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RATION DES PARENTS L

si- feraient attribuer la gratuité au Séminaire, alors

qu'ils trouvent moyen de payer à un autre de leur fils des études très onéreuses en vue d'un diplôme d'ingénieur ou de médecin ? Quelle n'est pas parfois la surprise du Supérieur et des directeurs du Grand-Séminaire quand ils aperçoivent, le matin de la première messe, entre les mains d'un jeune prêtre élevé aux frais du diocèse, un splendide calice que sa famille a tenu à lui offrir !

Cette attitude indélicate, certains parents semblent parfois la trouver naturelle. N'est-ce pas à eux, pensent-ils, qu'on doit des remerciements pour avoir permis à leur fils de rester au Séminaire ?... Quant aux bienfaits reçus ces braves gens n'ont même pas la pensée d'en être reconnaissants, tellement la charité qui supprime l'effort paraît due.

Voilà les résultats surprenants auxquels amènerait une imprudente bonté. Pour empêcher qu'ils se produisent les bienfaiteurs devront perpétuellement veiller à faire « acheter » leurs dons, afin que le prix versé pour les obtenir force à en apprécier la valeur. C'est pourquoi on exigera une coopération matérielle effective à l'oeuvre de la formation sacerdotale. En payant, selon leurs moyens, les parents comprendront deux vérités : la première, que les sacrifices des âmes charitables qui les aident ont au moins autant de mérite que les leurs ; la seconde, que c'est une grande chose de donner un prêtre, puisque sa préparation impose des efforts si pénibles et si prolongés. Ainsi leur esprit étant mieux éclairé, les parents concevront une estime particulière de leur séminariste ; du même coup, ils manifesteront un immense intérêt pour sa per-

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sévérance et pour ses progrès, ils seront fiers de l'avoir procuré à l'Eglise, et reconnaissants à cette même Eglise d'avoir daigné l'admettre clans les rangs de sa milice sacrée.

On voit, par ce qui vient d'être dit, que les obstacles rencontrés sur le chemin du sanctuaire par les Séminaristes de famille pauvre sont relativement peu redoutables. Les difficultés matérielles peuvent toujours être surmontées par des moyens matériels suffisants. Il n'en est pas de même des obstacles que l'enfant de famille riche trouve devant lui. Ici rien ne s'oppose financièrement à ses études : ni manque à gagner, ni misère au foyer, ni gêne pour payer la pension. Mais d'autres liens moins visibles et plus souples vont l'enlacer, souvent à son insu... si bien que le jour de la décision, s'il ne s'est pas défié d'eux, il lui faudra pour les rompre un immense effort, qu'il sera peut-être incapable de donner. Aussi est-il urgent di'avertir ces « futurs prêtres », choisis par Dieu dans les classes aisées et même opulentes, des périls que leur fait courir « l'ambiance sociale », afin qu'ils prennent les précautions qui s'imposent pour s'en préserver.

Le premier écueil que l'enfant riche trouve à la maison, c'est son propre bonheur.

Dès sa naissance il a été entouré de tout le confortable possible ; dès qu'il a pris ses ébots, on ne lui a refusé aucun jouet ; ses habits ont toujours été les plus élégants, sa nourriture excessivement soignée. Voulait-il de la distraction ? on invitait sur

l'kcukil nu BONHËÙfc HUMAIN

Je champ' de petits camarades aussi « gâtés » que lui, ou bien on le conduisait à son tour chez des amis. Cette éducation première, il faut l'avouer, n'est pas précisément de nature à former dans une âme l'esprit de sacrifiée. Qu'on n'accuse pas les parents : ils ont cru agir selon leur fortune et leur condition. Peut-on exiger d'eux qu'ils refusent à leur enfant des douceurs et des divertissements permis, que leur état social les oblige presque à donner ?

L'enfant grandit, il va en classe. S'il travaille et remporte des succès, ses triomphes seront récompensés par toutes sortes de plaisirs : la bicyclette, le cheval, les voyages, l'auto. S'il ne travaille pas, ces mêmes agréments lui seront accordiés, mais cette fois par manière d'encouragement. En un mot, ce fils, à cet âge sans soucis et sans peines intérieures, ne rencontre au-devant de lui que des jouissances : il est heureux.

