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que dans la fréquentation du prêtre. Les rapports de confiance sont faciles à établir entre la jeunesse et le clergé paroissial, qu'elle approche avec son élan primesautier. Les enfants pieux et bien disposés manifestent leur joie de voir leur prêtre, en accourant vers lui dès qu'ils aperçoivent un pan de sa soutane. Sauf dans les pays dont l'esprit chrétien s'est perdu par suite de mauvaises influences laïques, ces coeurs naïfs et simples ne témoignent aiucune hésitation dans leur sympathie pour les représentants de Dieu. Ces âmes pures n'ont pas Changé : elles se portent vers le ministre de Jésus- Christ avec la même ardeur que les fils des Juifs se précipitaient vers Jésus lui-même, qui leur souriait et disait : « Laissez venir à moi ces petits enfants » (1), en grondant ses apôtres d'avoir essayé de les repousser.
Cette attitude du Maître dicte au prêtre la conduite qu'il doit tenir actuellement. Le « laissez venir à moi les petits enfants » doit être pour lui la formule de sa pratique quotidienne. Pour la réaliser complètement, il ne lui suffira pas de se laisser approcher dans les rues, d'adresser la parole aux petits quand il visite leurs parents. Il devra encore leur donner un accès facile à son presbytère.
On aime à s'imaginer que, dans une paroisse, l'habitation du curé est comme la maison du Bon Dieu. On ne se la figure pas close et rébarbative ; les enfants, plus encore que les grandes personnes, seraient étonnés de ne pas y être affectueuseiment accueillis. On a remarqué avec raison que les pas- Ci) Marc. X. 14.
leurs les plus habiles à découvrir des vocations, étaient ceux qui ouvraient le plus cordialement leur presbytère à la bande jeune et joyeuse qui venait s'ébattre autour de la paisible demeure, comme des oisillons voletant autour du nid. Les enfants trouvaient là au moment de leurs récréations, le dimanche entre les offices, l'après-midi du jeudi, l'asile précieux où ils s'amusaient autant qu'ils le désiraient, sans danger de perversion
Chose curieuse, ce sont toujours les meilleurs enfants qui cherchent à s'approcher du prêtre, soi qu'ils y viennent de leur propre inspiration, soit qu'ils cèdent à l'entraînement des autres. Ceux donf la famille est douteuse, ou dont l'esprit est mauvais s'éliminent d'eux-mêmes de cette société qui « automatiquement » pour ainsi dire se « choisit ». Le clergé, préoccupé de trouver de « futurs prêtres », assiste' donc, au sein du presbytère lui-même, à une sélection, qu'il peut d'ailleurs habilement favoriser, et qui lui amène dans son intimité cette élite même qu'au catéchisme il a distinguée comme capable de donner à l'Eglise des espérances sacerdotales.
Le prêtre aurait le plus grand tort de négliger ces petits familiers qui vont et viennent autour de lui ; il les attirera de son mieux, s'ingéniera pour leur être agréable, conversera avec eux le plus souvent possible et, de temps en temps, quand les occupations le lui permettent et que la saison y invite, il leur proposera une partie de plaisir qui sera une jolie promenade, dans les bois ou sur le bord de la rivière voisine...
C'est dans ces circonstances que les enfants bissent plus facilement marcher leur langue. Ils inter-
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ot avec leur habituelle avidité et leur curiosité se porte tout naturellement sur les détails de la vie du prêtre. Par exemple, ils aperçoivent son bré- ; ils veulent le voir, admirer les images qui nt à en marquer les pages, être renseignés sur la manière de le dire... De là, ie jeu des . dations d'idées les entraîne à demander ù leur bon curé des explications sur le séminaire, les études qu'on y fait, le temps qu'on y passe : tout intrigue ces petits curieux. Il est vrai que ces entretiens seront coupés de mille réflexions et de badinages, mais les idées lancées restent fixées dans les mémoires. Un spectateur superficiel, assistant à ces dialogues, quelque peu échevelés, serait tenté de penser « que le bon .Monsieur le Curé perd son temps ». Perte précieuse, qui tournera, il faut l'espérer, en richesses sacerdotales.
Parmi ces enfants qui entourent le clergé paroissial, il y en a qui témoignent d'une plus grande piété, et qui apparaîtraient comme plus particulière-ment aptes à recevoir la grâce de la vocation ; ceux-là sont tout désignés pour tenir à l'église la charge d'enfants de chœur.
