LA FORMATION LITURGIQUE
Doux éléments concourent à relever la Sainte Messe aux veux de l'écolier : la majesté des cérémonies et la splendeur des chants. Si dans une paroisse un bon curé peut manquer d'organiste, de chanteurs, de cérémoniaire, dans un collège on possède tous ces éléments à souhait. On serait inexcusable de ne pas les utiliser.
Les enfants les plux pieux, ceux surtout chez lesquels les maîtres soupçonneraient quelque germe de vocation, sont choisis pour servir à l'autel. Avec quelle joie ils acceptent ! Mais dès qu'ils sont désignés, ils doivent comprendre la gravité du rôle qu'ils vont remplir. Rien n'est plus facile que de le leur faire saisir : le prêtre chargé des cérémonies a en effet les enfants sous la main, aussi longtemps, aussi souvent qu'il est nécessaire : quelles leçons pratiques de liturgie sacrée, et combien attachantes, leur donne un maître vraiment pénétré de son sujet ! Et aussi quelle instruction et quelle édification pour la maison tout entière, quand elle verra les rites sacrés s'exécuter à l'autel avec une piété profonde et une perfection toujours grandissantes !
Le chant sera l'objet de soins non moins particuliers. Maintenant qu'on a enfin dit adieu aux orchestrations tonitruantes et de mauvais goût, pour les remplacer, selon les désirs de l'Eglise, par les plus purs chefs-d'œuvre grégoriens ou palestiniens, la mélodie sacrée est réellement devenue une louange de Dieu, pleine d'onction et de puissance. Les petits chanteurs auront à comprendre qu'ils ont la charge de prie'- et de faire prier. Le prêtre, maître de chapelle, qui, lui aussi, a des écoliers autant qu'il veut sous la main, ne manque pas de
moyens pour faire pénétrer dans leurs âmes cette éducation liturgique. Mais ce n'est pas aux seuls enfants qui composent le chœur que se bornera son zèle. Il s'étendra à toute la communauté, qui prendra tout entière part au chant, au moins pour certaines parties de l'office, comme le Gloria, le Credo, les psaumes et les hymnes. Ainsi chaque maison organisera chez elle ce grand et glorieux service de la prière officielle de l'Eglise, offerte à Dieu d'un cœur et d'un élan commun.
Le résultat de ces efforts ne se fera pas attendre. Les professeurs ravis constateront bientôt un accroissement de piété, un amour plus grand des saints mystères, un intérêt de plus en plus manifeste pour tout ce qui touche au culte et à la gloire de Dieu. De là à voir se fortifier les vocations existantes ou en éclore de nouvelles, il n'y a pas loin. L'amour des cérémonies liturgiques et la compréhension des merveilles cachées, qu'elles traduisent à nos yeux, sont les prémices d'un raisonnement dont la conclusion naturelle, pour ceux à qui Dieu donne la grâce de le pousser jusqu'au bout, est la résolution de devenir un acteur plus rapproché du Christ dans ce grand drame chaque jour renouvelé au Sacrifice infini.
Cette éducation liturgique et théologique serait probablement insuffisante si elle se bornait aux explications que donnent à leurs auditeurs le maître de chapelle. D'abord, leurs enseignements sont forcément sommaires, la pratique dominant malgré tout, de leur point de vue, l'idée et la théorie.