ACTE I. — SCi:.\E
Oui, pis! Car en prison ce n'est pas dans la fange Qu'on couche. On a les soins d'un médecin. On mange. De quoi nourrissais- tu Sulpice? Compagnons, Vous voyez son dîner dans un coin. Des trognons De salade et de choux !
SECOND PAYSAN
C'est une économie Que je faisais.
PREMIER PAYSAN
Oui, joins le rire à l'infamie.
Tu seras payé double! Et ce pauvre petit Manquait d'air !
SECOND PAYSAN
Le bon air donne de l'appélit.
PREMIER PAYSAN
Monstre !
Regardant Sulpice.
Est-il racorni ! C'est un bâton de chaise Que son bras ! Croirait-on qu'il a l'âge de Biaise ! Je les ai mesurés, il était le plus grand! Ah! scélérat! — Allons, le délit est flagrant: En route! Emmenons-les tous deux, l'un à l'hospice. L'autre au cachot. Viens-t'en, pauvre petit Sulpice;
FUTL'HA.
\ icns. nous le porterons si lu ne |)eu\ marcher.
Tiens! ("es! des poux! Son corps en esL couveil. — Houcliei"!
I']ii prison 1
SECOND PAYSAN
Pourquoi donc?
PREMIER PAYSAN
C'est lui (pii le demande I ("-i(»is-tu donc qu'on en soit quitte pour une amende? I.e bagne, sinon mieux !
SECOND l'AYSAN.
Qu'est-ce que j'ai commis?
PREMIER PAYSAN
Ce que tu... — Misérable! — Entendez-vous, amis? Tu peux le demander dans ce lieu de torture Où tu donnais la mort à ta progéniture!
SECOND PAYSAN
Lorsque je déferais ce gamin, ph bien, quoi? Qui donc l'a fait?
l'REMIER PAYSAN.
Gradin !
SECOND PAYSAN
Mon enfant est à moi !
ACTK I. — SCENE I. :<!
I)e|niis quand les enfants ne sont-ils plus au père?
PREMIER PAYSA>\
Assez de mois! Otons d'ici cette vi})ère, Amis !
Attends. Cet homme...
PREMIER PAYSAN
On a trop attendu !
FAUST
A dit un mot auquel tu n'as pas répondu, Et (jui pourtant a du te frapper, car, si j'ose M'en souvenir, toi-même as dit la même chose.
PREMIER PAYSAN
Quoi donc?
FAUST
Que les enfants sont la propriété Des pères.
PREMIER PAYSAN
C'est certain ; mais tout est limité.
Et l'abus. .
32 I-IJTUHA.
FAUST
La li)i (lit que le propriétaire A le (Iroil d'abuser. Et, pour ne te rien taire, Il ne nie paraît pas prouvé que ce chrétien Ahuse de son fils autant que toi du tien.
PREMIER PAYSAN
.Moi ! je...
FAUST
Tu lui devrais un peu plus d'indulgence : Il séquestre le corps et toi l'intelligence. Où donc le pire mal? Sous prétexte qu'il est Le père, il fait du pauvre enfant ce qui lui plaît? 11 le tient expirant dans cette pourriture, Sans pain? Le pain n'est pas la seule nourriture. Son fils n'a pas ce dont la bouche se nourrit? Tu refuses au tien l'aliment de l'esprit. Si l'ail- manque à Sulpice, un autre air manque à Biaise. Pas l'air matériel, il le respire à l'aise. Ses deux poumons en sont gonfiés, mais l'air moral. Le savoir. Oui, l'aspect de Sulpice est spectral, Il est chétif, il fait une piteuse mine Auprès d'enfants du même âge ; mais examine Biaise, non au dehors, mais, si tu peux, au fond, Et vois ceux de son âge et les progrès qu'ils font,