Si dans quelques pays désolés, le pauvre curé ne trouve personne non seulement pour assister à la messe, mais même pour la lui répondre, dans beaucoup de paroisses encore l'honneur de servir à l'autel et de chanter au lutrin est grandement apprécié. D'ailleurs rien ne répond mieux aux goûts des pieux enfants que de participer aux cérémonies liturgiques. Revêtus de la soutane et d'une
élégante cotta, ils aiment à exécuter, sous les yeux de la foule attentive et recueillie, les rites imposants des offices, ou à chanter les délicieuses mélodies que l'Eglise consacre à la louange de Dieu.
Le clergé doit donc profiter de la haute estime dans laquelle la communauté chrétienne tient ces saints emplois, pour en faire une récompense au mérite. Le curé choisira avec soin les enfants les plus dignes d'accompagner le ministre de Dieu dans ses sublimes fonctions. Mais ce serait un tort de ne considérer que « l'honneur » dans le rôle d'enfant de chœur, il faut surtout y voir un puissant moyen pour faire connaître et aimer le sacerdoce.
En effet, le prêtre chargé de dresser au service divin les jeunes choristes tient en main l'occasion la plus favorable qui soit pour leur faire goûter les douceurs de la piété et admirer les grandeurs de la dignité sacerdotale. La liturgie est, comme on sait, la représentation, aussi fidèle que possible, en des cérémonies extérieures, des mystères insondables qui s'opèrent à l'autel. Les chants sacrés qui rehaussent de leur éclat ces fonctions saintes sont la vivante expression des sentiments qui doivent remplir les âmes et les unir à leur Chef et Pontife, Notre-Seigneur-Jésus-Christ.
On voit dès lors quel parti un prêtre zélé peut tirer de la participation intime et assidue que les enfants de chœur prennent à la liturgie. Loin de se borner à expliquer devant ces élèves novices les détails matériels de leur emploi ou la simple technique des neumes, il s'étudiera surtout à leur révéler le sens et l'esprit de chacun des actes qu'ils
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ont à accomplir, et de chacun des textes qu'ils ont a chanter.
Pour parvenir à cette perfection de sentiments et d'exécution des rites et des chants, il faut évidemment organiser l'enseignement liturgique. Le prêtre essayera ' d'abord de grouper ses enfants de chœur en une petite « corporation » qui a ses fonctions, et aussi ses privilèges, et doit, en échange, donner partout l'exemple de la piété. Il est facile, dès lors qu'elle est recrutée et constituée, de susciter dans cette société choisie une noble émulation pour le bien : c'est à qui sera le plus exact dans l'accomplissement de ces nobles fonctions, le plus empressé au service de l'autel. Pour souligner ses exhortations l'intelligent directeur ne manquera pas de procurer à ses enfants des lectures concernant leur « devoir d'état » en les abonnant, par exemple, au « Sanctuaire » (1), cette jolie publication qui leur est justement destinée, et dans laquelle ils trouveront mille détails intéressant à la fois leurs emplois dans les cérémonies et leur art de petits chanteurs ; ou à d'autres revues dont le but est de populariser la « piété liturgique », parmi lesquelles on citerait avantageusement d'excellentes publications bénédictines (2). Stimulé ainsi de tous côtés, le groupe aura une vitalité ardente et agissante. Ce sera véritablement une élite.
L'obtention d'un pareil résultat demande évidem-
<1) Paris, Bonne Presse, 5, rue Bayard (VIII*).
(2) Par exemple le Bulletin Paroissial Liturgique, de L'Abbaye Saint-André, Lophem-lès-Bruges (Belgique), qui possède un supplément spécial pour les Enfants de Chosur.
ment des efforts persévérants. Mais dans cette matière la peine est tellement récompensée ! Le prêtre qui a fait aimer à d'enfant les fonctions subalternes, n'est pas loin de lui avoir insufflé le désir d'exercer un jour les rôles supérieurs. La liturgie est une porte largement ouverte sur le sacerdoce : pourquoi ne pas inviter amoureusement les âmes à y passer ?
