LES CONFÉRENCES SPIRITUELLES
Ensuite les groupes auxquels ils s'adressent sont restreints : surtout dans les collèges nombreux, les chanteurs et les choristes sont une minorité. Il faut pourtant que tous les écoliers reçoivent ce « pain spirituel » dont vivra leur âme et dont s'alimenteront les futures vocations. Ce sera au Supérieur de le leur donner dans ses Conférences Spirituelle*. On ne se rendra jamais assez compte de l'influence qu'exercent dans une maison d'éducation ces entretiens simples et familiers que le « Père » adresse à ses enfants. Ces causeries sont le moyen de faire passer dans leur âme, san-> recherche d'éloquence, mais avec cet abandon et cette intimité qui trouvent vite le chemin des cœurs, les grandes convictions directrices de toute vie chrétienne. Ils permettent en outre de redresser publiquement les torts sans froisser les susceptibilités privées, d'expliquer aux écoliers les mesuies d'ordre et de discipline prises dans leur intérêt, de lopper les vrais motifs de piété et d'amour de Dieu qui doivent inspirer le travail scolaire, d'ouvrir sur l'avenir des horizons dont la vue suscite de saints enthousiasmes... en un mot, la « Conférence spirituelle » est la source du bon esprit, de la surnaturalisation de l'existence collégienne ; c'est la retraite se continuant, et prolongeant ses précieux effets sur toutes les journées de l'année.
On comprend, après ces courtes considérations, qu'un Supérieur tienne à consacrer ses soins et le plus précieux de son temps à la préparation de ses « Conférences spirituelles ». C'est son grand moyen d'aï; >stolat, surtout d'apostolat « sacerdotal ». Le Supérieur du Petit Séminaire se servira de ces
entretiens quotidiens avec ses jeunes élu", pour façonner en eux l'âme du prêtre, avec ses grandes convictions. Les enfants qui se destinent à l'état ecclésiastique recevront goutte à goutte les vérités dent ils auront à vivre. Ils apprendront à devenir des « hommes de Dieu », consacrés et sacrifiés à sa gloire.
Dans les collèges composés de jeunes gens du monde, le Supérieur n'aura pas un moins beau rôle à remplir. Il sait que de «tous ces enfants confiés à sa sollicitude, il doit s'efforcer de faire de solides chrétiens, armés contre le mal, ardents de zèle, et décidés à exercer une action sociale intense et féconde. Tous ses « colloques » seront dès lors inspirés de ces idées fondamentales. Mais il n'ignore pas, qu'en atteignant son but, il allumera dans certains cœurs plus généreux le désir de servir Dieu d'une façon aussi complète que possible. Aussi il se gardera bien de taire l'existence de la vocation sublime qui s'offre aux âmes d'élite pour assouvir leurs ambitions de sacrifice.
Ces discours intimes et pleins d'affectueux épanchements, devront, aussi bien dans les Petits-Séminaires que dans les Collèges, être proportionnés aux âges différents. On ne parle pas aux grands dans le même style qu'aux petits : les besoins varient et les intelligence? aussi. Il est donc nécessaire de partager les élèves en plusieurs groupes pour leur adresser les avis spirituels. Les petits, les moyens et les grands recevraient ainsi la doctrine, les conseils, les encouragements pour l'avenir, qui conviennent à leur âge et à leurs dispositions du moment. De cette façon leurs auditeurs seront ame-
l'apostolat en classe 109
nés à s'élever par des degrés insensibles à la contemplation de l'idéal de vertu qu'ils sont appelés à réaliser ici-bas.
Cette douce influence de la « Conférence spirituelle » se continuera par les avis que le professeur ne manquera pas de donner en classe. Tandis que trop de maîtres laïques se servent de la chaire de leur école pour déchristianiser les esprits, pourquoi le prêtre-professeur n'uscrail-il pas de la sienne pour faire aimer le bon Dieu ?
Tout enseignement bien compris comporte une partie d'instruction chrétienne. C'est là une vérité que le prêtre, zélé pour le règne de Dieu, comprend du premier coup. En effet, pour être acquise, chaque science, quelle qu'elle soit, demande à l'enfant un travail. Le professeur trouve déjà, en sollicitant les efforts, le moyen de suggérer des motifs surnaturels d'action à son auditoire attentif. Le travail demande à être garanti par l'ordre et la discipline : nouvel exposé de raisons supérieures pour les obtenir. On voit que les préambules de l'enseignement prêtent déjà au professeur ample thème à parler de piété, d'avenir chrétien, d'idéal à réaliser...
Mais l'objet raêrae de la classe fournit des occasions fréquentes à des rappels religieux. L'histoire, la littérature, l'étude des langues, et du latin surtout, prêtent à toutes sortes d'intéressantes allusions : le sens d'un mot permet de fixer un point de doctrine, un événement précise la nature, la constitution de l'Eglise, son rôle dans le monde. La
physique, la chimie, l'histoire naturelle suscitent des cris d'admiration pour l'Auteur de toutes les merveilles ! Le professeur apôtre ne négligera aucune des circonstances favorables que lui fournit son sujet.
Toutefois il ne se bornera pas à ces remarques. Il profitera des fêtes liturgiques pour rappeler ses enfants à la piété ; un événement actuel de l'univers catholique l'amènera à parler du Pape, des Evêques, du sacerdoce ; à propos d'un deuil survenu dans la famille d'un élève, il dira un mot du ciel et des fins dernières. Evidesnment tous ces entretiens seront traités très brièvement, sans recherche, mais chaudement, et inspirés par l'amour de Dieu et l'affection des âmes. Ainsi sera évitée l'impression, toujours pénible pour les élèves, que le professeur « s'égare en digressions » : ses pieuses insistances paraîtront, en effet, partie intégrante du programme, tellement elles sortiront de sa trame.
On ne peut calculer les résultats obtenus par cette méthode apostolique : la vérité religieuse fuse par tous les joints de l'enseignement aux yeux idJes enfants. Us sont éblouis à chaque instant de nouveaux éclairs. Peu ai peu leur intelligence s'illumine, et ils en arrivent à cette conclusion, qui devient inhérente à leur esprit, « qu'au fond d'ellemême toute science porte quelque chose de la clarté de Dieu ».
Cette prédication prend un caractère plus pressant dans la classe d'Instruction religieuse, à