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LA PIÉTÉ FAMILIALE

de l'aide puissante qu'il apportait inconsciemment au recrutement sacerdotal. Aussi on ne peut trop répéter à tous ceux qui s'intéressent à l'avenir de la religion et du pays, qu'ils ont le devoir de répandre à profusion les saines vérités conjugales, sans lesquelles il est impossible de songer à bâtir des foyers chrétiens (1).

Les avantages que la famille peuplée d'enfants offre au recrutement ne doivent pas se borner au simple effet du « nombre ». La multiplicité des sujets fournit, il est vrai, à Dieu « de quoi » choisir ; mais il faut aussi lui donner des « raisons » de cueillir dans cette abondance. Les parents doivent s'étudier à ne pas séparer « qualité » de « quantité », offrant ainsi à Dieu les motifs qui le presseront d'appeler à Lui quelques privilégiés.

Ce souci du perfectionnement moral et religieux amènera tout naturellement les parents à organiser à leur foyer la piété familiale. La « piété » est évidemment, dans son essence même, quelque chose de personnel : c'est le feu intérieur d'une âme qui se consume pour Dieu. Mais qui n'a pas remarqué que les charbons, réunis en masse, deviennent ardents, et qu'aussitôt séparés du foyer,

Mi Ces vérités ont été exposées, aussi clairement que possible, dans « Futurs Epoux » et dans « Futures Epouses ». Esti-il téméraire de conseiller ici la lecture de ces deux ouvrages, en affirmant qu'ils sont de nature à apporter de leur côté une large contribution, indirecte il est vrai, à l'œuvre du recrutement sacerdotal, à laquelle le prisent volume voudrait prêter, s'il le peut, un concours encore plus efficace.

ils retournent au noir ? Il en est ainsi des âmes, surtout des âmes jeunes et neuves, qui n'ont pas accumulé de « calories ». Elles ne parviendront, que soutenues et entraînées, à la vie religieuse intense. Aussi, ne recommandera-t-on jamais assez aux parents qui veulent former des chrétiens, de doter leur famille d'un ensemble d'institutions sagement conçues, qui, ayant enserré les enfants à leur entrée dans la vie, les retiendront toujours dans les voies de la vraie dévotion.

Ces coutumes, peu nombreuses, mais de toute première importance, auxquelles la famille devra rester scrupuleusement fidèle sont la prière du soir en commun, la prière avant et après les repas, l'assistance à la grand'messe paroissiale, le chapelet, et, s'il est possible, la lecture pieuse avec commentaires, au moins le dimanche.

On n'a pas idée de l'influence que ces pratiques ont sur les jeunes esprits. Un prêtre racontait avec une émotion qu'il avait de la peine à contenir, comment sa mère, restée veuve avec quatre garçons, réunissait la famille matin et soir aux pieds de Marie. On allumait, tant qu'il durait, le cierge bénit à la Chandeleur, et l'on récitait avant de se séparer une dizaine de chapelet... De tous ses souvenirs, celui-ci était le plus doux et le plus impressionnant : il auréolait sa mère, depuis longtemps disparue, d'un nimbe lumineux... Ce prêtre avouait qu'auprès de cette modeste image de Marie, il avait cennu les premières joies de la piété et contemplé l'aurore de son sacerdoce.

Il suffit de réfléchir un instant pour comprendre les raisons de cette majesté dont est revêtue la piété

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familiale aux regards de l'enfant. Pour lui, le père et la mère c'est tout... Il voit par leurs yeux, parle par leur bouche, pense par leur esprit. Le père a la science infuse, la mère la bonté incarnée. Aucune autorité au monde n'est comparable à celle dont Dieu a doué les parents sur l'enfant dans les premières années de son éveil intellectuel. Or, voici que ces deux êtres, s'agenouillent devant Celui qui les a créés, le prient humblement, recourent à Lui... Quelle leçon de choses pour le petit I Sa logique a Vite fait de reporter à Celui qui mérite de si profonds hommages, une estime sans mesure, une confiance illimitée.

