LA COMMUNION FRÉQUENTE
sacerdoce, mais en chargeant les épaules qui le portent des plus graves obligations et des plus pressants devoirs.
Ainsi seront décrites dans leur vérité, les deux routes qui mènent vers l'éternité. jL'eft'et d'un tel exposé n'est pas douteux : parmi ces âmes neuves et généreuses, quelques-unes estimeront la valeur de leur choix futur non au poids des avantages matériels, mais à celui des sacrifices pour le service de Dieu. Les autres, qui auront préféré le monde, seiont du moins avertis de l'existence du sacerdoce et de son excellence ; elles n'auront pas à faire plus tard à leurs anciens maîtres le reproche que formulait, un jour, un homme parvenu à une très honorable situation. Un de ses vieux professeurs lui disait : « J'aurais cru, jadis, quand vous étiez enfant, que vous vous seriez fait prêtre ?» — « En effet, monsieur l'abbé, j'aurais peutêtre volontiers choisi le sacerdoce, mais qui m'en a jamais parlé ? »
La retraite, c'est la porte d'entrée dans le dotmaine de la piété... Mais quand on a le bonheur d'y avoir été introduit, il faut s'efforcer d'y rester. C'est pourquoi le collège tout entier, aussitôt les saints exercices achevés, cherchera à persévérer dans sa vie surnaturelle. La première mesure qu'il prendra dans ce but sera de mettre en grand honneur la pratique de la communion fréquente.
Si l'accès quotidien à la sainte Eucharistie est l'unique ressource pour façonner dans les enfants des âmes vraiment chrétiennes, à plus forte raison,
est-il le puissant moyen de conserver parmi la jeunesse les vocations sacerdotales et religieuses ou d'en susciter. Celte vérité est trop évidente pour qu'on essaie de la démontrer. D'ailleurs les faits parlent d'eux-mêmes : les maisons d'éducation où la communion est fréquemment et pieusement reçue, fournissent de nombreuses recrues au service de Dieu ; celles où, la piété tombant en langueur, la plupart des élèves ne s'approchent de la sainte table qu'une fois ou deux par mois, ou même moins, n'envoient que bien rarement au séminaire quelques vocations exceptionnelles.
C'est pourquoi les prêtres qui s'occupent de jeunes gens dans nos collèges catholiques étant non seulement soucieux de former une élhte sociale, mais surtout de travailler au recrutement sacerdotal, ressentent l'impérieux besoin de s'attacher à donner à leurs enfants le goût de la Sainte Eucharistie. Par tous les moyens mis par la Providence à leur disposition, ils essaient d'accoutumer leurs élèves à prendre chaque matin le chemin de la Messe et de la table sainte. A l'instant, où, sortant d'une retraite de début d'année, les âmes sont toutes chaudes d'amour pour Jésus-Hostie, les directeurs de conscience dans l'intimité, les professeurs dans leur classe, les supérieurs au cours de leur lecture spirituelle suggéreront les résolutions réalisatrices, qui assureront la pratique fréquente de la communion. Durant les mois scolaires, ces mêmes maîtres veilleront à ne pas modérer leur zèle, car toute baisse dans l'impulsion serait marquée peutêtre par une diminution correspondante de l'élan reçu.
Mais le tout n'est pas de prêcher, il faut encore
ii.Mil: l'accès A LA TABLB SAINTE 101
donner aux enfants l'accès facile à la table sainte. Dans v.n Petit-Séminaire il semble bien qu'aucun élève ne soit entraxe dans ses désirs de communier : chaque malin lie règlement conduit ces « futurs prêtres » à la messe, à laquelle ils s'unissent jusqu'à la participation à la sainte Victime. Et pointant, malgré ces apparences de liberté, deux obstacles peuvent surgir : l'amour du travail et le ect humain. Le travail, parce que le désir d'apprendre les leçons ou de préparer une composition pressent de « gagner » — et pourtant quelle perle ! — le quart d'heure d'actions de grâces. Le respect humain, agissant en sens contraire, pousse à !a table sainte, parce que tous les autres y vont, un enfant qui, par suite d'une faiblesse cachée, devrait ce matin-là rester à son banc.
11 s'agit, pour ceux qui ont dans ces Petits-Séminaires La charge des âmes, d'établir un esprit juste et éclairé sur ces deux points, en amenant les enfants, d'une part, à considérer comme suréminent le devoir d'accès au Christ, le travail ne passant qu'au second rang, et en les habituant, d'autre part, à ne jamais remarquer que ce matin-là le voisin ne quitte pas sa place. Peu d'efforts suffisent généralement à donner cette bonne éducation.
