LES EXERCICES PHYSIQUES AL
procurer aux enfants le grand air, les jeux sportifs. On essaye d'y développer les muscles et les poitrines, de façonner des corps robustes, habites par des âmes fortes.
Pour obtenir ce résultat, on s'ingénie à diriger l'activité physique des enfants avec ordre et discipline. Il ne s'agit plus vraiment de ces récréations où trop d'enfants, les bras ballants, attendent ennuyés que ces instants de supplice finissent. Les maîtres ont, dans beaucoup d'endroits, organisé les sports au Collège ; créé tennis et foot-ball ; institué les travaux manuels, jardinage, terrassements, construction... Evidemment cette mise en œuvre des énergies corporelles demande de la prudence, du savoir-faire, de la surveillance. Mais en cette matière la peine est fortement récompensée, parce qu'elle donne immédiatement des résultats tangibles. D'abord les adolescents éprouvent rapidement un immense bien-être. |Les enfants au visage de cire, les traînants, les langoureux se transforment en de solides gaillards au teint bronzé, aux muscles puissants, à l'estomac robuste. Les bienfaits moraux, qui ne tardent pas à se révéler, sont non moins consolants : l'occupation matérielle imposée pendant les récréations, ôte toute possibilité aux apartés, au mauvais esprit, aux critiques de l'autorité au cours de conversations entre deux ou trois dans les coins de la cour, au désœuvrement des élèves médiocres, souvent colporteurs du mal ; surtout la santé physique soutient la santé morale : les cerveaux bien oxygénés ont tendance aux images roses plutôt qu'aux noires, ils voient l'avenir avec optimisme, n'ont pas peiir de l'effort intellectuel, ni du
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sacrifice. Ils se sentent prêts à tous les dévouements pour la csuse de Dieu, capables des plus périlleux apostolats, même dans les pays où la prédication de l'Evangile risque, encore de nos jours, d'être couronnée du martyre.
Un développement physique normal est d'autant pins précieux à l'adolescent qu'il l'aidera à passer sans accident pour le corps ni pour l'Ame. Vâge terrible de la formation de In virilité.
Il faut avoir suivi les enfants depuis leurs douze ans rnsrm'à leur dix-huitième année pour pouvoir oomnrendre quelles difficultés les éducateurs, professeurs, surveillants et surtout confesseurs, trouvent amoncelées autour de ce problème angoissant de la direction des âmes vers l'âge de la puberté. Un prêtre expérimenté disait que, de tous les ministères, celui-là demande le plus de tact et de sagacité. Des débuts dans la chasteté juvénile dépend Généralement l'avenir des vocations : il faudrait donc an'à cette heure grave, l'enfant fût Conduit sûrpm.pnt. Mais, pour des raisons oui seront exam'iippi! nhis loin, le directeur se voit souvent placé dans une nuit à neu près eomnlète, dans laquelle il se trouve parfois désorienté et exposé à des maladresses qui peuvent avoir les pins funestes consérmenees : il n'est uas très rare de voir les plus halles psnéranres se transformer en des ruines ln>mpntables par suite de malheurs survenus à cette énnnue dans l'intimité d'âmes merveilleusement dnuèps nourtant en vue du sacerdoce. Quand il réfléchit à sa mission auprès de cette tendr» jeu-
l'éveil de la virilité 178
nesse, le prêtre se sent comme écrasé ; d'un élan bien naturel, il court se jeter dans les bras du Christ, qui aime tant les petits enfants, et, réconforté par cette pensée que « ce que Dieu garde est bien gardé », il entreprend son délicat ministère en s'appuyant sur la prière et la confiance en Dieu. Les lignes qui vont suivre essayeront de résumer quelques constatations fournies par l'expérience et de présenter quelques conclusions pratiques. Elles n'ont pas la prétention de trancher les questions d'une façon irréformable, ni de donner aux problèmes des solutions définitives. Elles auraient cependant atteint le résultat qu'elles visent, si elles nidaient les prêtres éducateurs à assurer la persévérance des recrues sacerdotales à cette époque où les sens, l'ilmagination et le démon se liguent pour livrer parfois des assauts terribles à la vertu naissante des « futurs prêtres ».
Les parents, le directeur, les professeurs ne doivent pas cesner de suivre avec la plus grande vigilance les enfants à partir de la douzième année. C'est à peu près l'âge où pour certains commence ce grand travail interne qui va changer l'enfant en homme. « La chrysalide sort du cocon ». Quoique moins apparente extérieurement, la métamorphose est de même envergure que celle du papillon.