A cette heure de tendresse et d'impressionnabilité, cette attitude du père et de la mère grave dans l'âme de l'enfant des traces profondes qui demeurent indélébiles, puisque dans la vieillesse, en vertu de la loi psychologique de « régression de la mémoire », ce sont les souvenirs de jeunesse qui surnagent au naufrage de tous les autres

De ces considérations rapides, il est facile de tirer la conclusion qu'elles comportent du point de vue sacerdotal : c'est dans cette atmosphère chaude de la famille vraiment chrétienne, que l'Eglise aura toujours le plus de chance de trouver des prêtres. C'est là que les aptitudes se développeront le mieux et que l'attrait vers les fonctions sacerdotales aura le plus de motifs de se révéler ; c'est là que la grâce de Dieu trouvera le plus de facilité pour parler au cœur et le solliciter doucement.

Si tant de «familles, pourtant catholique.^1 ont fourni si peu de vocations, la raison en est probablement dans le tort qu'ont eu les parents de décla-

rer que la piéié serait pratiquée à la maison d'après le principe : « Chacun pour soi, Dieu pour tous ». Dans ces intérieurs où chaque âme, isolée des auties, ressemblait à uns petite lumière brillant en son coin, les enfants n'ont jamais joui des splendeurs de la grande vie chrétienne.

Par contre, on cite des foyers où la piété bien organisée a accompli d^extraordinaires moissons d'âmes pour le service de Dieu : telle cette admirable famille, dont le faire-part, envoyé pour annoncer la mort de la mère, était d'une singulière éloquence. Le nom des huit enfants qui s'alignaient à la suite, par rang d'âge, était le nom de sept religieux et religieuses presque tous missionnaires, et de leur dernière sœur, restée dans le monde, par ordre de son directeur, auprès de ses vieux parents pour les assister.

La piété ainsi comprise, si puissante qu'elle soit pour éveiller dans les jeunes âmes de saints désirs de vocation, ne suffit pas à elle seule pour conférer à la famille l'influence qu'elle doit exercer sur ses membres. Il faut que non seulement les actes pieux, mais aussi tout le reste de la vie quotidienne au foyer soit en accord logique avec les principes chrétiens. Ce serait un grand malheur si, entre les heures religieuses et les heures laborieuses ou mondaines, il y avait des « cloisons étanches » ; si la pensée de Dieu, présente au moment de la prière, a s'absentait » des conversations, des relations ou des lectures.

Certains parents semblent ne pas se douler qu'à

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table, par exemple, ils détruisent parfois en quelques mots, l'édifice qu'ils ont tant travaillé à construire dans les âmes de leurs enfants. Réunis aux repas, le père et la mère ont le désir de se communiquer les nouvelles. Les unes sont indifférentes, les autres amusantes, d'autres scandaleuses... Malheureusement trop de gens cèdent à la tentation d'insister sur ces dernières. Une infirmière profondément chrétienne, qui, par sa situation même, pénétrait dans l'intimité de beaucoup de familles, mangeant à leur table, partageant leur vie, racontait qu'on ne pouvait se figurer quels propos elle avait parfois entendu tenir devant les enfants, par des personnes pourtant ostensiblement chrétiennes. Habituée par état à tout voir et à tout savoir, elle rougissait de honte, alors que les parents continuaient le plus naturellement du monde leur inopportun bavardage, n'usant même pas, par respect pour les jeunes oreilles, de mots couverts, car ils s'imaginaient peut-être que les petits ne s'apercevaient de rien ! Mais l'infirmière observait les figures des auditeurs novices : les yeux largetment ouverts, l'attention éveillée, les enfants, s'ils ne saisissaient pas le sens des mots, discernaient du moins qu'il y avait là,-dessous quelque chose à comprendre, un mystère à scruter, des questions à poser, sur lesquelles leur imagination allait désormais follement travailler.

Dans ces tendres cerveaux, ainsi portés à l'ébullition, règne-t-il un calme suffisant pour que la piété puisse se développer, et l'appel divin, le cas échéant, s'y faire entendre ? Voilà que tout à coup, sans cause apparente, la ferveur diminue, l'orienta-

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tion des idées se modifie... Le directeur, qui fondait sur cet enfant de sérieux espoirs, étonné et déroufcé, recherche les causes de ce changement. Bien des fois son enquête l'amène à cette conclusion indubitable : « L'esprit mondain qui préside aux conversations familiales doit être accusé de cette baisse de l'esprit susnaturel ».

