ACTE IV. — SCENE IL 16:i
Change selon qu'on est à terre ou sur le faîte.
Le bien, c'est le succès, et le mal, la défaite.
Tu vas prouver qu'hier tu baisais les genoux
D'un assassin horrible, et leur apprendre à tous,
Du haut du tril)unal que leur respect décore,
Que ton prince d'hier, qui le serait encore
S'il avait dans le tas mieux planté son épieu,
Est criminel d'avoir assassiné trop peu!
Et tu crois que je veux infirmer ta sentence!
Lorsque tu vas d'un mot ôter toute importance
A ce que les niais appelaient la vertu
Et, toi le juge, en pleine audience, vêtu
De la simarre, ayant le Christ à ta muraille.
Faire de la justice une vieille ferraille!
Et je serais celui qui t'en empêcherait!
J'ai si peu le désir de gêner ton arrêt
Que je \ais me laisser défendre, et que je prie
Mon avocat de bien soigner sa plaidoirie,
?s'e prononce qu'après.
LE JUGE, à l'avocat.
Parle.
FAUST , au juge.
Tu n'as rien dit
164 FUTUIIA.
Contre lui (jiii ne soit exact. 11 est bandit, Havageiir, meurtrier, incendiaire, et pire. Car tu n'as pas nommé son grand crime : l'empire. Ce reître avait rêvé que, du mont au vallon. Tons seraient le troupeau d'un seul ; son dur talon Comprimait jusqu'au sol un peuple qui se forme. Tuer la liberté, voilà le meurtre énorme.
Un fait qui peut, sinon absoudre sa fureur, L'expliquer, c'est qu'il est bàlaid d'un empereur. Qui sait ce que ce père a mis dans sa nature. Et quelle excuse peut avoir sa forfaiture Dans cette hérédité terrible à la raison Qui fait que par moments le sang est un poison, Et que l'àme d'un mort dans un vivant opère, Et qu'on est criminel d'être fils de son père? Puis sa mère était là, l'invitant, le pressant, Soufflant la convoitise infâme à l'innocent; 11 n'avait pas quatre ans qu'elle lui disait : Sire! A l'âge tendre où l'homme est une molle cire. Elle lui modelait son âme d'à présent.
11 n'a peut-être été d'abord que complaisant Et son ambition n'était que filiale ; Mais l'âme, ainsi gâtée, est vite impériale.
Puis ceux qui, par leur faute ou par celle du temps, Traînent sur le pavé des rêves mécontents,