On aurait tort de partager certains craintes, et de se laisser arrêter dans ce zèle pour la formation liturgique de l'enfance par la peur qu'elle rende inutile par sa légèreté toutes les peines qu'on prendrait pour la façonner. La preuve que cette initiation est possible, c'est qu'elle existe. Le prêtre qui vient de célébrer la messe dans certaines paroisses où le clergé s'est appliqué à cette oeuvre a la consolante surprise d'entendre une voix argentine lui répondre en un latin nettement articulé, et accentué sur la bonne syllabe. Le clerc n'omet aucun geste, aucun salut et évolue pénétré de respect et de dignité. Cette attitude ne peui qu'être l'expression de sentiments et de convictions profondes, dont l'expérience quotidienne révèle la merveilleuse influence. Un prêtre devenu maître de chapelle d'une paroisse de grande ville, montrait avec fierté à ses confrères la photographie de la maîtrise qu'il avait formée dans l'humble paroisse de campagne, où il avait exercé auparavant le saint ministère. Parmi ces figures lutines d'enfants de chœur, drapés dans leur soutane rouge, il désignait tout un choix d'élus qui, ayant revêtu la robe noire, poursuivaient leurs études au séminaire.
LA i.i rTE CONTRE ï/l IENT NEUTRE Hl
Pour que ces invitations à penser au sacerdoce puissent être entendues dé l'enfant, il ne faut pas que leur douce voix soit couverte par le cliquetis des armes qu'un maître d'école laïque brandit contre l'autel et contre Dieu... Malheureusement dans trop de localité;, la guerre contre Dieu et son Eglise se déclare aujourd'hui sournoisement entre les murs de la classe, sans que personne n'ait la permission de livrer contre l'erreur dans ce cénacle fermé le combat pour la vérité.
Que de prêtres ardemment zélés ont souffert de cette impuissance ! Sentir perpétuellement qu'un pouvoir insaisissable vient contrebalancer des efforts persévérants, constater que les âmes échappent à Dieu, c'est un supplice cruel pour un cœur sacerdotal.
Que faire dans de telles circonstances ? Surtout ne pas se décourager ; redoubler de zèl» et devant un adversaire aussi fuyant agir avec toute l'activité possible pour maintenir les enfants sous l'influence de la grâce. Dans cette lutte quotidienne contre les idées « laïques », il y aura des vainqueurs et des vaincus. Certains enfants d'une vigueur morale ordinaire, qui, dans un rniheu favorable, se seraient senti la force de suivre sans hésitation l'appel de Dieu, manqueront, dans cette atmosphère malsaine, de la résistance suffisante pour ne pas succomber. Par contre, certains caractères, solidement trempés, trouveront dans l'opposition à leurs tendan- L à leurs goûts un motif perpétuel de les renforcer. On voit quelques vocations, — et c'est la gloire du prêtre qui a su les protéger — se développer malgré la perversion des pensées et la corruption des mœurs, comme le lys sur le fumier.
82 LES INFLUENCES PALOISSIALES
Heureusement la lutte entreprise par le maître laïque contre les sentiments de l'enfance ne revêt pas partout cet acharnement. Beaucoup de professeurs de l'enseignement public, les uns par pure correction, les autres par respect pour l'Eglise, dont ils entendent rester les fils soumis, se retranchent, autant qu'ils le peuvent, derrière la neutralité que leur impose la loi, pour ne jamais attaquer Dieu ou les dogmes révélés. Mais malgré leur bonne intention il leur est défendu de parler de sujets religieux. Ils sont obligés de se taire sur Dieu et l'Eglise et de les traiter en inconnus.
Ici la tâche du prêtre est plus facile, quoique rude encore. Malgré tout, l'autorité du maître, qui ignore officiellement Dieu, et celle du prêtre, qui le prêche à tout instant, vont se trouver en perpétuel conflit dans l'esprit de l'enfant. Incapable de pénétrer les motifs secrets de cette illogique neutralité, le jeune élève ne s'expliquera pas pourquoi si le prêtre avait totalement raison, le maître garderait un aussi profond silence sur les vérités religieuses. De là, dans cette petite âme naîtra, inconsciemment peut-être, mais réellement, non pas un doute, mais un soupçon, qui suffira souvent à créer un état psychologique incompatible avec la vocation.
C'est pourquoi, du point de vue « recrutement sacerdotal », comme de tant d'autres, il est impossible d'admettre que nos écoles de France ne soient pas rendues à des maîtres catholiques. Dieu a ses droits. L'Eglise qui le représente, aussi. Ces droits de Dieu et de l'Eglise sont, de par leur nature même, doués d'une prérogative d' « intangibilité »