d'un fonctionnaire contre les droits primordiaux du citoyen. Par là, la minorité serait à l'abri des violences de la majorité, et la majorité elle-même serait protégée contre ses propres entraînements.
Sur la forme du gouvernement, M. Fustel a
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varié d'opinion. « Que vous imporle, disait-il d'abord, le nom du gérant de votre association? Ce n'est pas lui qui régnera, ce sont les lois. Vous ne paierez d'impôts que ceux que vous voterez; vous ne serez jugés que par la justice régulière ; tous vos intérêts seront discutés par vous. Il n'y aura pas une guerre, pas une alliance, pas un traité de commerce sans votre assentiment. Que vous fait après cela le titre de l'homme qui exécutera les volontés communes, qui se trouvera lié par le contrat, qui sera lui-même, et tout le premier, soumis à vos lois? » Mais précisément parce que la question était secondaire à ses yeux, il adhéra à la République qui existait déjà, au moins nominalement.
Une des pièces maîtresses de sa machine gouvernementale était le Conseil d'Etat. Cinquante conseillers auraient la tûche non seulement de rédiger les règlements d'administration publique, et de préparer, le cas échéant, les projets de loi, mais encore d'éclairer et d'assister journellement le président de la République et les ministres, de ratifier les
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cabinet, alors même qu'elles ont été méditées à loisir, sont toujours très défectueuses. Je n'ai nullement l'intention de prendre la défense de celle-ci, d'autant plus que rien, en pareille matière, ne vaut les lumières de l'expérience. La charte élaborée par M. Fustela été ignorée du public; elle a eu, par conséquent, soit la bonne fortune, soit le malheur de n'être Jamais expérimentée. Mais, quels qu'en soient tes vices, elle a du moins l'avantage de dériver d'une inspiration très noble. Le sentiment de la justice, l'amour de la liberté, le respect du droit, le souci de la dignité humaine y éclatent à chaque ligne, et elle atteste un effort peut-être chimérique, mais en tout cas fort sincère, pour résoudre le problème qui consiste à établir une république libérale et équitable.
Elle est encore intéressante par un autre point, je veux dire par les liens intimes qui la rattachent à l'histoire. Ce n'est pas assez de remarquer la pensée directrice, qui, de l'aveu même de l'auteur, l'a guidé dans tout sou travail. Jusque dans les détails, c'est l'histoire qui lui a presque tout fourni. Examinez suc-
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KTUDKS POLITIQUES.
vers la monarchie qui en est, die plément indispeDs»ble, et ce spe sait de vives alarmes; car la mo laire qu'il apercevait à l'horizoï:
dénature à le rassurer. « Ce ne V ait-il, une monarchie apparente UQ décor qui recouvre la liberté république. Ce sera la vraie mi qui supprime la liberté, celle q potiquement sur le corps et sur I n'accepte aucune limite et ne opposition, celle qui voudra to décider, tout faire, celle qui pi niser le travail à sa guise, celle concurrence, éteindra toute acti toute richesse sous le niveau d'u vreté, annulera toute supérioriti et murale, et fera régner dans la t France l'égalité de l'ignorance et
SON BNSBIGKBHENT. VI
moindres affirmations. Mais cela même doublait à DOS yeux le poids de ses conseils. Le langage qu'il nous tenait à cet égard n'avait en soi nen de bien original; mais il était tout nouveau pour nous, qui étions à peine échappés du collège, et il nous remuait profondément parce qu'il empruntait une autorité particulière à la bouche d'oii il sortait.'