Au fond, s'il ne s'agissait que d'une évolution physique, le danger ne serait pas bien grand. Il suffirait, comme il a été dômontré quelques pages plus haut, do fournir à l'enfant la nourriture appro-
priée, l'oxygène abondant, l'exercice suffisant : on parerait ainsi aux exigences du développement corporel. Mais il est question ici de tout autre chose : il faut assurer à l'âme une transformation parallèle à celle de l'organisme. L'esprit, l'intelligence, la volonté, ont à parcourir un chemin plus grand encore que les membres. Il faudra que les facultés supérieures arrivent au but en même temps, après avoir tenu leur maîtrise incontestée pendant tout le long voyage qui sépare 'l'enfance de la virilité. C'est à assurer cette domination de l'élément spirituel, que réside pour l'enfant et pour le directeur qui l'aide, l'énorme difficulté.
Cette difficulté ne serait pas bien redoutable si l'âme prenait son élan vers les idées de l'homme fait au même moment et aussi vite que le corps le sien vers les fonctions de la virilité. Mais, chose curieuse à constater, les facultés mentales accusent très généralement un retard marqué dans leur développement sur celui de l'organisme. Il en résulte une espèce de dissociation, de mésintelligence entre le corps et l'âme pendant ces années de transformation, et c'est de là que naît, à cet âge critique, le très grand péril qu'on appelle communément « la crise de la puberté ».
L'enfant manifeste ce déséquilibre par des signes extérieurs, qui n'échappent pas à des regards exercés. La première de ces marques est la curiosité. Devant cette jeune intelligence commence à se dresser un mystère. Quelque chose d'inattendu se fait jour par le moyen de certaines impressions sensibles, qui révèlent à l'enfant l'existence de forces insoupçonnées, dont il ne saisit pas la portée. Dès
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lors naît chez lui un terrible besoin de se renseigner sur les nouveautés inexpliquées, qui étonnent son imagination. Aussi ne manquera-t-il pas une occasion de questionner : le catéchisme, tout le premier, éveille son attention à propos du mystère des origines de Notre-Seigneur ; les classiques, de leur côté, tout expurgés qu'ils soient, ne peuvent éviter certaines allusions aux choses courantes de l'existence. Un élève, par exemple, interrogeait un jour son professeur à propos de ce vers, dans lequel Racine dit qu'Assuérus, répudiant Vasthi, « la chassa de son trône ainsi que de son lit ».
Les maîtres se garderont bien de répondre à ces demandes, ni en public, ni en particulier. On verra plus loin quelles règles de prudence doivent présider à l'initiation des enfants aux choses de la pureté. Ces interrogations intempestives ne manquent pas toutefois d'être embarrassantes, car s'il ne faut pas dire la vérité, ce serait folie de mentir : quel enfant de douze à quatorze ans croirait aux explications ridicules fournies par certaines mamans ? Pour ne pas tromper le jeune curieux, sans cependant évoquer chez lui d'inutiles soupçons, il reste comme ressource aux parents et aux éducateurs de faire dévier leurs explications sur des détails qui, avoisinant le mystère cherché, sont capables d'accaparer l'intérêt sans péril. Le maître est providentiellement aidé dans cet opportun travail de « déroutage » par la nature même des intelligences auxquelles il s'adresse. La mobilité de l'esprit enfantin permettra, en effet, d'esquiver la plupart des demandes : ces naïfs entendements se laissent entraîner avec la plus grande facilité dans
de « graves » à-côté. Ainsi, le professeur, interrogé sur le cas de Vasthi, dont il a été question plus haut, répondit en donnant sur les repas anciens, où l'on mangeait couché, des détails historiques qui laissèrent penser à l'enfant que la reine, chassée du lit d'honneur, avait été ainsi privée de la présidence du festin, ce qui marquait sa déchéance. Ces ruses innocentes suffiront non seulement à détourner l'attention du jeune auditeur, mais pendant longtemps elles arriveront même à le satisfaire, parce qu'à cet âge les exigences intellectuelles sunt encore des plus modestes ; la critique des pourquoi et des comment n'intrigue pas beaucoup l'enfant : il leur préfère des mots qui, en remuant ses sentiments et en colorant son imagination, comblent heureusement pour le moment son avidité de savoir. Plus tard, quand cet adolescent, ayant grandi, abordera les hautes classes et surtout la philosophie, alors il deviendra moins « simple » et réclamera de solides raisons : justement ce sera à cette même époque que sonnera l'heure de lui dévoiler la vérité avec les grands devoirs qu'elle comporte (1). En attendant, pendant les calmes années de l'enfance, que l'habileté des parents et des mailres s'étudie à endormir cette curiosité naissante, qui ne goûterait, à être satisfaite, que de terribles déceptions.