Ce bonheur, il faut le dire bien haut, est le plus grand ennemi que puisse rencontrer dans l'âme une vocation naissante. Qu'on se rappelle la parabole du semeur : les richesses et les plaisirs sont 1' « étouffoir » des germes divins (1). Comment un jeune homme, plongé dans les amusements, absorbé par les multiples occupations que lui créent les « sports », joyeusement épanoui au milieu de la gaie compagnie des camarades, aurait-il le temps de penser au sacerdoce ?... et s'il en trouvait le temps, en aurait-il le goût ? L'idéal sacerdotal est juste à l'opposé de tout ce que cet adolescent a

(1) Luc, VIII, 5.

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appris à aimer... cet idéal esi fait d'humilité, de recueillement, de sacrifice, d'oubli de soi...

On conçoit aisément comment il se fait que, dans certains milieux aisés, on rencontre si peu fréquemment le désir de l'état ecclésiastique, chez des enfants qui, par ailleurs, paraissent en avoir toutes les aptitudes. Que de fois le prêtre trouve de ces jeunes gens, intelligents, ouverts, bien élevés, même chrétiennement élevés, qui seraient des recrues de valeur pour la milice sacerdotale, s'ils n'étaient complètement fermés à toute idée de sacrifice personnel et de générosité surnaturelle. C'est un immense chagrin pour certains directeurs qui, pendant des années, ont travaillé sur des fils de famille riche, de constater le faible pourcentage de vocations qu'ils fournissaient. Ces prêtres estimaient par là de quel prix Dieu fait payer aux gens fortunés les pauvres biens matériels dont il leur confie pour quelques années la jouissance.

Mais si trop de foyers opulents laissent l'enfant « se noyer » dans le bien-être, il y en a encore beaucoup, grâce à Dieu, qui lui apprennent à « surnager ». Ils y parviennent facilement du moment qu'ils ont mis à la base de l'éducation cette vertu indispensable à l'enfant riche : l'austérité.

La pratique de l'austérité a pour but d'éveiller chez l'enfant la notion du « sacrifice personnel » de l'arracher à l'égoïsme et à l'amour de soi, de le rendre apte à concevoir l'idée de dévouement, en attendant que peut-être naisse un' jour chez lui, celle de zèle et d'apostolat. La vigilance des parents ne manquera aucune occasion de susciter chez leur fils des actes positifs de cette vertu. Ils lui appren-

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se priver » à chaque instant pour les autres. Dans |les tendres années, il laissera son gâteau ou son dessert pour un malade... il portera économies à un pauvre... il négligera une partie de plaisir pour rendre service à une bonne œuvre ou assister à une réunion de piété... Ainsi commencera chez le petit à naître ce sentiment que son superflu n'est « presque pas » à lui, puisqu'à chaque instant il se sent obligé de le partager avec d'autres.

Cet exercice du sacrifice se développera avec 'es difficultés de Ja jeunesse. A ce moment les parents auront passé la main à une sage directeur dont ils seconderont les efforts, et qui organisera la lutte du jeune homme contre les défaillances possibles o cette époque critique. Si Je dirigé consent à s'astreindre à une discipline spirituelle sérieuse et suivie, alors il aura conquis son indépendance vis-àvis des jouissances qui emprisonnent tant d\âmes dans leurs inextricables liens. Ainsi l'austérité sarment pratiquée aura créé l'amour du sacrifice dans cette âme. Elle ne s'arrêtera peut-être pas en si beau chemin : l'ardeur au bien, comme l'ardeur au mal n est jamais satisfaite et demande des aliments nouveaux. Qui sait si un jour venant, à l'heure de la grâce, ce jeune homme, doué de tous les dons de 1 esprit et de la fortune, n'aura pas « des oreilles » pour entendre l'appel de Dieu ?

L esprit de sacrifice, seul, peut ouvrir les oreilles 't 1 intelligence aux invitations divines, pendant ces années, si remplies d'embûches, que parcourt l'en-

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fant riche aux approches de sa virilité. La tentation * du « bien-être », dont il vient d'être question, est pressante ; mais il en est une autre plus insinuante encore, parce qu'elle flatte à la fois l'orgueil et le désir de la fortune, c'est Vaitrait d'une brillante situation.

