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CHAPITRE II

Quand les difiicuKés venant de 1' « ambiance sociale » sont résolues, la vocation est loin du succès définitif. Elle a encore à compter avec de redoutables adversaires. Le « futur prêtre », suivant en cela la loi commune, n'est pas exempt des périls que tout jeune homme rencontre au cours des belles années de son adolescence, et dont la description a fait l'objet de plusieurs chapitres des « Futurs Epoux » (1). Mais ces dangers extérieurs ou intérieurs se présentent la plupart du teanps à l'élève du sanctuaire sous des apparences trompeuses qui en dissimulent la gravité. La sagacité des maîtres spirituels, des éducateurs, des parents, doit s'exercer à discerner les occasions de chute, qui se cachent fréquemment sous des dehors dont on ne se défie pas. Comme il vaut mieux prévenir que guérir, les chapitres qui suivent ont pour but d'éveiller la vigilance des recruteurs du sacerdoce,

(1) 2e Partie, La Vie Libre, chap. I et IL

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et de les guider, autant qu'il est possible dans la défense des précieuses vocations dont Dieu leur a confié la garde.

Les éducateurs des « futurs prêtres » ont remarqué que l'idée sacerdotale, presque toujours très vive au début, subit une éclipse au bout d'un certain temps. On dirait un nuage qui passe sur le soleil. L'épaisseur et la durée de cette nuée sont éminemment variables. Elles dépendent de mille causes, nées au dedans même de l'inditidu ou venues du dehors, dont l'importance et l'influence sont proportionnées au tempérament et aux circonstances.

Très peu fixe est la date à laquelle se produisent ces ténèbres : elles régnent de préférence « aux alentours des quinze ans ». Il faut entendre par là une période qui peut aller de la douzième à la dixhuitième année, car on a vu des « crises » durer ce temps-là et plus. Ordinairement la pénombre comlnience vers treize ou quatorze ans et se poursuit jusqu'à ce que l'intérieur se soit rasséréné.

L'apaisement de l'âme vient quand le directeur, ayant mis le doigt sur les causes du trouble intime, est arrivé à les écarter, ou lorsque, mais plus rarement, la Providence, à défaut de secours humains, s'est chargée elle-même de remettre l'ordre dans la maison, par un concours de circonstances que l'on ne se lasse pas d'admirer.

Ceux qui s'occupent de vocations, doivent donc, aux environs de ces âges terribles, être sur leurs gardes et se tenir pour avertis. Ils éviteront ainsi

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de douloureux désappointements, le jour où des enfants, qui leur paraissaient de tous points faits pour le sacerdoce, viendront leur dire « qu'ils n'ont plus la vocation... qu'ils veulent quitter le collège ou le Petit-Séminaire., qu'ils se préparent désormais à la vie laïque ». Avant d'ajouter foi à ces déclarations et de croire la cause fle Dieu .perdue, le prêtre doit établir un « diagnostic » et instituer un traitement que des mesures sages et fermefc obligeront à suivre. Rarement les remèdes employés seront inutiles, pourvu que Je médecin spirituel n'ait manqué ni de coup d'œil ni d'énergie. Ainsi tournera court una « crise » qui, soignée trop tard ou avec faiblesse, se serait fatalement transformée d'accès aigu en maladie chronique et peut-être invétérée.

Les éducateurs des élèves du sanctuaire, appuyés sur ce principe : « Une vocation ne se perd pas, mais on la perd, Dieu ner changeant pas d'avis, mais nous », n'hésiteront donc pas, durant la période critique, presque inévitable, à chercher où est le siège du mal qui ronge, dians l'âme de l'enfant, son idée sacerdotale, pour s'efforcer, avec l'aide du Ciel, de le guérir.

Une première cause de ce dégoût intérieur pour la vocation, c'est le découragement.

L'enfant a commencé avec ardeur l'étude du latin. Les premières leçons, prises avec son dévoué vicaire ou son bon curé, lui paraissaient des heures délicieuses. Mais le pauvre petit n'avait pas prévu,

dans l'enthousiasme des débuts, ce qui la suite du savoir ecclésiastique aurait pour lui d'austère.

1! est entré au Petit-Séminaire ou au Collège, et le voilà interne. L'éloigncment de la famille, la contrainte imposée par la discipline, indispensable gardienne de l'ordre et de la vertu, deviennent vite pour ce cœur, si amoureux de son indépendance, des fardeaux pesants. Ne plus jouir des douces affections du foyer, ne plus goûter la bonne liberté de ses actes, mais, à la place, marcher en rangs, gardler un silence perpétuel en dehors des temps parcimonieusement mesurés des récréations, se coucher aussitôt souper sans avoir embrassé sa mère, se lever avant l'aurore, toutes ces exigences quotidiennes, faciles à porter pendant quelques semaines, finissent, à force de se répéter, par l'exaspérer. Pendant l'étude, dans son lit, le soir, il se prend à rêver... Les champs, le grand air, les vastes horizons de la terre natale,... ou bien, s'il est citadin, la vie animée de la ville, le fourmillement toujours varié des rues, les occupations distrayantes dans l'atelier ou le bureau paternels... en tous cas, les joies familiales, les caresses maternelles, la compagnie de ses frères et sœurs, qui n'ont pas fait eux, la « sottise » de se mettre en prison... autant d'images qui lui sourient, qui le tentent, en lui soufflant à l'oreille : « Sur le champ, nous redeviendrions pour toi des réalités, si tu renonçais à poursuivre ton idée ».

Ce n'est pas toujours dans les premiers mois

de Collège ou de Petit-Séminaire que ces « fantô-

envahissent l'esprit du « futur prêtre ». Pour

surgir ils attendent généralement le choc d'une circonstance. La souffrance intime, restée longtemps inconsciente, s'avive soudain sous l'effort d'une secousse violente qui fait percevoir subitement à l'enfant l'existence d'états d'àme, accumulés en lui à son insu. Un insuccès, par exemple, ou une punition frappent ce coup révélateur. Jusque là, le jeune travailleur avait réussi à tenir dans la classe un rang honorable ; sous le poids de la dépression interne, dont il ne se rend pas compte, le travail a faibli, et voilà que son nom figure dans les derniers rangs !... ou bien, si l'effort intellectuel n'a pas diminué, la vigilance morale s'est usée, et la jeunesse éclatant malgré la volonté, l'élève s'est laissé aller à quelque manquement, toujours grave au collège : bavardage, désordre en étude, voire même impolitesse envers le professeur. Aussitôt un châtiment sévère a réprimé l'audace intempestive du délinquant.

L'enfant n'y tient plus. Au milieu de ses larmes, cette vie lui parait insupportable : il songe à la quitter. D'ailleurs, en raisonnant, ne trouve-t-il pas de justes motifs pour appuyer sa décision ? S'il s'agissait d'un an ou deux de ce régime, il l'accepterait encore, mais ce sont douze ou treize années qu'il entrevoit d'ici le sacerdoce... longueur démesurée de la « geôle », qui absorbera la plus belle saison de son existence !... Encore, s'il se sentait capable de tirer de cette situation terrible des résultats en proportion des sacrifices consentis, mais ses insuccès et ses punitions sont là pour témoigner de son insuffisance. Ne lui a-t-on pas toujours dit que pour être prêtre, l'Eglise exige des « aptitudes » ? Or il est évident qu'il ne les a pas.

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