‹ FuturaChapitre 23 sur 131 · ACTE I. — sci:nh m. ni · texte numérisé non relu

ACTE I. — sci:nh m. ni

De souffles , et l'autan s'engouffrer clans mes branches

Et les casser, jamais autant que je le veux,

Et l'ouragan passer son poing dans mes cheveux

Et me cogner le front sur les roches voisines

Et m'arracher du sol tenace, et mes racines

S'émouvoir, et la terre autour de moi trembler,

— Car il me semble alors que je vais m'envoler !

l'aigle.

Chêne, ancêtre des bois, colosse des pelouses. Je ne sais vraiment pas pourquoi tu me jalouses. Parce que tu me vois quitter un peu le sol Et m'agiter, cela te fait l'effet d'un vol. Tu dis: « Il va! » Mais où? Quel idéal m'invile? Quel bonheur espéré me fait courir si vite? Dans l'espace sans boi'ue où je parais lâché, En six mille ans, quel est le but que j'ai touché ? Quel chemin m'a conduit à de nouveaux usages? Qu'est-ce que j'ai de plus que l'aigle des vieux âges Et qu'est-ce que ma race aura de plus que moi? Que de fois , dans le bleu de l'air ou dans l'émoi Des nuages tonnants , tandis que tu m'envies , Sentant crier en moi mes faims inassouvies, Mon vol humilié réfléchit tristement A l'immobilité de tout son mouvement ,

o2 FUTUUA.

Kt (|iie lie Ibis, après une course enragée

Où jai voulu trouer le ciel, découragée,

Mon aile misérable et collée à mon flanc

Me laisse retomber jusqu'au haut du Mont-Blanc!

J'en suis, après vingt ans de lutte et de colère,

Au point où j'en étais avant de quitter l'aire

Où, dans un jour mauvais, ma mère m'a couvé.

Je n'étais pas parti que j'étais arrivé.

iNous sommes, je ne sais par quel sombre anathème,

A perpétuité condamnés à nous-même.

Aujourd'hui nous rabâche hier, et le ramier

Sera le dernier jour ce qu'il fut le premier,

Et l'ibis restera l'ibis, et l'hirondelle

A beau sortir d'Europe, elle ne sort pas d'elle.

Et le libre condor ne s'évadera pas,

Et je traverserai les cieux sans faire un pas.

Apparences d'essors que l'azur semble attendre

Et qui ne le touchons que pour en redescendre.

Nous ne vivons pas plus que le bois ou le grès.

Le véritable nom de la vie est Progrès.

C'est l'homme seul qui vit , car l'homme seul progresse !

Pourquoi? parce qu'il a la puissance maîtresse,

La parole! non pas le bruit que nous faisons.

Toi quand le vent empUt tes rameaux de frissons.

Moi quand mon cri répond au cri de la tempête,

ACTK I. — SCKNK III. o3

Mais la parole énorme, et que l'encre répète,

Et qui par le grand Faust va s'immorlalisant.

L'homme d'autrefois parle à l'homme d'à présent

Et la raee existante à la race future.

Les mots, par cette immense et suprême écriture,

Prennent possession de l'espace et du temps.

Et personne ne meurt, et tous s'en vont contents

Léguant leur vie au monde, et sans cesse tout change,

Tout augmente, et l'enfant, héritier dès son lange

De tout ce qui s'est fait, écrit, dit, chuchoté,

Dans sa goutte de lait tette l'humanité.

Et le marmot qui bave a cent milliards d'àmes !

Et, toujours s'accroissant de nouveaux amalgames

D'hier dans aujourd'hui, d'aujourd'hui dans demain,

Prenant les horizons avec sa grande main,

Pour flèche ayant le rêve et l'infini pour cible,

p]t sur le chimérique abattant l'impossible,

Celui qui parle, et qui dès lors est immortel,

S'emparera d'abord du monde, après du ciel.

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