LE DÉSASTRE DES RÉVÉLATIONS INOPPORTUNES
saisir : l'existence d'un plaisir nu'il est à même de se procurer immédiatement. De tout le reste, il ne peut soupçonner l'importance. L-e frein scientifique, hygiénique, utilitariste, au moyen duquel le* partisans de l'éducation officielle et publique prétendraient arrêter la course à la jouissance, est totalement impuissant : il ne possède même pas la force qu'aurait un fil de soie pour enchaîner un lion avide de liberté.
Le fait est donc là, évident et terrible : que l'inopportune révélation ait été apportée à l'enfant par des maîtres qui pourtant se prétendent sages et prudents, par des camarades ou par des livres, le résultat en tous les cas est également désastreux. Incapable de se raisonner, le pauvre petit être, poussé par la curiosité est puissamment sollicité de se livrer à de funestes expériences, qui trop souvent engendrent des habitudes irrésistibles. Comme il arrive la plupart du temps qu'aucun frein ne modère cette fureur, le plaisir devient le seul guide écouté, guide aveugle qui jette sa pauvre victime dans les hontes souvent mortelles des excès prématurés.
Pourtant tous les enfants imprudemment éveillés ne roulent pas dans de si profonds abîmes. Quelques-uns ont la chance de les côtoyer sans s'y précipiter. Ce sont ceux chez qui des émotions antagonistes se dressent contre l'attra't animal de la jouissance. Par une miséricorde de Dieu, les enfants les plus pieux, et surtout les « futurs prêtres » auront des chances d'être mieux préservés que d'autres contre les surprises des révélations inopinées, auxquelles ils peuvent hélas 1 trop souvent être exposés : leur foi vive leur inculque une terreur
salutaire des jugements de Dieu et de l'enfer éternel, impression assez puissante pour maîtriser quelquefois chez eux celle de la volupté, ou du moins pour la modérer. Malgré des faiblesses passagères, l'adolescent, aidé de la grâce, conservera son ardeur pour la lutte ; après avoir bataillé courageusement et parfois longtemps, il retrouvera sa tranquillité à l'âge où la raison commencera, vers les dix-sept ans, à étendre sur l'homme animal son empire bienfaisant. Mais combien n'eût-il pas mieux valu que le jeune homme employât ses forces à marcher de l'avant plutôt qu'à consumer ses énergies pendant des années à se tirer d'un mauvais pas ?
Les éducateurs, parents, professeurs, directeurs, instruits par le bon sens et la délicatesse chrétienne, prendront le contrepied des théories laïques d' « éducation sexuelle », corruptrice de la jeunesse malgré leur appareil prétendu scientifique, et, répondant aux vœux de leurs évêques, ils s'efforceront de maintenir dans le calme et la paix de l'innocence cet âge, incapable encore de porter le secret des mystères de la vie. Au cours de ces tendres années, pendant lesquelles l'esprit n'est pas mûr pour tout savoir, leurs efforts tendront à organiser autour des questions troublantes une intelligente « conspiration du silence ».
Pour empêcher l'inopportune initiation de pénétrer jusqu'aux oreilles de l'enfant, ceux qui collaborent à sa formation exerceront sur lui une incessante surveillance. Ils auront l'oeil à tout : aux
, aux camarad ■■•, aux conversations; leur vigilance sera perpétuellement en éveil, à la maison, à la promenade, en étude, en classe, au dortoir. Les nts ou les maîtres tiendront à se rendre compte de toute attitude douteuse, de tout essai d'échapper aux regards ; ils se méfieront des visages fuyants, des apartés mystérieuses. Dans le lever et le coucher, toujours prestement accomplis, ils exigeront une parfaite décence, et ne prendront jamais leur repos avant que les enfants ne ronflent les poings fermés. Et cependant, pour demeurer efficace, ce contrôle devra s'exercer à l'insu même de ceux qu'il vise, sans les ennuyer, sans faire tomber sur les épaules le poids d'une insupportable contrainte : c'est pourquoi l'éducateur s'étudiera à donner l'impression qu'il s'accommode de tout ce qui est bien, loyal, honnête ; qu'il aime le franc rire, les jeux bruyants et gais pendant les récréations, les sports de « grand style » ; qu'il ne cherche pas à agacer pour des riens, par exemple pour une plume qui grince à l'étude, pour un crayon qui tombe, un papier qui déchire. Par contre, il fera comprendre que ces concessions, joyeusement accordées, ont pour but d'obtenir le principal : travail, bon esprit, pureté du cœur. Tel est l'art admirable de la surveillance intelligente et avisée.