Cet appel adressé à noire liberté intellectuelle avait encore un autre attrait : il nous inspirait une confiance presque illimitée dans nos propres forces, et nous donnait au moins l'illusion de penser que nous étions aptes aux plus difficiles entreprises. Quels beaux projets nous avons alors formés! Quelles vastes ambitions nous avons conçues ! Et quel ravissement quand nous avions la chance de découvrir, en attendant mieux, une petite nouveauté qui, après examen, n'était souvent qu'une erreur! « L'enseignement, disait plus tard M. Fustel, doit être un éveil des esprits. Au grand e&brt que fait pour chaque leçon le professeur répond une impression vive de l'étudiant ou de l'auditeur; son esprit est «xcité, et d'une certaine façon
et je vois encore de quel air navré il i avouait qu'il n'était pas égyptologi bornait pas cependant à résumer i des ouvrages de seconde main et sasser les opinions d'autrui ; c'est t textes, ou du moins à leurs traduc remontait, poussant parfois la Iiardi< nous avertir que te! mot, que ti avaient été probablement mal rendi Quand il abordait ensuite Tant
sique,
il se sentait sur un terrain
Il avait amassé sur la société helléi la société romaine un bagage énor naissances et d'idées, et il n'avait dans ce riche trésor pour alimente Généralement, c'est de l'étude des politiques qu'il s'occupait avec no était visible que pour tout le reste :
bien préparé. Sans être philologue sioDi il avait un sens très profond latine et de la langue grecque, et i démêler la signification exacte d . avait en outre toute la force d'intuit l'histoire d'une époque sur la(
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il les cherchait. L'effort était manifeste chez lui ; mais ce qu'il nous offrait en spectacle, ce n'était pas la lutte contre une mémoire rebelle, c'était plutôt la poursuite de l'expression la plus conforme à la pensée. 11 ne visait ni à l'élégance, ni à l'éclat, ni au pittoresque. L'histoire étaitàses yeux une muse austère qui dédaigne tout ornement et qui songe peu à plaire. Ses qualités de prédilection étaient la sobriété, la précision et la clarté. Il avait horreur des phrases à effet et des morceaux de bravoure. Il ne voulait être dans sa chaire ni poète,^ orateur, ni comédien ; il lui suffisait de dire nettement ce qu'il croyait être la vérité. Sa parole avait une rigueur toute géométrique; c'était l'éloquence du savant, surtout du mathématicien, abstraite sans aridité ni sécheresse, pauvre en images, et riche en formules. Quand on l'écoutait, le cœur n'était pas ému, l'esprit n'était pas charmé ; mais l'intelligence était entièrement satisfaite, parce qu'il ne subsistait pour elle rien d'obscur ni d'équivoque, et qu'elle nageait en pleine lumière.
C'est une rude tâche que de parler devant
r ENSEIGNEMENT.
tant d'être froid et compassé. M Coulaoges avait l'enthousiasme d tends de la foi scientifique, foi preuves rationnelles. Quand ui paraissait bien établie par les doc tenait aussi énergiquement que < dogme révélé, et son plus grand de la communiquer à ses élèves place dans son esprit ni pour l'ii pour le dilettantisme. 11 avait d'histoire des convictions très était heureux de propager autou leçons n'étaient pas pour lui uni faire parade de son talent, mais combattre l'erreur et de répanc Justes. Il se considérait très comme un apôtre de la science, dans sa chaire un centre de préd quel feu dans la parole, dans jusque dans cette voix grêle et pénétrait h la façon d'une vril oreilles et dans nos cerveaux! C lui un homme qui, oubliant pour I préoccupation personnelle, se
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j ENSEIGNEMENT.
points essentiels. S'il s'agissait par exemple de Périclès, il ne s'astreignait pas à nous raconter tout au long sa biographie; il lui suflisait de montrer comment ce personnage avait conçu l'organisation de la démocratie athénienne.
Parlait-il du premier consulat de César? Il ne se perdait pas dans l'énumération de toutes ses lois et de tous ses actes; il se contentait de relever dans sa conduite les traits qui annonçaient le futur fondateur de l'Empire. Tout se ramenait ainsi à la démonstration d'une idée maîtresse, qu'il ne choisissait pas arbitrairement, qu'il allait prendre plutôt au cœur même du sujet. Une fois qu'il avait mis cette idée en vedette, il y insistait fortement ; il la tournait et la retournait en tous sens, et il l'entourait de tout le faisceau de preuves que lui fournissaient les documents.
Il n'avait pas une de ces éruditions charlatunesques qui se hérissent de textes mal digérés et de références souvent puisées a des sources suspectes. Les textes qu'il invoquait, il les avait lus de ses yeux dans l'auteur même d'où il les tirait; il les citait dans l'original; il les
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