Mais le désir de savoir ne se tient pas pour battu. N'ayant pu parvenir, au moyen des questions qu'il a posées, à scruter les mystères dont il soupçonne l'existence, l'enfant va interroger des témoins muets. Pendant une étude le surveillant est tout-à-
(1) Cf. Futurs Epoux, la formation à la Pure lé, p. 25
i suiv.
la Curiosité malsau *■><
coujp surpris de la sagesse inaccoutumée d'un élève, soudain plus studieux que d'habitude. Le maître
découvre que celle ardeur au bravai! a pour i>ut acher, par une investigation patiente, au lexique trançais ou français-iatin quelque secrète explication sur des tenues mystérieux. Un ne contrôlera donc jamais avec trop Ue soin les livres, même classiques, que les eniams ont entre les mauis. ^ plus lorte raison les parents seront-us vigilants sur les ouvrages qu us ont u ia maison : iom voiume juridique, ineuicai, ou scientiuque, et, pius specialeinent encore, tout roman ie0ci uoa disparaîtra; les ciels ue ta bibliothèque serein placées hors d'atteinte : a ce prix-là seulement oa aura la sécurité. In a-L-on pas cite pius d'une fois ues lus ue médecins prématurément renseignes par ues traites de physiologie ou die pathologie, avec gravures à l'appui, que le père, sans arrière-pensée, laissait traîner sur son bureau après les a\oir consultes V
Ce que les livres, les proiesseurs, ou ies parents refusent de dire, les eamaïaues te revèieront-isa V Trop déniants, hélas ! ont trouve un aliment à leur avidité de savoir dans les terribles a-paites des conversations mauvaises. Plus encore que le livre, le camarade doit être surveillé. Ce péril terrible auquel est exposé la curiosité enfantine, est trop grave pour n'être signalé qu'en quelques lignes : il en sera parlé, ainsi que de celui des lectures, au chapitre suivant, à propos des Ennemis tizicsieurs.
Quand la maison est bien gardée, i'euiant, maigré sus recherches, ne trouve uueuu aliment dange*
reux. Mais le besoin, en restant inassouvi, crée un malaise intime qui se traduit par une vague souffrance dont les manifestations n'échapperont pas plus à la vigilance que celles de la curiosité.
Une espèce de tristesse envahit l'âme. Quelques charmants enfants, jusque-là d'une exubérante gaîté, s'assombrissent tout-à-coup. Us sont atteints de mélancolie !... A l'étude la plume reste dressée en l'air au lieu de courir fiévreusement, comme jadis, sur le papier ; les yeux dirigés au plafond errent dans le vague, l'esprit s'absorbe en rêveries. En récréation, les jeux ennuient cet adolescent qui, fuyant l'activité naguère passionnante, préfère traîner les mains dans les poches d'un coin à l'autre de la cour. On dirait que toutes ses ardeurs sont rongées par un ver intérieur qui les paralyse.
Il est urgent de ne pas laisser cette « sotte » maladie s'enraciner. Elle opérerait des ravages. Il faut que tout travaille à arracher ces rêveurs à leurs fantômes, et la besogne qui presse, et les examens qui talonnent, et les sports qui réclament une dépense d'énergie, et les longues promenades qui délassent l'esprit en fatiguant le corps. Quant à la vigilance des maîtres, elle doit redoubler auprès de ces élèves qui s'absentent, d'une façon perpétuelle ou périodique, de ce bas monde pour accomplir un voyage dans les nuées. Tant que l'ordre n'a pas été rétabli dans cette cervelle en mouvement, on peut redouter des incidents fâcheux, l'imagination étant une très mauvaise conseillère.
D'habitude les victimes de cette « tristesse » sont plutôt des élèves internes que des externes. Ceux qui retournent chaque soir à la maison trou-
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vent au foyer familial les chaudes affections, la paité, l'expansion, ies divertissements joyeux avec les frères et sœurs. Ils n'ont pas le tcimps ni le goût de se replier sur eux-mêmes : ils se laissent couler doucement, sans souci, au iil de l'existence. Pour peu qu'ils aient été préservés des amis ou des livres pervers, ils ont bien des chances de parvenir à la fin de leurs études, dans la simplicité même et la candeur du premier âge : ces heureux enfants seront les mieux armés pour recevoir et comprendre la révélation des dix-huit ans. Félicitons nos maisons catholiques de l'avantage qu'elles ont de former beaucoup de jeunes gens de ce (modèle.
