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LA DIRECTION DES CŒURS INNOCENTS

La nature des jeunes âmes en présence desquelles se trouve le prêtre est très variable. D'abord il peut avoir affaire à tics cœurs innocents dont la tranquillité n'a pas été troublée et qu'aucune tentation n'inquiète. Dans nos bonnes familles chrétiennes et nos collèges, les pénitents de cette catégorie forment l'heureuse majorité. Ici le confesseur travaille sur du velours. Aucune difficulté ne se dresse entre lui et cette conscience pure. Bien entendu le prêtre s'efforcera de la former à la piété et de la prémunir en vue des luttes futures. Tout ce que le vénéré Supérieur dit sur ce grave sujet dans ses conférences spirituelles, tout ce que les prédicateurs de retraite répètent dans leurs sermons sur la « belle vertu », le directeur le rappelle à l'enfant, en y joignant des applications personnelles, des conseils directement pratiques, et des considérations appropriées au tempérament. Il indique telle mortification salutaire, telle précaution efficace contre les périls possibles, surtout il inculque à son pénitent le dégoût de tout ce qui est dégradant et la méfiance des colporteurs d'immoralité. Il n'est satisfait que quand il a infusé à sa petite brebis un invincible tin-ct de fuite à l'approche du loup.

A côté des âmes limpides dans lesquelles son regard pénètre jusqu'au fond, le prêtre en rencontre d'autres qui, sous un aspect de parfaite innocence, lui suscitent des tracas. Ces pénitents accusent, en effet, tout naïvement et simplement des fautes dont il est très difficile de connaître la nature et la gravi Lé. Par exemple, tel enfant de treize ou quatorze ans se sert de celte formule : « Mon Père, je ni' 'avoj mis le uéchO

de luxure ». Un autre dira : « J'ai été immodeste ». Un troisième : « J'ai été indécent ». Sous leur apparente franchise et simplicité, ces aveux sont bien embarrassants.

Quelle est en effet la portée de ces formules ? Voilà l'angoissante question que se pose le prêtre. Le premier enfant n'emploie-t-il pas sans la comprendre une expression du Qivre dans lequel il prépare son examen de 'conscience ? Les autres veulent-ils signifier des péchés d'impureté ? Peutêtre oui... mais peut-être non... Tel enfant ne croyait-il pas avoir été & immodeste » pour s'être regardé le pied ? Ces accusations qui paraissent graves peuvent donc ne rien signifier.

Avant de leur attribuer la valeur qu'elles devraient normalement comporter, le confesseur interrogera prudemment. Mais quel doigté exigent ces questions ! Un mot de trop peut évoquer de tels soupçons ! Il y a dans cette lête éveillée une imagination prête à sauter sur toute expression incomprise... Le confesseur arrivera quelquefois facilement à démêler la vérité. Il saura, par exemple, que ce péché de « luxure », que l'enfant accuse avec tant de naïveté, a consisté à se « parfumer » en prenant de l'eau de Cologne à la maman... luxure, lui a-t-on dit, « péché des sens », l'odorat n'en est-il pas un ? Mais la plupart du temps, ses questions extrêmement réservées ne procureront pas au prêtre la vérité. L'enfant répondra que ces « immodesties... indécences... immoralités » sont rares ou fréquentes, volontaires ou non, longues ou courtes... qu'elles ont lieu au lever, au coucher ou le long du jour... Mais en quoi ont-elles consisté

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