ACTE II. — SCÈNE
Tu viens me demander pardon. A genoux, lâche La face contre terre, et prie, et pleure, et tâche D'être bien vil afin d'obtenir mon mépris.
FAUST
La guerre, c'est très beau ! Sous les drapeaux qui flottent, Les jeunes gens s'en vont vers les illustres chocs , Et la musique chante, et les mères sanglotent. Et le labour n'a plus que les vieux qui tremblotent, Et l'on voit les fusils voler le fer aux socs,
Et l'impôt frappe dur, et la misère est grande,
Et la vierge en pleurant va se prostituer,
Et le maigre ouvrier ne mange plus de viande,
Et l'aïeule n'a plus de montre qu'elle vende,
Et nous mourons de faim pour pouvoir nous tuer
C'est trèsjingénieux ! Plus d'une pauvre fille Se meurt du fiancé que tu lui dérobas. La vie est un jardin que la guerre échenille. Les mères vont avoir des drapeaux en guenille Pour remplacer leurs fils qui pourrissent là-bas.
Les fleuves après toi sont rouges et débordent, l'n combat, quel concert de râles et de cris! Les blessés, oubliés sous les tués qu'ils mordent, Hurlent. C'est doux! Par-ci par-là, des femmes tordeni Des bras désespérés en cherchant leurs maris.
Peu de choses, je crois, charment les belles âmes Comme un bombardement. A peine vous tonnez. Mortiers, que les maisons et les gens sont en flammes. Lorsque la ville est prise, on viole les femmes Et l'on écrase aux murs le front des nouveau-nés.
Aussi je comprends bien que le peuple les aime, Les conducteurs d'armée, et qu'il donne aux sabreurs Son épargne, sa paye et ses fils qu'il écréme, Et que, n'ayant plus rien à donner que lui-même. Il lui vienne à l'esprit de les faire empereurs.
C'est la plus forte idée encor que l'homme ait eue. Moi , les égorgeurs sont mes héros et mes saints , Et je baise les pieds sanglants de leur statue. Le peuple, assurément, se doit à qui le tue; — Mais il pourait choisir de meilleurs assassins