Combien de jeunes gens ont souffert de cette terrible lutte, qui se livrait en eux-mêmes, entre leurs désirs célestes et les ambitions terrestres ! Une circonstance, en soi insignifiante, allumait la guerre. Un frère aîné, par exemple, récemment entré à l'Ecole Polytechnique, revenait en vacances, tout fier de son brillant costume si chamarré d'or que, dans la rue, les soldats, se méprenant, Le saluaient comme officier. Grisé de son succès, le futur ingénieur parlait déjà des emplois qu'il espérait et des traitements fantastiques qu'il toucherait... Naturellement, dans l'esprit du « futur prêtre », s'établissait une comparaison : tandis que son frère nageant dans l'opulence, serait mêlé aux plus fructueuses affaires, il se voyait lui, petit vicaire de campagne, vêtu d'une pauvre soutane, conduisant la bande des « gosses » du patro, ou s'usant à faire entrer le catéchisme dans des cervelles d'enfants, en un mot, se donnant un mal inouï, et n'alignant, bon an mal an, qu'un maigre casuel, tout entier absorbé par les charités. Et soudain, dans son esprit surgissait la question, évidemment suggérée par le démon : « (Le Bon Dieu est-il en droit de me demander de tels sacrifices ? »

Comme par hasard, les parents renforçaient l'attaque. Contemplant côte à côte Faîne dont ils étaient si orgueilleux, et le second de leurs fils qui

l'attrait d'une brklante situation 157

ne leur paraissait pas pressé d'assez grandes ambitions, ils lui demandaient avec un sourire d'encouragement : « Tu ne serais pas heureux d'imiter ton frère ? » Ils ajoutaient aussitôt, pour clairement manifester leur bonne volonté : « Nous sommes prêts à faire pour toi les mêmes efforts ».

Si les 'parents ignorent totalement les désirs de leur enfant, on leur pardonne ce langage. S'ils sont instruits de ses tendances vers le sacerdoce, ils ont commis une grave imprudence. Ils risquent par ces suggestions d'affoler tellement 'l'imagination du jeune homme que la raison en perde son calme. Plus d'une fois on a vu, à la suite de faits de cette nature, de braves enfants, profondément troublés, venir trouver leur confesseur, qui commençait à fonder sur eux de sérieux espoirs, en s'écriant : « Mon Père, je n'ai plus la vocation ! »

Pour éviter cet ébranlement, souvent passager, il faut le prévenir. Le seul moyen réellement efficace d'assurer le triomphe au moment des comparaisons, qui se produiront inévitablement entre l'état sacerdotal et les autres carrières, c'est de créer, très longtemps à l'avance, dans les âmes des jeunes gens d'invincibles convictions sur l'excellence du sacerdoce et de la vie religieuse. On comprend dès lors l'urgente nécessité de l'apostolat « sacerdotal » que doit exercer sans défaillance le collège chrétien. Ce n'est pas par le silence « prudent et réservé », qui a été trop longtemps la seule tactique de certains éducateurs, qu'on parviendra à doter les esprits d'un savoir solide touchant la vocatif". [] faut parler aux élèves dès leur bas âge dcette grande dignité, à laquelle Dieu se réserve de

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convoquer peut-être un jour certains d'entre eux. Si, dans toutes les occasions propices, les supérieurs, les professeurs, les directeurs de congrégations, les confesseurs ont dit ce qu'il fallait sur ces graves sujets, l'enfant ne sera même pas effleuré par la tentation de préférer à l'or pur du sacerdoce les plus brillants galons d'officier. Il saura que celui qui moissonne des gerbes d'honneurs et de richesses terrestres, n'accumule que de la poussière, en comparaison de la récolte qu'amasse dans les greniers éternels, celui qui se consacre au service de Dieu.

Ces convictions sur la grandeur du sacerdoce rendront à l'enfant riche un autre service jnon moins précieux, en le soustrayant aux séductions de la mondanité.

Ses parents, possédant une importante situation sociale, ont de nombreuses relations. Ils sont fréquemment reçus, et obligés à leur tour de recevoir. Ces aimables échanges de visites, de thés, de dîners, de soirées, vont généralement en se multipliant chaque année, parce que, d'une part, le monde est un « engrenage » dont on se déprend difficilement, et que, d'autre part, les enfants grandissant, on commence à songer à les marier. Dès lors, on prodiguera les « futures épouses » et les « futurs époux » dans la société.

Que va devenir, au milieu de cet étourdissement, le « futur prêtre » ? Deux solutions interviendront : ou, échappant au courant mondain, il assurera sa tranquille persévérance, ou, se laissant happer par le torrent, il sera entraîné.

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