Il ne manque pourtant pas d'internes qui jouissent de la même paix, et aboutissent aux mêmes consolants résultats. Mais ils sont par situation plus exposés que leurs camarades, à la « mélancolie ». Leur cœur sevré des joies bienfaisantes de la famille, supporte parfois avec peine son emprisonnement. On comprend que leur imagination, se débattant coimme un oiseau dans une cage, parvienne quelquefois à un certain degré d'excitabilité. Les éducateurs avertis veilleront à empêcher que cette « folle du logis », prête à tout dévorer, ne rencontre comme pâture, des représentations troublantes, qu'elle s'acharnerait à ruminer sans cesse. C'est l'art de ceux qui président aux destinées des collèges chrétiens d'assurer aux enfants des distractions assez absorbantes, de faire naître chez eux des passions assez entraînantes pour qu'ils n'aient aucun goût à la rêverie attristante qui dessèche le cœur et paralyse l?s énergies.
Une autre nianiieoiatioii de cet étal de crise dans lequel se trouve l'enfant à partir de douze ans, c'est le scrupule.
Combien de bonnes petites âmes ont connu ces tortures intérieures des tracas exagérés. Jusqu'alors ces consciences se tenaient dans un profend repos. iMais vers l'âge où ont commencé à s'éveiller en eux ces puissances sourdes des forces Humaines, ils se sont trouvés jetés dans un complet désarroi, incapables de discerner les causes qui agissent en eux, et ignorant la nature des phénomènes qui les agitent, ils n'ont pas l'idée de les attribuer â l'évolution normale de leur constitution physiologique, mais ils sont tentés d'accuser la faiblesse de leur vouloir de ces impressions qui les troublent et les humilient. Gomme malgré eux leur âge croit et leur organisme se développe, ils se font des reproches amers, et, perdant la notion du consenti et du non voulu, ils s'imaginent multiplier en eux-mêmes ies offenses de Dieu.
La plupart du temps ces inquiétudes, comme cela semble logique, portent sur les choses de la chasteté. L'enfant se figure avoir été indécent, s'être permis un regard, une pensée — oh 1 cette torture des pensées ! — contre lesquels il se débat des heures dans une interminable discussion, d'où il ne sort aucune lumière sur son innocence ou sur sa culpabilité.
Mais le, point en litige n'est pas nécessairement la pureté. Souvent le trouble porte sur des à-côté. L'un aura peur d'avoir fait de mauvaises confessions : a-t-il bien dit ? a-t-il tout dit ?... l'autre redoutera de commettre un sacrilège en coininu-
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niant : est-il digne d'approcher de la sainte table ?... un autre sera pris de terreur à l'idée qu'il a pu prononcer une parole équivoque... On voit d'ici les « casse-tête » que se créent ces esprits bouleversés.
Dés iors la tristesse les envahit eux aussi. Mais pendant que les « curieux » souffraient de la mélancolie parce qu'ils étaient chagrins de ne pas savoir, ceux-ci sont angoissés parce qu'ils ont peur d'en avoir trop appris ! Pauvre intérieur humain 1 a quelles iaihlesses l'a livré le péché originel I
Inutile de dire avec quelle bonté, quelle patience le directeur traitera ces âmes endolories. Il les plaindra profondément et sympathisera à toutes leurs peines intérieures. 11 prendra en même temps les précautions habituelles en pareil cas, exigeant l'obéissance, imposant ses ordres et substituant autant que possible son sage vouloir à cette liberté étouiiée sous l'amas des inquiétudes. Mais tout en instituant pour cet enfant le traitement des scrupuleux, il ne perdra pas l'espoir de le voir revenir à la santé morale sitôt l'équilibre intérieur rétabli, lorsque, dans quelques années, aura pris fin la terrible crise de la puberté.
Pour guérir ces misères, quelques éducateurs — laïques, hâtons-nous de le dire — proposent un remède héroïque, qui, prétendent-ils apporterait aux malaises de cet âge pénible un soulagement immédiat : il consisterait à organiser dès douze ans, dès onze ans, s'il le faut, en tous cas aussitôt que ignés de la crise apparaissent, ce qu'ils appel-
lent l'éducation sexuelle. Il s'agirait tout simplement d'initier l'enfant aux choses de la génération humaine au moyen de cours publics établis dans les écoles, avec tableaux et images à l'appui, au même titre et sur le même rang qu'une classe d'orthographe ou de calcul.
