LA CONGRÉGATION
d'eux-mêmes ce <v silence majestueux >>, au milieu duquel retentit la voix de Dieu. Plus d'une vocation a son origine dans ces mûres réflexions du jeune homme jeté, à l'heure décisive de sa vie, au pied de la Vérité. Un brave enfant qui jadis avait paru marquer de l'attrait vers le sacerdoce semblait, à son i n philosophie, avoir tourné le dos au
, aaire. Les premiers mois passèrent pieusement is. (Le professeur remarquait à la gravité du visage qu'un travail intime s'accomplissait. Un deuil survenu dans la fattnille vint-ii hâter les conclusions ? Le jeune homme, conquis par la grâce,
tait dans les bras de Dieu pour se consacrer à son service.
Ce travail de « maturation » intérieure, qui s'accomplit au cours des années scolaires pieusement dirigées, et surtout pendant la classe die philosophie, peut être puissamment aidé dans le collège chrétien par l'influence du groupement f d'élite appelle la Congrégation.
On ne se fait pas toujours une idée suffisante des résultats que l'on obtient dans une maison d'éduca- Lienne par la constitution d'un faisceau de bonnes volontés résolues à soutenir la cause du travail, de la discipline et de la piété. Ce sont les minorités qui mènent l'opinion. Une poignée d'hommes décidés font la loi aux masses flottantes, « tails et corvéables à merci ». Si donc, au centre même de l'établissement, on possède un organisme qui pense et qui veut, tous les membres de l'agglomération enfantine agiront suivantes impulsions.
Certains éducateurs, maîtres en leur art, qui ont bien pris garde de ne pas négliger ce puissant moyen de gouvernement des âmes, se sont toujours félicités de l'avoir employé. Par iui règne un bon esprit, qui est non seulement le soutien de la vertu, mais aussi l'inspirateur des vocations.
Pour que la Congrégation produise ses effets, il faut qu'elle soit d'abord parfaitement recrutée, ensuite surnaturellement dirigée. L'échec de beaucoup de directeurs est leur bonté. Ils ouvrent trop large la porte du sanctuaire réservé. Leur zèle voudrait atteindre le plus d'enfants possibles... Mais il ne se rend pas compte que c'est par l'intermédiaire d'une élite parfaitement sélectionnée qu'il touchera le grand nombre. On sera donc sévère sur les admissions. Il y aura peu de monde au début, six ou huit peut-être en tout dans la Congrégation, de quoi trouver les dignitaires... Qu'importe ?... Les élèves chuchoteront entre eux dans la maison qu'il faut être « quelqu'un » pour être reçu... Et du coup, k's enfants les plus généreux, stimulés d'ailleurs par leurs professeurs, se courberont à l'ouvrage pour réaliser les conditions d'entrée. L'année suivante ils seront davantage, mais sans dépasser jamais le maximum prévu, qui doit toujours être le minimum possible par rapport au nombre d'élèves. Si l'Académie française avait six cents membres au lieu de quarante, elle perdrait son éclat : de même il faut que l'accès â la Congrégation reste envié et demeure l'objet d'efforts constants et de pressantes sollicitations.
La porte, étroite pour entrer, sera au contraire toute large pour sortir. Le directeur ne peut tolérer
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dans son groupe aucun manquement qui dénoie de la mauvaise volonté. Ainsi sera créé un état d'esprit qui amènera chaque congre ganiste, à se sentir obligé île tenir son rang. De cette façon la Congrégation ne sera pas cette réunion banale d'enfants « qui ne valent guère mieux que les autres », et dont l'existence ou la non-existence n'a aucune influence sur les destinées de la maison d'éducation ; mais au contraire elle jouera un rôie important dans la vie chrétienne du Collège ou du Petit- Séminaire, parce qu'elle sera Le foyer die l'exemple et du non esprit.
Toutefois, elle ne remplira cette mission qu'à la condition d'être conduite avec une sagesse vraiment surnaturelle. Le directeur a en mains un choix d'enfants ; il faut qu'il s'attache à perfectionner leurs âmes, 'et à obtenir d'elles un rendement en vertu qui dépasse de beaucoup la moj-enne. Les réunions, très régulièrement tenues, seront partagées entre la prière et les conseils de piété : que de choses peut dire dans un cercle intime un prêtre profondément zélé ! Le petit auditoire, qui boit avidement ses paroles et se tient prêt à les mettre en pratique n'invite-t-il pas à distribuer la fine fleur de la doctrine ? Comment le directeur ne se sentirait-il pas porté à encourager ces excellents enfants à la pratique du sacrifice ? Hésitera-t-il à les entretenir d'apostolat ? à leur faire contempler la grandeur de la carrière sacerdotale ? à leur faire admirer le renoncement religieux ? On a trop peur, la plupart du temps, du moins dans les Collèges, d'aborder ces- sujets, concernant l'orientation de la vie, devant ces auditeurs d'élite qui attendent pourtant avec avidité des lumières sur leur avenir. La
timidité de certains prêtres leur ferme malheureusement la bouche sur la question du sacerdoce. Interprétant logiquement cet étrange silence, les enfants, qui ont toute confiance dans leur directeur de Congrégation, pensent que, si on n'appelle pas leur attention sur la vocation ecclésiastique, c'est qu'il n'est pas nécessaire d'y songer. Faute d'avoir été avertie, l'insouciante jeunesse passe à côté de ce qui aurait fait le bonheur et la gloire de son âge mûr, de sa vieillesse et surtout de son éternité.
Au contraire, si les congréganistes sont imbus d'un profond respect du prêtre et de sa haute mission, non contents de profiter pour eux seuls de ces convictions justes et bienfaisantes, ils les répandront parmi les camarades. Dans un Petit-Séminaire, une Congrégation parfaitement formé* à la vraie piété, peut entraîner derrière elle vers la perfection la masse entière des élèves du sanctuaire, et insuffler à quelques âmes trop banales un peu plus d'idiéal et d'amour du sacrifice. Dans un Collège de jeunes gens du monde, la Congrégation peut être un foyer de vocations, non pas que tous ses membres soient destinés au service de Dieu, mais l'esprit qu'ils répandent et qui est fait d'estime et d'affection du prêtre, d'admiration pour son caractère, d'émulation pour imiter ses vertus, est de nature à éveiller dans beaucoup d'élèves un attrait vers le sacerdoce.
Cette influence sacerdotale, répandue dans le collège par tous les moyens qui viennent d'être exposés au cours du présent chapitre, aura son