Cette garde autour des âmes, tout importante qu'elle soit, n'est cependant qu'un moyen négatif, une « prophylaxie », en vue d'empêcher l'envahissement du mal. Il faut la compléter d'un travail
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positif, qui consistera à fortifier les consciences contre les périls de l'impureté. S'il importe de ne pas inquiéter les enfants par des révélations prématurées, par contre, il est nécessaire, en formant leurs convictions, de préparer leur résistance aux sollicitations qui pourraient survenir, et de les disposer en vue du jour où ils auront à connaître les secrets de la vie et les devoirs qu'ils imposent.
Un sentiment sauveur, qu'il est facile de développer dans les jeunes âmes, parce qu'il répond à leurs aspirations intimes, est 1' « horreur de ce qui est bas ». La candeur aime la noblesse ; elle fuit la grossièreté et la vulgarité. Si les parents et les maîtres exploitent cette tendance précieuse, ils organiseront l'âme de l'adolescent contre les assauts possibles, à la manière d'un donjon imprenable. Ils répéteront donc à satiété qu'un cœur soucieux de monter ne doit rien tant redouter que le contact des choses impures, qui sont de leur nature bestiales et avilissantes. Ils feront comprendre que les gestes, les regards, les propos, même les pensées indécentes sont des abaissements de la dignité humaine et souvent la perte de la grâce surnaturelle... qu'un jeune homme qui se respecte ne se permet aucune liberté de ce genre.
Quand ces convictions sur le prix inestimable de la pureté auront pénétré jusqu'au fond, le moment sera venu de signaler les ennemis de ce trésor. Les éducateurs avertiront les adolescents, dont la simplicité est sans malice, qu'ils sont environnés de rôdeurs qui cherchent à les dévaliser : qu'ils s'en défient et se prémunissent contre leurs attaques* Tls reconnaîtront ces bandits aux marques suivan-
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tes : ces misérables se présenteront toujours « camouflés » sous l'aspect d'insinuants conseillers et d'amis sincères, qui, sous prétexte de plaisirs innocents, de distraction, (l'agréable passe-temps, tenteront d'entraîner leur victime à l'écart pour lui tenir à voix basse des propos licencieux, ou lui passer un livre « du plus haut intérêt », moyennant promesse que les maîtres ni les parenis n'en sauront rien. Tels sont les signes qui accompagnent ces « voleurs d'âmes ». Dès qu'ils auront reconnu à qui ils ont affaire, que les enfants jaloux de leur pureté fuient à toutes jambes ce solliciteur pervers et avertissent aussitôt leurs maîtres ou leurs iparents du danger qu'ils viennent de courir.
Le supérieur dans ses 'entretiens spirituels, les professeurs en classe, les directeurs de conscience, les parents à la maison, rediront ces précieux et suggestifs avis sous toutes les formes possibles et selon les multiples occasions. On peut être sûr que l'enfant de son côté ne se lassera jamais d'entendre parler de ces questions, qui l'intéressent au plus haut point. Peu à peu, à mesure que son esprit s'ouvrira, il saisira qu'il y a autour de lui un péril constant dont il doit se préserver avec toute la vigilance possible : péril des mauvais instincts qu'il soupçonne et redoute en lui-même, péril des camarades pervertis et pervertisseurs, péril des lectures et des journaux. Il sait que s'il était victime de ces ennemis qui le guettent, le résultat en serait pour lui la déchéance morale, avec ses hideux acolytes : le dégoût du travail, la chute dans llignominie comme tel ou tel pauvre malheureux qu'il a connu ou d^n* on lui a raconté l'histoire ; en tous cas