Effrayés d'une si monstrueuse entreprise de corruption, les cardinaux et archevêques de FraTice,, dans leur réunion annuelle de 1923, ont condamné solennellement ces funestes procédés (1), dont le simple exposé fait bondir d'indignation, non seulement les âmes chrétiennes, mais même tout délicat ami de l'enfance.
Quels motifs peuvent donc inspirer les partisans de cette initiation publique officielle ? A voir les noms des « pontifes » laïques qui s'en sont faits les protagonistes, on ne peut se défendre de penser qu'ils travaillent en exécution d'un plan satanique de démoralisation et de déchristianisation de l'enfance. Mais, comme ces gens soutiennent leur propagande malsaine de raisons qu'ils voudraient faire admettre pour sérieuses, il est utile de montrer l'inanité des prétextes invoqués par eux.
Les défenseurs de cette « instruction laïque et obligatoire » d'un nouveau genre, voudraient faire croire que tous les maux de l'enfant à cet âge terrible vienennt de son ignorance. Si on l'instruisait, affirment-ils, on mettrait du coup les progrès de son intelligence au niveau du développement organique ; le déséquilibre cesserait immédiatement entre les facultés mentales et les puissances corporelles ; l'ère des « mystères » étant close, l'imagi-
(1) Déclaration des cardinaux et archevêques de F du 27 et itë février 1923. Cf. Croix du 2 mars L923.
l'erreur laïque i>t:. « l'bducatxo: 183
nation n'aurait plus à s'agiter pour trouver aux problèmes soupçonnés des solutions toujours insuffisantes ; la paix intérieure régnerait, et la frêle nacelle de la liberté enfantine, faisant voile en eaux calmes, accomplirait la plus douce et la plus heureuse navigation...
Malheureusement, l'expérience démontre que l'initiation prématurée produit des résultats diamétralement opposés. Veut-on lancer un enfant dans le vice ? créer chez lui des habitudes peut-être indéracinables ? Il suffit généralement de lui « ouvrir les yeux »... Que de fois les parents ou les prêtres ont pleuré sur les ruines irréparables d'une petite âme, dont la vertu s'était effondrée parce qu'un camarade pervers y avait jeté comme une bombe le funeste savoir !
On dit : « Ce camarade n'exposait pas la théorie « scientifiquement », et c'est ce qui rendait son exposé « immoral ». Mais si l'on avait instruit l'enfant au nom de l'hygiène, de la médecine, de la prophylaxie, l'enseignement eût été honnête et fructueux, et qui plus est, moral ».
Une telle prétention est trop cruellement démentit' par la plus élémentaire expérience psychologique pour qu'elle puisse résister à une critique même rapide et superficielle. Il ne faut pas oublier ce principe fondamental : « L'enfant, durant cette période qui va des douze aux seize ans, est tout entier dominé par ses impressions ». L'éducation à cette époque, ne doit pas perdre de vue, si elle veut obtenir des effets, que la raison n'est pas encore la faculté maîtresse de l'enfant, mais que ses tyrans sont le plaisir, la douleur, les goûts ou
les répulsions. C'est l'âge où l'on sacrifie sans hésiter la vérité à un gâteau, où l'on n'ouvre sa grammaire que par peur du pensum, où l'on consent à étudier non pour apprendre, mais pour mériter d'aller jouer, où l'on tient les promesses que l'on vient de faire de ne pas être gourmand en se rendant malade...
En résumé, dans la balance de cette liberté novice, seules les émotions comme des poids massifs, ont le don d'entraîner le plateau, dans lequel l'idée oèse moins que fétu de paille, pour cette raison bien simple qu'elle n'est pas comprise : l'enfant perçoit, en effet, les mots qui l'expriment, mais n'en saisit ni le sens ni la portée. La valeur qu'il donne à l'idée est seulement celle des émotions qui l'ont accompagnée : par exemple, il mesure l'importance du savoir aux terribles retenues du jeudi, qui l'emprisonnent à l'étude pendant que les camarades courent les champs.
Tout le secret de l'éducation consistera donc^ à créer des impressions saines qui travailleront au service des principes sages que les parents et les maîtres possèdent à la place du petit et exploitent à son avantage, jusqu'au jour où, les ayant acquis luimême, il sera devenu capable de s'en servir.
On voit dès lors quel tort ferait, au cours de ce long travail de la formation du vouloir, l'apport soudain d'éamotions massives, jetées là à tour de bras et sans aucun contrepoids, puisque l'enfant est dans l'impossibilité d'apprécier la valeur sociale, familiale, morale des devoirs conjugaux, qui le dépassent totalement. Il ne pourra donc voir dans l'enseignement reçu que ce qu'il est â portre d'y