ACTE II. — SCENK V
C'est drôle. Le salut de mon âme! Tonnerre! Tu me fais peur. Risquer sa peau, c'est l'ordinaire Du soldat, mais son àme!... Ali çà, me trouves-tu Le nez d'un citoyen qui tient à sa vertu? Entre nous, si tu crains que le diable me grille, Tu peux te rassurer : je suis de sa famille !
('/est effroyable !
l'empereur, la rcgardaiiL en lace.
Ah oui, tu te dis que j'aurai Moins de joie après toi si tu n'as pas pleuré Et que ma haine peut hésiter à te mordre Tant que je ne sens pas sous mes griffes se tordre Et grincer et crever de rage ta pudeur. Tu t'es imaginé que j'aurais la candeur De croire aux calembours que ta peur balbutie. Tu dépasses jusqu'à la somme d'ineptie Permise aux femmes. Quoi! c'est à moi que tu veux Persuader que, quand je te tiens aux cheveux, Quand, frêle, et seule, et loin de ceux que tu rassembles, .le t'ai sous mon genou , c'est pour moi que tu trembles ! Niaise! Allons, assez. Ta bonté de deux sous Te masque mal; on voit ta lâcheté dessous.
Vraiment, c'est de pitié que tu te sens saisie?
Je te dis que je vois sous ton hypocrisie,
Et que le châtiment dont je vais te punir
Te glace, et que je vais t'en faire convenir,
Et que tu vas crier l'efTroi dont ton cœur saute,
Et le hurler! A bas ton masque! ou je te Tôle
Moi-même ! Et ne t'en prends qu'à toi si ce n'est point
D'une façon assez galante, et si ce poing,
Four lequel la douceur n'est pas d'un grand usage.
T'arrache avec le masque un morceau du visage !
.le ne suis pas masquée, et c'est moi que tu vois.
Je n'ai peur que pour toi. Mais c'est donc vrai! ta voix
Est cependant d'un homme ! un homme peut donc être
Cela! Quel est le monde horrible oîi je pénètre?
Je frissonne. Pas môme un semblant de remords !
Que peux- tu contre moi? Prostituer mon corps
A tes bandits. Et puis me rejeter raillée
A mon père. Tu crois que j'en serais souillée,
Et qu'on me renierait au sortir de tes bras?
Il n'est pas de souillure où l'âme ne veut pas !
L'affront ajoute aux bons, bien loin qu'il leur retire.
Je n'étais qu'innocente et je serais martyre !
Ce que tu peux tacher en moi, c'est seulement