Si les parents doivent surveiller à l'extrême les paroles qu'ils prononcent devant leurs enfants, il leur faut monter la garde avec non moins de vigilance autour des propos des autres. Les « relations » sont des occasions terribles de scandale pour les petits. Perpétuels sont les manquements du monde à la charité, à la décence, à toutes les douces vertus qui doivent former un cœur qui vit danK l'attente de son avenir. Quand la mère amène son fils en visite pour le produire dans la société — on le trouve si gentil partout ! — se tient-elle aux aguets, afin d'empêcher la conversation de s'aventurer dans les avenues défendues ? Le voulût-elle, ne serait-elle pas impuissante à l'obtenir ? Qui donc a jamais assigné une limite aux libertés de la critique ?... Or, justement ce jour-là l'aimable dame, que l'on vient voir, exerce sa verve sur Monsieur le Curé qui, par son intransigeance, son étroitesse, prétendelle, perd la religion... Puis, méchamment, la calomnie s'égare sur les prêtres en général, auxquels on ne ménage pas les plus injustes sévérités, « parce que n'étant pas de ce monde, le monde les hait » (1). L'enfant enregistre ces inventions ; son esprit est troublé, son estime du sacerdoce dimi-

(1) Joann. XV. 19.

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nnée. L'heure des jugements personnels n'ayant pas encore sonné pour lui, le pauvre petit s'en tient aux appréciations de cette perverse accusatrice, qu'il ne soupçonne pas capable de mensonge ou d'erreur... Un jour viendra où l'on se demandera anxieusement comment il se fait que ce cœur, jadis si bien disposé, ait pu se fermer au point de rendre impossible, non seulement toute tentative d'appel divin, mais même l'amour de la piété.

« Malheur au monde à cause de ses scandales !» (1). Ces « dames » mériteraient, qu'à la place de leur collier de perles, on leur passât la corde à laquelle est attachée la meule... et qu'on les jetât au fond de la mer... parce qu'elles ont scandalisé « un de ces petits qui croient en Moi », dit Notre-Seigneur- Jésus-Christ (2).

il n'est pas certain que Dieu ne fera pas subir pire encore aux parents, trop nombreux aujourd'hui, qui exposent les petites âmes à la perte de leur candeur, en les livrant au péril des lectures.

Aujourd'hui la littérature mauvaise s'infiltre, comme la poussière dans les maisons, par tous les joints. Le roman, le journal politique, le journal amusant, l'hebdomadaire pour enfants, introduisent au foyer des éléments de déchristianisation. Sans scrupule, le père rentre chaque soir avec sa feuille neutre, ou même parfois antireligieuse, qui n'est peut-être « pas dans ses idées », mais qui est « renseignée » 1 On défend aux petits de la lire, mais elle traîne partout... Quant aux romans à la mode,

(1) Matt. XVIII. 7.

(2) Matt. XVIII. 6.

ils ont toujours sur la table du salon leur dernier représentant, enveloppé dans une jolie couverture de cuir repoussé, que les enfants ont ordre de ne pas toucher, sous peine des châtiments les plus sévères... Cette politique de mollesse est tout à fait dans la note actuelle : des menaces toujours, des « garanties », jamais. Le seul moyen efficace pour le père d'éviter à ses enfants le dommage irréparable des mauvaises lectures, est de les supprimer, en se les refusant tout d'abord à lui-même.

A leur place, il introduira chez lui des bons livre-., des journaux chrétiens. Il n'abonnera ses enfants qu'à des hebdomadaires catholiques. On en connaît la liste (1*. Les parents travailleront ainsi à développer à leur foyer des convictions solides, l'esprit chrétien éclairé. Chez l'enfant l'époque de la croissance corporelle et de la croissance spirituelle coïncident. Le souci de procurer des aliments substantiels ne doit pas se borner au seul pain du boulanger : il est légitime que les parents désirent rendre leur fils robuste. Mais que, loin de lui anémier l'âme, tandis qu'ils nourrissent si copieusement le corps, ils la rendent capable de remplir les devoirs de la vie chrétienne, même la plus élevée, si Dieu daignait un jour l'y appeler.

(1) Cf. Revue des Lectures, rue Saint-Pierre, Lille, dirigée par l'abbé Bethléem ; cf. aussi, Que Lire ? Paris, 37, rue Saiut-Placide (VIe), dirigée par M. l'abbé Cbarles. On ne saurait trop recommander ces guides sûrs à tous ceux qui ontt a diriger les lectures et à les surveiller.

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