LA TENTATION DE RENONCER AU SACERDOCE
Profondément impressionné par ces raisonnements, que l'émotion lui présente comme l'expression même de la sagesse, l'enfant s: rend chez son
leur cl père spirituel lui déclarer qu'il renonce au service tic Dieu.
Le prêtre a, dans cette circonstance très péril-
pour la petite âme, à remplir un devoir d'immense bonté. L'affection est le seul baume >qui puisse fermer les plaies du cœur. Le directeur écoutera les doléances, patiemment, sans s'étonner, sur- Son accueil sera très « pater-
. 11 prendra au sérieux les raisons invoquées, n'en rejetant aucune à priori, n'en recevant aucune avec dédain. Il faut, à tout prix, que l'enfant ait la conviction d'abord d'être aimé et ensuite d'avoir été compris. Faute de ressentir cette double impression, certains se fixent à tout jamais dans leur déception, fermant du même coup l'accès de leur intclligeneee et de leur volonté aux conseils de la prudence que leur directeur ne manque pourtant pas de leur donner. Par contre, plus d'un prêtre avoue que, s'il a doublé le cap du découragement,
grâce à la bonté avec laquelle il a été reçu aux moments, répétés peut-être, de ses « crises ».
Cet effet magique de la « bonté » s'explique par des causes psychologiques bien connues. On s;iit d'abord que l'aveu complet et sincère d'une tentation est le meilleur moyen de la dissiper : verser sa peine dans le coeur d'un autre, c'est, du même coup, en partie s'en décharger. Ensuite l'affection sincère attire la réciprocité : si l'enfant se sent aimé, il aimera à son tour. Dès lors quelle arme contre ses idées noires cette sympathie donne à l'enfant : fuir
la vocation serait désoler ce prêtre si dévoué, mépriser sa sagesse, rester sourd à ses conseils. Jamais le pauvre petit ne consentirait à une pareille trahison. Mieux encore : pour faire plaisir à ce père si bon, que ne souffrirait-il pas ? Et voici, par le fait même, une énergie qui se dessine contre les déprimantes « imaginations ».
Que de jeunes élus du Seigneur ont été ainsi arrachés au péril terrible du découragement ! Qui atteint le cœur, touche le secret ressort de l'être humain. Heureux les directeurs qui ont su poser un doigt délicat sur ce moteur caché. Ils ont obtenu des merveilles.
Le désir de déserter le service de Dieu et de « reprendre la clef des champs », ne vient pas seulement du dégoût intime né de la monotonie des études ou de l'austérité de la discipline. Il résulte encore, et plus fréquemment peut-être qu'on ne le pense, d'une lassitude physique.
•Ce péril de la santé a fait échouer tellement de vocations, quelquefois les plus belles et les plus attachantes, qu'on ne saurait trop le signaler à côté des écueils moraux dans ce chapitre des « Difficultés Intérieures ».
L'enfant qui poursuit ses études et travaille avecardeur à sa croissance intellectuelle, ne se doute généralement pas qu'il accomplit en même temps une œuvre formidable de croissance corporelle. De douze à dix-huit ans, surtout dans les proches alentours d« la quinzième année, les membres s'allongent, le corps pousse comme une plante au prin-