INFLUENCE DU COLLÈGE SUB LES VOCATIONS
L'expérience corrobore cette affirmation. Certains collèges, dont le nom est sur toutes les lèvres dans les contrées qui ont le bonheur de les posséder, fournissent au pays d'admirables pères de famille qui occupent les situations les plus influentes, et envoient au séminaiare, chaque année, de nombreuses recrues. Un prêtre vénérable, appartenant à une société religieuse qui s'est presque exclusivement vouée au ministère de l'éducation, racontait que, dans un collège tenu par les membres de sa congrégation, presque la moitié des jeunes gens sortant de philosophie se dirigeaient joyeusement ie grand séminaire ou Les noviciats. Mais la loi néfaste de séparation était venue. Il avait fallu partir. Un personnel de fortune avait remplacé les éducateurs expérimentés que l'Etat chassait. De ce jour, la piété avait diminué dans la maison, l'esprit mondain s'était infiltré et, conséquence logique, la source des vocations s'était tarie.
On saisit par ces exemples l'importance du collège par rapport au développement des vocations sacerdotales ou religieuses. Les parents respectueux de l'avenir de leur enfant, les prêtres inquiets de l'état actuel du recrutement ecclésiastique en France, liront avec intérêt les quelques remarques, qui vont suivre, sur la façon de favoriser dans nos institutions chrétiennes les choix divins. Puissent avec la grâce de Dieu, ces pages aider dans leur œuvre admirable ceux pour qui elles ont été écrites !
Dés la rentrée des classes, le premier souci du Petit-Sétminaire ou du Collège, doit être de jeter
son petit monde dans la piété. Aucune oeuvre solide, intellectuelle ou morale, ne s'accomplira sans ce fondement indispensable à toute « édification ». Saint Paul l'a dit : « La piété est utile à tout, car elle a les promesses de la vie présente et de la vie éternelle » (1). La piété, bien comprise et généreusement pratiquée, assure le bon esprit dans la maison, stimule les ardeurs à la tâche, est la gardienne de la vertu au milieu de l'agglomération des jeunes gens. Si les motifs surnaturels sont éclipsés à leurs yeux par l'obsédante pensée du « baccalauréat », prometteur de situations, le travail et surtout 'la moralité, ne tarderont pas à décliner avec rapidité.
A notre époque utilitariste on ne perçoit malheureusement pas toujours assez nettement cette importance de la piété dans la vie du collège chrétien. La dévise de tous, supérieur, professeurs, élèves, doit être : « Piété d'abord » et « tout le reste, — vertu, succès, renommée — sera donné à la maison par surcroît » (2). X'aura-t-elle pas, en effet, cherché avant toutes choses à établir chez elle l'e « Règne de Dieu » ?
Le moyen qui se présente dès le début de l'année pour lancer la jeunesse dans la piéié, c'est la retraite.
Ces « jours de salut » (3) doivent être spécialement préparés. D'abord la personne du prédicateur est loin d'être indifférente à l'auditoire, qui accueillera avidement ses paroles ou les subira...
<1) Tim, IV. 8.
<2) Luc. XII 31.
(3) II Cor. VI, 2.
LA m TH - D'ANNÉE 97
L'effet ne sera pas le même dans les deux cas. Il est important de s'assurer le concours d'un prêtre expérimenté, connaissant l'âme de l'enfant et de
l'adolescent, car, de tous les ministères, le plus délicat et le plus diftieile est celui de la direction des jeunes gens à l'âge où s'éveille en eux la virilité. La suite de ce volume donnera des preuves irréfutables de cette affirmation.
Mais surtout que ce sage et persuasif orateur soit un « homme de Dieu », convaincu de la grandeur de l'œuvre qu'il doit accomplir. On serait peut-être tenté, en abordant un auditoire de collège, de penser négligemment : « Ce ne sont que des enfants ! » Si le laboureur se disait : « Ce ne sont que des graines ! » Le malheureux ne songe donc pas que d'elles dépend la récolte ? De même, de cet auditoire de jeunes, dépend la moisson chrétienne, surtout la cueillette sacerdotale !
C'est pourquoi la retraite sera organisée en vue d'une initiation à la piété réelle et fondamentale, qui consiste à aller à la Très-Sainte Trinité par la et l'Eucharistie. Si, après avoir bien préparé la contrition et obtenu une excellente confession, le prédicateur parvient à faire saisir à ces âmes délicates le rôle dans leur vie de Jésus-Hostie, s'offrant sur l'autel à son Père, et se donnant à nous par la communion, il aura accompli une œuvre d'une incalculable portée.
Pour faire pénétrer ces convictions, les grandes considérations sont superflues. Comme il a été dit ci-dessus, à propos de la retraite de première communion, le meilleur moyen de mettre en honneur la doctrine eucharistique, c'est d'en soutenir les
raisons théologiques en convoquant les saints à lui rendre témoignage. « Le chemin par les exettnples est court ». Cette enthousiaste jeunesse se sentira entraînée à suivre dans leur piété ces illustres personnages. Qui sait même si elle ne se sentira pas attirée vers les prêtres dont on lui propose l'imitation, jusqu'à vouloir partager avec eux les honneurs du sacerdoce ?
En tous cas, pour éveiller les saints désirs qui, durant ces jours bénis, ont tendance à se former, il est tout à fait à souhaiter qu'une instruction au moins soit consacrée au grand sujet qui préoccupe toute âme d'adolescent, celui de l'avenir. « Que ferai-je ? Ce que Dieu veut. Mais que Dieu veut-il de moi ?... » Dans un petit-séminaire rempli de jeunes élus, la réponse est facile : elle est donnée par un éloge ému, toujours inférieur à la réalité, de la dignité sacerdotale. Mais dans un collège de jeunes gens du monde, il faut aider l'auditoire à répondre à cette angoissante question. Surtout, que le discours n'ait pas l'air d'un plaidoyer. Les oreilles des enfants sont chatouilleuses ; celles des parents plus encore : elles ont horreur de la pression. Aussi Je prédicateur présentera-t-il impartialement les avantages et les difficultés des deux conditions qui s'offrent au sortir du collège : rester dans le monde ou se diriger vers l'Eglise. Le monde conduit aux brillantes carrières, mais au milieu de quels périls ! Il procure les joies du foyer, mais qui ne sont douces et sanctifiantes que dans la mesure où l'on en accepte chrétiennement les changes et les responsabilités. De son côté, l'Eglise offre les mérites de la vie religieuse, mais au prix de quel renoncement ! Elle propose les grandeurs du