‹ Fustel de CoulangesChapitre 74 sur 82 · LES DERNIERES ANNÉES · texte numérisé non relu

LES DERNIERES ANNÉES

de développement des esprits et des caractères ». I] voulait qu'on en respectât l'organisation dans ses traits essentiels, qu'on se défendit surtout de toucher à ce qui en fait « la vitalité n, c'est-à-dire a la conférence. Il l'a plus d'une fois comparée à un s^/ntaaf'/-e allemand, ou mieux à un faisceau de séminaires qui, au Heu d'être juxtaposés et isolés, « se pénétreraient incessamment ». « L'élève qui fait partie de l'un d'eux, écrivait-il en 1884, ne peut pas rester étranger à ce qui se passe dans les autres. II n'est pas permis, par exemple, à l'élève de philosophie de se tenir tout à fait en dehors des études historiques^ ni au naturaliste de n'être pas un peu mathématicien et chimiste. La spécialité hâtive est heureusement interdite à l'Ecole normale. »

Comme il était convaincu qu'elle fonctionnait hien, il n'était guère enclin à innover '.

1. Tout le monde sait au ministère que ai Ion taUaU quelque chose que je juiferais contraire aui intérSIa de l'École, comme l'introduction d'un mauvais oiaitre, l'augmentallon démeaurée de nos élèves, ou quelque modilîcation funeste dans nos études, je donnerais ma dèmiasion. Anasi ne touche-t-on k rien dans l'Ecole, et ce n'est pas la bonne volonté qui manque. Songez que l'Université entière

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Ainsi, quand la licence es lettres fut scindée, il se refusa à diviser la première année en autant de sections qu'il y avait de licences nouvelles; les élèves continuèrent d'.ivoir un cours d'études commun et de se présenter tous à l'ancienne licence littéraire. Toutefois l'esprit de tradition ne se confondait pas chez lui avec l'esprit de routine. Qu'un grave intérêt scientifique lui parût être en jeu, il élait aussitôt capable des résolutions les plus hardies. Par une anomalie singulière, il manquait encore h l'École un séminaire de sciences naturelles ; M. Fustel lé lui procura, non sans peine. Vigoureusement combattu par le Muséum, mollement soutenu par quelques-uns de ceux qui auraient dû le seconder, il rencontra devant lui des obstacles de tout genre ; mais il eut le bonheur d'en triompher '.

Sauf cette grosse réforme, l'Ecole, sous sa direction, vécut au jour le jour et prospéra

eit en ce moment sous dessus dessous, rËcolc exceptée, i (Lettre du 30 janvier 1881.)

t. Voir, dans le Tolume du Centenaire, la notice de H. Houssey sur les Débuti de la leclion det teitnctt aaturelUt.

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LES DERNIEnES ANNEES.

paisiblement. II avait fallu raOern pline, qui avait légèrement faibli longne maladie de M. Bersot; mai gea les transitions, et il n'en ré trouble.

Quand raumônier fut supprimé p; bres, quelques tètes s'échauffèrent.

des discussions passionnées entre gens; M, Fustel eut l'air de ne pa cevoir. Mais lorsque l'abbé Bernar été transféré de l'École ii la cui Jacques, vint le prier de laisser ques sortir le dimanche avant 1' naire, pour leur permettre d'as messe, il refusa net, en lui objeci élèves avaient largement le temps.

heures et midi, d'accomplir le religieux, que le règlement dcv même pour tous, et que le directeu l'adapter à des convenances iadivîd était censé ignorer. M, Bernard t reprocher « d'opprimer les cou M. Fustel ne fut nullement ému di rade, et, s'il avança plus tard le

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la sortie, ce fut par une mesure générale dont tout le monde bénéficia '.

Quoiqu'il fût moins souple, et aussi moins autoritaire que M. Bersot, il avait pris sur les élèves autant d'empire que lui. Ce qui faisait son prestige, c'était son grand renom scientifique, sa rectitude, l'élévation de son caractère, la dignité de sa vie, et par-dessus toat son dévouement à l'Ecotc. Pendant trois ans il lui sacrifia tout : ses goûts personnels, en poussant la complaisance jusqu'à donner le premier un bal où il se sentait comme dépaysé, ses joies les plus douces, en renonçant presque entièrement à ses travaux historiques ', sa santé même, qui reçut alors une sérieuse atteinte.

Il lui eût été facile de rejeter sur ses collaborateurs une partie considérable de sa besogne, surtout depuis qu'on lui avait adjoint un second sous-directeur qu'il avait librement choisi et en qui il avait pleine confiance ; mais il lui fut

. Je tiens ces détails de H. Fustel lui-mâme, dont j< cris le récit mot pour mot.

2. • L'Ecole me prend tout mon temps. Je me réserie pourtant une heure et demie le matin pour mes études du moyeo ige. » (Lettre du 22 juin 1880.)

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impossible de s'y résigner. Soit amour de la préciaioD, soit souci de sa responsabilité, il s'occupait des plus petits détails, et s'obstioait b examiner, à décider à peu prés tout par luîmème. 11 y avait dans son administration une espèce de gaucherie qui aggravait son labeur -et lui SQScit.Tit mille embarras. Son prédécesseur avait été tout-puissant ; quelques-uns s'en plaignaient, mais nul n'avait osé s'attaquer à lui. M. Fustel ne prétendait pas s'imposer, comme M. Bersot, disait-il, « avait le droit de le faire »; il se bornait à revendiquer sa part légitime d'influence, sachant d'ailleurs que toutes ses demandes étaient inspirées par un sentiment profond de l'équité et par l'amour du bien public. Or, il n'était pas toujours écouté en haut lieu, et il en avait un grand ennui.

Par désir de restreindre la prépondérance du directenr de l'École normale plus encore que par hostilité contre sa personne, on se gênait peu dans certains bureaux du ministère et dans certaines commissions pour lui infliger des échecs que rien ne justifiait; il se trouvait même des sots pour le tourner en ridicule

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