Dans les 'pensionnats fréquentés par les jeunes du monde, quelquefois le respect humain travaille aussi, mais alors dans un sens opposé. Loin de pousser à la communion, il en détourne. « Communiez;, mon enfant, chaque malin ». L'enfant tremblant répond : « Mon père, les autres vont se moquer de moi ! » Quels ravages accomplissent ces quolibets ! Certains prêtres se s. mi plaints plus
d'une fois de l'étrange difficulté que cette mentalité créait dans leur maison. La cause de ce mauvais esprit est tantôt quelque « forte tète », qui mène l'opposition, tantôt l'influence mondaine de certaines familles qui infiltrent leurs idées dans l'inconsciente cervelle de leurs enfants. Dans ces cas, gémir serait insuffisant, il faut agir, en éliminant les semeurs d'idées fausses, car les malheureux jeunes gens qui détournent leurs camarades du Bon Maître font une œuvre détestable : ils forcent à la médiocrité religieuse des enfants qui auraient été des valeurs chrétiennes et peut-être même parfois des prêtres.
Dans les externats, la pratique de la communion se butte à un autre genre de difficultés. La fréquentation de l'Eucharistie exige un lever et une sortie matinale qui constituent surtout à la longue de rudes sacrifices. Cette situation désavantageuse des externes a été assez étudiée ailleurs (1) pour qu'il soit superflu d'y revenir ici. Qu'il suffise de dire que les moyens de combattre l'apathie sont multiples : outre l'éveil des convictions chez les enfants, l'appel au bon sens chrétien des parents, on peut prendre dans la maison même des mesures dont l'efficacité a fait ses preuves. Par exemple, on veille à ce qu'une messe soit célébrée avec exactitude peu de temps avant l'ouverture des classes. Les élèves arrivant une demi-heure plus tôt, ont le temps de coiiiimunier, puis d'assister au Saint-Sacrifice en s'y unissant à Notre-Seigneur par leurs sentiments d'actions de grâces. Une fois leur piété satisfaite, il
(1) Futurs Epoux, page 5S tt suiv.
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leur reste encore quelques minutes pour aller prendre un petit déjeuner que la maison leur donne aux meilleures conditions. Ainsi l'avance du lever aura tic réduite au minimum, une sainte émulation aura été créée entre les meilleures élèves, qui tiendront à ne pas manquer le pieux rendez-vous : la liberié, aidée par ces conditions favorables, aura le « moindre effort m à p/oduire pour assister au divin banquet, source de toutes les énergies.
te habitude de la coriinunion pourrait dégénérer en routine si le goût de l'eucharistie n'était sans cesse réveillé par les saveurs liturgiques. L'Eglise a entouré le Saint-Sacrifice de rites merveilleux et d'un sens profond, justement pour nous aider à apprécier davantage et à comprendre, autant que possible, les mystères du Calvaire renouvelés sur l'Autel. Pour avoir négligé d'introduire, par le moyen de la sainte liturgie, les enfants dans la connaissance des grandeurs de l'Eucharistie, certains maîtres imprudents verraient leurs efforts d'apostolat rester impuissants, l'ardeur à la sainte communion décroître par degrés dans leur maison, et les vocations espérées s'envoler en funnée... Si l'on veut que les élèves aient l'idée tournée vers acerdoce et se sentent attirés vers lui, qu'on le leur montre dans son rôle le plus sublime et en même temps le plus séduisant, c'est-à-dire dans la célébration des fonctions sacrées.
On se gardera donc au collège d'erreurs qui sont heureusement de l'histoire ancienne : on citait cer-
taines maisons qui faisaient assister leurs élèves à trois grand'messes par an ! Les écoliers sortaient imbus de cette idée qu'une « bonne » messe doit être courte ; aussi maugréaient-ils fort quand, pendant les vacances, il leur fallait « subir » la messe chantée de leur bon curé de campagne. Ces enfants, fermés pour toujours probablement au chant et à la piété officielles de l'Eglise, étaient, par là même, détournés de la vision du sacerdoce, dont le principal ministère leur apparaissait si déplaisant !
On ne saurait trop protester contre un tel esprit. La Messe, avec ses chants, ses rites admirables, ses lectures scripturaires si nourrissantes pour la piété, les textes vénérables de ses prières, la merveille simple et grandiose de son canon, doit être l'aliment perpétuel de la dévotion, le gramd centre d'attraction vers le sacerdoce. (La préoccupation constante des maîtres et des parents chrétiens, qui veulent assurer l'avenir éternel et temporel des jeunes gens, doit être de créer chez eux un attachement profond à la Messe. Quand on sait que, par Notre-Seigneur, nous procurons à Dieu d'une façon parfaite les adorations, les remerciements, les satisfactions qui lui sont dues, tout en lui adressant par le même Jésus-Christ nos légitimes demandes, comment ne comprendrait-on pas que la Messe est le premier bien que nous possédions, notre seule vraie richesse, l'unique joie de notre existence ? Heureux les parents qui ont su faire comprendre la valeur de la Messe à leurs enfants, et bénis mille fois les maîtres qui inculquent à leurs élèves l'estime et l'amour du Saint-Sacrifice ! Des maisons où est donné un tel enseignement sortent de vrais chrétiens et 'beaucoup d'excellents prêtres.