LES SERMONS DE RETRAITE
ndantt sève d*e doctrine, qu'un prédicateur doit être prodigue pendant une retraite de première communion. Mais quoique très apostoliquement
i sacerdotal » le prédicateur ne sera jamais trop délicat, discret et prudent. Il aurait grand tort d'avoir l'air de faire de la « réclame » ; il serait déplacé s'il convoquait officiellement les enfants au sacerdoce, s'il leur déclarait, solennellement et avec audace, qu'il lit dans les yeux ceux qui sont choisis... Cet appareil extérieur est inutile et nuisible : il aurait pour résultat de susciter dans les enfants la suspicion et de créer chez eux un esprit d'opposition, qui fermerait l'accès des âmes aux doux appels de Dieu. La grâce est assez puissante pour pénétrer les cœurs, sans qu'elle ait besoin d'être aidée de ces concours maladroits. L'exposé de la vérité suffit. Pourvu qu'elle ait été prêchée d'une façon adaptée au jeune auditoire, c'est-à-dire au moyen de la vie des Saints, sous la forme d'une doctrine sacerdotale en action, cette vérité saura bien s'accrocher à la mémoire de l'enfant, et de là, si le terrain s'y prête, pousser des racines plus loin.
Pour que cette semence germe, laissons faire Dieu. Le laboureur n'est jamais pressé ni inquiet. Au soir des semailles, il dort aussi tranquille qu'au soir de la moisson. Tel doit être le calme du prêtre dévoré du zèle sacerdotal. Sauf de rares exceptions, ce ne sera pas à la clôture de la retraite que les « futurs prêtres » viendront lui dire qu'ils veulent entrer au séminaire. Pour- une graine hâtive, combien sont lentes à sortir leur tige de terre ! Il faut des délais nu travail intérieur. Les âmes ont leur saison. Il n'est pas à désirer que la végétation y devance les
époques qui la favorisent : les coups de froid, souvent funestes, feraient vite perdre le temps gagné. Au soir de la première communion solennelle, le bon curé, le zélé vicaire, heureux du recueillement qui a régné pendant la touchante cérémonie, confieront cette future moisson d'âmes aux cœurs de Jésus et de Marie, et s'endormiront bercés des plus prometteuses espérances, qui ne seront pas déçues.
Ce doux abandon à la Providence ne devra pas empêcher la vigilance... La surveillance du champ auquel est confiée la semence demande à l'agriculteur un souci perpétuel. De même, le prêtre prodiguera ses soins aux âmes d'enfants, par une direction intelligente et persévérante.
Ne pas perdre de vue l'état intérieur de ces petites consciences doit être la grande préoccupation du clergé paroissial. Il y parviendra en imposant aux enfants qui fréquentent les catéchismes la confession au moins mensuelle, et même, ce qui serait souverainement désirable celle de quinzaine.
C'est en effet au saint tribunal de la Pénitence que le prêtre se rend compte de l'état des cœurs, de leurs progrès ou de leurs défaillances ; il sait les efforts accomplis, les pratiques de piété fidèlement observées. C'est là que, dans le but d'encourager à la communion fréquente, il prononce des paroles de feu pour faire aimer la messe et, avec la messe, l'homme privilégié qui la célèbre, l'eucharistie et, avec l'eucharistie, le ministre qui la distribue.
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s cette fonction de la direction, le rôle du prêtre, très pénétrant à cause de ron ïnli >
scr;i pas moins discret. L'horreur du surchauffage fait partie des convictions du confesseur. La vérité est en soi tellement séduisante qu'elle n'a besoin que d'elle-même pour accomplir des conquêtes, et donner à toutes les paroles du directeur la mesure qui convient, et en même temps l'éloquence qui persuade.
Pour obtenir sur les âmes les résultats qu'elle doit y produire, la direction exige beaucoup de soins et d'attention. La séance au saint tribunal n'aura pas consisté seulement en une accusation rapide, suivie d'un avis récité dans les mêmes termes à chaque pénitent, mais elle aura été l'occasion d'une « conversation intime ». Pour scruter ces jeunes âmes, souvent très fermées parce qu'elles ne savent pas « comment dire », ou parce qu'elles sont portées à la dissimulation, le prêtre n'a qu'un moyen : essayer de les faire s'ouvrir en les mettant en confiance, c'est-à-dire en s'intéressant à tous les menus détails qui les préoccupent. Tâche difficile, qui demande du zèle et beaucoup d'abnégation, car rien n'est moins facile que de tenir avec un enfant une conversation sur des sujets de piété. L'entretien tombe vite faute d'aliiments : la petite intelligence est encore si novice sur ces sujets et surtout la langue est si peu déliée quand il s'agit d'user d'expressions qui ne servent pas à designer de: objets concrets !
Mais que le directeur ne se décourage pas !... qu'il fasse, aussi longtemps qu'il le faudra, interprétant l"s r.entiiiients et les pensées, les demandes
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et les réponses, se contentant d'un oui ou d'un non, timidement émis, ou même simplement d'un signe. Sa patience méritera dans les succès obtenus une très grande récompense.
Il se passe, en effet, sous ces dehors si peu communicatifs, un travail de « fermentation » spirituelle. Dans la cuve remplie du jus de la vendange, la liqueur est trouble au début... mais qu'on attende avec tranquillité, bientôt elle sera claire, chaude, généreuse. Ainsi en est-il dans les âmes. Quel malheur si le directeur pouvait se reprocher de n'avoir pas aidé par sa persévérance affectueuse à cette merveilleuse transformation. Quelle joie, par contre, le jour où il lui est donné de la contempler ! Tel, par exemple, ce bon curé qui dirigeait de tout son cœur un jeune paroissien, bien pieux, mais jusque là fermé, du moins en apparence, à tout idéal. Un jour l'enfant attendait son tour "de confession, préparant son examen de conscience. Soudain une question se présente à son esprit : « Si je me faisais prêtre ?... Pourquoi pas ?... » Un élan intérieur le presse de répondre par l'affirmative. Le pénitent entre au confessionnal, et là, découvre au bon curé, plus ravi qu'étonné, ce qui se passe en lui. Ce petit enfant est aujourd'hui missionnaire.
Cette sage direction donnée au saint tribunal courrait le risque de rester pour beaucoup dans le domaine de l'abstrait et de l'impraticable, si elle n'était rendue palpable au moyen de multiples « leçons de choses ■>, que l'enfant ne pourra trouver